DOLEN
VILLERS (Charles-François-Dominique de), écrivain distingué, né à Belchen, dans la Lorraine allemande, en 1761, mort en 1815. Destiné à la carrière militaire, il fit ses études chez les bénédictins de Saint- Jacques, à Mets, entra en 1781 à l'école d'artillerie de cette ville, et fut
VILLËRS — ViLMAU
incorporé Tannée suivante comme lieutenant en second, au régiment d'artillerie de Toul, en garnison à Strasbourg. Il mit à profit les ks- «ourees scientifiques que lui offrait cette ville, étudia le grec et l'hébreu et suivit avec intérêt les expériences de Mesmer sur le magnétisme animal. Son traité De la Liberté (179!) témoigne delà vive part que Viller< prit à la Révolution française, tout on lui attirant, par sa modération, les colères du parti jacobin. Obligé d»' prendre laiuite, il prit du service dans l'arméo du prince^ de Gondé et mena, pendant la période d? la Terreur, une existonrf* assez noniadtv jus(ju'à cp (ju il s»» fixât, en ÎTOT, à LiilM^ck. 0»! il se maria «'l se familiarisa, par do nombreuses reliitirin?, avec des lioninies distingués, avec la langue et avec la littérature allemandes. 11 prit, pendant 1 occupation napoléonienne, le parti des opprimés et dénonça avec une telle franchise les excès des chefs militaires, qu'il fut expulsé des Btats hanséatiques par Tordre du maréchal Dsvoiut (1811). Villers se rendit à Paris et obtint de l'empereur le retrait de cet oiàre ; grflce à Tintervention obligeante du comte Reinhardt, alois ambassadeur français à Gassel, il fut nommé professeur de philosophie à Gœttingue. Victime d'une odieuse intrigue, il se vit mettre à la retraite en 1814, par le gouvernement hanovrien, avec une pensionne 4,000 firancs; mais le chagrin qu'il avait ressenti de cette injustice ébranla sa santé et mit prématurément fin à ses jours, — Par son psprit droit et fin, par la bienveillance sans réserve qu'il témoignait à tous ceux (jui rapprochaient, Villers s'étail conrjuis l'estime universelle. Nul n'a plus fait que lui pour rapprocher la France et rAllemagiu\ Bien que catholique de naissance et d'éducation, il s'était familiarisé avec les principes et Thistoire du protestantisme, si bien qu'il remporti le prix du concours institué en 1804, avec son Estai tespritetri»' fluence de la réformoHon de Luther (4* éd., 1820; trad. allem. par Henke), qui fut aussitôt traduit dans plusieurs langues, ouvrage qui ne contribua pas peu à modifier le jugement que Ton portait dans la Frsnee catholique sur la Réformation du dix-septième siè( le. On a encore de A iliers un Précis historique de la vie de Sîartin lAtther, traduit du bitin de Mélanchthon avec des notes, dans VAlmanach protestant de 1810; Préface à la cotifesmion H' Aufjshourg et coup d*œil sur lea ini>V''rsités protestantes de r A llemaffur, ' C/dSsel, 1808 ; 2" éd., 1811 i J'hilù- Sophie de Kant, Metz. IHOl, H vol., etc.
VILMAR (Auguste-Frédéric-Chrétien) [1800-18G8], conseiller ecclésiastique supérieur à Cassel, professeur de théologie à Marbourg, fut,dc concert avec son ami le ministre Hassenpllug, le chef de la réaction p*)* litique et ecclésiastique de la Hesse électorale. Ce qu'il y avait de particulièrement choquant et irrégulier dans les agissements de VUmar, c'est qu'ils ne tendaient à rien moins qu'à doter une Eglise d'origme et de sympathies réformées d'institutions essentiellement luthériennes, voire même romaines. Esprit cultivé d'ailleurs, très versé dans la philologie classique et germanique, auteur d'une histoire de la littérature «lie* mande estimée, professeur distingué et aimé, Vilmar se jeta avec une passion qui tient de la fureur dans les bras de la réaction. Son z^'t' amer s'explique peut-être par les inconséquences qu'il avait à se repro-
VILMAR
cher lui-m6oie. Après avoir acclamé « les immortelles conquêtes de 1848, » il maudit cette année « de la honte, » et travailla à extirper les tnoes qu'elle avait laissées dans tous les domaines avec une fougue et un cynisme incroyable de langage. — Vilmar, dans un opuscule intitulé : Im théologie des faits contre la théohgùdela rhétorique {liturh,, 1856), a mis au ^rand jour les vœux et les espérances de son parti. Tout le inouveujont théologique de l'Allomagne, dopuis lo commencement do ce siècle, y est attaqué et flétri. L'auteur n'a pas assez de colores et d'insultes ('(jntro ro ([u'il nomme la théologie de la rhétorique, à laquelle il prétend nj.jios» r la théologie des faits. Nous allons, au travers des éclaboussures lancées à tous les grands noms de la théologie moderne, cherdierl*idéemère decetoput-cule, qui est le i'ruitleplusmùr de la tendance réactionnaire à laquelle rAllemagne obéit depuis une trentaine d*années. Cesti Yilmar.que revient l'honneur d'avoir inscrit sur le drapeau de son parti le nom qui lui restera, celui de réalisme qui, comme on le verra, cache insuffisamment celui de matérialisme ; car la rhétorique que le professeur de Marbourg condamne dans la théorie de Schleiermacher et de ses successeurs n'est autre que le spiritualisme. — La théologie, selon Vilmar, est la science des réalités religieuses. Tout ce qui n'exerce pas iiHP inHuence pratique immédiate sur la vie religieuse du troupeau doit en l'tre hanni avec soin. La curiosité qui cherche à se rendre compte des eïp'^riences chrétiennes et à appliquer aux questions religieuses la réiJe.\i<in spéculative est un des nioyens les plus efticaces par lesquels le tentateur surprend et corrompt la foi des Eglises. Le diahle joue un rôle considérable dans la doctrine de Vilmar. 11 prétend l'avoir vu, de ses yeux vu, avec son hideux grincement de dents. Tout théologien, digne de ce nom, doit l'avoir vu de même et être entré en lutte personnelle avec lui. Toute la théologie contemporaine est possédée de la convoitise, du lubrique désir d'mnover et de découvrir des régions inconnues. Sa tâche n'est pas de puiser à la source de l'expérience chrétienne des individus, mais de transmettre de génération en génération, par l'intermédiaire du sacerdoce, les dogmes déposés dans l'Ecriture et confessés par l'Eglise. La tendance réaliste de Vilmar ressort surtout de la manière dont il cla?se les moyens de grâce dont l'Eglise est la disponsutrice. 11 place positivement le sacrement au-dessus de la Parole de Dieu. Cette dernière, passant par la bouche de l'homme pour arriver au troupeau, est sujette à des altérations diverses ; le sacrement, exigeant de celui qui l'administre et de celui qui le reçoit une passivité complète, doit être considéré d'une manière bien plus immédiate et plus vraie comme un Mif un acte de Dieu. La parole agit sur l'homme de haut en Us, par l'intermédiaire de l'esprit ; le sacrement, au contraire, agit de bss en haut par l'intermédiaire du corps, et arrive ainsi beaucoup plus iftrement au résultat qu'il veut atteindre. 11 est un acte matériel de Dieu. Voilà la pensée de Vilmar dans toute sa nudité et dans toute sa crudité ; nous n'y avons rien ajouté, nous n'en avons rien retranché. — Ces conclusions reposent sur une argumentation fort simple. Si le baptême ne confi're pas la régénération ex npen' oprrato, la conversion et la régénération sont deux actes qui se couvrent en quelque sorte, et
VILVIAR — YLNCENT
le baptême devra les suivre et non les précéder, ce qai .donnerait raison aux baptistes. Si dans la sainte cène il ne nous est pas offert une gr&ce d'un genre essentiellement différent de celle que renferme la Paroli> de Dieu, ce sacrement n'est institué qu'en vue de ceux qui sont faibles dans la foi, et sa filoire soniit compromise. Pour couronner son œuvre, Vilmar prétend subordonner la prédic^ition de la Parole au nianiement de ladiscipiino ecclési istiqup. Cette dt'rniére lui semble plus eflicace que la première ; elle a, eu tous les cas, sur elle l'avantage précieux d" être à la portée de tous les membres du sacerdoce, étant plus indépemlante que la prédication des aptitudes et des dons individuels. Des directions pratiques accompagnent ces considérations théoriques. Vilmar voudrait voir porté le nombre des sacrements dans l'Eglise protestante à cinq. An baptême et à la sainte cène, il conviendrait d*(gouter les sacrements de la pénitence^ de la confirmation et de l'ordination. Il voudrait voir rélablir aussi la célébration de la messe. Du moins chaque service religieux devrait-il se terminer par la cène, le pasteur fiU-iî seul à communier. Chaque jour, à l'heure de midi» il devrait se rendre à Téglise et, devant l'autel, intercédor pour sa communauté, la prière à l'autel ayant une efficacité particulière. En général, il est beaucoup question, chez les néo-lutbériens, du mystère de l aiilel, de la bénédiction attachée au culte liturgi<|ue et spécialement aux prières f.iitrs à genoux. I/» plupart des ouvrages de Vilmar n'ont été publiés qu'après sa mort : l°la Doctrine du ministère ecclésiastiijue, Marb., 1870 : d'après l'auteur, le salut de l'Eglise protestante est dans le rétablissement de l'épiscopat; Tévéque, rendu infaillible par la conversion, gouverne TEglise et dispense le pardon des péchés ; 2* la Morale théologique, GQtersl., 1871. en trois parties : histoire de la maladie, de la guérison et de la santé de Fhomme intérieur ; 3* la Théologie ptutorale, 187S ; 4« VEgHte et le monde ou la Mission du ministère ecclésiastique à notre époque, Gûtersl., 1873, 2 vol.; 5« Dogmatique^ Gutersl.. 1874 76, 2 vol. — Voyei Leimbach, Vilmar nach seinem Leàen u, If irken, llan., 1875; Grau, Vilmar u. v, Mofmann, Erinnenmgen, GùtersI., 1870.
F. LlCHTKNBEHGER.
VINCENT (Pbilippe), 1595-t(>r>l. Orateur chrétien , pasteur, écrivaiu. député, Pbilippe Vinrent s'est montré constamment à la hauteur dt'à devt>irs variés qui s'imposèrent à sa féconde activité. 11 était lils d'un pasteur de Saunmr, Jean Vincent. Orphelin dès l'âge de trois ans, il fut élevé par sa mère. Claude Bouchet, et son beau-père Périilean, ministre du saint Evangile. Après avoir reçu cette forte éducation qoi semblait alors le privilège des familles protestantes, Philippe se eonsacrt au ministère évangélique. En i620, d'après une décision du synode de San mur, il devint le collègue de Périlleau, dans k paroisse de rUe-Boschard (Indre-et-Loire). Puis, à la mort de ce ministre, il fut appelé par If synode de Castres, en 16â6, au service de l'Eglise réformée de La Rochelle. Pendant vingt-cinq ans que dura son ministère dans cette m'H^. il se vit entouré de la charité et de l'affection de son troupeau. .\u?5i versé dans la pratique des affaires publiques que dans bs matières religieuses, il mérita la coniiance de ses concitoyens qui, en iQil,
le refus de Salbat, renvoyèrent en Angleterre et en Hollande, avec David etdeliiuâse, pour demaader des secours et chercher uu appui, sans sacrifier Tinviolable attachement des Rochelais à la patrie française. Dans cette mission déllcatet il se montra dévoué, prévoyant, actif et énergique. Le discours qu'à adressa le 24 juillet lOS^au roi d'Angleterre a été inséré dans le Trésor des harangues publié en 1G54. Plus tard, pendant le siège, il fut chargé des négociations avec Richelieu. Lorsqu'il fut inipossible de prolonger davantage la défense, il contribua (le t(tute son inlliKMice à la reddition de la place. Après la chute de La Uuchelle, Vincent fut délégué à la cour par les protestants en lOiiii et eu 1G33 et l'annaliste Collin, si avare d'éloges, constate qu'il lut bien accueilh par liichelieu. En 1645, le synode de Charentou le députa aufiiès du roi. Les secrétaires d'Etat le félicitèrent, par lettres de 1M5 à 4649, de son zèle pour obtenir de ses coreligionnaires le prompt acquittement des lourdes charges qni leur étaient imposées. Invité par le frère du ministre Le Faucheur à rechercher des ingénieurs et des artificiers pour la République de Venise, Vincent soumit cette demande à La Yrillière qui l'approuva et l'encouragea. Mazaria lui-môme le félicita de son xèle pour le service du roi, le 8 juillet 16i6, — Philippe Vincent continua à remplir avec zèle et distinction, j)rudence et fermeté, les devoirs dii^aiiit ministère. 11 mourut à La Uocholle.le 12 mars 1651, laissant un lils, Fnidéric, de son premier mariage avec Claude Maulvault, et cinq eniants d'un second lit, de son union avec Elisabeth Thévenin, qui lui survécut. Elisabeth Vincent épousa Daniel Brunet ; Anne s'unit à Nicolas d'Hariette, Suzanne se maria avec le pasteur Jacques de Tandfrbarats. On ignore les alliances de Philippe et de Magdeldne Vincent. —Les ouvrages de Vincent jettent une vive lumière sur le caractère de leur auteur. Les principales qualités qu'ils mettent en relief sont, avec des convictions profondes, le sens de la réalité et l'indépendance dans le jugement. Ils révèlent un homme de cœur vigoureusement trempé par l'adversité. Dans ses controverses contre ses adversaires religieux, comme dans ses discussions avec ses confrères, Vincent déploya autant de droiture et de tolérance que de savoir et de logique. Une des questions les plus brûlantes de l'époque, c'était la conduite que les protestants avaient à tenir pour sauvegarder leur liberté de conscience. Le pasteur Amyraut, professeur distingué de l'Académie de Saunuir, attaquait ouvertement la lutte des Rochelais contre Louis XIll. Gtiargé des négociations lors du siège, Vincent dut relever de pareilles imputations. Il justifia La Uochelle et mit en évidence que, a nonobstant les extrémités où elle s'estoil veue. elle n'avoit point voulu ouïr de propositions au préjudice de la tidélilé (ju'elle devoit au roy. >» — Vincent eut aussi à soutenir des luttes avec les théologiens de la communion catholique romaine, et publia, à cette occasion, de nombreux ouvrages de eontro* wise qui ne sont pas sans valeur. U eut même le dangereux honneur de recevoir dans le sein de l'EgUse réformée un adversaire considérable, le jésuite Jarrige. Sa religion fut surprise idans cette aflàirequilui attira de grands désagréments. Jarrigè, déçudans les arrière-pensées qui avaient dicté sa conduite, peu estimé dea protestants parmi lesquels il s'était
r^rufri»', rentra dans le giron de l'Eglise romaine et y mourut, sansavoir ni mérité ni olilcnu l'estime de personne. En \V)A{\, dani? un sermon sur Jérémie VIIÎ, 7, Vincent s'éleva aux plus grands ellets de l'éloquence pour condamner les danses «au milieu de cette pauvre ville, qui n'a en endroit où il ne soit tresbuché plusieun morts, et qui toute n'est qu'un cimetière de nos proches et de nos intimes. » Plusieurs pères de la Société de Jésus prirent occasion de cette prédication pour attaquer le ministre et ses doctrines. Le pasteur répondit avec calme et dignité. Après le procès des danses débattu, Vincent proscrivit le théâtre (!G47) parles mêmes arguments que devaient employer plus tard Pascal, Bossuet, Fénelon et J.-J. Rousseau. Vincent a écrit aussi une paniphrase des Lamentations de Jérémie. Ot ouvrage lui a attiré les épigrammes de l'oratorien Arcère, qu'un retour sur lui-môme eût dû rendre plus indulgent. À ces vers, fidèles au sens de Toriginal, ne manquent cependant ni rémotion, ni le tour, ni Timag^e. Vincent retrouve dans les peintures du prophète un fidèle tableau des souffrances de La Rochelle pendant le siège ; et il bénit Dieu en comparant la clémence de Louis XIII après la victoire à la conduite des vainqueurs de Jérusalem. On doit à Philippe Vincent des Hecherches sur les commencements et les premiers progrès de la Réformation à La Rochelle, composées vers 1039. et publiées en par Asche, libraire à Rotterdam, iii-12, i-ii pages. La bibliothèque de l'Histoire du protestantisme posst'de un exemplaire de cet oiivnige aujourd'hui presque introuvable. Ses autres ouvrages sont : L'imposture confmdue^ ou réfutation de la litanie blasphématoire, publiée depuis peu par l'un des docteurs romains, sous le nom de ceux de h religion réformée, 1635 ; Lettre du sieur Vincent, l'un des pasteurs de l'Eglise réformée de La Rochelle, responsive à une du sietur Victorin, l'un des récollets de ladite ville, 1635; Extraict de quelques sermons touchant la cognoissance et interprétation de l'Escriture saincte, 1635; liesponse à 25 demandes faites sous le nom d'un cjitholique roelielois aux ministres de l'Eglise reformée, 1640; Récit au vray de ce qui s'est passé au changement de religion fait par M. le marquis de Li Villedieu, 1044; Parup hase sur les lamentations du prophète Jérémie, 1646; Zeproeh des dantes, débattu entre Ph. Vincent... et aucuns des sieurs jésuites de la mesme ville ; Traité des théâtres. — On doit encore à Ph. Vincent un Journal de ses négociations en Angleterre dont Pierre Mervault, bourgeois de La Rochelle, né le 16 août 1607, décédé le 13 décembre 1675, a inséré des fragments tellement importants dans son journal du siège de 1628 (imp. 1644, 1648, 1671), que le manuscrit de cette histoire [Bibliothèque nationale, fonds français, n' :>0,iKKj), porte celte annotation : u Dressé par M. Vincent, ministre de La Uochelle, qui a esté présent eu la plus grande et principale partie de ce qui a esté fait aud. siège et négotié avec les Anglois. Led. S*^ Vincent a &it imprimer ce journal sous le nom de Marigauit (Mervault), bourgeois de La Rochelle, quoiqu'il soit constant que c'est lui qui l'a dressé.» Le signataire de ces lignes a publié, en 1872, Siège de La MoeheUe^ journal contemporain (20 juillet 1637-4 juillet 1630), d'après le manuscrit appartenant à M. Racaud. L. DE RlGIUaiOND.
VINCENT (Samuel), pasteur et théologien protestant français, né à Nîmes, le 8 septembre 1787, mort dans la luème ville lo 10 juillet 1837. S. Vincent appartenait à une famille depuis lon^^tonips altacht'o au Sfrvicc de l'Eglise réfdnnée; sur la demande de son père, pasteur à Sominières, il fut iuunatriculé dans les registres du consistoire de Nlmes et autorisé àsuiTre» sous les auspices de cette grande Eglise, sa vocation pour le saint ministère (20 novembre i806). Ainsi se trouva-t-il, dès sa jeanesse, uni à un troupeau qu*il ne voulut jamais quitter et auquel il se consacra sans réserves. La distinction dont Thonorait le consistoire de Nimes était la récompense d'un sèle pour l'étude que rien ne lassait, tout autant qu'un hommage rendu à uno intelligen<M' rare comme à des dons exceptionnels. Dès son arrivée à GcH«^ve. son ardeur au travail, la Wiété de ses connaissances le firent remaniuer de ses maîtres. Trois années ne s'étaient pas écoulées que le consistoire de Nîmes réclamait Ks senices et le nommait pasteur catéchiste (21 déc. 1809) ; il n'avait pas vingt- trois ans. Les années qui suivirent furent consacrées à développer comme à nourrir sa pensée religieuse et philosophique, car ce fat seulement en 1820 qu'il donna au public, pour la première fois, un OBvrage vraiment original. Dans les premières années de ce siècle, les pays 4e langue française avaient subi si complètement rinlluence du déisme huniaiiitaire de Rousseau, que les éludes religieuses y étaient enpl(inp dt'cadcnco. En France surtout, la culture théologicpie n'existait plus parmi les réformés ; aussi ([uehjues huniiues plus ardents qu'éclairés cherchaient-ils à faire revivre les systèmes dogmatiques du seizième siècle et revenaient à la confession de foi de La Rochelle, sans songer à la grande crise que venait de traverser la société française. S. Vincent comprit qu'on faisait fausse route, et il demanda à YAn" gbterre, où s'était manifesté un réveil de la vie et de la pensée reli*gieuses,de lui donner ce qu'il n'avait pu trouver à Genève. Les savants dont il étudia les idées, Paley, Chalmers, étaient surtout des apologètes qui tentaient, et non sans éclat, de relever l'autorité de la preuve externe. C'était un service que de les traduire, car il y avait peu de livres de valeur. Aussi les traductions de ia Philosophie morale, de \V. Paley (1817), des Preuves et autorités de la lièvélaiion chrétienne (1819), . furent accueillies avec faveur par le public. — On ne saurai^ oublier que 8. Vincent écrivait dans un temps où le christianisme était défendu, soit par un clergé dont la puissance grandissait chaque jour, soit perdes poètes ou des littérateurs qui sacrifiaient aisément au goût du jour. C'était donc contre un idéalisme sans profondeur ou contre un fanatisme avéré qu'il fallait lutter en traitant les questions. 11 s'inspirait de cette pensée en répondant à LKiniennais qui, dans son premier Toliiinc de V Essai de rimli/fcrence, venait d'altaiiuer le protestantisme avec un dédain suprême, en le dénonçant coiumc la source de toutes les révoltes et de toutes les incrédulités. Ou sait que Lamennais faisait de l'unité en matière de foi la condition absolue du gouvernement social et religieux. Dans ses Oh^ervatiom sur t Unité religieuse (1820), 'S. Vincent traita avec une réelle supériorité la question de Tautorité en matière de foi, et montra Tultramontanisme « anéantissant l'individu
dans la masse, » alors que le principe chrétien tend à niainlcnir sa liberté* tout en auj^uientant sa responsabilité. La réponse de I^mouuais fut évasive, et S. Vincent rendit sa rtlutation plus complMe encore, en publiant ses Obser valions sur ia voie d'autorité apjjli<juée à in religiùn, CSette discussion eut un grand éclat ; chacun comprit, écrit son fidèle disciple Fontanès, « que nous avions un avocat pariaitement capable de faire triompher notre cause, n Esprit large, S. Vincent se désolait en voyant les protestants toujours timides « se parquer dans leur pauvre petite Eglise ; » et, pénétré comme 0 Tétait de la puissance des principes de la Réforme, il déplorait d'autant plus la faibles«^e de ceux qui avaient à la défendre. Il sentait surtout la nécessité d'une théologie française dans son esprit comme dans ses méthodes, renouvelant la tradition du seizième siècle en utilisant les découvertes tle la science étran^W're, mais sans les reproduin- servilement. — Lorsqu'il se décida à entreprendre la publication des Mclatu/es de religion, de momie et de critique sacrée (10 vol. 1820-24) il obéissait à cette nécessité. Sa collaboration aux Archives du ch/ isfiam'sme, que dirigeaient F. Vlonod et Juillerat n'avait duré que peu de temps, car il avait dù se séparer de collègues qu'il estimait, mais dont il ne pouvait partager les idées dogmatiques. L apparition des Méktnget reste une date dans l'histoiie du réveil théologique chez les protestants de France, et ce précieux recueil est encore aujourd'hui un des documents les plus intéressants poor l'étude de la pensée religieuse. S. Vincent y prodigua les richesses, non seulement d'une pensée toujours active, mais d'une érudition sûie et pénétrante. Le premier,ilfit connaître à la France l'Allemagne tbéologique, en commentant comme en traduisant les auteurs les plus estimés du temps, Kichhorn. Hrotsrhneider, mais surtout Schleiermacher qui exerça sur sa pensée une inlluencc décisive. Pendant cinq ans, tout le poids de la rédaction de cet important travail pesa sur lui. et il uereniniça à la tâche que le jour où Ch. Coquerel prit la direction de la Knue protestante {iS2^) qui soutint, mais avec moins d'éclat et de profondeur, la même cause. Il a jugé lui-même son œuvre dans des termes trop remarquables pour que nous ne las reproduisions pas. «L'avenir me feis mieux comprendre. Des hommes supérieurs développeront ce que je n*ai fiut qu*indiquer. Ils me passeront sur le corps, mais j'auni dii moins le mérite d'avoir le premier ouvert la brèche, quand il y avait quelque dévouement à Poser. J'ai &it ce que j'ai pu; j'ai fait ce que j'ai dû. I) U avait en effet le pressentiment que la question religieuse resterait la question du siècle, et ce n'était pas sans raison qu'il écrivait c< lté pensée dont la portée n'est pas épuisée : «Le protestantisme est la religion des temps modernes. » — Elle pourrait servir d'épigraphe à un plus beaux livres (jui aient été écrits surces sujets importants:! infini' le prott'standsine, -1 vol., 1829. Vincent s'y montra écrivain distingue, étranger à la phraséologie sectaire, penseur éminent et homme de gouvernement. 11 aborda dans cet ouvrage tous les problèmes du jourd pressentit avec une admirable netteté l'issue du conflit qui déjà agitait les esprits, dans la séparation de l'Eglise et de l'Etat. C'est ainsi qu'il la rencontrait avec Vinet,aveclequel, du reste, il a de nombreuses afÛniléi.
YINGËMÏ
Les Fuel «tir leprote»tantime restent un de ces lims qui honorent une littérature religieuse, et aujourd'hui encore, c'est l'essai le plus complet qui existe dans notre langue d'une théorie de l'Eglise protestante. L'influence de S. Vincent s'imposait d'elle-même ; aussi, dès 181 6, I*' 1" lévrier, il avait été nommé pasteur titulaire à runanimité des suliïages ♦'xprimés, et si M. de Corhièro nn lo nomma pas à la présidmco duconsistoirtMie Ninies (1828), rindéiiendancc de son caractère vn fut la seule caii>*\ Aussi, après les événements de 1830, se vit-il a})pelé par ses concitoyens au ('«iiiseil ^^riiéral et désigné comme devant faire ])artie de comités importants. — Malgré une activité qui se dépensait de manières si diverses, la question religieuse restait toujours pour Vincent la préoccupation première. Il avait commencé la publication de Religim et Ckristiamsme, 1829-30, dont il confia la rédaction à Fontanès et qui se trouva arrêtée peu après par les événements politiques. Son ambition était de développer l'esprit religieux, car il savait que les seules victoires qui demeurent sont celles qui font triompher des principes. Â cet égard, la publication des Méditations religieuses (1829) eut une réelle importance, car S. Vincent ouvrit à la prédication des voies nouvelles en la dégageant des entraves d'une dogmatique formaliste qui Tavait trop longtemps inspirée. Dans ses méditations, la belle limpidité de son style sort ^a pensée et porte la conviction dans les esprits, sans lal)eur et sans peiue, alors même que les sujets les plus difficiles sont abordés. A cette épu(|ue de sa vie, Vincent, en pleine possession de ses talents, était considéré comme l'homme le plus émineut du protestantisme français, et Cavier, Guizot, lui multipliaient les marques de leur estime. C'est en vain qu'on avait voulu qu'il quittât Nîmes; si honorables que fussent les appels, venant soit de Strasbourg, soit de Montauban, il les avait toujours déclinés, résolu à se consacrer à cette grande Eglise, oh la vie religieuse se réveillait sous son influence, et où il exerçait une action eon i'lérable. — S. Vincent fut enlevé à TEglise et à la science, au moment où, par la profondeur de la pensée comme par la richesse de l'expéripnce, il pouvait leur rendre les plus grands services. Il ne laissait pas de système théologique nettement formulé auquel on pût donner son nom, mais dans ses nombreux écrits on retrouve le travail d'une pensée forte et orij^inale. Pour Vincent la reli^Mun est individuelle, c'est, dit-il, « un mouvement de l'àme entière ; » ainsi s'éloigne-t-il d'une conception intellectualiste qui donne au formalisme légal ou dogmatique une place prééminente. La religion reste pour lui une vie supérieure qui met en activité, et au plus haut degré, toutes les (acuités humaines. Xsis ces facultés se concentrent dans la conscience, qui n'arrive à son eotier développement que par le développement même des autres facultés. La conscience reste donc la faculté religieuse par exoelience, car elle a dans son domaine le myticisme, c'est-à-dire : « ce qui sort du visible pour atteindre à l'invisible, du fini pour aller à l'infini. » Nul besoin de dire qu'il repousse ce mysticisme que profane la superstition, mais il retient l'action de la grâce de Dieu en Tbomme, en faisant de la foi la vie de l'àme. Pour S. Vincent. « la foi est celte confiance mêlée d'amour qui attend tout des êtres sublime^ en qui elle a placé ses desti-
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nées. » Fidèle aux ancieunes doctrines, il réclame la liberté sans laquelle l'homme n*est rien, tout en voulant la grâce sans laquelle ses efforts sont inutiles, a Agissez, dira-t-il, et tous reconnaîtrez que Dieu vous aide ; » paroles dictées par l'expérience religieuse et qui font comprendre comment il a pu dire : « La véritt'' n'a pas à trouver le clioinin des cœurs, mais à s'v faire sentir, car elle s'v trouve. » Pnur S. Vincent, et on reconnaît là rinlluence de Kant, c'est une certitude de IVir.lre moral le plus élevé, car nous croyons à la vérité comme nous croyons à notre propre existence. De là l'identité des croyances et de la vie, car, reconnaissant la vérité qui est en nous, nous ne pourrons plus vivre que par elle. C'est sur cette base qu'il édifie le monde moral, car la conscience éclairée par la vérité ne pourra nous inspirer que des actes en rapport avec la vérité. Mais si la religion est dans la conscience, quels sont les rapports de la conscience et de la révélation? Pour Vincent, la révélation « est une {grande circonstance qui touche le principe divin endormi, le réveille et le relève. » Le njoyen de relever Tétre céleste déchu, ajoutera-t-il i ncore, voilà ce (jue donne le christianisme. » A cette conception correspond un retour très accentué à la méthode historique, car le Nouveau Testament devient le document d^ la révélation et, comme document, reste soumis à toutes les lois de la critique. Sur ce point, les affirmations de S. Vincent sont très nettes et elles marquent une date dans l'histoire de la critique religieuse en France. — On a pu voir, par sa conception delà vérité, qu'il était en opposition ouverte avec la doctrine de la corruption originelle. Aussi ses adversaires lui ont-il reproché d'avoir atténué la notion du péché. Cependant, DU ne saurait oul»lier ([u'il n'explitpie la révélatitui (jue par le fait même du péché, dans li-ipiel il voit un « désordre fondamental. » Il disait : « L'homme est un animal en même temps qu'un ange, et c'est là tout le secret de sa nature. » Et il constatait les trop nombreuses victoires de la chair sur l'esprit et concluait à la nécessité d'un juste châtiment. S. Vincent a donc maintenu la permanence de l'élément religieux en l'homme, et il considère cette permanence comme logique, car comment la révélation pourrait-elle être saisie par l'homme pécheur, si rien en lui ne correspomlait à cette influence supérieure ? Pour lui, le Christ est la révélation et toute la révélation: aussi ne cherche-t-il pas à [)ercer le mystère (jiii l'entoure, et se rel'use-t-il à le délinir. « C est, dit-il, dans cette réunion jusqu'alors et depuis lors inconnue «lu plus parfait idéal avec la plus évideute réalité (jue je trouve un des ciiractères les plus irrésistibles de la p« rsonuc du Sauveur. » Il comprenait 1^ valeur de le mort du Christ, couronnement de son œuvre. « Le monde moral est satisfait, a-t-il écrit, car il apprend ce qu'il en coûte pour pardonner. )> Jamais il n'a vu dans le christianisme un développement nécessaire, il était supranaturaliste et maintenait hautement la nécessité de l'intervention divine. M. Corbière a pu dire avec raison que dans la pensée de S. Vincent <' la conscience h la vue du Sauveur s'émeut et tressaille et se Vdit en lui telle qu'elle doit être, et (}ue*l<'Surmais avec Jésus et cuntrc le péché, c'est à la vie et h la mort, » — Tell- > furent les idées dont il fut le représentant le plus autorisé; sans doute
VINCKNT — VINCENT DE LÉllLNS
leor parenté avec celles dont Kant et Schleiermacher furent les défen-
spur^ nVst pas méconnaissable, mais il y avait quelque gloire à les proclamer PII France, surtout si on songe au temps où vivnit S. Viiicfnt. Il fut un précurseur de ce retour à l'inlluence religieuse et primordiale de la conscience, qui a marqué l'évolution théologique de ce siècle. La culture de S. Vincent était grande, ses lectures immenses, ses connaîsflanoes variées, ses aptitudes diverses, aussi était-il vraiment de son époque ; et si tout ce qui touchait la religion prenait dans ses labeurs la première place, ni les lettres, ni l'art, ni la chose publique ne lui étaient étrangers. Placé par Testime de ses concitoyens au rang le plus élevé^ il sV maintint par l'éclat du talent comme par la noblesse du caractère. Par la sagesse dè ses vues, par la clarté de ses pensées, il a exercé sur le développement du protestantisme français une influence prépondérdiitc, et c'est donc avec justice que les protestants voient en S. Vincent l'un de leurs écrivains les plus distingués, l'un «le leurs penseurs les plus éminents. — Sources. Sans parler de ses ouvrages déjà cités, on consultera utilement' Corbière, S, Vmeent, ia conception reli- ^me et chrétienne (1873) ; Antonin, Etude tur S, V. et ta théologie (1863) ; Michel, S. V,, son temps et ses opinions. Différentes notices ou artides de F. et E. Fontanès, Prévost-Paradol, Goquerel fils, Auxière Viguié ; les journaux du temps, eto. Fbank Puaux.
VINCENT DE BEAUVAIS, /Jellovncemis, avec le surnom de Spécula (or, vivait daps la première moitié du treizième siècle. Nous ne savons rien de sa vie. si ce n'est qu'il reeut son instruction savante en Bourgogne et qu'il la développa dans le silence du cloître. Dominic.iin, il s'attacha en philosophie aux réalistes. L'enseignement et la prédication de Vincent, dans le couvent des dominicains de Beauvais, eurent un tel succès que saint Louis l'appela auprès de lui ; on croit qu*il mourut vers 1264. Son vaste ouvrage, intitutik : Spéculum mmjus (encyclopédie) contient un aperçu de Tétat des sciences de son temps et témoigne de rérudition considérable de l'auteur. Il se divise en 3 parties : 1° Spéculum naturale (les sciences naturelles); 2" Spéculum doctrinale (philosophie, grammaire, diiilectique, logique, rhétorique, éthicpie, mathématiques, physique, médecine, chimie, etc.i; Spéculum hislorialc (histoire du monde depuis la création jusqu'en 123 i). On cite aussi un Spéculum morale, mais il n'est pas authentique. L'ouvrage a été publié à Strasbourg en 1473; il a été souvent réimprimé depuis et traduit en français et en hollandais. Là m.eilleure édition est celle des bénédictins (Duaci, 1624). Nous avons encore de Vincent un traité pédagogique, De rnstitulione fiUorum regiorum seu nobUium, un Tractaius de gr(Uia Dei\ un Liber de laudibusVirginis gloriosœ\ un Liber de sanctojo h anne evangelista; une Epistola consolatoria ad regem Francorum Ludovicum iuper inorlem Ludovici primogenilt. Tous ces écrits ont été puhlié? par Anierbach ; Basil., i^i ). — Voyez Schlosser, Vincent von Beauvais, Franc!"., 1819 ; Bibliogr. univ., Paris, 1827, XLIX, 119 ss. ^ VINCENT DE LÉEINS (Saint), écrivain ecclésiastique latin. Quelques indications éparses dans son Ctmmoniiùrhm et dans le De viris illus" trUus de Gennade (cap. LXIV) sont les seules données que l'on possède
VINXENT DE LÉRINS
sur sa \ne. Après avoir porté Ips armes, il se retira au monastère de Lôriiis, au sud de la Gaule, et fut ordouu»' prêtre. D'après le inartyrolo'jTo romain, il niounit le l'.i mai, en i.'iO, à Lt-rins. Peut-être est-il l'auteur des seize Ohjocl innés i'mc<'/j//V/;j./'. dirigêos contre la doctrine de la prédestination d'Augustin et combattues par Prosper d'Aquitaine. Mais il doit sa grande célébrité à un opuscule qu'il dit avoir oompoié trois ans après le concile d'Ephèse, c'est-à-dire en 434, et qui est intitulé : Cmmntmitoriuni pro cathoiie» Eeeletim antiquiiate et vnwersalitate adversus profanas omniutn hmretkorum verùatcs. L*auteur, qui estseinipélagien et qui voit dans l'augustiDisme une doctrine nouvollo ot étrangère aux siècles antérieurs, développe pour la première fois la théorie de la tradition sur laquelle repose la mission catholique : là, réside l'intérêt durable du Commnnitoriinn . Avant lui, la question de l'autorité relijiieuse n'avait été traitée qu'incidemment et indirectement, à propos de tri dogme spécial, el le plus souvent sous l'empire de préoccupatioos pratiques^ Le moine de Lérins aborda théoriquement le problème, et la solution qu'il en donna fit fortune dans PEgllse romaine. Void la substance de son argumentation. Pour démêler la yérité de la foi catholique et pour la discerner de l'erreur «les hérésies contraires, rEcritore sainte ne saurait suffire ; susceptible d'interprétations multiples et souvent contradictoires, elle est incapable de lnornir une règ:le de foi ab?<dument à l'abri de tonte contestation; il faut »}u'nne autorité extérieure, norme précise et snre, en lixe le sens d'une manière cianc, certaine, qui lève toute hésitation et écarte les moindres doutes. Otte autorité, cette norme, où la trouver? Dans la tradition de l'Eglise catholique (cap. // .' Idcireo midtum necesse est, propter tanias tam varU errori» anfiraetuit ut pmpkeHem et apoatoliex inierpretationit Um eecundum eecksiastm et caîholiei sensus normam dirigatur). Mais Is tradition elle-même a besoin de critères, «jui en assurent l'authenticité ^ la fidélité : ces critères sont l'antiquité, l'universalité et l'accord des Pères et des docteurs (cap. ///; Maqnopere curandumest ut id tenenmus, qund uhiijue, qund si'inpfr, qnnd (th omnibus croditum est ; hnc eut etenini verc propi icque v/if/tnlinn/i. Iloc ila dcmuin fit si sequamur »/////vT<fîtatem^ antiquitatcm, consrnsionem) [omnium lu-l rrrtcpn'nc omnium sacerdotum pariter et mayistrorum]. — Cependant, il ne pouvait échapper à Vincent qu'il n'existait pas une identité parfaite entre les doctrines des Pères et des conciles, et, d'autre part, sa conception de la traditioD, envisagée uniquement comme la conservation du dépôt des âges précédents semblait exclure tout développement et tout progrès. Aussi, l'auteur se pose-t-il la question : « N'y aura-t-il donc aucun progrès (prnfectus reli;/wnis) dans l'Eglise du Christ (cap. XXVIII)? Ce progrès, Vincent rafîirme énergiquement. Mais qu'est-ce que le progrès ? C'est )e développement de l'idée première, l'épanouissement organique du germe primitif, semblalde à la croissance du corps qui, en grandissant et en se fortiliant à travers les dillér(;uls âges de la vie, n'en reste pas moins fidèle au type primondial (cap. XXIX : Imitetw animantm ra/io rationem corporwn, quœ, Hcet annorum proeeteu numerot iuotevolvent et exptieent, eadem tamen, quœ erant,pmnaneni). Telle est la nature de
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VINCENT DE LËBINS —