VISITATION — VIVES
moire de la visite que la Vierge rendit à Bliaabeth (Luc I, 39 ss.). La légende veut que Marie soit partie de Nazaroth le 20 mars et qu'elle arriva 1p 'M) à H«^bron. dans la maison de Zacharie. Co fut ?aiiit Bonaventure, •.'('•m'Tal de l'ordre de s;iint François, qui étaidit cette f»Me dans un rh.ipitre général tenu à Pisr en 1263 pour toutes les é;jli«;e^ àc son ordrt'. Di piiis, le pape Trljaiii VI Fétendit à toute l'Eglist'. Lo ( (Hicile de Bàle l'a lixée au '2 juillet, ce (jui a tait croire que la Vierge ne partit de chez Zacharie que le lendemain de la circoncision de Jean-Baptiste, que Ton place au l*' juillet, huit Jours après sa naissance.
VlTJCOfGA (Campegius ou Kempe), célèbre orientaliste, né à Leuwarden, en Frise, l'an 1659, mort à Franeker en 1722, oii il professa les langues orientales et l'exégèse de l'Ancien Testament depuis 1881. Parmi ses écrits le plus important e?>t son Commpntnrius in Ubrumprophf'tifinnii J^\<<ni:r,Lo()\'., 1714-1720. 2 vol. (tra-l. allem. de Biisching, Halle, ITiîMT.'il. ivol.^ : en néglifjeant les arroinplissements preph»'^tujues (jiie l'autriir pdursnit iu'ii|ue dans le nioyen on est frappé des mérites phihdogiques et historiques de ce commentaire, qui a frayé une nouvelle voie à l'interprétation des prophètes. Nous citerons encore : 1« Saerarmn ob^rvaiiones lib. VI, Fran., 1683-1706, et 1711, 1712, 1719; 2° Arehkynagogui observaHonibus novis iihutraita, etc., 1635 ; nouv. édit. sous le titre de De Synaffoga vetere libri iresj 1686; 3° Ananisis Apocah/pseos, 1705; Anist., 1719; Leuwarden, 1721 : c'est une réfutation de l'explication que Bossuet venait de donner de l'Apocalypse; A'* /It/potf^posis historùf pt chronnlogi.T sarrrr. Fran., 1708 ; ri" Ti//nis f/tro/nf/i.r prarfic.r, 1716; 6** Commentarli ad liùnim prophrl nirmii Zarlim 'i;»', Leuw.. I7;{'i. — Voyez Hihiioth . pli'dol.. IV, 735 ss. ; Sciiullens, Laudatio f'un. in mcm. C. Vitringœ^ Leov., 172;^; Nicéron, Mémoiret, XXXV.
yiVÉS (Jean-Louis) forme avec Erasme et Budé la constellation la plus brillante de l'humanisme pendant les trente premières années du sei* sième siècle. Remarquables par la richesse de leurs dons naturels, ces triumvirs do la république des lettres semblent se disputer l'empire des esprits, Pleins d'admiration, les contemporains d«^cernent à chacun le prix de ses talents et accordent à Bud«'> la gloire du pénie in;/enitnn). à Er;isine, celle de r»''lo(|ucnce idirrndl copia), à Vives, celle du jugement judirimii). Mais Vive? surpasse le savant de Ilotterdani parl étendue et la solidité de ses connaissances, la sincérité et l'ardeur de la piété et la profondeur du sentiment ; l'originalité de ses vues et la tournure toute moderne de son esprit le placent au-dessus du grand maître de Tuniversité de Paris. Embrassant l'universalité des sciences, il unit à un raisonnement clair,vigoureux et pénétrant une parole chaleurease, éloquente et convaincue, un jugement modéré et admirablemeqt pondér»'" à une verve féconde et mordante, le respect des opinions consacrées par riis;i<:e. ;"i l'amour impérieux de la vérité. Esprit singulièrement soupl»'. il sait manier l'épée de la satire avec aut;)nt d'art que la lyre de la métlilation religieuse. Par sa critique d'.\ristote il précède Ramus et il l'emporte sur lui par l'équité de ses appréciations. Par sa réforme do la méthode des sciences, il ouvre la voie à Descartes, et en
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VIVËS
•remplaçant, dans le domaine de la connaissance, l'autoritt' par l'observation et Texpérience, il prélude à ÏOrganon de Bacon. Son système d*édncation devient la base des réformes scolaires de Jean Sturm et re^it une application étendue dans les éeoles des jésuites qui profitent de ses découvertes, tout en gardant le silence sur le nom de leur au-
•teur. Dans tous les domaines qu'il cultive, la théologie, la philosophie, la pédagogie, la philologie, la politique, le droit, il donne des aperçus noii\ oaux. Et cependant» malgré tant de titres à la gloire, dont un seul subirait pour rendre un nom à jamais illustre, la mémoire de Vives éprouve l'infortune dont il parle lui-môino dans une lettre à Erasme (10 mai ir)2.'i : Op., Vil, p. 175) : « C'est le sort, dit-il qui, dans lempire des lettres, distribue h son f^rô les récompenses et l'immortalité ! » Erasme, redoutant peut-étres on ascendant, proclame un jour, dans une de ses lettres, que le nom do Vives obscurcira le sien (à Th. Morus en 1519; Ërasmi iîp.,lib. XllI, p. 441). Mais sa prophétie ne s'accomplit pas. Vivès est oublié en dehors des sphères étroites de Térudition historique. Il est réservé à l'époque contemporaine de découvrir dans ses fouilles le nom dé Vivès, gravé en caractères inefifaçables sur le fondement qui sert de soutien à Tédiflce des sciences modernes. Né le 6 mars 1 Vj2 à Valence, de l'illustre famille des Yivès de Vergel ou du Verger, Vivès fut élevé avec un frère et plusieurs sœurs par son père Louis et sa mère Blanca Marcb,dans les principes d'un chriï^lianismo vivant et érlairé. Arrivé à l'Age de maturité, le fils reconnaissant voua daDS ses livres un souvenir ému, plein de tendresse et de respect, à ses parents, à sa mère surtout, une femme romaine de caractère et cbrétieune àècœuT [De tnst. fem.. Il ; Df "f/ir. mnriti, Cnmiti. XXXll, 20;. A l'école de Jérôme Am iguet (//oz/jo insùinUer havharus,(l'd Majans], \\ participa, à quinze ans, à une démonstration mise en scène par son maître contre l'humaniste Antonio de Lebrija qui, avec Pierre Martyr d'Anghiera, répondait à cette époque en Espagne les idées et les tendances de la renaissince classique. A Paris, où il se rendit en 1509, il continua ses études sous la direction du Gantois Jean Dullard et de TEspagnol Gaspar Lax, dont le mot resté célèbre : « bon grammairien, mauvais dialecticien, détestable théologien» caractérise suffisamment la tendance. Dans une lettre à son ami, Jean Fortis [In Pseudo-Dialecticos), Vives avoue s'ôtre pénétré avec tant d'ardeur des arputies des cours qu'il suivait, qu'involontairt'Mient même elles venaient se présenter à sa uit iiniire. C'est cette »;(iucati(jn toute scolastlquc qui le rendit capaide de vaincre, avec la supériorité d'esprit qui se manifeste dans ses écrits, un ennemi <lont il eoDuaissait toutes les ruses et toutes les retraites. — En 151:2, il quitte Psris où il ne retourne plus que pour y faire de courts séjours et se fixe ea Belgique, qui devient sa deuxième patrie. Nommé en 4518 précepteur du jeune cardinal Guillaume de Groy, archevêque désigné de Tolède, il entretient des relations -constantes avec Erasme, et, rompant définitivement avec son passé, il embrasse les principes de l'école huma» MeditaHone9 in septem psalmos fjitos votant ptenitentin' (1518), dédiées à son élève, portent déjà le cacliet de la nouvelle tendance. U traité : J)e Jniliis, seciis et laudibus PhilosopAiw (1518) donne un
VIVES
aperçu de l'histoire de la philosophie. Dans la lettre à Fortis : InPteudih 2)ialecticos (1519), il atteqiie sans ménagements les méthodes surannées de la scolastique et dans Declamationes geptem{iS/30 et 21), des discours sur des sujpts antiques, il travaille à donner à son style une perfection tout à fait classique. Dans les années fo^O et suivantes il fait à Louvain dos cours sur diverses œuntps de Cic«'ron (/// /j'f/rs. Ad Cniotietti Mnjorem, In somnnim Scipionis, In quardun /{/n lnncorinn) ; sur los Convivia Fr. Philelphi et niônic sur un ouvrage sorti de sa plume Christi Triumphus (lol4), dans lequel il s'applique à remplacer la mythologie par des idées chrétiennes, tendance qui se rencontre aassi dans son opuscule : Clypei Christi Deseriptio. Tous ces cours ont été imprimés. Ses commentaires, plus philologiques que théologiques, sur la citt'* de Dieu de saint Augustin : Divi Aurelii Auguttini libri XXII Civitatit Dei commentariis illmtrati^ Bas. 1522, sont un monument de la plus étonnante «'ruilitioii. Kntrepris à la demande d'Erasme, ils n'échnppèrent pas aux soupçons de l'inquisition qui défendit l'ouvrage donec corrigatur [Cotai, lihr. /jro/uff. Cnrd. Quiror/:»', 158.*i, in-foL. 47. :2). • Dans les éditions subséquentes et dans les traductions, entre autres dans la traduction française de Geotian Hervet d^Orléans (Paris, 1570], les passages incriminés disparurent. Ils concernent : l'éloge d'Erasme, la critique des commentateurs antérieurs, le baptême des adultes, les guerres entre chrétiens, les ordres mendiants, l'incarnation (la question soulevée par les P^res : si le Logos a adopté Tbomme ou Thumanitë), la g:n\ce, les jeûnes, les •rrades académiques, les richesses de l'Ejjlise, etc. — C'est pendant (ju il travaillait à ce <riganfesfjue ouvrage que la mort prématurée du jeune cardinal 15:^1 vint nuîttre un tenue inattendu et subit à l'ère de prospérité qui s'était ouverte à lui, à son arrivée en Belgique. Une busse intrigue, dont se rendit coupable un moine dominicain, lui enleva la charge de précepteur des petits-fils du ducd'Albe (1532) et, pendant plus de deux ans,Yivè8 se vit obligé de lutter contre les difficultés et les misères de rezistence. Ce n*est qu'en 152.3 qu'il trouva, après un court voyage en Espagne, un asile en Angleterre, comme directeur de l'éducation de la princesse Marie. Il avait offert au roi ses commentaires sur la Cité de Dieu et la reine avait accepté la dédicace de son bel ouvra^re : De ùtslititl iont^ i la-i&iiainv fenun.f, lib. 111 (1.523) ; trad. fr. : Insiifution de la j't'mmr r/ircticmie, tant en son enfance, que mariage et viduité, Lyon, iu-16 ; Anvers, 1579, in-12; une autre, Lyon, 1580. trad. esp. et allm. Une suite : De officia matitt, lib. I, Bruges, 1528, fut ajoutée plus tard. Aussi, les souverains firent-ils à Vivès Taccueil le plus brillant, et celui-ci, pour témoiguer sa reconnaissance, écrivit pour le précepteur de Marie : De ratione studii puerilit, un plan d'études qui offre beaucoup d'analogies avec celui qu'il dédia, sous le même titre, au fils de Guillaume de Montjoie. Pour la princesse elle-même il composa : ^atellithnu animi, sive si/mlfda, uu reeiii il de proverbes et de devises qui devaient servir de ^^arde spiritueliea l'àme de Marie 1 1524). Parmi ces devises (iprure celle de Vivès : Sme qtterelaf qu'il explique ainsi : » Vis saus le plaiudre et sans donner lieu à personne de se plaindre de toi, » Un autre traité de morale de la même
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époque : Ad sapientiam intvoductio, traduit doux foison français, Lyon, 1550 et Paris, 15i8, offre quelques aiialojzifs avec le Sntrllitimu. Du reste, celte époque est assez improductive. Sans cesse en voyage, n'avaiit pas de retraite où il puisse étudier, tantôt à Oxford où il donne des leçons publiques et prend le titre de docteur en droit, tantôt à Londres, où il occupe à la cour un rang importent, accompagne la reine à la messe, dirige les études de la princesse Marie, et a bien soin de ménager sa santé, « car, s'il venait à mourir,- on ne s'occuperait pas plus de lui que d'un chien mort » (à Miranda, ep, $, d.» 6jp., VII, p. 202) : tantôt à Lonvain où il édite plusieurs de ses ouvrages, tantôt à Bruges où il se marie avec Marguerite Valdaura (152i), il ne lui rrste que peu de loisirs littéraires. Néanmoins les cercles élevés dans lesquels il se meut ne sont pas sans intluence sur la direction imprimée à ses études et sur la touruure aristocratique de sou esprit. Il s'occupe de questions politiques, et le bien-être de l'humanité le préoccupe..De cette époque datent la célèbre Lettre à Adrien VI (De Europœ staiu ae tumultibut, 12 oct. 1522), dans laquelle il demande au pape, qu'il a connu intimement à Louvain, un concile qui discute avec calme les grands intérêts de la chrétienté, mais qui, laissant un vaste champ libre aux convictions personnelles, ne fixe que les points essentiels et abandonne le reste aux écoles; diverses iL<f//res à révèijue de Lincoln (H juillet 152-4) et au roi Henri VIII (12 mars 1525 et H oct.) ; Du h'umpic dissid'ns et bello tureico diaiogus (oct. 1520) ; enfin l'intéressante étude : De subventione pauperum, sive de humanis necessitatibus^ lib. II. Elle est dédiée aux consuls et au sénat de Bruges (G janv. 1526) et a été traduite en français : L'aumomerie deJ*'L, Vioèt^par J, Girard, jurUcomulte de Tburfii», Lyon, 1583. D'après l'auteur, le soin des pauvres et la direction des hôpitaux doivent être lemis entre les mains de TEtat. Dans la première partie, l'auteur examine pourquoi l'on doit donner des secours aux pauvres; dans la seconde, comment il faut les administrer. — Le divorce de Henri VIII vint interrompre le cours pntspère d<' sa fortune. Fidèle à sa conscience, il se prononra pour la reine et ne néH^lig^t^-;^ j^. cun moyen pour agir sur l'esprit <lu roi. Celui-ci, irrité de son attitude hostile, le fit garder sous surveillance pendant six semaines (Libéra euttodia et non en prison, comme on Ta souvent répété : ep, à Vergara» Op., YII, p. 148) et puis il l'exila de U cour. Pour comble de malheur, il s'aliéna aussi l'esprit de la reine, en refusant de lui servir d'avocat devant un tribunal dont la partialité étaft évidente à tous. U rentra dans son pays, privé de tout moyen de subsistance. A Bruges, la maison de sa femme lut son refuge. Mais, à l'école de la géne, son talent gran<lit et son horizon s'élargit : c'eit l'époque des grandes publications. En 152y. quand la peste {mor/jtis sudorius) vint jeter la terreur dans les esprits, il composa la belle liturgie qui, dédiée à Marguerite d'Autriche et intitulée : Dittmum sacrum de Christo sudante^ porte le cachet de la piété ardente, un peu mystique et espagnole de l'auteur. Dans l'on- . vrage : De Concordia et DUeordia^ lib. IV, dédié à Charles V (l*' juillet 1529) et suivi des traités De parifradonc, lib. I, écrit dédié à Âlfonso llanrique» archevêque de SéviUe,et De conditione vitœ Càrittianorvm
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sub Turca, Vivès s*OCCiipedes moyens de rendre la paix au njonde et la concorde à l'Eglise. Sans s'élever à la hauteur de Thomas Morus qui, dons son Utopie réclame la liberté de eonsdence, il se montre hostile à la persécution et à rintolérance et demaode ^e TEglise, régénérée dans son clergé, sa discipline et sa vie, ramène les Ames égarées en leur témoignant une douceur mêlée de prudence. Comme dans la lettre d'Adrien, il proclame la nécessité d'un concile. Dans De communionert' rtim. écrit composé à roccasion de la guerre de Munster (1535). il combat le uiouvenient anabaptiste qu'il impute, bien à tort, à la Réforme de Luther. Mais les oMivres les jilus importantes de rt ttc période sont : 1" Ses Etudes su?- les sciences, dédiées à Jean III de Portugal et divisées en trois parties : De corruptis arlihus, lib. VII ; "1° de tradendis </wciplmst lib. Y. Comme troisième partie figurent les traités suivants : De prima philoiophia, lib. III; De explanalione cvjusqtte etsentix; De eensufu ven ; De instrumento probabilitaiit; De disputatione^ Bmgis, 1531 : Lngd.,1636; Oxon.,1612; 9f De anima el vita,hb. 111(1538), une psychologie traitant : 1'* de la vie; 2° de l'intelligence; 3° des passions; 3° /Je rations dicendi, lib. III (1532! ; Liurftvr tatiiue e.Tercitatio (Bréda, 1538), les célèbres ctdlo(|ues scolaires de Vivès, son ouvrap:e le plus populaire, dédié à l*liiiip[)c. II. dont M. L. Massebieau expose les glorieuses destinées et dont il doniu^. une analyse aussi vivante qu'instructive avec des notes précieuses, concernant l'histoire des éditions, des commentaires et des traductions {Les collogueseeohiretduseisième eiècie et leurs auteurs^ p. 158, Paris, 1878) ; 5* Ad anmi exercitaîianem in Deum eommentatitmeulœ^ Ântv., 1538; un recueil de prières et méditations, contenant entre autres choses une explication de l'oraison dominicale, 2 trad. fr. ; &* enfin le testament théologique de Vivès : De veritate Fi dei christ ianœ, une apolopio du christianisme qui. dédiée au pape Paul III, parut, après la mort do l'auteur, par les soins de Fr. Craneveld. Bas., in-fol.. 1543-44-55; Lyon. 155!. in-8'^: Col., 1504. Klle a été analysée par Uupin, youvelle Biblioth., XIV, ItX), et par Van Senden, Gesch. de?' Ajjoloyetik.., Stutlg., 1846, II, p. 230. — Dans ses ouvrages philosophiques, Vivès critique le réalisme, sans adopter les idées nominalistes. Il rompt avec les traditions de Téoole et se place sur le terrain de Texpérience. C'est de là qu'il part pour remonter aux causes : csuvre difficile, à son aveu, et vu la faiblesse de Thomme, nécessaireim nt imparfaite (cf. H. Ritter, Gesch. derneuern Philosophiey I, p. 438,Uambg., 1850). Dans l'ouvrage : De tradendis disciplinis il divise les sciences en deux groupes : d'une part, la médecine qui repose sur les sciences naturelles; de l'autre le droit et la théologie, dont le fondement est la morale. Après un aperçu plein de vues originales sur l'histoire de^ sciences, il passe en revue les diverses disciplines et étudie, dans la première partie, les causes de leur décadence. Dans la seconde il expose ses vues sur leur relèvement et leur nature véritable. A ses yeux, la .grammaire à laquelle il joint l'histoire et la poésie, est l'étude raisonnée du langage. La dialectique, aflhmchie de tout le bagage inutile dont l'a embarrassé le moyen Age. est essentiellement la science du raisonnement. La rhétorique, l'art de traiter et d'exposer un sujet. Puis, ren*"
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dint aux mathématiques la place qui. de droit, leur revient, il demande qu'on applique aux sciences naturelles la méthode rationnelle et expérimentale, et, dans la morale et le droit, il donne la préférence aux doctrines de Platon et des stoïciens, comme plus conformes aux enseignements du christianisme que celle» d'Aristote. Son système d'éducation a une portée toute morale. Coinb;ittre le mal dans l'Ktat, la famille et le cœur humain, répandre dans la société et inculijuerà la jeunesse des principes de véracité, de justice et de pureté, unir l'éducaliou à i instruction, tel est le rùle des écoles et des académies. A côté des langues mortes, il demande renseignement des langaes vivantes et les lettres doivent rester jointes anz sciences. Le but de la science est de conduire ràuie à Dieu. A ses yeux Técole ressemble à un arbre solitaire, dont les fruits profitent à tout le monde. À. Lange, dans sa remarquable étude sur le système pédagogique de Vivès {K.-A. Schmid, EncyclopX' die de<t gesammten ErzitkungêU* Unterrichtswesens.lX, Gotha, 1873, p. 737-814) fait l'observation que tous les éléments qui ont fait le succès des collèges des jésuites sont empruntés à Yivès : le principe.de l'autorité du mailrt'. la rareté des punitions, les soins corporels donnés aux enfants, l'enseii^Mcment systémati()ue de la langue latine formant le programme d'une série de clauses, l'émulation, l'étude des sciences pratiques, de la géographie et de l'histoire unie à l'explication des textes, les choix de lectures moralisantes, les cahiers d'extraits, etc., tout est emprunté à Yivès, sauf l'esprit qui animait ce grand maître de Thumanité qui eut ayee le fondateur de Tordre, Ignace de Loyola, d*assez fréquents rapports (Genelli, Leben de$ kg, Jgnatnts, p. 98, Inspr., 1848). Quant à ses vues religieuses, s'il est vrai de dire que sa piété ne dément point son origine et son éducation espagnole, il est certain qu'elle est libre de toute superstition. Les prises qu'il adresse aux saints ne sont guère autre chose que des apostrophes, et tous les passages qui con- «•ernent la sainte Vierge i TsvîOX'.axov Jesu Christi, une allégorie qui contient quelques strophes de poésie, et Vh^fj'mis parentis Ovatio), sont sobres dans le ton et, bien que la fibre poétique fasse défaut à l'auteur, agréables dans la forme. La théologie de Vivès est puisée aux s<jurces pures des saintes Ecritures. Connue Pascal, un siècle plus tard, dans ses Pensées^ il commence son apologie du christianisme par des nflli9n»he8 sur la fin de l'homme et le but de la vie, qu'il définit « la ftlidté de l'âme dans la communion avec Dieu. » Puis il démontre que, parmi toutes les religions, le christianisme seul donne à Thomme les moyens nécessaires pour réaliser l'idéal proposé. H pense que la démonstration de la vérité de la foi chrétienne est nécessabe, puisque Dous n'avons plus, pour convaincre les hommes, l'autorité et la puissance des apôtres et que, du reste, les miracles sur lesquels on s'appuie peuvent être révoqués en doute ; qu'elle est possible, puisque la révélation, tout en dépassant l'horizon de la lumière naturelle, ne la contredit pas {multo est aliud superari quam adversart) ; enfin ([u'elle est utile pour rendre à la foi tout l'éclat que le péché lui a enlevé fl, c. 2 Op., VIll. p. 14). Le courant d'idées intellectualiste qui se manifeste dans la manière dont il envisage Jésus-Christ, comme docteur céleste,
VIVÈS
envoy»'' pour onsrii^npr aux hommes les mystèrosde la triuiti'; et lic l'incaniiition ([ui t-oliiippfint à l;i raison, est contre-balancé parla puissante tendance étlii(jiie qui se t'ait jour dans les passages où il prouve que jamais l'homuieue serait allé à Dieu si Dieu n'était pas venu à lui {Et legem eunoris tulit (Ghrittus) cariiatem resonaniêMf eariiatem sptran' tem, earitatem accensam et infiammatam^ l.'V, e. 3; Op., yiM^ p. 431). Dans le premier livre, Vivès expose la connaissance de Dieu* telle qu*il Ta puise dans les œuvres de la création et dans la révélation. Dans la deuxième, il parcout l'histoire de la religion jusqu'à Jésus-Christ et prouve la divinité du Christ par l'histoire de sa vie et celle de son E<rilise. Dans le troisième et le quatrit ine il donne, sous forme de dialog^ue, une réfutation des objections des juifs et des mahométans et termine son œuvre par un brillant éloge de l'excellence de la religion chrétienne (o*» partie). — Ou a reproché à Vivès son mépris pour ses devanciers (M. Gano,i>e /octs£Aeo/.,cap. uit.). Bmcker (Uist. phil,;d. Majans, Vita Vivis, Op. I, p. 3) trouve qu'il est plus habile à relever les imperfectiops des méthodes anciennes qu'à trouver les moyens d*y remédier. D. Tiedemann {Geist der specuL Phihi,, \, p. 560) Taccuse d*étre superficiel. Mais toutes ces critiques reposent sur une connaissance imparfaite des œuvres du savant humaniste espagnol. — Il existe deux éditions des œuvres <ie Vives : la première, lo. Lod. Vivis Valentini OiJerum, 2 vol. in-f.. publiée, parN. Episropius, Ba si lejr, 1.^55; la seconde, la belle édition de Valence : lo. Lud. Vivis Valentini Opéra omnia, 8 vol. iu-4'% publiée par les soins de Gr. Majans, aux frais de Fr. Fabian et Fuero, archevêque de 'Valence, ValentiiB, 1783. — Le i*' vol. contient la vie de Vivès : 6r. Majans,/o. Lud. Vivii Vita. Op. I, p. 2-219. Un recueil d'épitres, Fpisiolarum... Farrago, Anvers, 1556/a été inséré Ojp., Vil. A.-J. Namèche {Mémoire sur la vie et les écrits de J.-L. Vivèt, dans Mémoires couronm's par rAradt-mie î^ot/ah des sciences et bellesletfres dt' Bruxelles^ t. XV, l'^" i)ait., Brux.. 1841) divise les œuvres de Vivrs en cinq classes : OEuvres philosophiques ; 2" didactiques et pédagogiques ; 3^ littéraires et phihdogiques ; 4** ascétiques et théologiques ; 5" œuvres diverses. On pourrait aussi les diviser en œuvres concernant: i" L'Eglise ou la religion; la famille ou la morale; 3" Técole ou la science ; l'Etat ou la politique. — Quant à Yivès, il passa en 1536 plusieurs mois à Paris où il fit des cours sur le Pœtiffm (utronomicum, attribué à Hyginus, qu'il édita. Dans les années 1537-1538, il résida à Bréda, auprès de Mencia de Mendosa, son élève, épouse de Henri de Nassau. C'est à son intention qu'il commenta les Bucoli(iues de Virgile : In Puhl. Virfjilii Mar. Bumlirn interpretatio, potissimum idiegtn'icn (Brétla, lo.'î?''. comme il avait interprété antérieurement le? (jréorgi({Ut:s, //* Gonniica Prirluctio. Mais il faut avouer que, si l'invention et l'humeur satiri(|ue abondent dans ses o-uvres littéraires (voy. Pompeius fugiens^ 1519 ; Somnium^ qux est pra/alio ad somnium Scipùmie, une allégorie datée de Louvain, 1520; Urbanu» pariter ae gravis dialogm qui Sapiens inseribitur; un dialogue entre N. Berald et (i. Lax sur les travers de la scolastique etj^des legumva Futilité de la jurisprudence), rintelligence du mythe et de la poésie en
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général lui font complètement défaut. — Le 6 mai 1508 Jean-Louis Vivès mourut, épuisé par les maladies, los travaux, les fatigues et les veilles, à l'âge de quarante-huit ans. Sur l'œuvre do sa vie il convient d'inscrire la devise qui décore IV'Cusson de sa fainille : S'ii'uij.i'e vivas I — (Cf. Schauniann, De Lud. Vive Dissertaiio (l'auteur le considère comme précurseur de Kant), Hahe, 1792 et Paquot, Mthnofres pour servir à V histoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, in-f., 1. 1)^ EuG. Stern.
VIVIER (Jehan) était, en 1599,' membre du parlement de Parie, où quatre conseillers de sa famille et de son nom avaient siégé avant lui, à partir de 1391. Protestant sélé, il se montra Ténergique défenseur de ses coreligionnaires, à l'occasion de Tenregistrement de l'Edit de Nantes {voir Journal de VEstoife, et Histoire de Henry IV, par de Bury). Il appartenait à une famille d'ancienne noblesse, dont le nom se rattache avec honneur à l'histoire des luttes «glorieuses de la Réforme. Un do ses descendants, nommé comme lui Jehan Vivier, se distin^rua ou 10:28. au siège de La Rochelle. Bien qu'A}^é. paraît-il, de moins de viui;t ans, il avait accompagné, à la cour du roi (rAiii^^lrterre et en Hollande, le pasteur Philippe Vincent, député par les llochelais pour réclamer des secours, et il fit preuve d'un grand courage en iranchissant les lijj^nes royales pour rapporter au maire Guiton un important message. 11 le prévint, en même temps, qu'une attaque nocturne était préparée, pour le soir même, par Tarmée du roi appuyée par le jeu de toutes les batteries assiégeantes, et grâce à ses avis, l'assaut fut repoussé.
VIVIER (Louis-Théodore)^ né le 13 septembre 1792 à La Rochelle, Ûls de M. Louis-Elie Vivier, conseiller de préfecture, memhre du consistoire protestant, appartenait à la famille des deux précédents. Déclaré aHmis'-'ihIe à l'école polyteehnique. il fut classé comme él^ve d'artillerie en 1HI:>; il prit part aux dernières guerres de l'empire en Aragon et en Citiilugne, et à la campagne d'Es[)a<;ne de 1823, après laquelle il reçut successivement la croix de chevalier de l'ordre de Saint-Ferdinand d'Esjiajriie et celle de chevalier de la Légion d'honneur en 1825. Mis nominativement à l'ordre du jour de l'armée, le 22 décemhre 1832, pour sa courageuse conduite comme capitaine commandant la batterie de brèche, pendant le siège d'Anvers, il ftit lait officier de la Légion d'honneur. Il prit sa retraite en 1851, avec le grade de chef d'escadron d'artillerie. Od lui doit d'intéressants travaux sur différents services de cette arme, et notamment sur la fonte des canons. Rentré dans la vie civile, il se consacra au bien de ses concitoyens, comme membre du consistoire protestant et du conseil municipal de La Rochelle. Président de la sofi-^té des sciences naturelles de la Charente-Inférieure, il y organisa la "omniission départementale de métédrnjo^^Me. et mérita, par d'imporî^iats travaux scientiliqucs, les pahiies ilDilKier de l'iiii^truclioii puhlique. M. Tli. Vivier s'était allié en 18.'tl{ à une vieille famille protestante, par son mariau'e avec la fille d'un médecin distingué, membre du consistoire de La Kochelle, M ° Sophie Casimir, qui, par l'élévation de son esprit et ses rares' vertus chrétiennes, fut sa digne compagne et ne lui nnréeut que (Quelques années. C'est le 12 mars 1873 que M. le
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