VOLNEY — VOLTAIRE
mais 86 livra de préférence aux travaux d\^rudition. Il entreprit en 1782 un voyage en Orient, apprit l'arabe chez les Dru ses dans un couvent du Liban, puis parcourut pendant quatre ans la Syrie et TEg^'pte. A$oa retour, il publia son Voyage en Kfj^/jtte et en Syrie (1787) qui lui lit une grande réputation. Envoyé aux états «généraux par la sénécliaussée d'Anjou, il y soutint los idées nouvelles, mais sous Hobespierrc il fut accusé de royalisme et incarcéré : le î> thermidor le sauva. Il fut noinnié en 1794 professeur d'histoire aux écoles normales, et devint ninubrede l'Institut lors de sa création. En 17U5, il Ut un voyage aux Elats-Liiis. et y fut bien accueilli comme ami de Franklin. Aprto le i8 brumaire, il înX nommé membre, puis vice-président du sénat conservateur; il s'opposa toutefois au Concordat et à l'établissement de l'empire. Après le couronnement, il s'éloigna des afiSûres et se livra à ses travaux littéraires.— Parmi les ouvrages do Yolney, nous ne mentionnerons que les suivants : 1« Les Ituines ou Méditations sur les révolutions des empires (179ij, extrait du Voyage, souvent réédité et traduit en plusieon langues, avec une criti<|U(' aujourd'hui surannée des reli^nons pi»sitivps; 2** Hechn-ches nouvrllcs sur l'Histoire' ancienne (181 i , dans lequel l'auteur conteste riiistoricité du témoi^aia};e des Livres saints Z,^/ loi ntiturfUc ou ( nléc/itsme du citoyen frantais (17U3;, dans lequel Vuliit^y enseigne que la morale n'a d'autres bases que l'organisation de riKiimne et de Tuiiivers ; que toutes les vertus reviennent à l'objet physique de la conservation de Thomme ; que ses deux génies gardiens sont la dou* leur et Je plaisir ; 4*^ Histoire de Samuel, inventeur du sacre des rois, dans lequel l'auteur représente Samuel comme un imposteur, Safit comme l'aveugle instrument de l'ambition d*un prêtre et 0avid comme un vulgaire ambitieux. Yolney s'est aussi beaucoup occupé de la simplification de l'écriture des langues orientales : il proposa dans ce but quelques caractères nouveaux pour compléter Talpbabet vulgaire, et fonda un prix annuel pour le meilleur )Iémoire sur ce sujet. Les Œuvres complètes de Yolney ont été imprimées à Paris, en 8 vol. iû-8°, en 18il, et ses (JLuvres choisies, ou G vol. in-,32, en 1827.
VOLTAIRE. En traitant ce vaste sujet, nous deviuis suivre le plan adojdé pour noire article Rnusscan, et préseuler les doctrines et les actes de Voltaire concernant la personne de Jésus-Christ, l'élément divin des saints livres, et la charité dévouée du philosophe envers les victimes du fiinatisme romain. Un contraste très rare dans l'histoire des opinioni religieuses se manifeste chez Voltaire. S'agit-il de la foi à rEtemel-Dieo, il éprouve une soumission motivée et professe un culte respectueux; s'agit-il de la bienfaisance pratique à Tégard des indigents et de la protection envers les opprimés, le grand écrivain accepte une mission libératrice digne des plus sérieux éloges. Puis, dans ses travaux concemaot les laits évangéliques, le pouvoir miraculeux du Sauveur, le caractère des héros chrétiens et la mission des humbles ministres de l'E^Mise uiuverseli-'. Voltaire ol)éit aux iiiipulsi«m5 d'une incrédulité «léréglée et d'une malice im[)itoyal)le; il cuniond le dévouemenl des martyrs avec les sanguinaires ma.\imes de l'inquisition romaine. — Genève lut le théâtre de cette double activité. En 1755, Voltaire, ùgé de soixante et un
ans, obligé de quitter Berlin et Paris, choisit la vallée du Léman pour la résidence. Il passa quelque temps à Lausanne, puis il vint se fixer à
Genève, pour se rapprocher, disait-il, *de Tronchin, son docteur et son ami. L'autorisation de séjourner sur le territoire de la République Jui fut accordée « sous le bon plaisir w des magistrats genevois. Voltaire se loi^fa dans la campagne dos Drlices, aux portp-^ Ao la ville. Les an»is sérit'iiv <\p la rflitrion n'étaient pas sans in(jiii»Hu<le touchant les projets Aj rt'lf'bre habitant de leur patrie. Le pmCesseur Jacctb Vernet se fil l'intcrprètc de ce sentiment ; il était bien placé pour parler franchement à Ydtaire, ayant soutenu jadis d'honorables relations avec lui. Une lettre écrite en 1733 nous apprend la position du modeste ecclésiastique genevois vis-à-vis du grand poète. « Cher monsieur Vemet, je sens tout le prix de votre correspondance, je vous dis déjà sans aucun compliment que vous avez en moi un ami, car sur quoi Tamitié peut-elle être fondée, si ce n'est sur l'estime et sur le rapport des goijfs et des sentiments? Vous m'avt'z paru un jihilosophe pensant librement, et jiarlant sagpnicnt. En /ait do religion nous avons, vous et moi, de la tolérance. Ou ne ramène jaruuij les li(»mmes sur ce point, et je leur passe tout, pourvu qu'ils ne soient pas persécuteurs. J aimerais Calvin, s il n'avait pas briilé Servet, et je serais serviteur du concile de Constance, sans les fagots de Jean Huss. > — En 1754, le professeur 'Vemet rendit à Voltaire le service de surveiller l'impression de son Abrtgé de VHUtoire «ntver<e//e, publiée à Genève, et qui était très fautive. L'auteur lui exprime sa gratitude en ces tenues : « Ce sera une grande consolation pour moi si cette occasion sert à renouveler la bienveillance que vous m'avez témoignée, il y a quelques années. » Vernet pouvait donc conuiiuniijuer librement au célèbre écrivain les appréhensions de [diisieurs [x-rsonnes touchant son séjour à Genève. Il lui écrivit la lottro suivante, modMc de la plus amicale franchise. «< La seule chose qui trouble la ssafislaction de voir arriver au milieu de nous un homme aussi célèbre ([ue vous êtes, c'est l'idée que des ouvrages de jeunesse ont donné au public sur vus sentiments parnpport à la religion. On a conçu de graves inquiétudes à ce sujet, j'espère que vous les dissiperez complètement. Si cliez nous les théoloipens, les jurisconsultes, les philosophes, sont d'accord sur la religion, c'est que les pasteurs ont la sagesse de s'en tenir au pur Evangile, et les gouvernants savent que l'Evangile est nécessaire. Aussi nous espérons que vous entrerez dans nos vues et que vous vous unirez à uous quand l'occasion s'en présentera pour détourner notre jeunesse de l'irréligion qui conduit au libertinage. Soyez sûr que vous serez alors honoré de tons et craint de personne. » Voltaire répondit : « Monsieur, ce que 1008 me dites est fort raisonnable. Je déteste l'intolérance et le fiinatisme, je respecte vos lois religieuses, et je respecte votre république. Je luis trop vieux, trop malade et un peu trop sévère avec les jeunes gens. Vous me ferez le plaisir de communiquer ces sentiments à vos amis, n — Cette lettre rassura les Genevois amis de leur Eglise. Mais l'illusion fut biontAt détruite, l'année suivante 1750. La compagnie des pasteurs se ]daint aux magistrats de la publication d un écrit fort licencieux qui court la ville. « C'est quatorze vers extraits d'un poëme sur la
• VOLTAIAE
vie (io .Icauue Dure; œ poëme est ua des livres les plus détestables sor la relij^aoQ et les mœurs. Oa rattribue aa mur de Yotteire. » La police fit brûler les exemplaires qv^ou put saisir et le pisteur Vemes qui était en leiation avec Femey écrit à Voltaire : « Oa m^a coouniiniqué une Isuille de cette détestable poésie, je crains beaucoup qu'elle ne soit de mis. Tous ceux qui vous connaissent sont navrés que vous ayez rabaiseé votre génie jusqu'à mettre au jour une aussi seandalouse production. » «Moi, répondit l'autour ; il faut que je sois tombé bien bas dans votre «stime, » Pt pour niifux: tromper los autorités tjenpvoises, Voltairp leur écrit un»' Inii^iic Ictli fi-ù il racctnte (ju'uu libraire de LausaiiiK' est voau lui oflYir jHtnr cinquante iouis une copie manuwrite de la .h-nnut' Ihm, le préveiiaiil (\\u\ eu ras de refus, il voulait la faire imprimer sous son nom : Ji-ius, <lit-iL saisi d'horreur à la vue de cette touille qui insulte avec autant d'iiisolouce que de platitude tout ce qu'il y a de plus sacré, Grasset m'offrit de me &ire «ne copie de ce manuscrit. Il me liissaune feuille que je remets entre les mains du magistrat. EUe ne peut avoir été composée que par un scélérat, insensé, imbécile. Ni vous, messieurs, ni auctm des membres de cette république, ne permettront dies ouvragei fli borribles qui outragent également les mœurs, la religion et le repos des hommes. Mais il n'y a aucun lieu sur la terre où j'attende une justice plus éclairée qu'à Genève. >» Ces lignes Bont signées. Voltaire, ^^'ntilhomme ordinaire du roi. Ce pamphlet de la Jeanne />arc fut composé à Berlin; l'auteur le conservait manuscrit dans une poche secrète de ses habits et s'en taisait lire des fraj^ments le soir après son travail, et dans son dernier séjour à Paris, 1778, il fut charmé <renten(lre le peuple qui l'acclamait, iinir dans un vil engouement le plus beau elle plus détestable de ses poèmes en criant : Vive la Henriade! vwe je Jeanne Darcî — A Genève, en 1756, la colère du poète ne connut pas de bornes lorsqu'il apprit que M. Tronchin, k magistrat le plus estiiBé à Pernay, avait Sût brûler par la main du bourreau tous les exemplaires de cette ignoble production que Ton avait pu trouver à Genève. Un eoit pareil fot réservé à Candide, Ce livre «st infernal. C'est une apologie apiritueUe, -enjouée, de gens qui candidement, et sans penser à mal, commettent tous les crimes qui dégradent respèce humaine. Ingratitude, débauche, faux témoiimages, vols, meurtres variés, sont accitnplis par les héros de cette fible comme les choses les plus licites, et lors«}ne les peines intimement liées à de tels procédés trappcnt Ondide et ffes <'oinpliçes, rauteur adresse des imprécatiims au ju^re supréiuc, qui aurait duarran^rer les cluises di' manière à ce que l'on pût inipunénient tuer son prochain ou déshonorer la maison tle son bienfaiteur. A la requête de la Compagnie des pasteurs, le livre fut détruit, et lorsque II. Vemes demandait à Voltaire s'il' était réellement l'auteur de cet immoral pamphlet, il répondait : « J'ai lu en6n Candide et, comme pMr la Jeanne Dore, je vous déclare qu'il fimt avoir perdu le sens pour m'attrOmer une pareille ordure. Dieu me garde d'avoir la moindre part à cet ouvrage. Voltaire, voyant que wm IHctionnatre pkilotop/nfj"*' ÏÈ'vangUe de la raison étaient sévèrement confisqués, tourna la difli* culté en inventant de fkux titres pour publier les brocbures les plus ir-
léligieiues. Yoîci les principaux : Pensées sérieuses sur Dteu^ Evan-^ gUedujouTf Homélie du pasteur Baume , Conseils aux pères de famille. Lettres sur la Terre sainte établissant la réalité des miracles de Jésus^ Christ.., Les corps ecdésiastiques multipliaient les démarches pour découvrir et anéantir ces odieuses productions, mais des colporteurs chèrement payé^ à Femey {déjouaient leur vigilance et trouvaient une triste complicité chez un assez grand nombre de citoyens. Le plus odieux procédé consistait à rrlier ces productions avec la forme et le titre des nouveaux testaments et des psaumes, et à les placer furtivement le dimanche sur les bancs des temples. — Les pasteurs publièrent des brochures et des discours pour combattre l'incrédulité chez leurs concitoyens. Les savants genevois, physiciens et naturalistes, à leur tète Bonnet et De Luc, s'unirent au clergé, et Voltaire passa l'réquemment de pénibles heures en recevant les réponses de ses adversaires ; en particolier Charles Bonnet avait imprimé un admirable commentaire des paroles de Jésus après la résurrection : «L'on ne pourra plus mourir, màs on sera comme les anges dans le ciel. » Voltaire écrivit : « Gon* naissez-vous un certain Bonnet de Geuthod? Ave*-vous des nouvelles de cette célébrité ? Non. Je n'ai pas de peine à le croire, il est assez ignoré pour cela. Figurez-vous que ce monsieur admet la résurrection des corps. Ce sera un drôle de spectacle, au dernier jour, lorsque les ressuscites se disputeront les bras et les jambes qui leur manqueront. » Bonnet lui adressa quelques mots en réponse à ces indignités. « 11 paraîtrait (|ue M. d(ï Voltaire n'a aimé personne dans ce monde; il n u su regretter ni son père ni sa môre, car, si son âme était suiceptible d*un attachement véritable, il n'aurait pas le triste courage de plaisanter sur les plus douces espérances des malheureux et des déshérités de ce monde, n Un peu plus tard, une brève publication de Bonnet exaspéra Voltaire. « J*ai lu les tragédies du seigneur de Femey, Attire et Zaïre, je m*en suie tenu à ces ehefis-d'œuvre. J*ai parcouru ses ouvrages en prose; quel pitoyable contraste! Je l'ai vu terrasser l'idole . romaine dont on baise les pieds, et porter ensuite sur la croix une •main sacrilège. Je l'ai vu chercher en Chine des arguments contre Moïse et puiser dans les almanachs des calculs contre Daniel. Je l'ai vu commentrr Locke qu'il n'a jamais lu, et insulter Leibnitz qu'il ne peut comprendre. Je l'ai vu expliquer Newton par vanité et critiquer Montesquieu par jalousie. Je l'ai vu reiirésenter Maupertuis aplatissant d uue main savante le globe de la terre et oublier ces éloges pour l'inouder ensuite de ses sarcasmes, a — Par un étrange contraste, nous lUons voir Voltaire s'élever dans les plus hautes régions de la conscience et de la charité pour paralyser le fiinatisme sanguinaire des piéhu romains. Cette tâche était rude. En 1760, les protestants coupables du délit de culte étaient confondus dans les prisons et les bagnes avec les voleurs et les assassins ; les femmes dépérissaient dans ks cachots ; les enfants, élevés par des moines, apprenaientà maudire la religion de leurs pères. Les montagnes de France qui recélaient encore les prétendus rebelles étaient occupées par les troupes royales qui massacraient les réformés comme les plus dangereux maiiaiteurs et les pré-
VOLTAlllL
lats bénissaient la sainte Vierge lorsqu'ils recpvajpnt les rapports sur ces saiitrlants exploits. Si, dans los sphôrps de la littérature et do la pliilosophii'. on frappait do rudes coups sur les superstitions romaines, d'autre part, la liberté de ( (inscienre. le droit de conserver sa toi religieuse demeuraient à peu près inconnus sur la terre de France. Mais un jour, en face des juges qui punissent la prédication de TEvangile par l'exil, les galères et l'échafaud, des parlementa qui laissent passer la justice des papes» se lève un homme, poète, historien, philosophe, qui possède une renommée universelle, un crédit incontesté dans les cours de l'Europe, dont les théâtres et les Académies se disputent les ouvrages. Voltaire prend en main la cause des victimes de l inquisition, il veut réhabiliter la mémoire de Calas, accusé du meurtre de son fils qui avait ahjurr r^vaiiirile. Il inti-resse à cette famille les i»ersoniies les plus iu- Ihientrs (lu r.>yaiime 1 1 (>n i»articulier la duchesse d'Anville, arrière-petite-lille de La Rucheioucault, venue à Geuève pour consulter Trouchiu. Enfin, après quatre années d'efforts et de travaux duAt Genève fût le centre et Voltaire le directeur, Tarrét qui fit périr Calas sur la roue fut anéanti, son innocence reconnue; le rot, cédant à Tentralnement général, accorda 36,000 livres à la veuve du martyr, et tous les cœurs droita applaudirent à cette victoire sur le l'anatisrae légal. — Un cas analogue vint mettre à l'épreuve le zèle et le crédit de Voltaire, l'ne famille du Languedoc, les Sirven. s'était vu arraf licr h-ur fille qui, disaient les moines, voulait changer de religion. Cette enfant, trausléréf dans un couvent, résistait à toutes les instances. Un soir, elle parvint à s'enfuir et se noya daus un puits sur la route. Les prêtres accusent les parents d*ayoir fait périr la jeune fille pour prévenir sa conversion. Sirven et ' son épouse préviennent leur arrestation et s'efforcent, au milieu de l'hiver, de gagner le refuge genevois. La femme meurt de fatigue et de fifoid dans les neiges du Jura. Sirven arrivé dans cette ville est conduit chez Voltaire; le philosophe frémit au récit des tortures physiques et morales de ce martyr. îl lui donne hospitalité, et se charge de lui faire rendre justice. Après neuf années de travaux et de «léniarchcs, Sirven fut (lé« laré innocent, et la tolérance rei;ut un sérieux appui par la couclusioii d<' cette affaire. — Nous ne mentionnerons jias les laits île protection spéciale accomplis daus le voisinage de Ferney.A diverses reprises, ' Voltaire put paralyser les injustices des moines et des abhés àTégard de leurs vassaux et de leurs pénitenta. La réputation de l'écrivain fut décuplée par le succès de ses charitables efforts. On nous demandera sans doute d'apprécier le désir d'éblouir par l'éclat de son influence et de sa générosité, la passion de primer partout et de recueillir des éloges universels. Il y a du vrai dans ces observations, mais les plus sérieu.x adversaires lui ont rendu justice, et voici les sentiments de Ilalleret de Chai lt's Honnet, (jiii ne pardonnèrent jamais à Voltaire ses railb ries contre l Evangile : « Voltaire a fait un livre sur la tolérance «pi oii dit bon, il ne le publiera qu'après l'issue de l'atlaire des malheureux Calas dans les conseils du roi. Le sèle de Voltaire pour ces mfortunés peut couvrir une multitude d'écarts ; ce zèle ne se ralentit point, et, s'ils ob- * tiennent satisfaction ce sera principalement à ce protecteur qu'ils le
devront. Il reçoit beaucoup d^applaudissements pour cette a(Tairn ot il les iiitTito pleinement. » A ces jugements des naturalistes directions de IJeriie et de Genève nous] prenons la ]il»erté d'ajouter que si nous étions dans un monde où les belles actions lussent en raajoiité dépouillées de tout intércH personnel et de tout désir de gloire humaine, il serait licite de juger ri^^oureusemeut l'œuvre de Voltaire et d'en condamner les intentions secrètes. Mais, dans le domaine de la conscience, le vieil tdage rara avii m terris peut être appliqué aux meilleures manifestations de la volonté et nous redirons avec saint Paul : « Chacun apporte à l'édifice ses matériaux d*or, d*argeflt, de bois et de chaume. » A Dieu seul de faire le grand triage. — Les dernières années de Voltaire offrirent des laits analogues aux précédents; il lit des efforts soutenus pour clore l'ère des persécutions léjjales et des violences populaires contre les réformés, puis il continua ses railleries contre la foi pour laquelle ^ouflVairnt et mouraient les lidèles confesseurs du (Christ. Néanmoins Voltaue s'adoucit et de longs inter\'alies de silence interrompaient les publications des brochures irréligieuses. Il fut même très impressionné par la défection d*un contemporain, magistrat genevois, son fervent et fidèle admirateur. Ce vieillard, gravement malade, fitappeler le pasteur Jacob Yernes; il avait été plusieurs fois témoin de l'habileté courageuse decet ecclésiastique défendant les dogmes chrétiens dans le salon de Ferncy. Vernes, par sa doui-e franchise, ramena le malade à la foi de ses jeunes années et fit naître en lui une sérieuse roj)eiit;ince. Ce vieillard, heureux d'avoir recouvré la paix dans la loi <'hrétienue, léj^ua toute sa fortune à Vernes. A l'ouverture du testament, le lidèle pasteur remit le total à des parents éloignés du défaut, se réservant une pièce d'argenterie, en souvenir de son ami. Cette mort préoccupa sérieusement Voltaire et, quelque temps après, il écrivit sa fameuse déclaration : « Je meurs tranquille, croyant en Dieu, aimant mes amis, ne haïssant pas mes ennemis et détestant le Cmatisme. » Peu de temps après le grand écrivain partait pour Paris et se replongeait imprudemment dans le tourbillon de la capitale. Voici les détads que les corres[)ondances genevoises donnent sur les derniers jours de Voltaire et sur la question si vivement discutée: Mourul-il en philosophe paisibleainsi que l'affirment Condorcet et son fidèle secrétaire Yamère, ou fut-il tourmenté par la frayeur de la ujort el obsédé par d'horribles halluciDations, comme l'affirmeot les ultramontains? La vérité se trouve dans les témoignages éloignés des deux extrêmes. — .Voici d'abord le récit du dernier séjour du poète à Paris; c'est une lettre écrite au pasteur Mouchon par M. Beauchàteau, parent de Rousseau : « Paris, may 1778. k quatre-vingt-quatre ans faire des tragédies, courir 120 lieues de poste, entre Genève et Paris. I^e lendemain de son arrivée, ouvrir sa maison, recevoir un monde do visitants, lire son /f^nnc à des gents de goût, changer totalement un acte, et faire beaucoup de corrections aux deux autres; pendant ce teinps-là, écrire ime foule de lettres en prose et en vers, tout cela n'est pas mal singulier. Il risque de payer cher le tout. Puis Voltaire a fait une répétition de la pièce chei lui et, les acteurs saisissant de travers Tesprit de leurs rôles, il s'est donné une peine incroyable et s'est extraordinairement échauffé ; se sentant mal et
VOLTAIKE — VUSSIUS
eraèhant du sali g, il a demandé M. Tronchin et un prêtre. Voyant ce
dernier il a dit au docteur : « Faites-moi le plaisir d'avertir cet homme qu'il est indispensable que je parle peu.» M. Tronchin espère le tirer d'af* faire, mais c'est douteux. » — D'Aleml>ert subit la môme impression; sachant que Tronchin a dit à Voltaire la vérité sur son danger, il lui écrit: o Mon cher et illustre cimirère, vous avez fait ce (juola prudence et riiuinanité exii^eiit, maintenant tran(iuillisez-le, si possible, sur sa position. Je passai hier quelque temps avec lui, il me parut fort efl'rayé, non seulement de son état, mais encore des suites désagréables qu'il pourrait entraîner. » Enfin, quelques jours après la mort de Voltaire, Tronchin écrit à Charles Bonnet. « Si mes principes avaient besoin que j'en resserrasse le nœad, l'homme que j'ai tu dépérir, agoniser et monrir sous mes yeux en aurait fait un nœud gordien, et, en comparant k mort de l'homme de bien, qui n'est que le soir d'un beau jour, à eells de Voltaire, j'ai vu bien sensiblement la différence qu'il y a onire osa belle journée et une tempête. Ces derniers temps, e.xaspéré par des contrariétés littéraires, il a pris tant de drogues et fait tant de folies qu'il s'est jeté dans l'état de désespoir et de démence le plus affreux. Je ne me le rappelle pas sans horreur. Dés (pi'il vit que tout ce (ju'il avait tent^ pour an^nnentcr ses turces avait produit uji ell'et contraire, la mort fut toujours devant ses yeux: dès ce moniont, la rage s'est emparée de son âme. Ilappelez-vous les lunes d'Oreste. ainsi est njort Vollaire. « 11 faut donc retrancher des récits ultramontains les ignobles détails qui transforment un accident survenu dans la chambre du malade en un hideux désespoir. Nos lettres sont dans lés manuscrits Monchon et Bonnet, bibliothèque publique de Genève. CSelle de Tronchin est dans la collection de Bessenge. — Nous n'osons pas espérer d'avoir donné une idée approximative de Voltaire au point de vue de la science religieuse et de la foi. Nous avons cité des faits authentiques, laissant au lecteur le soin d'en tirer des conséquences h'|j:itimes. G. Gabbbsl.
VORAGINE (Jacques de). Voyez Jdci/urs de Vorarjine.
VOSSIUS (Tiérard). prévôt «le Tongres, né à Lootz. dans le pays de Liège, ujort à Liège en 160i). Il passa plusieurs années, en qualité de protonotaire apostoli(juo à Rome, où il s'acquit l'estime et l'amitié des cardinaux Sirlet et Caraffe, et où il s'appliqua à lire et à traduire les ouvrages manuscrits de plusieurs Pères grecs. Nous avons de loi :
une Traéuetiim de samt Grégoire thaumaturge, avec sa Vie et des Bcolies, May., 1604; 9* une Traduction de eoint Epkrem, avec des notes, Rome, 1589, 3 vol.; 3<*une Traduction latine det JHtcoirs de Chryiostome, 4580 ; 4P l'ouvrage de saint Bernard, De consideratim, avec un commentaire, 1594 ; 4<* la Vie et lettres de Grégoire iX, avec des notes, Rome, 1587. Yossius passait pour l'un des connaisseurs les plus iialdies du latin et du grec.
VOSSIUS (Gérard-Jean), savant théologien néerlandais, né prèsdeHeidelberg en 1577, mort à Amsterdam en 1049.11 «levint succespiveuient directeur du collège de Dordreclit et do Leyde, professeur d*élt»queDce et de chronologie dans cette dernière ville, et professeur d'histoire dans la nouvelle académie d'Amsterdam, nommée l'Ecole illustre. Yossins
YOSSiUS — VULUËMIN 427
prit parti pour les gomaristes contre les arminiens, mais sans défendre leur théorie dans le sens le plus rigoureux. Parmi ses ouvrages, nous citerons : 4* Thèses tkeol. et hister. de varii» dactrinm ekriet. et^ntibus, Leyde, 1515 ; La Haye, 1658 ; ±' HistoHx de coniroversiis, qwu Pela' ffus ejusque reliqummoverunt, lib. VII, Lugd.-Bat., 1618; ouwa|^qni attira contre Yossiiis les foudres de l'orthodoxie pomarienne. parce qu'il essayait de prouver que les arminiens, dans leur doctrine du péché, différent ^rrandenient des pélagiens et des senii-pélagiens rt que la doctrine de la *j)rédestination absolue était enti^renlent inconnue do l'ancienne Eglise ; 3° De theoL gentili et physiol. chrUl., sive de origine ae progrestu idokUrim, Hb. JV, Âmst., 1668, 2to1. ; A* De iribus sym" àoks Apostolko, Athanasiano et ConsianttnojjoUtano, iblà,, 1642, 1662; 9" De Jesu ChrùH genealogia, 1643 ; 6^ De beptUmo disputaiiones X, 1648; Marmonix Evnngelix de Passione, Morte, Desun'eeiione et Ascensione Jesu Ckristi, Hb. II/, 1656 ; 8^ JsOffùffe ehronologic:v sacrx, 1659. Les Œuvras rnmpfètea de Vossius ont paru à AinsteriUiin ; 1695-4701, 6 vol. in-l'ol. — Voyez Nicéron, Mémoirps, XIll; Mémoires de Trévoux, }Sin\. ITl.'i; Jo'cher, Allf/fm. (jeli'Jtrtcn-Lp.vicun ; Chaulfepié, IVouv. Dict. /iistor. t'tcn'(. ; Valère-André, UiOlioth. belgica,
VULGATE. Voyez Versions anciennes de la Bible.
VDLLIEIDN (Louis) est né le 7 septembre 1797, à Yverdon (Suisse], où son père remplissait les fonctions de receveur pour LL. SE. de Berne. Il fit ses premières études dans l'institut du célèbre pédagogue Pestalozzi, sur lequel il a écrit dans ses Souvenirs raeentés à ses petits enfants (Lausanne, 1871, 1 vol. in-12) des pap^es charmantes, et les continua à Thoune, puis à Lausanne, « C'est h Thoune, dit-il dans le. livre ' cité plus haut, sous la sévère discipline de M. Stouder,que j'ai appris à travailler et à son enseignement intelligent que j'ai appris à aimer le travail o ip. 'lO-^l). C'est à Thoune aussi que s'éveilla en lui la passion de l'histoire, qui devait le posséder toute sa vie. Au collège et à l'académie de Lausanne, cette passion se développa. « Monté en belles-lettres, il participa à un concours dont Tacite était le sujet et remporta le prix. » — > A l'époque où le jeune YuUiernin faisait ses études, la Suisse avait été envahie par les armées françaises, et son sol foulé par les alliés. Dès lors, bien des plaies étaient demeurées saignantes, bien des préjuges, bien des haines maintenaient les cantons désunis. Aucunes relations n'existaient entre les jeunes hommes de cantons divers. C'est alors que naquit dana l'esprit de quelques étudiants laiisannais la pensée de former une association d'étudiants suisses. Vuiliemin lut des premiers àprèter la main à sa réalisation. La première réunion eut lieu àZofingueen 1819. Dès l'année suivante^ cent vingt jeunes gens prenaient part à la féte, et dès lors fut définitivement constituée la société qui, prenant le nom de la petite cité argovienne, étend aujourd'hui ses rameaux sur la plus grande partie du sol helvétique et même jusqu'à Paris. — Quand Vuiliemin eut achevé sa philosophie, ses parents l'invitèrent à choisir une carrière. Il se décida à embrasser le ministère évangélique, sans vocation bien marquée cependant, tous ses goûts le portent vers l'histoire. Consacré en 1821, il lit quelques années de sufi'ra-
VULUEMIN
gance à Chexbrcs, sur Ycvoy, puis à Nyon, auprès de souvénéraUe
onde Gonthier, « le Féiielon du protestantisme, » coninip l'a appelé Sainto-Bouvp, Au contart de cet homme excellent, sa foi s'alTermif ot se purifia ; mais une grande faiblesse de la voix et une santé délicate l'ubligèrent liientot à renoncer à la prédication, l'n /:ssai sur rErnngile (1828) et des Considérations sur les înœurs des chrétiens, lenr rulte et leur gouvernement pendant les trois premiers siècles (1821)) parurent dans les années qui suivirent cette grande détermination. En même temps, VulUemin^ revenant à ton ancienne passion, traduisit VHùtmre de la Confédération rnsse, de Jean de MûUer, avec la continuation de Gloutz et de* Hottinger. En lS35et 4836, il ajouta à cette publication celle du Chroniqueur vol. in-i"), sorte de journal rétrospectif, destiné à raconter l'histoire de la réformation de l'IIelvétie romande dans les années lolio et 1530. Cette feuille, qui paraissait tous les quinz»^ jours et compta dès le déluit treize cents abonnés, retraçait dans des articles de fond, des correspondances, des variétés et des teuilletons, les progrès et les tâtonnements de cette grande révolution religieuse, comme elle s*était passée sous les yeux mêmes des contemporains. Cette publication acheva de révéler à VuUiemin sa vocation. En même temps, il livrait à la presse une édition définitive, avec appendices, de V/Iistobt de la RêfornuUion de la Suisse, d'Abr. Euchat.En 4836, une offre du professeur Ch. li^onnard le décida à continuer, de concert avec lui, V Histoire de In C on fédération suisse, que Hottinger renonçait à poursuivre. 11 eut pour sa part à raconter la Réforme dans la Suisse romande, la seconde m(»itié du seizième sièel(\ le dix-septième tout entier, et la * sanglante aurore du dix-huitièuje jusqu'à la iiataille de Vilmergcn, eu 1742. — Nous ne suivrons pas VuUiemin pas à pas au cours des longs travaux que nécessita cette entreprise. Nous le rencontrerions tantôt à Zurich, tÂntôt à Genève, à Berne ou à BAIe, à Turin, à Besani^n ou à Paris, fouillant partout les archives, recueillant des documents précieux et entrant en relation avec la plupart des hommes de mérite de Suisse, de France et d'Italie : Hottingt-r. (îaspard d'Orelli, Kopp, Keller, Rossi, C. CantiJ, Silvio Pellieo, Miclielct. Tiiiers, Mif^net, etc. Ses relations avec le londatenr de la dernière rè[ml»lique devaient se poursuivre jusqu'à sa mort. Dans ces mêmes années, en 1837, VuUiemin jetait les bases de la Société d'histoire de la Suisse romande^ qui devait donner aux recherches émdites, surtout pour le moyen âge, un si vigoureux élan. De 1844 à 1845, Thistorien patriote se vit entraîné dans l'arène du journalisme ; période d'activité fiévreuse où il défendit, dans le Covrrier «uîsse, la politique conservatrice, contre le flot montant du radicalisnje autoritaire, qui devait triompher avec la révolniion de février 48i8. La démission de la majorité dn clergé vaudois, la transformation de IWcadémie, la fondation de l'Eg^liso libre furent le contre-coup do celte révolution. VuUietnin n nonea alors au journalisme, et Int. dès l'organisation d une làenllè indèjtendante de théologie, désigné eouiine président de son comité des études. Bientôt il fut chargé de l'enseignement de rhistoire deTEglise dans cette institution. Il le poursuivit avec soin, (Quoique sans grand succès, pendant quinse ans. En même temps,