‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 94 sur 158 · WETTE · texte numérisé non relu

WETTE

la mode; il maintient le caractère moral des personnages de Tbistoirs sainte souvent fortement compromis par elle et,tout en se prononçant pour le caractère légendairt> et mythique de la plupart des récits miraculeux contenus dans les livres de l'Ancien Testament, spécialement dans ceux du Penlateuque, cotte épopée nationale du peuple hébreu, il en défend avec élnquonco l'étonnante grandeur et le puissant souille poétique. — Il convient d'ajouter aux ouvrages déjà mentionnés un Manuel d'archi'ologie juive (Leipz., 1814 ; 3° éd., 1842), tout renipli de faits laborieusement réunis, ainsi que la traduction de la Bible, entreprise avec Âugusti (1809-1812, 6 vol.), œuvre remarquable à tous égards, tant par son exactitude merveilleuse que par la noblesse et la pureté toutes classiques du style. Cette version de De Wette peut, à juste titre, être considérée comme Tune des meilleures des temps moderne^;, quoique l'inspiration soutenue qui anime celle de Luther lui fasse défaut. — On a comparé Is travail que D«' Wette a fait sur l'Ancien Testament à celui de WolfTsur Homère. C'est en effet un des traits saillants do la méthode de notre auteur d'appliquer à l'étude de la littérature héltraïque e-xactement les mêmes règles critiques que l'on applique à celle des produits littéraires des autres peuples. L'histoire primitive de tous les peuples révélant les traces du travail de la légende, De Wette ne voit pas pourquoi l'on se refuserait à admettre un travail semblable dans l'histoire du peuple juif. — Nommé professeur à Heidelberg en 1807, De Wette fiit appelé en 1810 à l'université de Berlin, qui venait d'étro réorganisée et qui réunit bientôt une élite de professeurs de toutes les facultés. Presque tous ceux qui occupaient les chaires de théologie a'ppartenaient aux tendances nouvelles : Marheincke représentait le parti hégélien, Schleiermai her l'écob; importante (}ui sr rattache k son nom. Il n'est pas étonnant dès lors que De Wette se soit senti isolé et comme dépaysé au milieu de,ce mouvement berlinois si remuant d'ailleurs, si factice parfois et si peu en harmonie avec les goi^ts et les habitudes de notre auteur. Il publia, durant cette période de son activité littéraire, ses premiers ouvrages sur le dogme [Ueber RelîgUmu, TheoIogie^Beeht 1815; 2* éd., 1829 ; Lekrbuck dei' christlkhen Dogmatik, Berl., 1813-1816, 2 vol.; 3* éd., 1831- 1846). Les prémisses de sa spéculation sont empruntées à la philosophie de Fries : la théorie du pressentiment y. joue un rôle considérable. U apri'S De Wette, le sentiment religieux est le moyen par Inpiel riiomme s'élève du fini à l'iulini. Participant de la nature des Sfiitimeiits esthétiques, il est indépendant de la sphère dans laquelle se meut le raisonnement. Il ne faut pas lui appliquer les idées du vrai et du faux. On n'est donc pas fondé à dire que le sentiment religieux procure à l'homme la connaissance de la vérité; il ne lui révèle rien; mais, par l'élan ou l'essor qu'il lui communique, par les émotions, par l'enthousiasme qu'U éveille en lui, il exerce sur son cceurune influence bienfaisante. Ressort merveilleux de notre vie morale, tour à tour il nous transporte et nous calme. Quant au d(»}jrme ou à la forme visible que revêt le sentiment religieux t-t dans I.Kjucilc il s'incarne, c'est celle du symbole, de la légende ou du mythe. Le langage dogmatique n'est autre que celui de la poésie sacrée : tous les sentiments qui font vibrer les cordes du clavier religieux

VVETTK

viennent tour à tour v faire entendre leur mélodie ineffable. Pour interpn^^ffr les monuments do^miati(}nes du passé, il sullit de les dépouiller de leur envtdoppe symbolique et de déchiffrer les sentiments religieux et e?tlit'liijui's qui les ont tait naître. GrAee à e(*tte théorie Ue Wette devait tout naturellement se trouver eu opposition avec les théologiens qui aflirmaient la réalité de la révélation et ce qu'on pourrait appeler l'objectivité du cbristiaxii«ne; parce que pour lui tout te borne à des impressions subjectÎTes exprimées dans le langage poétique du symbole. — Les événements politi<ines qui suivirent les guerres de Tindépendance amenèrent un chan<;ement important dans la carrière de De Wette. Il étiiit l'adversaire déclaré des tentatives réactionnaires qui exploitèrent si tristenjent refTt'rvesrenee des esprits. Lui-m^me, par sa critique prétendue négative, était désigné à l'hostilité de ctnix (|ui voulaient restaurer le passé dans tous les domaines. La lettre (ju'il adressa à la mère de Charles Sand (il avait fait sa connaissance pendant un voyage dans le Ficbtelgebirge), cet étudiant d'Ërlangen qui, dans son fanatisme politique, tua à Mannheim le fameux Kotzebue, l'agent de Tempereur Alexandre^ ftit le prétexte des poursuites dirigées contre lui. Dans cette lettre, De Wette pkint la pauvre veuve et cherche à lalsonsoler; il représente l'acte commis par son fils comme immoral, car «jamais le mal ne peut être surmonté par le mai; jamais le but ne sanctifie les moyens. » Pouiv tant il ajoute : « Pris en lui-même, cet acte nreompli par un jeune honuue pur et pieux, a\ec la conviction et la conliance qui l'animaient, est un beau signe du temps. » Paroles imprudentes et peu mesurées à coup sûr, surtout dans la bouche d'un professeur de morale. De Wette filt destitué. Il se retira à Weimar, refusant noblement la pension de retraite qu'on lui offrait. — Les trois années qui suivirent sa destitution (1819-1821) furent pour De Wette des années d'épreuve et de crise. Privé de sa chaire académique, mis en quelque sorte au ban des universités allemandes, il sentit plus amèrement son isolement théologique et le vide de ses croyances. Sa théorie du pressentiment, de l'a-^piration esthétique vers l'infini h' laissait sans appui, et il éprouva vivement le besoin de mettre sa foi en accord avec celle des simples tidèles. Il aspirait également à trouvor une sphère d'activité prati(jue qui le rapprochât du peuple et lui permit de travailler à sou relèvement. Aussi voyons-nous De Wette prêcher plus souvent que par le passé ; il réunit la volumineuse et substantielle correspondance de Luther {Krituehe Ausgabe tsmmilieher Werke Litikers : Luthen Briefe, SeiuUehreiben u. Bedenken, 1825-28, 5 vol.); il écrit un roman religieux {Theodor oder die Weihe du Zvmfigrêy 1822) , hdèle miroir de la crise religieuse qu*il traversait* Maisce qui aj^itle plus puissamment sur son développement, ce sont les sermons de Schleiermacher qu'il avait entendus à Berlin. De Wette voudrait découvrir, lui aussi, le moyen de rattacher sa foi à celle des fidèles pour ressentir le bienfait de la connnunion chrétiemir ; il s'efforce d'en retrouver l'expression dans les dogmes de l'Eglise. 11 poursuit ardemment cette conciliation, objet de la recherche de tous les penseurs croyants d'abrs. —De Wette venait derefuserun appel comme prédicateur à Bmns^ ^riek, lorsqu'il fut nommé professeur à Bâle où fl resta jusqu'à la fin de

WETTE

sa vie, partagé entre ses travaux do cabinet, la piihlipation de ses ouvrages et ses cours publics, faits on partie (i<'vant un public laïque qu*il avait à cœur d'initier aux ({upstions reliiiieusos du temps. Il conserva depuis lorscott»' s«*rénité calme qui parait avoir été la dispositioQ dominante de son caractère, quoique les luttes qu'il venait de traverser eussent creusé leiir sillon douloureux dans son âme et qu'il ne pût le défendre de soupirer après une sérénité plus haute et une paix plus pro» fonde, avec la mélancolique certitude de ne pas pouvoir pleinemeot les réaliser ici-bas. — Dans son grand ouvrage sur la Morale chrétienne (Berlin, 1 819-1823, 3 vol.), l'iosuffisance de son point de vue théologique se fait sentird'une manière bien claire. De Wette rejette le principe du devoir qu'avait consacré la pliilosopliie (le Kaut, le trouvant avec raison (rop abstrait; maiscelui de la vie qu'il lui substitue l'est-il moins? Tout ci-t-il dit, en ellet, lorsqu'on recommande à riiomme de développer sous toutes ses formes la vie en lui et dans ses semblables? Toutau moins faudrait-il définir cette vie. Et de quelle autre peut^il être question, si ce n*est de la vie étemelle, de celle qui a son principe en Dieu, qui nous est commu* niquée par lui et qui nous conduit à lui? Seule, la vie en Dieu est capable de faire comprendre à l'homme le problème de sa destinée et de le lui faire réaliser. Des trois parties dont se compose cet ouvrage, la seconde est consacrée à l'histoire de la morale clirétienne. C'est là une innovation fort heureuse; seulement on ne comprend pas pourquoi De Wette a placé cet aper(;u bistttrique entre la morale j^éiiérale et la morale spéciale, division assez arbitraire d'ailleurs et (jui a l'ait son temps aujourd'hui. — Pendant son professorat à Uàle, De Wette s'occupa avec prédilection du Nouveau Testament. Le Manuel excgéitgue [ICurzycfasstei exegetitekee ffandbueh sum Neuen reetament, Berl., 1836- i848, 3 vol.) qu*il publia sur cette matière eut rapidement un grand succès. La méthode et les principes de critique qu'il met en œuvre sont les mêmes que ceux dont il s'est servi pour l'Ancien Testament, quoique, par la nature même du nouveau champ où il les exerce, il ait été amené à procéder «juebf ue peu différemment. Il est, en effet, de toute évidence que l'on ne peu! apjdiquer au Nouveau Testament les mômes procédés <le critique qu'à l'Aucien. Les temps sont plus rapprochés de nous; le mythe et la légende ne fleurissent plus avec la même exubérance que sur le sol de l'antique Orient; nous connaissons d'une manière positive les auteurs de quelques* uns des écrits qui sont pour nous les documents de l'histoire du siècle apostolique. Non seulement les questions d'authenticité peuvent M poser, mais elles peuvent, jusqu'à un certain point du moins, recevoir une solution satisfaisante. Il convient donc d'aborder la discussion des problèmes de critique ([ue soulève l'examen des livres du Nouveau Testament avec beaucoup de circonspection et en s'entourant de toutes les précautions nécessaires. 11 est vrai que les difficultés qui se présentent ne sont pas peu considérables. — Le merveilleux, dans les récits évaugéliques, joue un grand rôle : on le côtoie sans cesse. Il ne forme pas seulement, comme on Ta cru longtemps, le commencement et la fin de l'histoire de Jésus, où De Wette croit découvrir les traœs non méconnaissables de U légende ; il se mêle & toute la carrière du Sauveur; ses

WETTE m

dûeMin eax-mémes en sont tout eoveloppés et comme imprégnés; ii*Mt pas possible de séparer les discours de Jésus des faits qui lesaccomi ptgnent et qui les motivent, sans en déchirer la trame. Les expédients auxquels on a eu recours pour expliquer d'une manière naturelle ces faits sont si forcés que la solution du problème n'en est en rien avancée. Et puis, il y a d'autres didicultés encore. Les récits que nous possédons sur les événements qui constituent le fond de l'histoire de Jésus sont loin d'être d'accord. Ils se contredisent sur plus d'un point et soumt leoraocord est plus embarrassant eneore que leurs diverf^nces, car leun auteurs seoiUent s*ètre copiés, parfois même littéralement. Au lieu d*a« voir trois ou quatre sources originales à notre disposition, il se trouva que nous n'en avons plus peut-être qu'une ou deux. Quel est, au sur* plus, le rapport entre les Evangiles écrits et la tradition orale: (juel est l'intervalle qui s'est écoulé entre les événeuients et les écrits qui nous les racontent ; qu»'l est le mode de formation de nos Evangiles ; quel est leur de^ré de dépendance ou de coordination; quelle est la valeur que Ton peut attribuer à leur témoignage ; quelle est la nature de l'autorité dont ils doivent jouir dans l'Eglise? TsUee sont les nomlffeusea et délicates questions que De Wette voit poindra à Thorison de la critique sacrée et qu*il indique avec beaucoup de sagacité sans pouvoir y donner une réponse. — fit c*est là précisément ce qui le distingue de Strauss et de Baur. Il refuse au premier le droit de recourir au procédé de la légende et du mythe pour explif^uer des événements qui se sont passés au premier siècle de notre ère, à une époque parfaitement historique déjà; il dénie au second la possibilité d'affirmer, avec autant de certitude qu'il le fait, que les choses ont dû se i)asser de telle manière et non d'une autre, vu que nous ne possédons pas des éléments d'information sufâ* sants. De Wette ne conclut donc pas ; il se borne à émettre des doutes ; il pèse avec impartialité le pour et le contre, et déclare que la critique ne saurait aller plus loin. Aussi désespère-t-U de pouvoir écrire une vie de Jésus ; il croit que l'histoire du fondateur du christianisme est destinée à rester éternellement enveloppée de mystère, k se noyer dans un clair-obscur voulu par la Providence. De Wette s'en console en pensant que Dieu a jugé bon qu'il en fût ainsi. Un peu moins de certitude historique, loin d'ébranler notre foi, ne doit que l'exciter davantage à pénétrer du monde visible dans le monde invisible où se trouvent ses véritables objets et les sources de la vie auxquelles elle peut se retremper. — Le dernier ouvrage publié par De Wette : L*Ss8enee de lé foi céréftMfie ( A» Wewn det èkriilHehm .Giaubm», Beri., 1846; voyes luisl Varlnungen ûber die Êhliffkm^ ikr Weten u. ihre EHhémungtfor^ siMt 18S7) atjteste un progrès sensible vers les idées chrétiennes. C'est line exposition de l'csse.nce du christianisme au point de vue apologétique, principalement destinée aux laïques. Les définitions que l'auteur donne, les développements dans iescjuels il entre, toute l onlonnance du livre marque une grande différence d'avec ses premiers ouvrages sur le dogme. De Wette considère la foi, non plus tant comme une cxaltation du sentiment qui revêt d'une forme symbolique les idées étemelles qu'il pressent, que comme une forée spirituelle qui nous remplit et nous

456 WETTE — WETTSTEIN

anime, et qui est le résultat de l'œuvre accomplie sur ]a terre par le Christ, la réconciliation de l'homme avec Dieu. Aussi De Wétte accordet-il une iniportancfi particulière aux idéps du péché et du salut, presque complètement étrangères à ses premiers ouvrages. C'est ainsi que notre auteur poursuit l'œuvre à laquelle il avait consacré toute sa vie. Id-uvre de conciliation entre les besoins de la raison et ceux du senlim» nt dont le terme lui a toujours échappé, parce que le langage de l'un et de Tautre lui semblait contradictoire, la raison se servant da langage philosophique, le cœur de celui du symbole. De Wette légua à d*autres le soin de trouver la solution de cette antinomie entre la science et le sentiment religieux. Lui-même, après avoir vaillamment combattu le bon combat, déposa les armes le 16 juin 1840, appelé par Dieu à contempler face à face ce que jusque-là il n'avait entrevu que confusément et comme dans un miroir. — Parmi les manuscrits de De Wette, s'est trouvée la poésie suivante qui le pciiil admirablement : « J'ai semé la semence, mais où maintenant mùril la moisson ? Qu'il est rare que i on comprenne et que l'on applique bien ce que Ton a appris ! Je vécus dans un temps troublé; l'union des croyants était rompue. Je me mêlai à la hitte. Mais ce fut en vain ; je ne suis point parvenu à la faire cesser. Pour la liberté et la justice, on a combattu et Ton combattra encore. Ce fut pour moi une affaire de coBur. J'aurais bien aimé souffrir davantage encore pour elles. » — Pour résumer notre jugement sur De Wette, nous (lirons que ses mérites sont bien plus grands dans le domaine de la crifiijUf que dans celui de la dogmatique. 11 est le type du critique impartial, calme, exact. Sans doute, ce qui caractérise son œuvre, c'est Fabsence de résultats précis, de conclusions positives. Sa critique ne sait pas vaincre le doute; elle se contente souvent d'arguments trop subjectifs, de raisons de goût, de Sentiment, de style; elle n'appuie pas asset sur le fond historique qui demeure voilé, vague et fuyant. Dans le domaine de la spéculation. De Wette aboutit au dualisme entre la raison qui détruit Tancien dogme et le besoin esthétique qui tend à le relever en faveur d^ sentiment. Mais cette restauration demeure impropre et purement ligurée : le conflit entre la science et le symbole religieux reste inapaisé. — Voyez Scbenkel, Da Wt-llu u. die JJedcutung semer Théologie fur unscre Zeit, ScbafPh., 184W; Hagenbach, />e Wette, Leichenrede u. academische Gedœchtnissfeier, Bascl, 1849-50; Lùcke, De Wette, Zu freundtchaftlieher £rmnerung,UAmh.t 4850; Golani,AeoMe de théologie, i- série, 1, 87. 129. F. LiCHTBKBBtGm.

WSTTSTBOf (Jean-Jacques), savant critique biblique, né à BàlCi^ en 1693, mort à Amsterdam, en 1754. Son éducation scientifique fut d*abord dirigée par son père qui était pasteur à l'église de Staint-Léonard, à Bàle. puis continuée à l'utjiversité de cette ville sous la savante direction de Bu.xtort", de Werenfels et d'Iselin. Le jeune philologue compara de bonne heure entre eux les divers codices que renfermait la bibliothèque de sa ville natale et publia le résultat de ses recherches dans une dissertation intitulée : De variis Novi Testamenti lectionibus, dans laquelle il prouva que la variété des leçons du Nouveau Testament ne porte aucune atteinte à Tintégrité, à la certitude et à Tauthenticité da

WETTSTEIN — WETZER 457

texte sacré. Wettstein fit ensuite un voyage en Angletern^ et on France. A Londres, il entra en relations avec le célèbre critique et philologue Bentley et se livra pour loi à de savantes recherehes à k bibliothèque royale de Paris où il fit la connaissance de Mont&ucon et de De la Rue. Nommé successivement aumônier des troupes suisses en Hollande et pasteur à Bâle, il se sentait trop à Tétroit dans cette sphère d'activité purenii'iit ecclésiastique. Ses opinions en matière de critique lui causèrent d'ailleurs des ennuis auxquels il fut très sensible. C'est .linsi qu'il s'attira le blâme de ses anciens maîtres pour avoir attribué au codex des Evangiles de la bibliothèque de Bàle un ;\ge moins avancé qu'ils rie le faisaient eux-mêmes. Il lut formellement accus*'; d'ariaiiisine et de socinianisine pour avoir préiëré dans 1 Tim. III, 10, la leçon oç à celle de ki; è^avEpwOr, *£v ctlç,x{. Une enqu(^te fut ordonnée contre Wettstein, à la suite de laquelle il fut destitué. Tout en protestant contre cette mesure, il se réfii^a à Amsterdam chez ses parents, libraires célèbres, pour lesquels il prépara son édition critique du Nouveau Testament. Il retourna encore une fois à Bàle pour plaider sa cause; mais, malgré les bonnes dispositions du gouvernement, il perdit son procès à cause du ton mordant dans lequelil avait présenté sa défense. — En 1751 , parut sacélëbre édition du Nouveau Testament grec^H xoi^viq Am^^xy;. Novum 2'estamenfem gr«eum editionis receplœ, cum tectiombmvariantibusfiodicum Mss, edftîonum alianim, versionum et Patrum — opéra et studio Joannin Jacobi Wet'item'i, Amst., 4751-1752, 2 vol. in-fol.), riche trésor de critique et d ('.\ft;rsp biblique. Wettstein, en ellet, n'a pas comparé moins de quarante codtces; il les décrit avec beaucoup de soin, il les classe, mais il ériumère plutôt qu'il ne pèse leur mérite : c'est de lui <}ue date leur dé- Domioation. Il n*08e encore reviser le texte reçu lui-inéme ; c'est en actes, 6008 forme de variantes, qu'il présente le résultat de ses recherches, plaçant en première ligne les leçons qu*il préfère au texte luimême, puis les autres, par rang de valeur, mais sans indiquer les principes qui le guident dans sa critique. U y ajoute une traduction, avec des remarques archéologiques, ethnographiques et des parallèles tirés des auteurs classiques, des Pères de l'Eglise et des rabbins. Il convient de faire remarquer aussi que les opinions dogmatiques de Wettstein n'exercèrent aucune influence sur ses travaux scientifiques. — Nous citerons encore de lui : 1"^ C lementis Romani II Epi^tolie ad virgines, cum versiojv lalina, Leyde, 1754; 2*^ Prolegonieua in ISov. Te.stnm.^ Ams., I7.U); 3" Libelii ad crisin et interpretationem iV. T., 1706.

WETZER (lienri-Joseph), célèbre orientaliste, né en 1801 à Anzetabr, dans la liesse électorale, mort en 1833. Ue parents pauvres, soutenu perle digne prêtre Yan Ess, Wetzer étudia la théologie à llarbourg et ITlibingue, s'appliquant plus spécialement à Tétude de Thébreu et de l'arabe, n suivit également à Paris les savantes leçons de Silvestre de Siey pour le persan, et celles d*EtienneQuatremère pour le syriaque. A partir de 1 828, Wetzer professa avec un grand succès la philologie orientaleà l'université de Fribourg. Il se maria en 1831. On a de lui, outre une Traduction de C Ancien Testament , faite en collal)oration avec Van Eu (Sulzbach, 1840) : i^'Taki-EddimMakrizuMùtoi'ia Coptorumchrû-

WETZER — WiiATELY

tianorum in y&ffypio,arabice ediia, in linguam latinam iranslafa etgravissimo theologorum ordine inAcademia Alberto Ludoviciana Briigoic^ oblata; c'est un manuscrit que Wetzer copia à la Bibliothèque royale de Paris, et dont il publia le texte, inconini jusiiirabtrs. en l'accompagnant d'une tradiictidii latine ; 2® /ifstiiuliu veru- chronologiu' rerum ex conlrouei'sih Ariams, inde ab anno 325 usque ad annum 350 exnrtnm canira chronologiam hodie receptam exAibiia, Francf., 1B27 ; ouvrage dans lequel Tauteur tranche le conflit souleyé entre Mann et Mamacfai snr la chronologie des événements ecclésiastiques en rapport avec IV nanisme, de 340 à 350, en établissant solidement la chronologie jttsqu*ea 325, et en réfutant victorieusement la chronologie admise jusqu'alors; 3° L' Univer.iité de Fribourg^ d'après son origine^ son but^ -ses moyens, sa qualité de corporation et de fondation pieuse^ son nvr/aTiis-ntlnn, ses institudotiSy et les (jnrnnties léf/alas ecclésiastiques et politiques de sa conservation, Frib., 18i4; i° les nombreux articles ài^ Y Encyclopédie de ta théologie catholique dont Wetzer était lo directeur et qui est sans contredit le meilleur recueil de ce genre que l'Eglise catholique ait produit ; il se compose, avec le supplément, de 12 forts volumes qui ont paru à Fribourg de 1847 k 1856. Wetser était un catholique décidé, bien qu*adversa ire tacite des extravagance8ultramontaines;ils*abstientt dans les articles qu'il a rédigés, des attaques grossières que la plupart des encyclopédies catholiques dirigent contre les protestants.

WHATELY (Richard), archevêque de Dublin, né à Londres en 1787, mort à Dublin en 4863. Elève, puis fellovv à l'Oriel Collège de l'université d'Oxford, il se distingua par son esprit de recherche sérieu.x, avide de lumière et passionné de logique. Il débuta par une réfutation spirituelle duscepticisikie de Hume dans une brochure devenue très populaire et traduite dans plusieurs langues : ffùtark Doubtë relative io Napoléon Bonaparte (1819). S*étant marié, il foi nommé pasteur à Haleswortb, comté de Suffolk, et publia ses Essays on the difficulfiesin tke writingt of Saint Paul, où il s'arrête à l|i doctrine de la prédestination qu*il comprend dans un sens contraire à celui de Calvin, et ses Letters on the Church by an episcopalian, dans lesquelles il réclame l'indépendance de l'Eglise. En 1825, W'hately revint à Oxford et s'attira bientôt, en Angleterre rt en Amérique, une légitime renommée par ses cours et par ses écrits, en particulier son ouvrage principal, The Eléments of Logic, répandu comme un manuel indispensable dans toutes les universités ; nous pouvons en dire autant de la Rhétorique et des Coure mr l'Feonor mie politique. La nomination de Whately au siège archiépiscopal de Dublin (1834) souleva de vives protestations de la part du parti conservateur et orthodoxe, et même ses amis semblaient étonnés qu'il eut ;iccepté un poste si peu fait pour une nature franche et indépendante comme la sienne. Mais le nouveau dignitaire ecclésiastique ne tarda pa? à justifier le choix du gouvernement et à dissiper les craintes que ses allures si dégagées de tous les préjugés ofliciels avaient pu causer, et il montra par une série de mesures pleines de tact et de fermeté qu'il était véritablement l'homme de la âtuatien. C'est ainsi qu'il vota pour la réduction de 30 à 13 des évéchés anglicans en Iriuide ; il fit tous ses

. j ^ cd by Googl

WHATEÏ.Y — WHISTUN 459

efforts pour établir le système de parité entre les cathoiiqaes et les protestants d'Irlande, s'élevant énerj^iquement contre les moyens de propa^^ando rharnels qui étaient en vigueur ; il se montra partisan résolu des éculps ni)n-eonfessionnelIes et pendant vintrt ans il fut l'Ame de la roniiiiission pour l'édniiation. Son désintéressement, sa bienveillance, ?on inépuisable charité désarmèrent peu à peu les préventions et lui gagaèrani dee sympathies, même panni ses ad^rsaires. Il combattit avec une énergique perséviénnoe les progrès du puséysme, malgré les obstaeles <|u*U rencontra ches son clergé. Sa ponctualité dans l'expédition des affaires était exemplaire. Whatcly siégea plusieurs fois dans la Chambre des lords ei fit partie de commissions importantes. Nous citerons encore, parmi ses ouvrapes théologiques, ses Essaf/s {',] séries), ses études sur The kingdom of Christ, Thoughts on thc Saôbath, Srri/itt/re doC" triiip concerning the Sncraments, Vt^tv of the Scripture rcvflntinn rcspectiny a future siate, empreintes d'un esprit à la ibis relijfieux et libéral et rédigées dans un style classique. Simple, vrai, d'une droiture à toute épreuve, Wbately est le type de Tadministrateur et de récrivain impartial et équitable; il a réalisé, selon le mot d'Âmold, Tidéal de la sainteté moderne, qui, en opposition avec la conception ascétique on piétiste d'un autre âge, pourrait être appelée la sainteté laïque. — "Voyez Fitspatrik, Memoirs of B. Whately, 1864; sa Fie et sa Corretfiondance ont été publiées pnr sa fille.

WHISTON William), théologien an^'lican. né on lOfiT dans le Leicestershire, mort en i752. Chapelain de l'évéque de Norwich, il publia en 1696 A uetr theory of the. earth, from its original to the consumma^ tùmof ail things, dans laquelle il se montre disciple dévoué de Newton, auquel il succéda à Cambridge en qualité de professeur de mathématiques (1709). C'est alors qu'il composa ses ouvrages A tkort metv of léè ckronology of the old Testament and of the harmony of the four Svangeiists (1702), un ffatay on the révélation of Saint John, The ttccomplishment of Scripture prophecies, The literal aeeomplishment *'f Scripture prophecies, etc, qui confirmèrent le soupçon d'arianisme qui avait déjà précédemment été élevé contre hii. En 1710, Whiston fut destitué de sa chaire professorale, et alla se fixer à Londres où il vécut du produit de sa plume et des secours de ses amis. En 1711-12, il publia son ouvrage capital, Primitive ChrisUanity revived^ 5 vol., où il justifie ton ébignement du dogme ofiftoîal de la Trinité ; nous y trouvons les CtmtUuiùm» apostoliques et les Heeognitiones de Clément, en grec et eu anglais, les lettres d'Ignace, et d'autres documents favorables à son point de vue ; mais Tauteur fait preuve de peu d'esprit critique et de connaissances historiques insuffisantes. Citons encore de lui : les Lettres nu comte de Nottingham sur l'éternité du Fif^^ d>' Dieu (172!) ; The pri" mitive Eucharist r>'vivrd ( \ The sncred /lisfurg of the old and new Testament, from the rreution of world tiU (^onstantine (i vol.)

The primitive .\ew Testament [{1 AH) \ The litur(/y of the churchof L'n^ $land reduced nearer lo the primitive standard (1750) ; une traduction des œuvres de Josfephe avecluiit études originales sur la matière (1736), «nfin son autobiographie : Mémoire of the life and writings of Mr.

m WllISTÛN — WlillEFlELD

Will, Jî^histonf written by himself, Londres, 17i9-50, 3 vol. En 1747, WbistoD, devenu baptistc. sortit de TEglise anglicane et essaya de fonder uno « communauté primitive » dans sa maison.

WHITBY (Daniel), érudit anglican, né à Riislulon, dans le Nnrthanapton. vers Uî.'W. mort m 1720, fut surrossiveaient follow du Triiiity- CoUc}:*' à Oxfuni (1004). cliapelain dr r«''V(^(]ne do Salisbury llUiiSi.i recteur de Saiul-Kdiiuuid dp Salisbury. Il publia d'abord dos • crits ii^iémiques d'uuo rare violence contre Rome; puis il plaida en faveur il uu rapprocbenu^nt des anglicans et des dissidents [The Protestant lieconciler, Londres, 1683), écrit qui fut solennellement condamné et brûlé par l'aniversité d'Oxford, et que Tauteur rétracta avec une coupable fîublase. Son ouvrage principal est A paraphrase and eommmtary on tke ne» Teetament, 1703, 2 vol. ; 4* éd., 1718, avec une dissertation, Exmm variantitm léeHanum Joh, Miilii in Nov. 7>slam., et une autre sur le MUlenium. Dans ce commentaire, Whitby partage encore les vues de Tancienne «'moIp orthodoxe et son exégèse est des plus arbitraires. Par contre, dans sa Disserlath de S. Srripturarum inferprefntione serimdtm pnfrurn nitnmcntnrios {\1 \ loiil en proclamant la Bible comme la st uh» règle de foi, il s'affrancliit de l'autorili' des Pères <|ui sont « des ext'L'cles fort inc(Miij»ètents et des i:uidos peu sûrs dans les controverses thcologiques. » Les altacjues des déistes anglais contre la doctrine du péché originel exercèrent une inlluence décisive sur l'esprit de Whitby qui écrivit une série de traités contre la doctrine calviniste de la prédestination, en se plaçant au point de vue des arminiens ; nous ne citefoos que les Four diteounen (1710) et A di$eourse conceming élection ani réprobation ou On the five point» (1711). Enfin, lorsque Clarlceeut publié T/i'- Srripture doctrine of Trinity (1712), Whitby professa outo^ tement Tarianisme, sans être incommodé dansTezercice de ses fonctioiii ecclésiastiques.

WHITEFIELD (George), né à (llourester, le 16 décembre 1714, dans une liumbit" condition, servit quelque temps dans l'auberge de sa mère. A dix-huit ans, il fut adini-^ à l'universifé d'Oxford, au collège de Pembroke. en (jualité d étudiant pauvre, obligé, tout en poursuivant s« études, de servir ses camarades plus fortunés. 11 y vécut d'abord d'une vie solitaire, partagée entre l'étude et les austérités. Il entra enfin €0 relation avec les Wesley et devint Tun des membres les plus sâésds Tassociation d'étudiants connus dès lors sous le nom de niétbodistas. Bientôt même il les surpassa tous par ses austérités. Il arriva le prsmier, dès 1735, au sentiment de la réconciliation. Admis à rordinatioo alorâ qu'il n'avait que vingt et un an!>, il se mit à prêcher dans sa ^iiie natale et ailleurs, avecun succès extraordinaire. Encouragé par les frirts Wesley, il partit pour l'Amérique, afin d'y poursuivre Tœuvre qu'ils avaient r<»mmencée à Savannah. 11 y déploya un grand zèle et y fonda un institut d'orphelins. La nécessité de trouver des fonds pour Cfttc entreprise le ramena en Europe au bout de quebjue temps. Ses «uccès comme prédicateur s'y renouvelèrent, mais l'accueil que lui lit le clergé ^ anglican ne fut plus le même ; les chaires se fermèrent l'une après l'autre à celui en qui on voyait un novateur fanatique. N'ob«Ussant qu'isoa

WUITEFIELD

lèle, Whitefield commença ces prédications en plein air qui jouiToiit un si grand rôle dans !o révoil du dix-liuitiôme siècle. Il prêcha d'abord aux charbonniers de Kingswood, pn'îs Bristol, population prossièro et à moitit' sauvage, privée de tout secours religieux. Il obtint au milieu d'eux de grands sm'cè» spirituels. « On coniuieni^u, dit-il, h s'apercevoir que les cœurs étaient touchés en voyant les traces blanches des larmes sur leurs joues noircies, quand ils sortaient de leurs fosses de charbon. » A Moorfields, dans la baolieue de Londres, rendez-vous des bateleurs et des charlatans, Whitefieid ne craignit pas» de tenter d'apporter TEvangile aui nuisses qui se réunissaient là pour se divertir. On Kécouta avec étonnement, mais sans mauvais vouloir et il put, à diverses reprises, s'y faire entendre. Sa voix était belle et forte; on assure que 30,000 auditeurs pouvaient l'entendre sans peine. — De retour en Améri<|ue, il put, avec des fonds qu'il apportait d'Angleterre, faire construire en (léorgie sa maison d'orphelins, qu'il appela Bélhesda. Un grand mouvenienl religieux se manifesta à la suite de ses prédications dans plusieurs villes d'Amérique. Mais là aussi l'opposition du clergé officiel l'obligea à pr6dier en plein air. Une lettre publiée par Y^hitefield, dans laquelle il traitait siêvèrement Tarchevéque Tillotson, lui suscita à son retour en Angleterre des ennuis sérieux. Dans une autre lettre, il avait pris très vivement à partie son ami Wesley sur la question de la prédestination. Cette divergence de vues s'envenima au point d'amener une séparation. Les auiis de Whitefieid lui firent construire une chapelle provisoire, à laquelle il donna le nom de Tabernacle. Elle fut reconstruite en ITo.'J et a continué jusqu'à nus jours à servir au culte. Il visita un grand nombre de villes de l'Angleterre et de l'Ecosse, et vit partout les multitudes accourir pour l'entendre. Sa vie fut, pendant trente ans, une succession ininterrompue de voyages missionnaires. L'Angleterre, le pays de Galles, l'Ecosse, ^ l'Irlande et l'Amérique entendirent, à diverses reprises, le grand évangéliste, et partout sa parole porta des fruits abondants. L'Ecosse, où le presbytérianisme avait abouti à une orthodoxie froide et formaliste, fut ébranlée par cette prédication courageuse et ennemie des vaines conventions, et un réveil renianiualdc y éclata. En .\nglet»Tre, aughcans et non-conformistes prolitèrent également de ses travaux missionnaires ; mais ce furent surtout les multitudes qui ne fréquentaient aucun culte qui devinrent sa clientèle de prédilection. En Amérique, oîi il fit sept voyages, le puritanisme de la Nouvelle-Angleterre se réveilla sous son influence et sous celle de Jonathan Edwards ; dans les colonies du centre, il enflamma par son zële Tàme des Tennent, des Blair, des Fmley, qui luttèrent avec lui contre l'engourdissement religieux de l'époque; dans le sud, Whitefieid fut à peu près seul, mais ses efforts portèrent des fruits là aussi. — L'amitié de lady Huntingdon, qui avait Conféré à Whitetield les fonctions de chapelain auprès de sa personne, le uni eu rapport avec plusieurs des représentants de Taristocralie britannique. Il eut pour auditeurs Chcsterfield et Bolingbroke, qui rendilent justice à ses talents oratoires, sans toutefois se laisser persuader par lui. Hume disait après l'avoir entendu : « C'est le prédicateur le plus ingénieux que je connaisse. Il vaut k peine de faire vingt milles pour

462 WIIITEFIELD — WICEUUS

assister à sa prédication. » Le célèbre historien appuyait son opinion de cette citation, qu'il avait retenue de la péroraison d'un discours de WhitefioM : « L'ange qui est ici présent est prêt à quitter notre terre pour prendre son essor vers les cieux. Partira-t-il sans porter la nouvelle qu'un seul pécheur d entre cette niuilitude a été retiré de sa voie de perdition ? » Puis, levant au ciel des yeux remplis de larmes, il s'écria : « Arrête. Gabriel, arrête I Ne franchis pas les portiques sacrés avant de pouvoir annoncer qu'une Ame s'est convertie à Dieu. » « Cette apos> trophe, dit Hume, était accompagnée de gestes si animés et cependant si naturels, que tout ce que j'ai jamais vu ou entendu ne peut lui être comparé. >. — Whitefield ne possédait ni une grande intelligence ni une ■grande culture ; il ne fut ni un théologien ni un fondateur. Mais il était né orateur, et il peut être compté au nombre des hommes en qui s'est incarné le génif^ de l'éliMiucnct'. 11 avait uno àine ardente et passionnée, qu'une loi vive exaltait jusqu'à rentliousiasine. La vue d'une grande réunion d'hommes faisait vibrer en lui les cordes de l'émotion et lui Inspirait les accents les plus pathétiques. Il y avait 1& assurément autre chose qu'un don naturel; il y avait cet amour des Ames qui communia qua à la première prédication méthodiste son étonnante puissance. Si Whitefield avait l'Ame d'un orateur, il en avait aut>si l'art. Franklin, qui l'entendit souvent, déclarait que, d'une fois à l'antre, l'orateur avait perfj'ctionné son action. Garrick, qui l'admirait beaucoup, lui rend uu téiiioiuniat^e ton! semblablr. On a souvent rappelé le propos do co niémt' aclour, qui aflirnuiit que Whitelield pouvait faire pleurer ou tremliler ses auditeurs en prononçant le mot Mésopotamie. Ceux de ses serinuus qui nous ont été conservés ne donnent qu'une feiMe idée de sa puissance oratoire. Pour la comprendre, il faut &ire la part large à la puissance du geste, de la voix et des larmes, comme aussi à l'inspiration dv moment. Whitefield mourut d'une attaque d'asthme, le 30 septembre 1770, à Newburyport, en Amérique. Il avait encore prêché la veille de sa innrl. — On possède plusieurs biographies de Whitelield, par Gillir'-;. Philip, Andrews, etc. La plus récente et la plus complète est celle (le Tyermann, 2 vol., Londres, J876. Matth. Leuèvre.

WICELIUS (Georgn), Witzel, théologien du seizième siècle, né près de Fulda en 15U4, mort à Mayence en 1593. Fils d'un cabaretier, il fut frappé de honne heure de la corruption de l'Eglise et de la tyrannie dn pape. D'Brfiirt où il conquit le grade de magister, il se rendit en 1890 à Wittemherg pour y suivre les leçons de Luther et de Mélanchthon. D se sépara de l'Eglise catholique, Tannée suivante; mais l'étude d'Erasme avait nourri chez lui l'esprit de conservation et il lui semblait queLttthor ébranlait l'Eglise jusque dans ses fondements éternels. Contre sa propre couscicnce, Wicclius se fil, sur le vœu exprimé par son père, ortionner prêtre par Tévéque de Mersebourg; il n'en continua pas moins 'ses prédications réformatrices et se maria en l.i24. Nommé pasteur à Nicmeck, en Saxe, il s'efforça de prendre une position intermédiaire entre les catholiques et les protestants ; en même temps il encourut le soupçon de tendances unitaires. Bientôt il soutint contre les réformsr teurs de vives controverses, dans lesquelles l'élément personnel jous

. i^|,..d by GoO'

WICELIUS — WICHERN

malheureusement un rôle considérable. Etant rentré dans le giron du catholicisme, Wicelius lut nommé à une cure à Eisleben. Mais sa vie errante n'était pas encore arrivée à pon terme ; toujours pourchassé ou mécoDteut, nous le trouvons chez les ntraquistes en Bohème, à la cour àê réleetenr de Brandebourg à Berlin, mêlé aux disputes relatives à lintérim d'Augsbourg, occupé à colliger de vieilles liturgies à Fulda, enfin pensionné par Télecteur de Mayence qui l'oocupaitàdesreelieiches homiléttques et hymnologiques. Wicelius a beaueoup écrit, soit dans le but de rapprocher les deux Eglises, soit pour sa défense personnelle contre les attaques dont il était l'objet de la pirt dos chefs delà Réforme. — Voyez Strobel, /Jeitnege zur JJterat. des ÀVJ ten Jahrh., Nurenib., 4786, II; Schrœckh. Kirchemjcsch., 1, 570; IV, 242 ss. ; Hiena ckcr, à?LTi% Kirchenhistor. Archiv, 1825, p. 312 ss. ; 1826, p. 17 ss. ; Neander, De Georgio Wicelio, Berol., 1839 ; Holzhausen, dans la Zeiischr. f. hii' lor. Theol,, 1840, p. Stôss.; Kampsobulte^ De 0. Wicelio ejusgue ttudiit, Paderb., 1856.

WICHERN (Jean-Henri), philanthrope chrétien distingué, Tun des fondateurs de lu luisï^ion intérieure. Né à Hambourg en 1808, 'fils d*un notaire, il étudia la théologie à Gœttingue et à Berlin ; puis, à son retour dans sa ville natale, encouragé par sa pieuse mère, il ouvrit une école libiv du dimancbe qui réunit de -400 à 300 enlants de la classe la plus pauvre. C'est ainsi qu'il conçut pou à peu le dessein de fonder l'œuvre à îaquclle estaliacbé son nom. Elle avait pour but de recueillir et d'élever des enfants moralement abandonnés, et en même temps de former des diacres ou évangélistes {Brùder), capables de porter remède aux innominables souffrances physiques et morales du peuple, surtout dans les grandes villes. La fondation du Rauhe-Haus remonte à Tannée 1833 ; mais la tâche que cet établissement poursuivait ne fut bien connue qu'à partir de 18'i 'j, lorsque le docteur Wichern lança ses /^eM////'.v volantet {Fliegefide Bl;rlfer) par toute l'Allemagne, conviant tous 1rs hommes dp bonne volonté à prendre à cd'ur la misère de leurs senihiabb's. La révolution de 1848 imprima un nouvel o^sor à l'œuvre de Wichern. Au Kirchentag de Wittemberg, il prononça un discours enllammé, débordant de la plus noble compassion pour les maux du peuple « que l'Eglise Sfait éloigné de Dieu en négligeant de lui porter secours. « C'est de cette époque que date Tœuvrede la Mission intérieure (voy. cet article), qui n'a fait que se développer depuis lors et qui est Tun des plus beaux fleurons du christianisme au dix-neuvième siècle. Wichern en exposa les principes avec un rare talent dans une remarquable brochure intitulée La Mission intérieure de C Eglise èvnngéliqun allemande ; il montre qu'elle Tppose tout entière sur rexorrioo lihrf dn la charité chrétienne, et fonuuo telle elle n'a rien à démêler avec le clirist(»-soeialisme d'Etat que le fameux prédicateur de la cour, M. Stœcker, a misa la mode aujourd'hui; elle en est, à vrai dire, absolument le contraire. — Wichern avait un talent d'organisateur de premier ordre : il unissait à une foi profonde et sereine un esprit éminemment pratique. Tout en plaidant avec une chaleur entraînante la cause de la Mission intérieure devant les hauts dignitaires de l*Etat et de TEglise, il ne négligeait pas les détails prosél-

WIGHERN — WICUF

ques (\o la vie journaliôro. Au pessimisme qup pouvait faire naiire en lui le coutact incessant avec ia misère sous toutes ses furmes, il opposait roptimisme de ses espérances chrétiennes. Eo matière politique comme en matière eeelésiastique, Wichern était Thommc du juste milieu, bien qu'avec un pendiant marqué pour les tendances réactionnaires, qui se développa, dans les derniers temps, par la frétiuentation habituelle des cercles aristocratiques dans lesqiiels il était admis et choyé. Attaché, par le roi d<' Prusse Frédéric-Guillaume IV, en qualité de consoiilor d'Etal, au ministère de l'intérieur, il fut spécialement cliargé de la réforme du système pénitentiaire et se montra partisan convaincu du système cellulaire. Wichern organisa aussi la diaconie militaire, non sans lui imprimer ce cachet un peu ngide et étroit qui nous a frappés durant les dernières guerres qu'a soutenues la Prusse. Wichern était aussi memtffe du consistoire et du conseil évangélique supérieur depuis 1858. Une paralysie douloureuse frappa depuis 4873 les forces physiques et lei &cultés intellectuelles du noble philanthrope qui s'éteignit en 1881, universpllpinent regretté.

WICLIF I John), précurseur de la Héformation du seizième siècle, né vers 1320, à Spreswell 'comté d'York, en Anfrletcrre), mort à Lutterworth (comté de L^'iroslcr), le 31 déccujhre l.JHi.

I. Sa Vie kt sks Echus. — John Wiclif était issu de la ramille anglosaxonne des Wycliffe to Wycliffe, qui avait maintenu ses droits de seigneurie contre les conquérants normands et qui resta catholique jusqu'à la mort de son dernier représentant Francis of Wiclif, mort à Ghàteau-Bemard-sur-Tees (vers 1830). Destiné par ses parents à Tétat ecclésiastique, il reçut ses premières leçons de latin du curé d*' Spreswell, mais ne connut jamais le prcc « qu'à travers des lunettes latines» comme dit un de ses biographes. Sa vie peut se diviser en trois périodes : le savant d'Oxford (1335-65) ; l'avocat ecclésiasti(|ue de la couronne 13()<)-77) ; le pasteur et le réformateur de l'Eglise 1378 H il Wiclif lut avant tout un iils de l'université d'Oxford, qui dès le treizième siècle avait été illustrée par ïïuns Scot ; c'est là qu*il fut sitteessivement élève (scholar), et professeur (feUow), de Balliol et de Merton>Gollege, locataire de Queen's Collège et administrateur da Ganterliury-IIall et qu'il prit tous sos grades depuis c^lui de maître ès arts jusqu'à celui de docteur en théologie. iU manifesta de bonne heun son goût pour les sciences naturelles et pour la Bible, qu'il ne connut pourtant ijue par la « Vulgate et par les Pères, tels que saint AuLni>tin et saint Bernard. .Mais, par contre, la lecture dfs auteurs scolasliques, et des écrits de l évéque de Lincoln, Robert Grossetéte, ne lui inspira que de l'aversion pour les disputes monastiques et pour les ordres mendiants. Pendant son séjour à Oxford, notre « feUow » eut aussi l'occasion d'étudier le droit canon et le droit romain, et de se romj^ au maniement des affaires, par la gestion des biens de BaUiol-CoUrge et de C interbury-Hall, en quoi il déploya une probité, mie prudence et une habileté remarquables. C'est à cette première et décisive période de sa carrii^'re que se rapport«'nt ses écrits latins sur la philosophie et sur divers livres de la Bible ; par exemple sa Logique, le I)e universaiiàm, le J)e

WICUF

maima et fimna^ le ùe mmna, ses Commentaires sur tous les livres du Ifonvean Testament, excepté YApoeatypne et sur le Sermon de la mon-

tigne. A ce moment, Wiclif se montre déjà dialecticien consommé et partisan décidé de la réalité des idées générales. La bulle du pape Urbain V, qui tout à coup (1365), réclama le tribut de Jean -sans-Terre avec les arréra^'f s depuis 33 ans, et qui souleva chez tous les Anglais patriotes un seiitiiiif'nt d'indignation contre Irs ingérences pontificales, fit sortir Wiclif de sa studieuse retraite et le tit paraître sur la scène puliliqun, comme un défenseur des droits et des intérêts de la courcjnne d'Angleterre. C'est alors qu'il composa son de Dominio, sa Somme théuloyique, qui contient douze traité», entre autres le célèbre De veritate sacrx Scripturie et sa brochure : Ad parliomentum régis (1366). où il soutient cette thèse, qui contient en germe toute la Révolution séculière du seizième et du dizhoitièroe siède : « Si TEglise fait un mauvais usage des biens temporels, ou qu*elie tombe dans des abus et ezeès nuisibles à la chose publique, le Pouvoir civil a le droit de lui reprendre ses biens par voie législative. » Dans le même ordre' d'idées, il publia ensuite sa brochure : De /wmajuramenti Arnaldi de (iramrio, dans laquelle il démontre que ce personnage, collecteur des taxes pontificales en Angleterre, manquait aux obligations qu'il avait contractées par serment vis-à-vis du roi. Wiclif ('tait seul désigné pour prendre part, sous la présidence du duc de Lancastre [John of Gent), aux conférences de Bruges (1374), où les délégués d'Edouard III réglèrent avec les légats du pape Grégoire XI la question de l'investiture des bénéfices ecclésiastiques. Au retour de cette mission, qui lui valut l'amitié du duc de Lancastre, Wiclif fut nommé rectear de Lutterworth, et résigna aussitôt sa prébende de Ludgershall pour être conséquent avec Topinion qu'il avait toujours manifestée contre le cumul des bénéfices. Mais, en revanche, il fut dès lors en butte aux attaques réitérées des hauts prélats romains. En lévrier 1377, il fut eité devant la « convocation des évéques » à Saint-Paul de Londres ; fé« Trier 1378, il fut mandéà Lamheth, devant Tarchevéque de Ganterbury et Tévéque de Londres, commissaires élus par le souverain pontife, pour iroir à répondre de dix-neuf thèses, prétendues contraires au droit et au dogme catholiques; et, les deux fois, il revint acquitté, grâce à l'intervention soit du duc de Lancastre, soit de la reine-mére et des bourgeois de Londres. En effet, il était toujours l'avocat consultaut de la couronne et. en octobre 1377, le gouvernement du jeune Richard II le consulta sur la question de savoir si. « en cas de nécessité et pour cause de défense nationale, le roi avait le droit d'interdire l'exportation de l'argent hors du royaume et de retenir le trésor du pays, malgré les ordres et menaces de peines spirituelles du pape. » Wiclif répondit affirmativement dans son Ad gutnita régis et eoncUii, où il invoqua l'autorité de saint Bernard {De eonsideratione). — Jusque-là Wiclif n'était guère sorti de son rôle de docteur en droit canon et de défenseur des droits de l'Etat, en matière de contrôle des affaires ecclésiastiques, mais en 1378 éclatait le grand schisme d'Occident : deux papes, Urbain 'VI et Clément 'VII, se disputaient la tiare, et surtout la caisse pontificale, à eoapo d'anatbèmes et à force d'intrigues et de menaces de guerre. Cet m 90

WICLIF

événoment précipila lo inouvenieiit de la peiiscc <lo Wiclif et lui fit envisager la ptissil)ilitt''. pour rKi^lise, de se i)Hî;ser d uu cliel vi>il>le et la nére-sitt' de la reformer >ur la base di^ i'Kcriture sainte. Depuis loiiuleii)j>s dt'jà, (Ml prenant la Bible pour sujet de ses lectures à Oxford, Wiclif s'était préparé à la traduire. Alors (1378-82), il oomprit qu'il fellait la mettre à la portée de tous et, avee Taide de quelques amis, il entreprit cette œuvre hardie de la version de la Vulgaite en langue anglaise et delà prédication itinérante dans laquelle il avait eu, sans le Bavoir, Pierre Valdo pour précurseur. En nj<^me temps, il pul>Uait ses Dotize thèses sur i Eucharistie (l.'iHl), qui étaient aussitôt signaléesaa chHncelier de l'Université dOxford comme contraires à la foi catholique et dont dix étaient, l'anm e suivante iinai 13Sii. condamnéi's par un synode à Londres, niais sans qu'on ns;\t nommer Wiclif. Olui-ci ripostait par sa Confessio magislri Johanais ]\ iclif et par son traité populaire : The Wicket, En novembre 1382, Wiclif fui encore nne fois cité devant un synode à Oxford, mais non pas condamné ; et aussitôt après, il présenta au roi et au Parlement udb pétition où il réclamait lei quatre points suivants (d*où le nom de Four Articles) : 1° L'abolition des vœux monastiques; 2*> celle delexemption des taxes fiscales pour le clergé et ses biens; .'J" la suppression des dîmes et offrandes imposées: h" la ]iré<iicatii>n de la pure doctrine de Jésus-Clirist sur l Eucbaristi'' dans toutes Ifs églises <lu royaume. (Jiioi'|uo ces tlièses lussent au premier clief radicales pour l'époijue, l'archevêcjue de Canterltury iVriiia les yeux et le recteur de Lutter wortb put passer en paix dans sa paroisse les deux dernières années de sa vie. Il les consacra à compléter son capital ouvrage théologique : Le Trtalogus {cum supplemeiUo) ; écrivit De officia paetoralif ûe sex jugùr JHaloguit twe spéculum Ècdesix militantis, et plus d'un demi-cent de Traités populaires^ en anglais, sur le Caléc/iismn, ï£glùe et J,'C,; et prêcha, devant son troupeau de Lutterworth. des sermons qui nous ont été conservés en nf)inbre. En 1383, Wiclif sortit de son calme pour lancer une double et énergique protestation contre la croisade ordonnée, par le pape Urbain II. contre 1»'S Flamanils qui reconnaissaient l'autorité de son rival, et dont le cumniandeinent était conûé à l'évéque de Norwicb {Contra cruciatam papœ) lÂttera ad arehtepiscop, Cantuartemem, ad Urbastun). Frappé de paralysie depuis deux ans, Wiclif, on le voit, n*en était pas moins actif par la parole et par la plume ; lorsqu'une seconde attaque remporta le dernier jour de décembre 1384, la mort le trouva, comme un bon pasteur, au milieu de son troupeau, et comme un vaillant soldat dn Cbrist, luttant pour l'Iionneur de Dieu et les droits de sa patrie !

II. Son r.AnxcTKMK et sa doctrIiNK. — Cette rapide analyse delà vio pt des écrits df Wiclif nous permet déjà de nous faire une itlée d»- soncanictêro et de sa doctrine. Ce qui nous frappe, avant tout cbez lui, c'est la pr»^ douiinance de la volonté, de l acliuii. sur Tintellect et sur le sentiment. Wiclif n'est pas de ces prédicateurs qui cherchent à plaire par des mouvements pathétiques ou de piquantes anecdoctes, ni de ces lettrés qui aiguisent les traits d'esprit ; c'est un avocat convaincu de la honté de sa cause; que dis-je? c'est le vir honus dieendi peritui àoni parle Gicéron,

WIGUF

C^eiM-dire l'honnête lionim»^ ijui donne d'abord l'exemple de la vertu afin de la persuader aux autres. Ses critiques aceirbes, ses virulents sar- ■eumes contre les « moines mendiants » et lés mauvais papes ne sont que l'explosion de sa conscience indignée contre une dévotion hypocrite. L'initiateur de la poésie anglaise, Gkofliroi Gbanoer, a tracé - dans ses contes de Ganterbury, sous le titre de The Parton, un portrait idéal du ix>n pasteur de petite ville, qui ressemble trait pour trait à notre héros. Oui I dans ce savant, pauvre de biens, niais riche de sàintes pensées et de bonnes csuvres; indulgent aux pécheurs repentants, mais sévère pour les or^eilleux et les fMit(Mf''s : qui ne voulait prêcher à ses paroissiens que l'Kvangile du Christ, plein d'anionr, et la doctrine des apôtres; qui ne réclamait pas les ditiies avec malédictions, mais aurait plutôt donné de son propre bien à ses ouailles, nous reconnaissons le modeste et dévoué recteur de Luttervvorth. — Mais, si la critique des adversaires les plus malveillants n'a rien trouvé à reprendre dans sa fie privée et publique, Wiciif échappe-t-il pour cela au reproche d'héréfie qui aété formulé contre lui? Oui et non. En philosophie, Wiciif fut réaliste avec Anselme de Ganterbory et Duns Scot, c'est-kndire qu'il aoatenait la réalité objective des idées générales, contre les nominalistes iài que Roscelin et AJïélard; en théomgie, il n*était pas moins orthodoxe, comme on peut s'en convaincre par son v2Vmi/o^, où il fournit les preuves de l'existence de Dieu, de la trinité et des principaux dogmes catholiques. Mais il se montre novateur sur deui points : le premier, c'est qu'il sdbstitue à Vauctoritax des scolastiques, qui consistait dans l'enseniMe de la Bitde, des Pères, des conciles et des papes, c'est-à-dire «lans un mélange de tra<litions écrites et orales : la Hible, comme la magna chartn écrite et donnée d'en haut, parle moyen de laquelle nous devons revendiquer le royaume de Dieu, sa justice et sa lil>erté. La deu!îi^me hérésie <le Wiciif, c'est sa conception de reucharistie, (jui est absolument dillérente de la doctrine catholitjue, contraire, d'apr^s lui, à la sainte Ecriture, mais qui correspond, par une symétrie remarquable, an dogme orthodoxe de l'union des deux natures en Christ. En effet, i «es yeux, le corps et Je sang du Cîfarist sont réellement présents dans les espèces consacrées, sans que la substance du pain et du vin ait pour cela disparu : Ri^ht so as theper$<nm of Christ is verrey Godand vetry wm — verry Oodhed and verry monhed — right so'the same Sacra-mf'nf Is verry God*t body and verry bred. — Enfin, et surtout, Wiciif «dmet l'harmonie essentielle entre la loi naturelle (conscience) et la loi divine (morale chrétienne); entre la lumière naturelle (raison 1 et la vérité révélée (Bible); il ne craint pas iW n appeler au témoi-inage de Platon et des philosophes pour la démoustration de la trinité; et, par sa méthode rationaliste, il ouvre la voie à la théologie ultérieure, et il est vraiment un [u-écurseur de lluss. de Zwiniili, de Locke. Aussi, l'Eglise romaine, qui n'avait pas réussi à le faire condamner personnellement de son vivant, s'attaqua-t-elle à sa mémoire : quarante -cinq thèses plus ou moins authentiques de WicUf furent déclarées hérétiques et téméraires pir un concile de Rome (1412), et par celui de Constance (1415); en eonséqoence, plus de trente ans après sa mort, ses ossements furent

468 wiaii*^

eihumés et brûlés avec pluneure de ses Uvres, entre antres le Trialoguk, et les eoidres jetées dalis la rivière de Lutterworth.

III. Son ceuvre bt ses disciples. — Laissant de côté ses travaux exégétiques et juridiques, et ne le , considérant qu'au point de vne de la réformation de l'Kglise, nous dirons que Wiclif a fait deux œuvres capi* talos : il a achevé la p^emi^re version anglaise de la Bible digne de ce nom ; il a créé la prédication en langue vulgaire et la mission intérioure dans les classes populaires. Ces doux o'uvres se tiennent par un lion indissoluble : sans traduction vulfraire des Ecritures, pas d'évangélisalion efficace aupros du peuple. Or, avant le quatorzième siècle, il n'y avait que des versions anglo-saxonnes ou anglo-normandes de fragments de la Bible, par exemple du Psautier, et de tel et tel Evangile, et encore étaient-elles seulement à l'usage des eleres. Wîelif le premier conçut et éxécutft, avec l'aide de quelques disciples et amis d*Ozford,le projet d'une traduction eomplète delà Bible, qui fût mené à bonne fin.troie ou quatre ans après sa mort (vers, i 388). Cette version de Wiclif marque, dans le développement de la langue ang^se, une époque aussi décisive que celle de Luther pour raliemand, et personne n'en a mieux apprécié la portée que le chroniqueur ratholique Kuighton lorsqu'il dit: Ùwinum Verbum (ranstulit Wyclefius in nngUram linguam, non angelitam. Unde per ipsiim fil vu/gare, et magls ajiertinft latrts ri mulienhm. ijumn solrf essr clcî'icis. Et sir rrangelicn vin/'gan'td Sj/fir;/if ur et a /torcis conculratury lia ut latcis ctnninunf œtcrmun. f/uofl mile fuerat cl>'rin's et Ecclesiw doctorihus talcntuui supcnium . Knighton ne s'y trompait pas; il y avait chez Wiclif une tendance manifeste à conlier aux laïques les fonctions d'évangéliste et de prédicateur, dont les prêtres s'ac^quit* taient si mal. Gela parut dans la qualité des prédicateurs itinérants qu'il envoya successivement d*Oxford (depuis 1375) et de Lutterworth (depuis 1380) dans les campagnes. D avait choisi d*abord des prèties pauvres et Adèles; plus tard il employa des laïques pieux, et trouva qse leur prédication évangélique rapportait plus de fruits. Quantum êi fruetum, certum vidçtur quod unus ydiota^ mediante Dei gratta, phu proficit ad xdificandam Chrisii ecclesinm quam r^uUi gradmti in scolis. Au premier rang de ces disciples de Wiclif, qui furent les apôtres de la mission intérieure en Angletorro, sous le nom de Bible-men ou de Lollards, nous remarquons Nicolas de Hereford et John Purvey. ses principaux collaborateurs pour la version de la Bible; William Thorpe et ce jeune J. Horn, qui l'ut son sutfragant à Lutterworth et le dernier témoin de son zèle pa>toral. Par la Hiblo anglaise et par cette mission incessante des loUards, qui n'a de comparable que les voyages des » bàTbets » vaudois, l'oeuvre de régénération morale et de réforme de l'Eglise, commencée par Wiclif, se propagea eourdementen Angleterre pendent im siècle et demi, et prépara les esprits à accepter le double principe de le Béformation du seisième siècle: la Bible, comme autorité suprême en matière de foi, et Christ pour unique médiateur !

BlRUOOBAPHlB. — Kuighton, Chronica de eventibus Anglim, a tempo* ribus régis Fdgari ad Àicardum II, vers 1400, publiée par J. Selden 4ans ea CoUeciw icriptorum rerum anglieana ; Walsiogbain (Tboinet)»

Digitizod by Googlc

WICUF — WILBERFOUCE

Mùloria AnffUeanat ^ên 1450, publiée par Parker, 1974; John-Foxe,

Acts and monuments of Martyrs, 3 fol., 1684 ; John Lewis, The history of the life and sufferings of tke Heu. John Wiclify London, 1720; Robert Vaughan, Life and opinions of John de Wkliffe, 2 vol., Lonrlon, 48iH ; John de Wicliffe. A monogrciph., London, 4853; De Rupver Gnienenian, Dialrihe in J. Wicliffi vitam, ituienium, srripta, Utrecht, 1877; E. de Bonnecliose, liéfnvmateuvs avant la Réforme, 2 vol., Paris, 1845 ; Forsiiall aud Maddeii, l^he WicUffite version of the holy Bibk, 4 vol. Î1I-4S Oxford, 18S0: K. Bœhringer, Die Kirckt CkirM u. Uwe Zeugen. /. von Wycliffe, 1856 ; W. Shirley, FateieidiZixmiianm^ mag. y. WycHf, cum tritieot London, 1858; Thomas Arnold, Select engli^h Worh of John Wklif, 3 vol., Oxford, 1869-71; Gotthard Lechler, Johann von Wielif ii. die Vorgesekichte der Be formation, 2 vol., Leipzig, 1873; Johamne Wielif Triaiogui, am Supplemento Trialogif Oxford, i860. G. Bonet-Mauhy.

WIGBERT (Saint), premier abbé de Fritzlar. Boniface, l'apôtre de la (ieriftanie, fonda vers 732 à Fritzlar [Frideslare], dans la Basse-Hesse, l'église de Saiut- Pierre et un monastère de bénédictins auquel il anne.xa ime école de missionnaires qu'il dirigea lui-même aussi longtemps que ses oecopations le lui permirent. Mais le cercle de son activité s'étendant chaque jour davantage et le nombre des jeunes moines s^aceroissant rapiiieinent, il en confia la direction au presbytre Wigbert du couvent de Glaston, en Angleterre* Celui-ci se rendit en 731 à Fritzlar et s'y établit avec quelques compagnons d'œuvre; il était également distingué par la piété et par le savoir, de mœurs sévrres et animé d'un zèle inlatigable. L'écob' de Fritzlar se développado la manière la plus heureusi'; la vénération dont Wigbert avait été l objot durant sa vie le suivit après sa mort (747). — Voyez Servatus Lupus, abbé de Ferrières, Vita S. IVig' 4er<i, abbaiit Frttxlarientis, chez Baluze, p. 292 ss., et chez Mabillon, AA, BeneeL, III, 671 ss. ; Miracula S, Wigbertiy èd. Waitz, chez Ports, Meman, Hiet, Germ-, VI, S87 ss. ; Rettberg, J^rehengesek. Ikuisehl», I, 593 ss.

WUBERFORGE (William), le philanthrope anglais, naquit à Hull, le 24 août 4750, d'une famille de riches négociants. Dès son enfance, il fit preuve d'une vive intelligence et d'un don si remarquable pour la parole que ses compagnons d'école le luisaient monter sur une table pour avoir le plaisir de l'entendre déclamer. Ayant perdu son père de bonne heure, il fut conûé, pendant quelque temps, à une tante, méthodiste fervente, qui lui inculqua des sentiments de piété; mais son gnnd'ptoe et sa mère ne partageaient point ces idées et ils l'engagèrent à y renoncer. A l'âge de quatorze ans, il eut une sorte de pressentiment de sa vocation future; il dénonça, dans une lettre adressée k un journal d'York, la traite des noirs qu'il appelait un odieux trafic de la chair humaine. En octobre 1776, il entra au collège Saint-John à Cambridge, Il y étudia peu et s'y amusa beaucoup, sans se laisser aller pourtant jusqu'aux désordres graves. Placé, tout jeune encore, par la mort de ion grand-père et de son oncle, à la téte d'une grande fortune, il eut, pour sauvegarde contre les entraînements coupables, une noble ambi-

WILBERFORGE

tion : celle de se rendre utile à son pays en représentant an Parlemeit sa ville natale. — Il entrait à peine dans sa ving^inquième année quand il fut nommé membre de la Chambre des communes, par la ville de Hull. Une telle ambition coûtait cher à cette époque y son élection loi ooûta 200,000 francs. Il arrivait h la Chambre plein du désir de bien faire ot d'accomplir avec sèle ses devoirs politiques. Camarade d'université de Pitt, il avait pour lui une vive amitié, qui se relâcha quelquefois, mais ne se rompit jamais. En 1783, ils tirent ensemMe un voyage sur le continent et lurent présentés à la cour de Louis XVI. Deux ans après, Wilbcrlorce lit une seconde visite en France, qui eut une influence décisive sur le reste de sa vie. Il était accompatrné d'I?aac Milner, écclésiasticjue savant et pieux, auteur d'une histoire eci-lésiastique estimée. Les entretiens et l'exemple de son compagnon de route amenèrent un changement profond dans les sentiments de WilberfsRS. A son retour en Angleterre, il déclara hautement à ses amis qu'il était chrétien et qu'il comptait désormais conformer sa vie politique, aiUH bien que sa vie privée, à ses nouveaux principes. Cette conversiAi loi créa aussitôt une situation très -spéciale et tout à &it unique dans le parlement britannique, où les hommes religieux et même moraox n'abondaient pas alors. L'amabilité de son caractère, la largeur de son esprit, la sûreté de son commerce ramenèrent peu à peu à lui ceux de ses C"îlèp:ue«; qui lui avaient d'altonl temoi{?né quelque froideur. Il devait réhabiliter cette épithète di^ fiiéf/ofilste, qui exprimait alors pour bien des gens le dernier terme de la vulgarité religieuse. Pitt lui-même, qui était loin d'être pieux, disait : « Tout va si bien à Wilberforce que la religion même possède chez lui un charme inconnu. » Ce caractère d'homme religieux, soutenu par une vie sans tache, lui conféra uae sorte de haute magistrature morale dans le Parlement. On s'habitua à le voir prendre en main les intérêts supérieurs de moralité et de rslgion. Il obtint de Pitt, en 1787, une pnndamation royale pour Is répression du vice; puis il organisa, de concert avec plusieurs évéqvsi, une société pour la réforme des mœurs. Le sentiment du devoir pariait si baut en lui qu*il n*hésitait pas à se séparer de ses meilleurs amis quand sa conscience le lui commandait. En 1798, Pitt venait de » battre en duel avec M. Tierney. Wilberforce voulut appeler l'attention de la Chambre sur cette affaire et solliciter d'elle une résolution de blAîup. (jui contrebalançât l'efl'et funeste que pouvait avoir Texeinple du premier ministre, dans un pays où le duel n'existe pas à l'état d institution sociale, comme sur le continent. Pitt lui écrivit pour le supplier de n'en rien f.iire : si la motion projetée éUiit accueillie par la Chambre, disait-il, il se verrait obligé de se démettre de ses loni tions. et l e serait la ruine de sa carrière politique. Wilberforce consentit a ne pas doDDcr^ suite à raffaire, convaincu que l'effet qu'il avait voulu atteindre Tétait «ufflisamment par la publicité donnée à sa protestation. — Lorsqoe cet incident se produisit, Wilberforce était, depuis plusieurs années déjà, absorbé par la grande question de Tabolition de la traite dos noirs qû allait être, avec l'abolition de l'esclavage, la passion maîtresse de sa vie. L'attention du public avait été attirée, en 1784, sur les infomies da la

Page 1