‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 15 sur 33 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ARTICLE PREMIER

UTILITE* DE l'aBCHI i ti-VuRE.

Tous les 1 trésors de la nature ne sont véritablement à nous que parce que l'Architecture nous en assure une tranquille possession. N'est-ce pas elle qui procure à nos demeures la salubrité , qui nous enseigne , en empruntant les secours de la mécanique et de l'hydraulique , non-seulement à élever et à amener les eaux dans nos jardins , mais aussi dans les dépendances les plus éloignées de nos habitations.

C'est l'Architecture qui , dans nos cités, construit des ponts , des ports , des quais , des ailes , des marchés, des magasins , des arsenaux , des casernes, des hôpitaux, des aqueducs, des fontaines, des manufactures, des sépultures, et tous les monuments publics utiles aux villes libres , ainsi qu'aux villes frontières. Quand ces monuments sont dirigés par des artistes habiles , ils acquièrent un caractère distinctif, et annoncent la capacité des architectes qui en ont dressé les plans.

ia6 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.

C'est cet art qui commande au courant des rivières ; c'est par son secours que l'on parvient à dessécher les marais , que l'on convertit en campagnes fertiles les terrains les plus incultes , en les délivrant des vapeurs malignes qui nous causeroient des maladies pestilentielles.

L'Architecture change à s/)n gré le cours impétueux des grands fleuves; elle modère, elle réprime leurs efforts par des digues , des levées et autres masses solides qu'elle leur oppose , et en les retenant dans leur lit, elle les force de servir utilement à la navigation.

Si l'ardeur du soleil a tellement épuisé l'humidité de la terre qu'elle n'en ait plus assez pour fournir à la nutrition des légumes et des fruits, l'Architecture nous apprend à faire des saignées dans les rivières , et à pratiquer des canaux à travers les campagnes , pour les arroser et leur rendre cette fécondité naturelle, qu'une trop grande aridité leur avoit enlevée.

Cet art ^ploie encore de nouveaux prodiges. Il s'occupe pour l'ornement des villes et le délassement de leurs habitants , à élever des places publiques , des portiques, des bains, des bibliothèques, des cirques , des théâtres.

Tous ces édifices, toutes ces choses utiles donnent sans contredit à l'Architecture une prééminence sur ceux des arts qu'elle régit , en les associant à : «cs travaux. Toutefois, cette supériorité dépend

bien moins de la perfection de chacun de» arts qu'elle fait concourir à ses opérations que du choix plus ou moins judicieux qu'elle sait en faire , et de l'habileté avec laquelle elle les fait servir à ses desseins. Qu'on ne s'y trompe pas, le génie créateur et fécond de l'architecte est l'ame des artistes qui travaillent sous ses ordres. Quelque précieux que soient les arts qu'ils cultivent , ils ne sont entre les mains de l'architecte que des instruments au moyen desquels il doit exécuter le projet qu'il médite; ce sont autant de puissances qu'il sait calculer et qu'il multiplie ou modère à son gré pour produire les plus grands effets. En un mot , les Sciences et les Arts sont des ressorts par lesquels l'Architecture se meut et opère : ils peuvent à la vérité agir sans elle et produire des chefe-d'œuvre , mais alors leurs productions sont bornées. Ce n'est que de leur union avec cet art que résulte l'effet auquel nous devons une manière d'être et une jouissance plus heureuses et plus accomplies.

Les arts libéraux , sans doute , sont tous égale» ment estimables , lorsqu'ils concourent au bien public , à l'activité des citoyens et à la gloire de la nation ; ils n'augmentent d'estime ou de valeur qu'à raison des conventions établies dans la société. Le laboureur qui cultive la terre , l'artisan qui vit d'un travail pénible est aussi nécessaire à l'Etat que le guerrier qui défend son pays, et que le magistrat qui fait parler les lois. S'il est quelque préférence ,

quelque prédilection attachées à quelques-unes de nos connoissances , elles ne peuvent convenir qu'à celles qui , en devenant les plus utiles, supposent le plus de génie , de dignité , et annoncent le plus de magnificence. Si ce que nous avançons n'est pas sans fondement, on doit convenir de la supériorité que l'Architecture nous semble avoir extrêmement sur les arts dont elle emprunte le secours. Nous ne répéterons pas ce qui regarde son utilité , elle est incontestable ; mais on sera forcé de convenir que c'est un art difficile. La peinture et la sculpture , que nous distinguons ici entre les arts libéraux , sont des arts d'imitation ; l'Architecture , au contraire, crée plutôt les objets qu'elle ne les imite, elle ouvre un champ vaste à l'imagination et au génie ; d'ailleurs , la peinture particulièrement se partage en plusieurs classes. Pour mériter le titre de grand architecte , il ne suffit pas d'être décorateur, distributeur ou constructeur, il faut réunir au plus haut degré ces trois branches , et leur associer les connoissances de tous les autres arts qui lui sont subordonnés. C'est donc de ces différentes études combinées que naît la supériorité de l'Architecture.

De tous les artistes, l'architecte est celui qui, après l'exécution , peut le moins revenir sur ses pas. Avant de jeter une statue en bronze , le sculpteur consulte la nature et fait plusieurs modèles; un peintre habile peut faire des changements utiles à

ARCHITECTURE. l2 g

son tableau ; un homme de lettres peut corriger son ouvrage à une seconde , à une troisième édition; un musicien du premier ordre arrive à un plus haut degré de perfection ' par les essais qu'il peut faire de ses compositions ; l'architecte est le seul, en exceptant cependant le sculpteur, qui doive juger de l'effet de son œuvre avant de passer à l'exécution . Ses ouvrages sont plus étendus la main d'œuvre , l'économie des matières apportent souvent des changements indispensables dans son projet, et en modifiant l'accord des parties avec le tout , et du tout avec les parties , l'entraînent à se permettre des licences dont il ne s'aperçoit , la plupart du temps, que lorsque son édifice esta sa fin. Il lui fout d'autres occasions pour se corriger de ses premières foutes ; non-seulement elles sont rares, mais combien d'architectes ont fini leur carrière sans avoir eu l'avantage de se trouver à la téte de ces grandes entreprises, qui seules font les grands hommes dans ce genre de talent! Les ateliers des meilleurs artistes peuvent produire des chefs-d'œuvre pour des sommes peu considérables; mais les édifices importants exigent des dépenses illimitées; ce ne sont que les plus puissants princes , les cités les plus opulentes à qui il appartient de former des architectes célèbres : Michel- Ange, Bernin, en Italie, Mansard, Perrault , en France, ont prouvé par leurs ouvrages la supé= riorité de leurs talents et la prééminence de leur

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