‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 16 sur 33 · LES GRECS ET LES ROMA1HS · texte numérisé non relu

LES GRECS ET LES ROMA1HS

L'origine de l'Architecture remonte aux temps les plus reculés , mais combien cet art n'a-t-il pas acquis par les découvertes de l'esprit humain ! Quelle différence en effet entre les temples de la Grèce et les toits rustiques des premiers hébreux ! À ne considérer l'Architecture que du côté de la nécessité, on ne sauroit douter qu'elle ne soit aussi ancienne que le monde, et que perfectionnée peu à peu , elle ne soit devenue la source des autres arts destinés à embellir les bâtiments , à accélérer leur construction , ou à leur procurer de la commodité, de la solidité et de la salubrité.

D'abord les hommes se firent sans doute des abris contre les intempéries des saisons , et les attaques des bêtes féroces. Pour cet effet, ils commencèrent par élever des huttes et des cabanes. Les roseaux, les cannes , les branches des arbres , leurs feuilles , leur écorce , l'argile furent presque les seuls matériaux qu'ils employèrent pour construire leurs habitations.

A mesure que les familles s'augmentèrent, leurs

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habitations informes s'agrandirent. Les hommes eurent à peine senti les besoins de la société, qu'ils surent se procurer des asiles plus commodes er. plus durables. Alors on vit leurs demeures jusques là isolées et éparses dans de vastes déserts, se changer en hameaux , ceux-ci devenir bientôt des bourgades , et ces dernières des villes.

À peine rassemblé, il fallut se prémunir contre les attaques de ses voisins. On leur opposa de for-* tes barrières , on construisit des murs , on creusa des fossés , on éleva des tours.

Telle fut l'origine de l'Architecture.

Les premières habitations des Egyptiens et des peuples delà Palestine, ne furent donc construites que de roseaux et de cannes entrelacées , et celles des anciens Grecs ne furent bâties qu'avec l'argile > qu'ils ne savoient pas même durcir pour en faire des briques. Le fameux temple de Delphes ne fut d'abord qu'une simple chaumière couverte de bran* ches de lauriers. L'Aréopage , dans son origine, étoit nne espèce de cabane enduite de terre grasse, de paille.

Le bois et le torchis (terre grasse, mêlée de paille) étoient les matériaux que l'on employoit pour bâtir.

Comme les Egyptiens manquoient de bois , ils furent obligés d'avoir recours à la brique, puis à la pierre et au marbre; ils ne laissèrent pas d'employer ces différentes matières avec solidité >

quoiqu'ils ignorassent Ta rt de construire des voûtes, et qu'ils ne connussent pas l'usage du fer.

Après les bâtiments d'habitation , il fallut des édifices publics pour les divers besoins d'un peuple rassemblé; il fallut élever des monuments qui servissent d'annales à son histoire ; il en fallut d'autres qui fussent consacrés au culte extérieur de la religion : on vit donc s'élever des temples , des palais, des basiliques, des places publiques, des tombeaux, qui excitèrent la piété des peuples, qui annoncèrent la magnificence des grands , embellirent les capitales et immortalisèrent les héros.

Peu de temps après la fondation des viHes de Ninive et de Rézen , Sémiramis * fit élever les superbes murailles de Babylone, qui furent regardées comme la première merveille du monde 1 .

L'Egypte devint donc célèbre par la grandeur et l'immensité de ses édifices; mais dans cette contrée, nul prinoe ne se distingua autant que Sésoslris **, par le soin qu'ilprit de construire des ouvrages utiles. Dans le loisir de la paix quevenoient delui procurer

* Sémiramis , reine des Assyriens et veuve de Ninus , mourut l'on du monde ao38.

> On compte sept principales merveilles du monde : les murailles Je Babylone , les pyramides d'Egypte , la statue de Jupiter olympien , le tombeau de Mausole , roi de Carie , le temple de Diane, à Éphèse , le colosse de Rhodes et le phare d'Alexandrie. On en donnera une description abrégée à la fin de ce chapitre.

" * Sésosti is régna sur l'Égypte quelques siècles avant la guerre de Troie, 7i;rs l'an i(>5o avant 1ère chrélieiuie.

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ses conquêtes, il 6t élever cette belle muraille de quinze cents stades de longueur (i4i,75o toises)*, qui commençoit à Peluse et finissoit à Héltopolis. Il fit creuser des canaux pour établir une communication aisée entre les villes les plus éloignées , et faciliter le transport des marchandises.

Une des entreprises qui contribuèrent le çlus à immortaliser la gloire de ce prince, fut la construction dès hautes levées qu'il ordonna dans toute l'étendue de son royaume, afin que dans les noUr velles villes qu'on y bâtiroit, on fut à l'abri des débordements du NiL Une infinité de temples fu- f rent édifiés sou9 son règne en l'honneur des ' dieux tutélaires de l'Egypte; il enrichit surtout celui de Vulcain à Peluse 7 en reconnoissance , dit-on , de la protection dont il pensoit que ce Dieu lui a voit fait ressentir les effets «■..

On met ordinairement les pyramides au nombre des plus anciens monuments des Egyptiens. • Mt

Les obélisques n'ont pas moins contribué que les pyramides , à transmettre à la postérité le souvenir de ces peuples. . ; ♦ v t •

Près des pyramides et des obélisques de l'Egyptey on remarque des restes d'édifice* qriadrangùlaires queThévenot croit avoir été des temples.- f

Le fameux labyrinthe , bâti à l'extrémité du lac

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1 A, la fia' de ce chapitre on trouvera des détails historiques sur ces

monuments. ..: . . : : .< ' . * <■ M.n;

l34 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.

Mœris, était > selon Hérodote , plus admirable encore que les pyramides; mais l'ouvrage des rois d'Égypte le plus digne d'admiration fut le lac Mœris.

Toutefois, si les Egyptiens parvinrent à élever de vastes édifices , il est vrai de dire que la grandeur et la solidité y te noient lieu des beautés de l'art , en effet, ils méconnurent cette belle ordonnance dont l'aspect annonce l'usage des édifice* qu'elle décoré : l'art de construire des voûtes étant ignoré chez eux, ils nesnrent faire servir les colonnes qu'à soutenir d'énormes fardeaux. Satisfaits d'avoir proportionné à leurs besoins la hauteur et la grosseur de ces points d'appui , ils ne se doutèrent pas que l'expression d'un ordre, ainsi que la beauté d'une colonne, consiste dans le rapport de son diamètre à la hauteur de sa tige, en sorte qu'ils ignorèrent les trois expressions : solide, moyenne et délicate , qui caractérisent les ordres grecs.; .: /

Cependant il faut convenir que les monuments tfe l'Egypte contribuèrent à la supériorité que les (Jrécs acquirent ensuite dans l'ArchitectiHe. Éclairés par le sentiment sur les vraies beautés de l'art, .les; Grecs s'attachèrent à perfectionner tes ouvrages des Egyptiens ; ils surent en s'écartant du goût dominant de ce peuple pour le gigantesque , assigner à leurs édifices qles proportions déterminées , et fixer la régularité de Jeûr

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ordonnance. Les Egyptiens n'ayant en vue que le grand et le merveilleux, étoient venus à bout de construire avec solidité; les Grecs parvinrent à découvrir le vrai goût de l'Architecture : ceux-là brûlant du désir de s'immortaliser, occupés d'ailleurs dos difficultés de la main d'oeuvre, avoicpt négligé les finesses de l'exécution et méconnu les grâces de l'art ; les autres donnèrent à leurs pro~ ductions , cette régularité , cette correction , cette justesse qui; satisfait l'ame , et présente un concert admirable aux yeux du spectateur éclairé. En un mot, on peut regarder les Grecs comme les créateurs de l'Architecture proprement dite , et les considérer comme les premiers qui aient été dignes d'avoir des imitateurs. Toutefois ce ne fut pas sans de grands efforts que ces peuples atteignirent à ce degré de perfection; ils n'y parvinrent qu'après qu'ils eurent appris à substituer à leurs modèles une ordonnance plus légère , et qu'ils se furent aperçus que la plupart des édifices égyptiens ne présentaient que de très grandes masses chargées d'ornements, et qui étoient plus gigantesques et plus bizarres que satisfaisantes. Cependant il est toujours exact de dire que l'Egypte a été le berceau des arts.

Ce ne fut qu'après un assez long espace de temps que les Grecs imaginèrent de pétrir, de façonner la brique et de la faire cuire au feu, invention qu'ils durent , selon Pline à Lurichus et à Hyper» bius y deux frères, habitants de l'Attique.

l36 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.

Homère , en parlant du palais de Priam et d'Alcinoûs , semble n'en foire consister la magnificence que dans la disposition, dans la richesse des matières, et les ornements employés dans l'intérieur, et ne dit rien des proportions observées dans ces édifices.

En se rendant attentif à tout ce qui les avoit précédés, en cultivant les arts, les Grecs ne tardèrent pas à acquérir de grandes connoissances dans l'Architecture.

Alors on vit s'élever en diverses contrée» de la Grèce des monuments qui , par la beauté de leur ordonnance , effacèrent ceux des Egyptiens. Les Ioniens en érigèrent un à Théos en l'honneur de Bacchus. Ce temple entouré d'un rang de colonnes fut construit sur les dessins d'JIermogènes * , un des plus grands architectes de l'antiquité, et dont Vitruve regarde les ouvrages comme la source dans laquelle on puise les meilleurs préceptes de l'art. Le même Hermogènes fit bâtir un temple à Magnésie, ville de Carie , en l'honneur de Diane.

Parmi beaucoup de temples dédiés à cette divinité, personne n'ignore que celui à'Éphèse, d'ordre ionique, tient le premier rang 1 , nul autre ne

* Hermogènes, né à Alabanda , ville de Carie.

1 Au rapport de Vitruve, la statue de la déesse étoit de cèdre. Selon Pline , cité par le P. Monfaucon , elle étoit d ebène ; Xénophon prétend qu'elle étoit d'ivoire ; d'autres assurent qu'elle étoit faite d'un cep de vigne

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l'égala ni en grandeur ni en magnificence : il avoit 4*5 pieds de longueur , et 225 de largeur ; son pourtour extérieur étoit environné de deux rangs de colonnes de la hauteur de 60 pieds 1 ; elles étoient au nombre de 127, dont 36 furent enrichies d'ornements admirables par les plus habiles sculpteurs de la Grèce , une entre autres par le célèbre Scopas *. Au rapport de Vitruve , de Pausanias et de Pomponius Mêla , ce temple fat le premier monument on l'on donna des bases aux colonnes.

Toute l'Asie voulut contribuer à son érection. On employa, selon Pline, deux cent vingt années à le bâtir. Strabon nomme pour premier architecte de ce monument , Chersiphon ou Ctésiphon , auquel succéda son fils Métagènes, et à celui-ci plusieurs autres, parmi lesquels on compte Dèmètrius et Péonius,

Êrostrate ** voulant faire passer son nom à la postérité , imagina de brûler ce temple , et y mit le feu la même nuit que naquit Alexandre ; mais il fut relevé avec une somptuosité sans égale , sous le règne de ce prince, et sur les dessins de l'architecte Chérénocrates. Néron pilla , dans la suite, tous les trésors de ce monument, que les

» Vilruve dit que ce fut Ctésiphon qui invente plusieurs machines pour élever des fardeaux considérables , tels que les colonnes de ce temple , qui étoient de marbre et d'un seul bloc.

* Scopas . né dans Vile de Paros vers l'an 3 80 avant l'ère chrétienne.

** Erottrate , né à Éphèse vers le iv« siècle de l'ère chrétienne.

*38 ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.

Goths achevèrent de ruiner sous le règne do Gallien.

Le temple de Junôn, à Samos, avott été bâti pour la première fois du temps des Argonautes ; il fut rétabli par Ricus de Samos. Cet architecte fut aidé dans cet ouvrage par son fils Théodore , qui l'acheva seul. La célébrité de ce temple , d'ordre dorique, ne permet guère de douter qu'il ne fût un des plus beaux monuments de la Grèce; c'est ainsi du moins qu'Hérodote et Pausanias nous en parlent,

Péonius, un des architectes qui avoient été chargés de la conduite du temple de Diane, à Ephèse , et Daphnis milésien , furent choisis pour bâtir celui $ Apollon , à Milet. Ce monument , le plus magnifique de tous ceux qui furent élevés en Thon» neur de ce dieu, étoit construit en marbre, et d'ordre ionique. Selon Vitruve, il n'étoit inférieur à celui d'Éphèse ni en grandeur ni en beatfité; on peut voir d'ailleurs l'éloge que Pline nous en a laissé.

Les talents (XEctinus et de Callicrates* ne contribuèrent pas peu à faire valoir, parmi les Athé» niens , la magnificence de Périclès, dans les édifices qu'il fit élever. Ces deux architectes construisirent , dans la citadelle d'Athènes , le temple de Minerve , appelé Parthénon , c'est-à-dire le temple de la "■ ii, , , , , h

* Eclinus et Callicrates vivoient vers l'an 43o avant 1ère chrétienne.

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Vierge. Ce monument d'ordre dorique, et qui subsiste encore en partie , est rectangulaire par son plan , comme étoient presque tous les temples des anciens. Sa longueur est de 221 pieds hors œuvre, et sa largeur de 9.4 pieds 10 pouces. Les colonnes extérieures sont sans base , et ont 32 pieds de hauteur sur 5 pieds 8 pouces de diamètre. Elles sont couronnées d'un entablement qui a presque le tiers de la hauteur des colonnes.

Plusieurs temples furent élevés a Tégée, ville d'Arcadie, sur les dessins de Chjrosophus , de l'île de Crète. Un de ces monuments fut consacré à Vénus paphienne , un autre à Cérès et à Proserpine; on en dédia deux à Bacchus, et un cinquième à Apollon.

Quelques-uns font remonter aux siècles les plus reculés l'origine du célèbre temple de Jupiter olym* pien, à Athènes, et prétendent que Deucalion en fut l'architecte Ce temple subsista l'espace de 950 ans , et tomba en ruine à la cinquantième olympiade. Pisistrate * entreprit de le relever, et confia l'éxécution de ce dessein aux architectes Antistates , Antimachides , Calleschros et Périnos. Après la mort de Pisistrate , ce monument

1 A la fin de ce chapitre , on trouvera une description de ce temple , et une du tombeau de Mausole.

Pisistrate, tyran d'Athènes, s'empara de la souveraineté vers l'an 6*60. avant l'ère chrétienne.

l4o ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.

fut discontinué jusqu'au règne d'Jntiochus-le- Grand*.

Ce prince, étant monté sur le trône de Syrie r forma le projet de le faire achever ; le soin de le perfectionner fut confié à Coffectius , citoyen romain, architecte qui le premier avoitbâti, à Rome, selon la manière des Grecs.

Ce superbe édifice, construit en marbre , et d'ordre dorique, étoit situé dans la partie basse et au septentrion de la citadelle d'Athènes. Sa vaste étendue le rendit aussi célèbre que les plus fameux temples de l'antiquité. Coffectius n'en ayant pas terminé la construction , elle fut continuée du temps d'Au» guste ; mais le temple ne reçut son dernier degTé de perfection que sous Adrien , un des empereurs romains qui témoignèrent avoir le plus de goût pour l'Architecture.

La plupart de ces temples furent construits des marbres les plus précieux , et revêtus des ornements les plus analogues au genre de ces sortes d'édifices ; leur structure admirable devint une nouvelle source de gloire pour les Grecs, et des modèles pour la postérité.

Les demeures des rois le cédèrent à peine aux temples des dieux : rien n'égaloit la somptuosité du palais de Mausole** . On lit dans Vitruve, que de

* Anliochus-le-Grand , roi de Syrie, succéda à son frère Séleucus, a33 ans avant l'ère chrétienne.

** Mausole , roi de Carie , mourut vers l'an 355 avant l'ère chrétienne.

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son temps les murs de ce palais étoient encore entiers : il étoit , dit-il , de briques, et couvert d'un enduit si poli qu'il ressembloit à du verre.

Après la mort de Ma u sole, sa veuve Artémise se rendit célèbre par le tombeau qu'elle fit ériger dans la ville d'Halycarnasse , à la mémoire de son mari ; ce monument , le plus somptueux que l'on ait encore vu en ce genre, devint une des sept merveilles du monde.

Enfin il n'y eut dans la Grèce aucune ville un peu considérable où l'on n'érigeât quelque monument, soit temple, soit palais, tombeau ou fontaine, tous ouvrages propres à transmettre à la postérité la mémoire de ce peuple , qui a pu être regardé comme possesseur des beaux-arts perfectionnés. En effet , les Grecs , naturellement spirituels, curieux , aimant les belles connoissances, les cultivoient par goût , et les académies établies dans toutes les villes y formoient la jeunesse.

A l'exemple de ce peuple, les Romains voulurent se signaler par la construction de leurs bâtiments. Mais d'abord, semblables aux Egyptiens , ils ignorèrent l'heureux effet des proportions en Architecture , et se contentèrent de donner à leurs édifices de la grandeur et de la solidité. Nous apprenons des historiens, que les Arts et les Sciences firent d'abord peu de progrès chez ce peuple ; ils ne furent cultivés que par le petit nombre , la nation n'y prenant aucun intérêt : en sorte que l'on ne peut

l4a EJiCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.

guère faire remonter l'époque de l'introduction des arts chez les Romains, plus haut que la seconde guerre punique, environ 218 ans avant notre ère. D'après ce récit, il y a toute apparence que leur prospérité ne dura qu'environ deux siècles ; encore faut-il convenir que dans cet espace de temps les lettres l'emportèrent de beaucoup sur les productions de l'Architecture.

Néanmoins, dès le règne de Tarquin l'Ancien* > on exécuta des ouvrages importants : il fut le premier roi de Rome qui enfermât par des murs l'enceinte de la ville j mais ce qui a le plus immortalisé ce prince , c'est le conduit souterrain dont on voit encore les ruines. Ce conduit -, en recevant toutes les immondices de Rome , coniribuoit à la fois à la propreté des maisons, à celle des rues, et à la salubrité de l'air. Quant à la solidité, il est étonnant que ces voûtes , conduites depuis une des extrémités de la ville jusqu'au Tibre, aient résisté pendant tant de siècles à la charge immense des voitures qu'elles n'ont cessé de porter.

Ce fut encore Tarquin l'Ancien qui jeta les fon* déments du C apitoie , et qui y bâtit un temple à Jupiter, qu'il fit nommer Temple de Jupiter capi* iolin. Ce monument fut ensuite achevé avec beaucoup de magnificence , sous le règne de Tarquin * ^ ,

* Tarquin l'Ancien , fils de Démaratus , corinthien , naquit à Tar* r/uinie, ville de Toscane , s'éleva jusqu'au trône par «a politique, et succéda au roi Ancus Martius, 6i5 ans avant l'ère chrétienne.

le Superbe*, qui fit venir pour cela des ouvriers d'Etrurie; ce fut aussi ce souverain qui acheva le Capitole, etqui fit ériger un temple commun à tous les Latins.

Depuis les premiers temps de la monarchie romaine , TEtrurie , aujourd'hui la Toscane , s'étoit distinguée plus qu'aucune autre partie de l'Italie , par son goût pour l'Architecture. Porsenna **, un de ses rois fit élever près de Clusium un tombeau dont la structure obtint les suffrages des artistes contemporains ; il étoit construit en pierre , et s'il faut en croire un passage deVarron *** que Pline nous a conservé, sa forme avoit quelque ressemblance avec celle du labyrinthe de Crète; mais ce qui fit le plus d'honneur aux Étrusques, fut l'invention de l'ordre toscan , qui depuis caractérisa l'Architecture romaine.

Les Romains ne firent lohg-temps usage que de cet ordre , ayant une connoissance très imparfaite delà sculpture, ne sachant ni polir le marbre, ni l'employer en colonnes ; en un mot, ignoran t l'art de faire des ouvrages capables d'exciter une juste admiration. Mais enfin , le commerce qu'ils eurent avec les Grecs leur donna lieu d'envier à ce peuple les merveilles qu'il avoit enfantées. Ce peuple , si

* Tarquin le Superbe assassina Tarquin l'Ancien et se mit sur le tronc 53 1 ans avant l'ère chrétienne.

** Porsenna. roi d'Étrurie» mourut vers l'an 5o6 avant l'ère chrétienne. *•* Il vivoil environ 5oo ans avant rère chrétienne*

l44 ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.

célèbre dans l'histoire , apprit des Grecs à rendre ses édifices réguliers, à y joindre la disposition et l'ordonnance : ils mirent tout en œuvre pour surpasser leurs maîtres, mais ils ne parvinrent qu'à devenir leurs rivaux ; et malgré tous leurs efforts pour produire de nouveaux ordres, on ne. vit paroître dans l'Italie que le toscan perfectionné , et le composite , (bibles imitations des ordres grecs. Ce ne fut même qu'après la destruction de la république, que Rome se vit embellie par des monuments dignes d'être transmis à la postérité.

Alors on vit s'élever le Panthéon 1 , que fit construire Agrippa , Marcus Vespasianus*. Cependant Palladio croit que ce temple avoit été construit du temps de la république, et qu'Auguste étant monté sur le trône , Agrippa fit élever seulement le portique , qui manquoit à l'édifice ; cette partie du temple paroît effectivement avoir été ajoutée après coup.

La forme du Panthéon , connu aujourd'hui sous le nom de la Rotonde , est circulaire par son plan , et sa hauteur est égale à son diamètre. Au rapport de Desgodets , qui l'a voit exactement mesuré , son diamètre est de 22 toises. Le portique ayant été ruiné par le tonnerre, il fut réédifié sous les

* Ce temple s'appeloit Panthéon , parce qu'il étoit dédié à tous les dieux.

* Agrippa , consul romain , favori et gendre d'Auguste , mourut avant lui , environ i a ans avant l'ère chrétienne.

empereurs Sévère et Marc Aurèle. Du temps de l'empereur Phocas , le pape Boniface IV dédia ce temple à la Vierge et aux Martyrs ; Urbain VIII * a fait depuis restaurer son portique et aplanir la place . qui lui sert d'issue.

Auguste ** , selon Suétone , signàlà sa magnificence par une infinité d'édifices , fruits de la paix dont toute la terre jouissoit sous son empire. Les bâtiments somptueux élevés dans Rome firent par* venir cette capitale au plus baut degré de splendeur ; elle changea entièrement de face , ce qui fit dire tfo? Auguste ne Vavoit trouvée que de brique , et qu'il la laissoit toute de marbre. Cet empereur fit aussi bâtir en Epire , près d'Àctium , la ville de Ni=> copolisy à dessein de perpétuer le souvenir de la victoire qu'il avoit remportée sur Marc Antoine^ Enfin Ton peut dire que sous son règne, les Sciences et les Arts, étoient chez les Romains, un instrument utile dans les mains de ce peuple ambitieux , ' et que la philosophie, l'histoire, l'éloquence, la poésie, l'Architecture, la sculpture et la peinture, furent portées alors au plus haut point de perfection» Parmi les divers monuments de l'antiquité , l'histoire vante beaucoup Y aqueduc de Carthage , - ■

* Ce pontife mourut en 7 1 4 * «près on règne de sept ans.

** Auguste ( Caïus Julius Cœsar Octavianus ) , neveu de Jules César » prit le titre d'empereur l'an 29 avant l'ère chrétienne ; il régna longtemps en paix, et mourut âgé de soixante-quinze ans , la ia« aimée de notre ère. 1

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