‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 18 sur 33 · TOME 1. ii · texte numérisé non relu

TOME 1. ii

l6a ENCYCLOPÉDIE DE !•' ANTIQUITÉ.

ornements de ce dernier et de l'ionique ; ce qui nous oblige à croire qu'il n'y a que quatre ordres proprement dits , et cela malgré l'usage que l'on fait aujourd'hui de Y ordre composite , pour varier la ^décoration de nos édifices.

§11. Des cinq ordres en général.

Vordre toscan se reconuoît par la simplicité de ses membres et par sa proportion raccourcie, n'ayant que sept diamètres ou quatorze modules , nombre qui est le premier terme en Architecture.

L'ordre dorique, de huit diamètres ou seize modules de hauteur, par les triglyphes distribués dans la frise de son entablement , et par son expression moins rustique que le précédent.

L'ordre ionique , de neuf diamètres ou dix-huit modules de hauteur, par les volutes de son chapiteau et par sa proportion plus légère que Pordre dorique.

L'ordre corinthien, plus svelte encore que l'ionique, ayant dix diamètres ou vingt modules de hau= teur 1 , se reconnoît par la délicatesse des ornements de son chapiteau et par la division des membres de lâ corniche de son entablement.

Enfin Vordre composite , de même proportion que le corinthien, se distingue par les ornements des ordres moyens et délicats dont son chapiteau est composé.

S HI. Détaib historiques sur les monuments appelés les sept Merveilles.

Murailles de la ville de Babylone , Palais et Jardins

Les Murailles de Babylone étoient bâties de briques et de bitume j elles avoient deux cents pieds de hauteur sur cinquante d'épaisseur, en sorte que Ton pouvoit, au rapport de Quinte-Curce, foire passer des$u* six chariots de front. Hérodote dit qu'elles étoient percées de cent portes dont les venta ux étoient d'airain massif, et d'une grandeur extraordinaire. Entre ces portes et les angles de chaque carré , il y avoit plusieurs tours; leur hauteur surpassoit de quarante pieds celle des Murailles. Le pourtour intérieur de la villèj selon Strabon, étoit de trois cent quatre-vingts stades (quinze, lieues) ; TEuphrate la traversoit dans toute son étendue.

Les descriptions quftnous ont laissées Pline • Diodore de Sicile et Pausanias, du palais de Ba* bylone, que fit construire Sémiramis, ainsi que de ses jawlins, aoiis en donnent la plus grande idée. Les jaVdins étoient soutenus par des murs de vingtdeux pieds d'épaisseur. Le palais étoit flanqué de tours hautes de quatre-vingts pieds. Au milieu de son enceinte , s'élevoit la tour. de Bélus qui, après avoir servi long-temps d'observatoire aux Ghaldéens, fut ruinée par Xereès : elle étoit d'une hauteur si excessive, que quelques anciens n'ont pasosé la donner : plusieurs l'ont portée jusqu'à mille pas (sept centcinquaûte-cinq toises, quatre pieds, huit lignes) •

l64 ENCYCLOPÉDIE DE L* ANTIQUITÉ.

Pyramides.

Une Pyramide est un corps solide ou creux, dont la base est un polygone, soit triangulaire, soit qua= drangulaire, soit pentagonal; elle est formée par des plans triangulaires qui s'élèvent sur les côtés de ce polygone, et vont tous se réunir en un même point que Ton appelle sommet de la pyramide.

Il y a en Egypte trois Pyramides plus célèbres que toutes les autres , et qui , selon Diodore de Sicile , méritent d ? être mises au nombre des sept Merveilles du monde ; elles ne sont pas fort éloignées de la ville de Memphis. La plus remarquable est bâtie sur le roc qui lui sert de fondement. Les pierres que l'on y a employées sont d'une grandeur extraordinaire; les moindres ont trente pieds -de long sur. quatre de hauteuAt trois de largeur ; elles sont travaillées avec un art merveilleux , et couvertes de figures hiéroglyphiques. Cette Pyramide forme un carré dont chaque côté de la base a six cent soixante pieds; son circuit est par conséquent de deux mille six cent quarante pieds; elle en a près de six cents de hauteur. Son sommet, qui d'en bas semble être une pointe, une aiguille, est une plate= forme carrée, dont chaque côté peut a voir seize à dix-sept pieds. La solidité totale de la Pyramide est de trois cent treize mille cinq cent quatre-vingtdix toises tubes. Elle renferme dans son intérieur, des galeries, des chambres et un puits. Cent

ARCHITECTURE. l65

mille ouvriers qu'on renouveloit tous les trois mois , a voient constamment été employés à la construction de cette Pyramide. Il fallut vingt ans pour l'achever.

On ne s'accorde pas sur le but des Egyptiens dans la construction de ces fameuses Pyramides , qui , par leur figure autant que par leur grandeur, ont triomphé du temps et des barbares. On a généralement cru qu'ils les desti noient à servir de tombeaux ; d'autres ont voulu que leur immense surface dût recevoir et perpétuer, par des hiéroglyphes, les annales et les lumières de ce peuple étonnant; mais ce qu 4>y a de bien remarquable, c'est la preuve certaine et subsistante que ces Pyramides nous fournissent de Thabileté des Egyptiens dans l'astronomie, c'est-à-dire dans une science qui semble ne pouvoir se perfectionner que par une longue suite d'années , et par un grand nombre d'observations. Les quatre cotés de ces Pyramides étoient exposés précisément aux quatre points cardinaux, et par conséquent déterminoient le véritable méridien du

lieu où elles étoient bâties.

On est aussi incertain sur l'époque de la construction de ces immenses monuments que sur leur objet d'utilité. Cependant Hérodote, initié parmi les prêtres égyptiens , et auquel nous devons presque tous les renseignements anciens que nous possédons aujourd'hui , la fixe vers le temps de la guerre de Troie (121 8 ans avant l'ère chrétienne).

l66 ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.

Une seule de ces Pyramides est ouverte , et des Arabes servent de conducteurs aux curieux. Il faut se déshabiller jusqu'à la chemise pour ne pas périr de chaleur dans l'intérieur ; chacun a sa bougie. Par= venu dans Tune des chambres , on allume des flambeaux pour en chasser les chauve-souris et pour éclairer. A un certain passage fort bas, fort étroit et assez long, on se met ventre à terre ; les conducteurs vous tirent par les pieds , et vous pénétrez ainsi dans cette dernière demeure d'un maître de l'Égypte , dont il *ne reste que le sarcophage. Cest une seule pierre creusée; frappée d'une clef, elle rend le son d'une cloche. Vous revenez de lèftur vos pas , car il n'y a pas d'issue.

La main du temps, et plus encore celle des hommes, qui ont ravagé tous les monuments de l'antiquité, n'ont rien pu jusqu'ici contre les Pyramides. La solidité de leur construction , et l'énormité de leur masse, les ont garanties de toute atteinte et semblent leur assurer une durée éternelle. Les voya» geurs en parlent tous avec enthousiasme, et cet en» thousiasme n'est point exagéré. On commence à voir ces montagnes factices dix-huit lieues avant d'y arriver. Elles semblent s'éloigner à mesure qu'on s'en approche ; on en est encore à une lieue, et déjà elles dominent tellement sur la tête , que Ton croit être à leur pied; enfin l'on y touche, et rien ne peut exprimer la variété des sensations que l'on y éprouve » La hauteur de leur sommet, la rapidité de

leqr pente, l'ampleur de leur surface, le poids de leur assiette , la mémoire des temps qu'elles rappel» lent, le calcul du travail qu'elles ont coûté, l'idée que ces immenses rochers sont l'ouvrage de l'homme , si petit, si foible, qui rampe à leur pied, tout saisit à la ibis le cœur et l'esprit d'étonnement . de terreur, d'humiliation, d'admiration, de respect.

Temple de Jupiter olympien.

Un Temple étoit , dans l'antiquité païenne , un lieu environné de murailles , destiné au culte de quelque dieu , et cousacré par les augures. Les temples des anciens étoient pour l'ordinaire carrés , quelquefois ils avoient une forme ronde. Ceux des Grecs étoient communément environnés de galeries couvertes, ou de colonnades qui régnoient tout autour. Les uns n'avoient qu'un simple rang de colonnes, et une galerie de la même hauteur que* le Temple. Les autres avoient deux rangs ; il y en avoit quelques-uns qui avoient une double entrée par devant et par le fond. Mais l'ordre d'Architecture adopté pour ces temples dépendoit du dieu auquel il étoit dédié. S'agissoit-il de quelques divinités guerrières, comme Mars, Minerve etHercule, on employoit le dorique ; le corinthien, genre gracieux , convenoit à Vénus , à Proserpine et à Flore ; Junonet Bacchus exigeoient l'ionique, qui tïefct le milieu entre la grossièreté du dorique et l'agrément du corinthien.

l68 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.

Les Grecs érigèrent un grand nombre de temples; les Romains, qui d'abord servirent leurs dieux sans temples et sans statues, ayant adopté, depuis Numa , la religion de tous les peuples qu'ils avoient vaincus, en bâtirent aussi un nombre considérable dans toute l'étendue de leur empire. Parmi tous les temples que l'antiquité éleva dans le monde, en l'honneur du maître des dieux , celui de Jupiter olympien , à Athènes , étoit sans contredit le plus beau.

Selon Pausanias , il étoit le fruit des dépouilles dont les Èléens s'étoient emparés sur les Pisans , lorsqu'ils saccagèrent leur ville. Ce Temple , dont Libon , originaire du pays , avoit été l'architecte , étoit dorique et tout environné de colonnes par dehors , en sorte que la place où il étoit bâti formoit un superbe péristyle. On avoit employé à cet édifice des pierres d'une nature et d'une beauté singulières.

Sa hauteur, depuis le rez-de-chaussée jusqu'à la couverture , étoit de soixante-huit pieds, sa largeur de quatre-vingt-quinze, et sa longueur de deux cent trente. La couverture étoit en dalles de marbre pentélique. Du milieu de la voûte pendoit une Victoire de bronze doré , et au-dessous de cette statue étoit un bouclier d'or, sur lequel on voyoit la tête de Méduse ; aux deux extrémités de la même voûte, étoient aussi suspendus deux vases dorés. En dehors, au-dessus des colonnes, régnoit autour du

ARCHITECTURE. l(k)

Temple un cordon auquel étaient attachés vingt et un boucliers également dorés, consacrés à Jupiter , par Mumnius , après le sac de Corinthe.

Sur le milieu du fronton de devant , était représenté Jupiter ; et le combat de Pélops avec OEnomaûs occupoit l'un et l'autre côté; Stérope, une des filles d'Atlas , et le char à quatre chevaux , étaient à la droite du dieu; Pélops, Hippodamie occupoient la gauche. Le fronton de derrière , ouvrage d\4lcmène , le meilleur statuaire de son temps , après Phidias , représentait le combat des Centaures et des Lapithes.

Une grande partie des travaux d'Hercule se voyoit sculptée dans l'intérieur de cet édifice ; et sur les portes, qui étoient toutes d'airain, on remarquoit, entre autres choses , la chasse du sanglier d'Erymanthe , et les exploits d'Hercule contre Diomède , roi de Thrace, contre Géryon , etc. Il y avoit deux rangs de colonnes qui soutenoient deux galeries fort exhaussées , sous lesquelles on passoit pour arriver au trône de Jupiter.

Ce trône et la statue du dieu étoient le chefd'œuvre de Phidias , et l'antiquité n'offroit rien de plus magnifique. La statue , d'une immense hauteur, était d'or et d'ivoire si artistement mêlés qu'on ne pouvoit la regarder sans être frappé d'étonnement. Jupiter portait sur sa tête une couronne d'olivier.; il tenoit à sa main droite une Victoire , et de la gauche un sceptre surmonté d'un aigle. La

chaussure et le manteau du dieu étoient d'or ; et sur le manteau étoient gravés toutes sortes de fleurs et d'animaux.

Le trône brilloit d'or et de pierres précieuses. L'ivoire, l'ébène, d'autres ornements y jetoient une agréable variété. Aux quatre coins de ce trône étoient quatre Victoires qui sembloient se donner la main pour danser ; les pieds du trône , sur le devant, étoient ornés de sphinx qui arrachoient de tendres enfants du sein des Thébaïdes; au-dessous,, on voyoit Apollon et Diane qui tuoient à coups de flèches les enfants de Niobé.

Quatre traverses du même trône , et qui alloieut d'un bout à l'autre, étoient ornées d'une infinité de figures d'une extrême beauté ; sur l'une des traverses étoient représentés sept vainqueurs aux jeux olympiques ; on voyoit sur une autre , Hercule prêt à combattre contre les Amazones, et ce bas-relief comprenoitvingtr-neuf figures.Outre les pieds du trône, il y avoit encore des colonnes qui le soutenoient.

Enfin une grande balustrade, ornée de figures , enfermoit tout l'ouvrage. Panénus , habile peintre de ce temps là , y avoit représenté, avec un art infini , Atlas soutenant le ciel sur ses épaules , Thésée et Pyrithoûs, le combat d'Hercule contre le lion de Némée, l'attentat d'Ajax sur Cassandre , Hippodamie avec sa mère , Prométhée enchaîné , et beaucoup d'autres sujets de l'histoire fabuleuse. A l'endroit le pins élevé du trône, au-dessus de la tête du dieu,

étoient les Grâces et les Heures, les unes et les autres au nombre de trois.

Lè piédestal qui soutenoit toute cette masse étoit aussi orné que le reste. Phidias y avoit sculpté, d'un côté, le Soleil conduisant son char, de l'autre, Jupiter et Junon, les Grâces , Mercure et Vesta. Vénus y paroissoit sortir du sein de la mer, et être reçue par l'Amour, pendant que Pitho, ou la déesse de la persuasion , lui présentoit une couronne. Apollon et Diane n'avoient pas été oubliés sur ce basrelief, non plus que Minerve. On remarquoit au bas de ce piédestal , Amphitrite, Neptune, et Diane ou la Lune, qui paroissoit galopper sur un cheval. Enfin un voile de laine teint en pourpre et brodé magnifiquement , présent du roi Antiocbus , pendoit du haut jusqu'en bas.

Pour les autres ornements de ce superbe édifice, pour le pavé , qui étoit du plus beau marbre , les présents que plusieurs princes y avoient consacrés , et le nombre infini de statues qui embellissoient ce temple , on peut sur tout cela consulter Pa usa nias , ou les marbres d'Arondel de Prideaui.

Ce Temple enfin pouvoit passer pour une des Merveilles du monde. Il avoit été entrepris par Pisistrate * , et continué par ses enfants Hippias et Hipparque ; mais sa grandeur fut cause qu'il demeura imparfait plus de sept cents ans, quoique de

* Pisistrate régnoit à Athènes vers Tan 56o avant l'ère chrétienne.

17* ENCYCLOPÉDIE DE i/ ANTIQUITÉ.

puissants princes , tels que Persée , roi de Macé* doine , Antiochus Épiphane , roi de Syrie, eussent contribué, par des sommes considérables, à le finir.

Ce fut l'empereur Adrien * qui eut cette gloire r il lui en coûta, pour l'achever, plus de dix-huit millions de notre monnoie.Ce Temple avoit au-delà de cinq cents pas géométriques de circuit , et tout cet espace étoit orné de statues , plus admirables, encore pour la délicatesse de l'ouvrage que pour l'or et l'ivoire qu'on y avoit prodigués. Il reste à peine, quelques traces de ses ruines.

Tombeau de Mausole.

Ce magnifique Tombeau qu'Artémise avoit fait élever en l'honneur de Mausole , son frère et sou époux , fut le premier où on employa le marbre en incrustation , invention que Pline attribue aux Cariens. Ce monument avoit la forme d'un carré long;: chaque façade étoit enrichie de trente-six colonnes du marbre le plus précieux , et ornée de statues et de bas -reliefs d'une exécution admirable. Salyrus etPàhéus en furent les architectes, mais Pliclhis le conduisit au dernier degré de perfection , en éle= vant au-dessus une pyramide qui avoit cent quarante pieds de hauteur. A l'extrémité supérieure de la pyramide, on voyoit un quadrige de marbre ,

* Adrien , adopté par Trajan , monta sur le trône l'an 1 1 7 de l'ère chrétienne.

ARCH ITECTlfllE . I 7 3

représentant te char du Soleil. Les sculpteurs qui enrichirent ce monument de tant d'excellents ouvrages, furent Léocharès y Briaxis, Scopas et Praxis tèle> ou , selon quelques-uns , Timothée : chacun d'eux orna une de ses façades , et il n'est pas surprenant que leurs chefs-d'œuvre aient contribué , autant que la beauté de l'édifice, à le rendre im» mortel.

Ttmple de Diane à Ephèsc.

Le Temple de Diane, à Éphèse, fut construit aux dépens de toutes les provinces de l'Asie , et sa construction dura 220 ans. Ce superbe édifice avoit quatre cent vingt-cinq pieds de longueur, sur deux cent vingt pieds de largeur. On y voyok cent vingtsept colonnes de marbre , données par autant de rois; et ces colonnes avoient chacune soixante pieds de hauteur. Dans ce nombre, il y en avoit trente-six de ciselées, et parmi celles-ci, il s'en trouvoit une de Scopas. Les portes étoient de cyprès, la charpente de cèdre, et si l'on en croit Xénophon, la statue de la déesse étoit d'or. Les richesses et les ornements de ce Temple étoient en grand nombre. On le venoit voir de fort loin , et les étrangers tâchoient à l'envi d'en emporter des modèles.

Ce magnifique édifice , construit par l'architecte Chersiphon , fut brûlé par l'insensé Érostrate , le jour de la naissance d'Alexandre , l'an 356 avant l'ère chrétienne. Ce grand prince fit dire aux Éphésiens qu'il feroit volontiers la dépense de sa recon-

struction, pourvu que Ton mît son nom sur le frontispice ; mais ils répondirent qu'il ne convenoitpas à un dieu de dresser des temples à d'autres divinités.

Avides de le rebâtir eux-mêmes, il» en vendirent les colonnes , convertirent en argent tous les bijoux des dames illustres de la ville, rassemblèrent des fonds de toutes parts , et employèrent toutes ces sommes à faire, s'il étoit possible, un monument aussi beau que celui qui a voit péri par les flammes. CheiromQcràte en rut l'architecte ; les plus fameux sculpteurs de la Grèce l'embellirent de leurs ouvrages^ L'autol fut orné , presque en totalité , de la mai n de Praxitèle* Outre les bas- reliefs et lès statues des plus grands maîtres , ce second Temple fut orné des tableaux admirables de Parrhasius et de plusieurs autres illustres artistes. Strabon en parle pour l'avoir vu du temps d'Auguste : ainsi le Temple que Pline a décrit étoit le même que celui que Strabon avoit vu,

Néron , qui étoit né pour désoler le monde , en emporta les plus grandes richesses ; ensuite les Scythes le dépouillèrent , et le brûlèrent en n63 ; les Goths en pillèrent les restes sous l'empereur GaU lien : enfin il est vraisemblable qu'il fut entièrement détruit sous Constantin , en conséquence de l'édit par lequel il ordonna de renverser tous les temples du paganisme. Quoi qu'il en soit, ce dernier Temple de Diane a disparu comme, les autres , de manière

qu'il ne reste autour de ses ruines que des débris de maisons , jadis bâties de briques , dans lesquelles logeoient peut-être les prêtres de Diane , ou les vierges prêtresses confiées à leurs soins.

Colosse de Rhodes.

Cette statue d'airain , d'une hauteur extraordinaire , représentait Apollon , et fut regardée comme upe des sept Merveilles du monde. Démétrius , fils d'Antigone, surnommé Poliorcète (preneur de villes), assiégea la ville de Rhodes, à cause du refus qu'elle a voit fait de renoncer à l'alliance de Ptolé= mée Sotér. Les Rhodiens furent secourus par leurs alliés, et en particulier par Ptolémee, et l'assiégeant fut forcé de renoncer à son entreprise. Les Rhodiens, pour témoigner leur reconnoissance à l'égard de Ptolémée, leur allié, et d'Apollon, leur dieu tuté» laîre , résolurent d'élever en l'honneur du dieu des Rhodiens, un colosse d'une grandeur extraordinaire.

Strabon , Pline, et d'autres écrivains, lui donnent soixante-dix coudées de hauteur (cent cinq pieds) ; elle étoit toute d'airain. L'ouvrier avoit fait dans Fintérieur, qui étoit creux, des portes de fer et de pierres carrées. Il y avoit aussi ménagé des escaliers qui conduisoient au sommet du monument, d'où l'on découvroit les côtes de Syrie , et même les vaisseaux qui naviguoient dans ces mers. Ses pieds étoient posés sur deux bases prodigieusement hau« tes, à l'entrée du port de Rhodes, et étoient assez

I76 ENCYCLOPÉDIE DE l'aWTIQTJITÉ.

éloignés l'un de l'autre pour que les navires, moins grands à la vérité que les nôtres, passassent à pleines voiles entre ses jambes. Peu de personnes, dit Pline, pouvoient embrasser son pouce , et la longueur de ses doigts surpassoit la hauteur des statues ordinai» res ; le poids total du Colosse étoit de neuf cent cinquante milliers de livres.

Charès , disciple de Lysippe, fut celui qui commença cette énorme statue, et elle fut achevée après douze ans , par Lâchés, son compatriote ; elle coûta 3oo talents (un million six cent cinquante mille francs , mon noie de France).

 peine 56 ans s'étoient écoulés depuis que le Colosse fut placé sur sa base , qu'un violent tremblement de terre le renversa : il fut brisé aux genoux, et demeura à terre près de 900 ans. Les Sarrasins s'étant rendus maîtres de l'île de Rhodes , et ne considérant que la masse énorme de ce Colosse , le vendirent à un marchand juif d'Émèse, qui le mit en pièces , et employa neuf cents chameaux à en faire voiturer les débris. Quelques au= tiquaires ont présumé que la belle tête du Soleil , qui se voit sur les médaillés des Rhodiens, pouvoit bien être celle du Colosse de Rhodes.

Phare d'Alexandrie.

Le Phare 1 , ou plutôt la tour la plus fameuse de

1 Un Phare est une espèce de grand fanal qui se met ordinairement sur de hautes tours , construites à l'entrée ou aux environs des ports , pour

ARCH1TECTUBE.

l'antiquité, et qui passa pour une des merveilles du monde, fut celle que Ptolémée Philadelphe fit constriure de pierres blanches, dans l'île de Pharqs près de la ville d'Alexandrie, en Égypte.

Ce Phare est figuré sur plusieurs médailles frapr pées dans cette ville; U est surmonté de.lfcfigw* d un homme qui tient une haste. Aux quatr* coins sont des Tritons qui sonnent de la conque ,'i,et «ur quelques-unes on voit Lus, surnommée P.haria, qui entre dans le port , sur un navire à pleine voile.

Le Phare d'Alexandrie communiqua sonmomà tous ceux qu'on éleva dans la suite , et leu? servit de modèle; celui d'Ostiefut bâti par Tempew»

Claude, à l'imitation de celui dWexandrie -, Tinté* rieur renfermoit plus de trois cents appartement* , avec un grand nombre d'psqaliers , ce quiformoit une espèce dejabyrinthe o.ùlîon risquo* des'égw*, Ces escaliers étoienft fait* si. artistement. Z^,,, bête de somme pouvait monter, avec satohargo dans les appartements de.Pintérjeur. . , , , .

Sostrm, de Guide, .fi», l'architecte dfl Pha W d Alex^pdr^i il fa élevé, l'an 4?o de la fondation de Rome.,

Un Obélisque est une aiguille ou pyramide, de pierre ou de marbre, ordinairement de forme «madrangulaire, m ince , haute , perpendiculaire , ëlèvce

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I78 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQCITÉ.

en pomté, qui est souvent chargée de figures hiéroglyphiques , ou d'écritures symboliques.

L'Egypte, qui sembloit mettre toute sa gloire à dresser des monuments pour la postérité, a voit fait copsiruire des Obélisques qui sont aujourd'hui , autftntpaf letfr beauté que par leur Architecture gigantesque y le principal ornement de Rome. Sésostris en a voit fait élever deux dans la ville d'Héliopolis. Ils avoient cent quatre-vingts pieds de hauteur, et étoient de granit d'un seul morceaû. L'un et l'autre avoient été travaillés dans les carrières mêmes. La puissance ïomaine désespérant d'égaler, les Égyptiens* crut -faire assez pour sa grandeur , d'emprunter les monuments de leurs rois : l'empereur Auguste, après avoir réduit l'Egypte en province, fit transporta a Rome ces deux Obélisques , dont un a été brisé xfcpnts^ Un troisième; beaucoup plus grand, qui avoît' £tér élevé- solis j4&amèss\es\ feutre roi d'Egypte, et f ouHe^fuël vin^t mille homfaès furent employés, se voit aussi à Rome devarit' t'élise dé Saint-Jfcan de ;/ tit#â»n ;%n: le pape Sixte Vie fit placer Van 1 588

Le Nil étoit d'un grand secours aux Egyptiens, potfr transporter des masses énormes. Ce fleuve , dans le temps de sa plus,, grande hauteur , vient flotter au. pied des m<iniag^8ji Q> on tailloit Jcfy Qbélisques. On, perçoit Un canal, qui aboutmoit où, l'Obélisque étoit couché ,|et qui passoit môme par desàouS la pièce que l'on vouloit enlever j car An a. voit soin que la largeur du canal fût tellement proportionnée, que l'Obélisque portât par ses deux

extrémités sur la terre, et formât comme un pont. Après avoir estimé qu'elle pou voit être à peu près la pesanteur de cette masse, on'.bâtissoit , à raison de son poids , deux radeaux qu'on metloit sur le canal. Ils étoient construits cle manière que leur surface excédoit la hauteur des bords du canal; on surchargeoît ces radeaux de briques, au point de les faire enfoncer considérablement dans l'eau, ensuite on les faisoit couler sous l'Obélisque : lorsqu'ils y étoient bien assurés , on ôtoit les briques dont on les avoit accablés. Ces radeaux, se trouvant ainsi allégés, s'élevoieut d'eux-mêmes sur la surface du canal , et eu le voient l'O. bélisquej ensuite on manœuvrait pour Je mener par eau aussi près qu'il étoit possible du lieu où on vouloit le placer. Comme l'Egypte étoit autrefois coupée d'une infinité de caoaux, il u'y avoit guère d'endroits oùj'on ne put facilement conduire ces masses énormes , dont la pesanteur auroit fait succomber toute autre sorte de ma* chines que des radeaux. On ne peut rien dire de certain sur le surplus des manœuvres qu'on employoit pour les descendre à terre, les conduire au lieu de leur emplacement , et les dresser sur leur base. Les anciens ne nous ont rien transmis sur un objet si curieux et si important pour la mécanique. u Nous avons sous les yeux un effort de l'art, qui paroltra peut-être aussi surprenant que le transport et l'érection des Obélisques. Ce sont les deux pierres qui forment le fronton du Louvre; elles ont cinquante-deux pieds de long, huit de large, et pèsent chacune plus de quatre-vingts milliers. Qu'on juge des peines et des spins que ces deux morceaux ont dû coûter. Il a fallu les tirer du fond de la carrière, les voiturer par terre l'espace de près de deux lieues, et les placer à une hauteur de plus de cent vingt pieds, du rez-dechaussée. Néanmoins ce n'est pas tant à cause de leur pesanteur qu'eu égard à leur forme, que ces deux pierres ont

l80 ENCYCLOPÉDIE DE i/ ANTIQUITÉ.

été difficiles à élever. Ea effet, elles n'ont tout au plus quedix-huit pouces d'épaisseur, sur une longueur de cinquante deux pieds et de huit de largeur. Cette forme les exposoit à se rompre facilement, si elles n'avoient pas toujours été également soutenues dans le temps de leur élévation. On peutvoir dans la traduction de Vilruve, par Perrault , les précautions qu'il a fallu prendre pour éviter tous les inconvénients qui pou voient arriver f .

Pline nous apprend que les Égyptiens tiroient des montagnes de la haute Égypte , le granit qu'ils ont employé à la construction de leurs pyramides : on a même découvert les carrières oùjl'on présume que les obélisques ont été taillés : on y remarque encore aujourd'hui les matrices de ces fameux monuments. Dans cette chaîne de montagnes, qui borne l'Egypte, au couchant, et qui règne le long du Nil vers le désert, on trouve diverses sortes de marbre , et surtout de granit. On voit encore dans ces lieux , disent les voyageurs, des colonnes demi-taillées , et d'autres pièces de marbre prêtes à être détachées de la montagne. L'inspection de ces carrières suffit pour détruire l'opinion de ceux qui se sont imaginé que les marbres dont les Égyptiens seservoient pour leurs monuments, étoient d'une composition, dont le secret s'est perdu. Ces morceaux sont sortis des mains de la nature j l'art n'y a point eu de part.

Quant aux objections qu'on forme sur l'impossibilité de pouvoir tailler de pareilles masses, elles supposent que l'on connoît peu l'histoire naturelle de l'Egypte. Les carrières, d'où, les obélisques ont été tirés, ne ressemblent pas aux carrières de nos pays. Oo n'a point été obligé

« Ce forent Louis Levau et François Dorbay, son élève , qui firent exécuter la colonnade du Louvre , sur les devins de Claude Perrault , que ce chef-d'œuvre a immortalisé.

ARCHITECTURE. l8l

de creuser la terre et d'en extraire ces marbres : on les a trouvés dans les flancs de cette chaîne de montagnes, dont uous venons de parler* On choisissoit un endroit qui fût eu pente, et à peu près au niveau de la plus haute élévation du Nil : on y coupoit une pièce de marbre de la hauteur et de la grosseur qu'on le jugeoit à propos. Nous pensons que les Égyptiens procédoient à ce travail, de la môme manière à peu près, qu'on y procède aujourd'hui. Sur une colline située en Basse - Normandie , on trouve des blocs immenses de granit , posés sur champ : on les taille et on les enlève facilement , en creusant dans la masse entière une tranchée de quelques pouces de profondeur, dans laquelle on chasse ensuite à force de ceins de fer, qui font éclater la pierre presque aussi uniment que si on l'avoit séparée avec la scie. On en a travaillé des morceaux qui avoient quarante-cinq pieds de long sur dix-huit de largeur et six d'épaisseur. Cet expose suffit pour faire comprendre par quels moyens les Egyptiens ont pu tailler leurs Obélisques. Aussi les auteurs anciens qui en ont parlé, ont-ils reconnu que la difficulté de les voiturer et de les dresser sur leur base, étoitbien plus grande que celle de les extraire de l'endroit où ils avoient été taillés.

Lac ftiœiis.

lTÉgypte étoit le plus beau pays de l'univers , le plus abondant par la nature , le mieux cultivé par Fart , le plus riche, le plus commode et le plus orné par les soins et la magnificence de ses rois.

Il n'y avoit rien que de grand dans les desseins et les travaux des Egyptiens. Ce qu'ils ont fait du Nil est incroyable. Il pleut rarement en Egypte, mais ce fleuve , qui l'arrose par ses débordements réglés ,

l82 ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.

lui apporte les pluies et les neiges des autres pays. Pour multiplier un fleuve si bienfaisant, l'Egypte étoit traversée d'une infinité de canaux d'une longueur et d'une largeur incroyables. Le Nil portoit partout la fécondité avec ses eaux salutaires, unissoit les villes entre elles , et la Grande mer avec la mer Rouge, entretenoit le commerce au dedans et au dehors du royaume , et le fbrtifioit contre l'ennemi ; de sorte qu'il étoit ensemble et le nourricier et le défenseur de l'Egypte. On lui abandon noit la campagne : mais les villes , rehaussées avec des travaux immenses, et s'élevant comme des îles au milieu des eaux, regardoient avec joie, de cette hau«= teur, toute la plaine inondée , et tout ensemble ferti= lisée par ce fleuve. Lorsqu'il s'enfloit outre-mesure,, de grands lacs tendoient leur sein aux eaux répandues : ils avoient leurs décharges préparées ; des écluses les ouvroient ou les fermoient selon le besoin, et les eaux ayant leur retraite, ne séjournoient sur les terres qu'autant qu'il le felloitpour les engraisser.

Tel étoit l'usage de ce Lac Mœris , le plus grand et le plus admirable de tous les ouvrages des rois d'Égypte. Ou est étonné , dit Bossuet, quand on lit , ce qui néanmoins est certain , qu'il avoit de tour environ cent quatre-vingt de nos lieues, et de profondeur trois cents pieds 1 . Pour ne point perdre de

« Pomponins Mêla donne au lac Mœris cinq cents milles de circuit ;

ARCHITECTURE, f 8 3

bonnes terres en le creusant , on les avait étendues principalement du côté de la Lybie. La pêche de ce lac valoit au prince des sommes immenses , et ainsi , quand la terre ne produisoit rien , on en tirpit des trésors en la couvrant d'eaux. Deux pyramides» dont chacune portoit sur un trône une statue colossale, l'une de Mœris (nom du roi qui fit faire ce lac ) et l'autre de sa femme , s'élevoient de trois cents pieds au milieu du Lac, et occupoient sous les eaux un pareil espace. Ainsi elles faisoient voir qu'on les a voit érigées avant que le creux eût été rempli d'eau, et montraient qu'un lac de cette étendue avoit été fait de main d'homme , et sous un seul prince.

Labyrindie.

Hérodote assure que le Labyrinthe bâti à l'extrémité du lac Mœris , près de Crocodilopolis , étoit plus surprenant, plus digne d'admiration que tous les ouvrages , tous les plus beaux monuments des Grecs ; selon lui , aucun ne pouvoit lui être comparé , ni du côté du travail , ni du côté de la dépense ; il l'emportoit même sur les pyramides, « Ce » vaste monument , dit Hérodote , est composé de » douze cours couvertes; dont les portes sont à

» l'opposite l'une de l'autre , six au nord et six au

Diodore de Sicile , quatre mille states ; Hérodote , trois mille six cents ; ce qui revient nu calcul de Bossuet, en entendant même par nos lieues, celles de Uxù> mille pas , qui sont les plus grandes.

l84 ENCYCLOPÉDIE DE i/ ANTIQUITÉ.

it sud, toutes continues; une même enceinte de- »> murailles qui règne au-dehors , les renferme ; les » appartements en sont doubles ; il y en a quinze » cents sous terre , quinze cents au-dessus : trois » milles en tout. » Il n'a pas été permis à cet écrivain de parcourir les premiers, mais il parle des autres comme témoin oculaire. Il ne pouvoit se lasser d*admirer la variété des issues des différents corps de logis et des détours par lesquels on se rendoit aux cours , après avoir passé par une multitude de pièces qui aboutissoient à des portiques. Ceux-ci conduisoient à d'autres corps de logis , ou plutôt à d'autres palais , qu'il falloit traverser pour entrer dans de vastes cours. Le toit ou la voûte étoit de pierre , ainsi que les murs , qui étoient partout décorés de figures en bas -relief. Autour de chaque cour régnoit une colonnade de marbre syénite. A l'angle où finissoit le Labyrinthe , s'élevoit une pyramide de trois cents pieds de hauteur, sur laquelle on avoit sculpté en grand des figures d'animaux.

Ce Labyrinthe, dit Hérodote, fut l'ouvrage de douze rois qui régnèrent ensemble, et fut achevé sept cents ans avant Tère chrétienne.

A l'égard delà destination de ce vaste monument, le môme écrivain , d'après les prêtres égyptiens, le donne comme la sépulture des rois, et encore (qui le pourroit dire sans déplorer l'aveuglement de l'esprit humain ) à nourrir les crocodiles sacrés , dont une nation, d'ailleurs si sage, fa i soit ses dieux.

ARCHITECTURE. l85

Cotisée , ou Amphiihédirt.

Un Amphithéâtre étoit un bâtiment composé de deux théâtres qui se regardoient , et laissoient entre eux un espace vide appelé arène , parce qu'il étoit couvert de sable pour cacher le sang répandu. L'arène étoit la partie de l'Amphithéâtre dans laquelle se donnoient les différentes espèces de jeux ou de spectacles , surtout les combats de gladiateurs ou de bêtes féroces. La nature de ces jeux , qui obligeoient les combattants à se poursuivre et à se fuir alternativement , fit alonger un peu le terrain du milieu , il en résulta un ovale au lieu d'un cercle.

Les Amphithéâtres dévoient toujours contenir une si prodigieuse quantité de spectateurs , que Ton cherchoit tous les moyens possibles d'augmenter le développement des places , favorisé par la forme elliptique. Les amphithéâtres sont particuliers aux Romains; ils étoient inconnus aux Grecs. Ceux-ci n'ont connu ni les barbares combats de gladiateurs, ni ceux d'animaux féroces. Les amphithéâtres n'étoient point couverts. L'arène étoit entourée de loges dans lesquelles on enfermoit les animaux fe - » roces qui dévoient combattre dans les jeux. Immédiatement au-dessus de ces loges, il y avoit une galerie qui fiai soit le tour de l'arène , et où se plaçaient les spectateurs les plus distingués. Derrière cette galerie s'élevoient les sièges ou gradins jusqu'au sommet, de sorte que, de chaque place, on

l86 EH CTCLOPÉ01E DE l'AMTIQUITÉ.

pouvoit voir l'arène , et que l'ensemble du bâtiment avoit l'air d'un cratère dont la cavité alloit en diminuant du baut en bas. Les gradins inférieurs étoient pour les citoyens d'un rang élevé; les autres , pour ceux des classes inférieures du peuple. La façade extérieure des Amphithéâtres étoit partagée en étages, ornés chacun d'arcades , de colonnes et de pilastres en plus ou moins grand nombre , et quelquefois même de statues. Outre les gradins circulaires qui servoient de sièges dans l'intérieur des Amphithéâm très y il y en avoit qui servoient d'escaliers , et qui coupoient les autres de haut en bas.

Les Amphithéâtres de Rome , dont le souvenir s'est conservé , ou dont les ruines se voient encore , sont i°r 'Amphithéâtre Castrense> bâti peut-être par Tibère, et destiné pour les jeux des gladiateurs de la garde des empereurs : on en voit les débris à gauche de Sainte-Croix de Jérusalem; il étoit de briques, revêtu d'un ordre corinthien ; 2° X Amphithéâtre de Vespasien , appelé Colisée ; 3° celui de Stacilius Taurus 9 détruit sous INéron , on en ignore la place; peut-être étohvil dans le petit Champ-de- Mars ; Y Amphithéâtre bâti par Trajan , dans le Champ-de-Mars , et détruit par Adrien. Plusieurs médailles nous offrent des représentations d'Amphithéâtres.

De ces quatre Amphithéâtres, le Colisée, ou l'Amphithéâtre de Titus, est le plus remarquable. Placé eu milieu des sept collines de Rome, cet édifice

ASCH1MECTURE • T&J

ëgaloit le sommet des plus hautes. Selon Juste Lipse, ses gradins contenoient quatre-vingt-sept mille personnes. Fontana , en ajoutant seulement dix mille places sur les portiques placés au-dessus des gradins, et douze mille dans les autres enceintes , tant du bas que du haut , où Ton mettoit des sièges portatifs , a trouvé que cent neuf mille spectateurs pouvoient y voir à Taise les jeux et les combats de l'arène. Ves* pasien commença la construction de cet édifice immense , dont Jes ruines excitent encore aujourd'hui l'admiration. IL choisit l'emplacement de cet Amphithéâtre au milieu de la ville , parce que Titus avoit déjà eu le projet d'y construire un édifice pareil, mais il mourut avant de l'avoir terminé. Il ne fut achevé que sous Titus , son successeur, qui en fit la consécration sous son nom. A cette occasion , on y donna des combats d'animaux féroces , et après la fin des jeux, on conduisit de l'eau dans l'intérieur de l'amphithéâtre , pour une naumachie. Plusieurs empereurs ont eu soin de restaurer cet Amphithéâtre ; Antonin le Pieux le répara. Héliogabale le fit rétablir après la dégradation qu'y avoit causée une tempête, sous le règne de Macrin. Alexandre acheva ce qu'Héliogabale avoit commencé. Depuis ce temps > l'Amphithéâtre de Titus est tombé en ruines ; il n'y a que Théodovic qui , à ce que l'on peut croire , ait pris soin de le sauver de la fureur des barbares; c'est du moins à lui que beaucoup d'édifices, à Rome> doivent leur conservation.

l88 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.

La proportion , l'ensemble et la distribution de tout l'édifice , offrent à l'œil un spectacle imposant, un tout harmonieux. La masse totale est si belle qu'elle ne permet pas d'apercevoir de légères imperfections qui résultent probablement plutôt du défaut d'exemples et de la précipitation avec laquelle cet ouvrage a été conduit , que de la faute de l'architecte. Dans la manière dent les profils sont dirigés et suivis, on remarque en effet beaucoup d'irrégularité et d'inexactitude ; ce qui, comme nous venons de le dire, semble annoncer que l'on n'a pas apporté beaucoup de temps ni de soin à la perfection de ces détails.

Toute la hauteur de cet édifice est d'environ, cent cinquante-six pieds.

Panthéon.

On ignore si Agrippa*, gendre d'Auguste, fit bâtir ce superbe édifice dès ses fondements, ou s'il ne fit que l'achever, comme Dion semble l'indiquer. Ce que l'on remarque au premier coup-d'œil, c'est que l'Architecture du portique n'est pas la même que celle du temple, et que la première paroît, par son élégance , être d'une autre main et d'un autre siècle. Le toit du portiquè et toute la voûte du temple, étaient d'abord couverts de lames de bronze,

* Agrippa , consul romain , mort avant Auguste , i a ans avant l'ère chrétienne.

mais l'empereur Constantin les fit enlever avec les autres ornements du même métal, ainsi que le marbre , pour les transporter en Sicile. Les portes du temple étaient aussi de bronze, les poutres en étoient couvertes, et étoient liées ensemble avec des doux de la même nature. Ce temple reçut une nouvelle destination sousBonifoce IV, Tan 607 de l'ère chrétienne. Ce pontife obtint de l'empereur Phocas d'en faire une église, qu'il consacra à la sainte Vierge , sous le nom de Marie la Rotonde.

Thermes.

Si l'on en croit Pline, les bains ne furent en usage à Rome que du temps de Pompée *. Dion , dans la vie d'Auguste, rapporte que Mécène fit bâtir le premier Bain public ; Agrippa , dans l'année de son édilité, en fit construire jusqu'à cent soixante-dix. A son exemple, Néron, Titus, Trajan , Commode, Sévère , An ton in , Caracaila etDioclétien , en firent élever une quantité considérable, les enrichirent d'ornements somptueux , ainsi que de statues, de bas-reliefs et de peintures ; enfin y développèrent toute leur magnificence 1 . ■ ■ ». .

Ces Thermes étoient si vastes qu'Ammien Mar* cellin les compare à des provinces entières. Ce qui

* Pompée, élu consul l'an 73 avant l'ère chrétienne. ' Le Laoeoon a été trouvé dans lès bains de Tîtu*, et V Hercule Fwmèse dans reux de Caracaila. ; , .

nous reste encore aujourd'hui de quelques-uns de ces établissements , nous fait juger de leur étendue prodigieuse.

Leur nombre étoit aussi surprenant, que leur grandeur. Publius Victor dit qu'il y en avoit plus de huit cents , et Pline le jeune dit qu'ils s'étoient augmentés à l'infini. Les empereurs les firent d'abord bâtir pour leur usage particulier, ensuite ils les abandonnèrent au peuple, ou en firent bâtir pour lui. Outre les Thermes on l'on ne payoit rien , il y en avoit qui se donnoient à ferme , et de plus , les principaux citoyens avoient des Bains particuliers chez eux. ».i

Ces Thermes étaient accompagnés de divers édifices , et de plusieurs appartements. Il y avoit des réservoirs ou se réunissoit l'eau par le moyen des aqueducs : des canaux qu'on avoit ménagés , ser* voientà faire écouler les eaux inutiles. Les murailles des réservoirs étoiant si bien cimentées , que le fer avoit de k peine à rompre la matière employée à la liaison des pierres. Le pavé des Thermes, comme celui des Bains , étoit quelquefois de verre ; le plus souvent néanmoins ils étaient en marbre de différentes* couleurs, et d'autres fois en mosaïques.

La description des Thermes de Dioctétien, par André Bacci us, donne une idée corn plette de la grandeur et de la magnificence romaine dans ces sortes d'ouvrages. On y voyoit entre autres un grand lac dans lequel on s'exerçoit à la natation ,

AftCH ITECTtJRE . It)f

des portiques pour les promenades, des basiliques où le peuple s'assembloit avant que d'entrer dans le bain , ou après en être sorti ; des appartements ou l'on pouvoit manger , des vestibules et des cours ornés de colonnes , des lieux où les jeunes gens feisoient leurs exercices ; des endroits pour se rafraîchir) percés de grandes fenêtres , pour facilite* l'accès et la circulation de l'air; de vastes étoves, des bois délicieux $ plantés de platanes et autres aiw bres ; d'autres où les philosophes , les rhéteurs et les poètes professoient les sciences ; des endroits où l'on gardoit les huiles et les parfums, d'autres où les lutteurs se livroient à leurs exercices*

Enfin , de tous les Thermes que les empereurs romains firent bâtir pour les besoins du peuple , il n'y en eut point de plus somptueux, ni qui fît plus d'honneur au goût et au luxe d'un prince, que ceux de Dioclétien. Une seule salle dé ces édifices fait aujourd'hui l'église des Chartreux à Rome , et une des loges du gardien fait l'église des Feuillants.

Cotonne T^tne. .

. SousTrajan , élu empereur après la mort deNerva (l'an 98 de l'ère chrétienne), l'empire, tranquille au dedans et triomphant au dehors, ne cessa de bénir le gouvernement de ce prince, dont le nom est èn vénération comme celui des Titus et des Marc Àurèle. Ce fut sous son règne que l'on bâtit à Rome cette fameuse place, au milieu de laquelle on éleva

îga ENCYCLOPÉDIE DE L ANTIQUITÉ.

la Colonne appelée Trajane. Pour former cette place, on abattit une montagne qui avoit cent quarantequatre pieds : la bauteur de la colonne désigne celle de la montagne. Le fameux Apollodore en fut l'architecte Ce monument fut érigé par le sénat et par le peuple romain , pour célébrer les grandes victoires de Trajan sur les Daces , victoires qui réduisirent en provinces romaines ces mêmes contrées où sont situées aujourd'hui la haute Hongrie , la Transylvanie, la Yalachie et La Moldavie.

Cette Colonne , sur le sommet de laquelle on mit les cendres de Trajan à la main de sa statue de bronze doré, a, comme il vient d'être dit, cent quarante-quatre pieds de hauteur ; elle est toute de marbre blanc , d'ordre toscan , sans aucun architrave : elle sert de fond à un bas-relief dirigé en spirale de bas en haut, et qui en fait vingfr-trois fois le tour. Ce bas*-relief , où sont représentés les marches , les batailles et les triomphes de Trajan sur les Daces , a plus de cinq cents pieds d'étendue ; on y compte deux mille cinq cents figures d'hommes de deux pieds dè hauteur, et une multitude

> Apollodore de Damas avait tellement l'esprit et l'enthousiasme de son art, qu'il ne savoit pas flatter cens qui n'y entendoient rien. Un jour, il ne craignit pas de critiquer M temple de Vénus , qui était un des ouvrages A' Adrien. Le temple n'est pas assez dégagé , écrivit-il à cet empereur : il est trop bas , et les statues des déesses trop grandes ; si elles vouloient se lever pour sortir, elles ne le pourraient pas. Cette franchise lui coûta la rie , l'an 1 3o de l'ère chrétienne. >

A KCHITECTCKE . I g3

d'armures, de chars, de chevaux, de trophées et de machines de guerre. Le tout est d'un travail exquis , à la perspective près.

Toutefois si la perspective n'y a pas été exactement observée , ce n'est pas par ignorance des règles de l'art, mais parce que souvent les grands maîtres se mettent au-dessus des règles mêmes, pour atteindre plus sûrement à leur but. Le défaut de dégradation dans cette colonne, ne doit être attribué qu'à la nécessité de soulager la vue et de rendre les objets plus sensibles et plus palpables.

Ce magnifique monument, qui a plus immortalisé Trajan que tous les historiens n'auroient pu faire , subsiste encore dans son entier. Sixte-Quint, élu pape le 24 avril i585, après l'avoir entièrement fait réparer, fit mettre la statue de saint Pierre à la place de celle de l'empereur Trajan.

Maison dorée de Néron. «.

Il suffira , pour donner une idée de ce palais, appelé la Maison dorée , de dire que la cour où étoitla statue colossale de Néron, étoit ornée de portiques à trois rangs de galeries, chacun d'une demi-lieue de longueur, et dorés d'un bout à l'autre. Les salles , les chambres et les murailles , également couvertes d'or, étaient enrichies de pierres précieuses , et dd nacre de perles par comparti» ments. Le salon où; Néron donnoit ses festins,

par le mouvement circulaire de ses lambris et de tome 1. i3

ig4 encyclopédie de l'antiquité.

ses plafonds , imitoit les révolutions du ciel ; il représentoit les diverses saisons de Tannée, qui changeoient à chaque service, et, par un raffinement inoui de mollesse , des fleurs , des essences pieuvoient sur les convives. Ce que Ton trouyoit encore de merveilleux, c'étaient les champs, les lacs, les forêts et la prodigieuse étendue de terrain que ce palais renfermoit ; de telle sorte que , dans quelques endroits , on croyoit rencontrer de vastes déserts et des retraites solitaires, comme dans un grand éloignement de Rome.

Aujourd'hui il ne reste presque plus de vestiges de ce palais. Une partie fut brûlée pendant les guerres qui suivirent la mort de Néron , sous les empereurs Galba, Othon et Vitellius.

Grands Chemins.

On attribue la construction des premiers Chemins aux Carthaginois. Les Romains ne négligèrent pas cet .exemple , et cette partie de leurs travaux n'est pas une des moins glorieuses pour ce peuple*

Le premier chemin qu'ils aient construit passe pour le plus beau qu'ils aient eu : c'est la Voie appienne y ainsi appelée d'Appius Claudius. Deux cha» riots pouvojent y passer aisément de front; la pierre apportée de carrières fort éloignées , fat débitée en pavés de trois, quatre et cinq pieds de surface ; et ils étoient si bien assemblés, qu'en plusieurs endroits on ne pouvait pas introduire la pointe d'un couteau

ARCHITECTURE. IQ5

dans leur jointure. Ce chemin alloit de Rome à Capoue le pays au-delà n'appartenant pas encore aux Romains ; et quoiqu'il ait été fait il y ja environ 2,000 ans , on le voit encore entier sur une étendue de plusieurs milles. La voie aurélienne est la plus ancienne après celle d'Appius. La voie flaminienne est la troisième dont il soit fait mention»

Les grands chemins furent un des objets de l'at* tention des empereurs , aussi bien qu'ils l'a voient été du peuple et du sénat. Domitius OEnobarbus fît; paver la voie doniitia , qui conduisoit dans la Savoie, leDauphiné et la Provence. Auguste fit percer de grands chemins dans les Alpes > et deux vers Lyon. Agrippa seconda bien Auguste dans cette partie de l'administration ; et l'un de ceux qu'il fit ouvrir entre autres, alloit à Strasbourg, et de Strasbourg à Belgrade ; un second conduisoit par la Bavière jusqu'à Sirmisch > distante de quatre cent vingt-cinq de nos lieues.

Enfin -, les fonds pour la perfection des chemins étoient si assurés et si considérables, qu'on ne se contentoit pas de les rendre commodes et durables , on lestembeilissoit encore» Il y a voit des colonnes d'un mille à un autre , qui marquoient la distance deslieues; des pierres pour asseoir lès gens de pied, des ponts , des temples , dés arcs de triomphe , des mausolées, sépulcres des nobles.

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iq6 encyclopédie de l'antiquité.

Ports.

A mesure que Rome s'agrandit et renferma plus d'espace dans son enceinte, en-deçà et au-delà du Tibre, il fallut nécessairement construire des Ponts pour pouvoir aller d'un côté de la ville à l'autre, et éviter les accidents qui pou voient naître de l'usage des barques pour traverser le fleuve. On comptoit dans Home jusqu'à huit ponts , et beaucoup d'au-, très dans l'Italie et les provinces de l'empire : le pont du Gard et \e ponl du Danube étoient les plus remarquables.

Le pont du Gard , élevé à ce que l'on croit par Antonin , sur la rivière du Gardon , est un de ces ouvrages remarquables des Romains qui , peu contents de l'utile, vouloient encore ce qui étoit le plus digne d'admiration. Il est construit entre deux montagnes, dont il fait la jonction, et continuoit l'aqueduc qui conduisoit à Nîmes les eaux de la fontaine d'Euve : l'ordre en est toscan ; il est composé de trois ponts les uns : sur les autres ; le premier a six arcades, le second en a onee et le troisième trente-six. Il a vingts-neuf toises et trois pouces de hauteur, en y comprenant l'aqueduc, et cent vingt-trois toises et trois pieds de longueur, à le mesurer par son second pont. Il servoit à, deux usages : outre l'aqueduc qu'il portoit sur son troisième pont , le second , dont les pilastres étoient évasés dans leur base , donnoit aux voyageurs un passage libre sur la rivière. Ce qu'il y

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ARCHITECTURE, Jfl7

a de plus singulier dans ce monument, c'est que les pierres , qui sont carrées et d'une grandeur énorme, tiennent entre elles sans chaux ni ciment.

Le pont de Trajan , sur le Danube , étoit le plus magnifique de l'univers , s'il faut s'en tenir au récit de Dion. Les piles étoient au nombre de vingt, et d'une belle pierre ; elles avoient cent cinquante pieds de haut, soixante de large, et l'intervalle qui les séparoit étoit décent soixante-dix pieds. La hauteur de ce pont avoit environ trois cents pieds , et sa longueur huit cents toises , sans y comprendre les culées. Cependant il fut construit à l'endroit le plus rapide et le plus profond du Danube. Il avoit été impossible d'y faire des batardeaux pour fonder les piles ; on fut obligé de jeter dans le lit du fleuve

* Celai de nos ponts dont la forme et la décoration mâles approchent le plus du système des anciens, est celui que l'on appelle le Pont-Neuf. Il fut commencé , en 1578 , sur les dessins de l'architecte J. Androuet du Cerceau» et fini en 1 604, sou* la direction de G. Marchand. Nous avons encore le pont Louis XVI et celui de Neuilly, qui se font remarquer par leur hardiesse et leur légèreté. La France doit le pont de Neuilly à ingénieur Perronnct; celui de l'École Militaire , construit depuis vingt ans, en face du Champ de Mars , ne mérite pas moins d'éloges.

« La France , est-il dit dans l'annuaire du Bureau des longitudes -, pour Vannée 1809, est sans contredit le pays où l'Architecture des grands ponts en pierre a pris l'essor le plus brillant ; on y a rempli, dans l'élévation de ces monuments , la double condition de combiner les belles formes et la décoration de l'Architecture ordinaire, avec la solidité qu'exigent des constructions dont la durée intéresse la sûreté publique, et dont la beauté doit être une preuve pariante des lumières dW nation et de son goût pour les arts. »

lg& ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÊ.

une quantité prodigieuse de matériaux divers , qui, s'élevant sur sa surface , formèrent des espèces de fondements sur lesquels on assit les piles.

Trajan avoit fait construire ce pont pour pouvoir, dans le besoin , secourir les légions contre les Daces ; mais Adrien , son successeur , craignant, au contraire que ces barbares ne profitassent de sa commodité pour ravager les terres de l'empire , en fit détruire les arches, qui, ajoute le même auteur, étoient les plus larges qu'il y eût eu de mémoire d'homme. On voit encore les restes de ce merveilleux ouvrage, au milieu du Danube, près des ruines de la ville de Warelh en Hongrie.

§ IV. Des Maisons particulières et des Bâtiments.

Etages, II paroît certain que les grandes Maisons des Romains et des Grecs n'avoient qu'un rez-de-chaussée ; du moins la description que Vitruve donne de leur disposition semble ne se rapporter qu'à une pareille maison. Cet auteur ne fait nullement mention d'un étage supérieur : ces maisons n*en a voient pas besoin * parce q utiles occupoient tant de place, et qu'elles renfermoient tant de ebambres, qu'un homme riche et toute sa famille y pouvoient trouver toutes leurs aisances , et une place suf» fisante. Quaut aux maisons moins spacieuses, on leur donnoit d'autres étages que le rez-de-chaussce j on y pratiquent même quelquefois uu atrium ( espèce de portique composé de deux rangs de colonnes qui formoient deux ailes) par-dessus lequel on établi ssoit des ebambres. Quelquefois on plaçoit les salles à manger dans Yétage au-dessus du rez-de-chaussée. Les maisons d'une moins.

grande importance, situées derrière le» bâti ments principaux, avoieht quelquefois deux ou pl a sieurs étages. Le propriétaire logeoit au rez-de-chaussée , et les étages supérieurs étoient loués k des gens peu aisés. Comme ces bâtiments rapportoient beaucoup, plusieurs Homains leur doonoieut autant dVtegc* qu'il étoit possible. Mais cette trop grande élévation devenoit dangereuse , surtout dans les incendies , soit parce qu'on ne pouvoit pas approcher des maisons qui brûloient, soit parce que la chute de ces maisons élevées endotnmâgeoit les autres.

Néron défendit de donner à l'avenir tant d'élévation aux maisons.

Escaliers. Dans sa description des maisons des anciens, Vitruve ne fait pas mention des escaliers, ni de l'endroit où ils étoient situés. Dans la- supposition môme que ces bâtiments n'aient eu qu'un seul étage , il y falloit cependant un escalier pour monter sur le toît ; peut-être étoit-il tournant , afin qu'il occupât moins de place. Les escaliers qui conduisoient aux étages supérieurs des petites habitations de Rome, qu'on louoit, avoit souvent leur issue dans la rue même, et on les fermoit par une porte particulière. Il paroît, d'après cela , que dans ces bâtiments il n'y avoit pas de communication intérieure entre l'étage inférieur et l'étage supérieur, mais que, pour parvenir dans celui-ci, il falloit monter Y escalier qui donnoit sur la rue. Ces escaliers ne nous semblent pas cependant avoir été appliqués hors œuvre; ils étoient sans doute enclavés dans les murs principaux , à cela près que l'issue donnoit immédiatement Sur la rue. Cette disposition paroît avoir eu pour but d'épargner aii propriétaire, qui occupoit ordinairement le rez-de-chaussée, le désagrément de faire traverser par les locataires la partie qu'il nabi toit, et ensuite de rendre son logement plus tranquille. 11 paroît qu'aux étages supérieurs , lorsqu'il y en

1Q0 • ENCYCLOPÉDIE DE l'aHTIQUITÉ.

avoit, on ne montoit point par des escaliers séparés, ce qui auroit pris trop de place; mats, dans ce cas, celui du premier étage continuoit jusqu'aux autres, qui étoient situés au-dessus. Du reste, on peut croire qu'il y avoit aussi des habilatious où les escaliers des étages supérieurs étoient distribués comme ils le sont aujourd'hui, c'està-dire qu'ils avoicut leur issue dans l'intérieuv de la maison.

Cheminées. Différents passages des ancieuset quelques restes d'édifices antiques font présumer que les anciens avoient daus leurs maisons des foyers où l'on bruloit du bois , et des tuyaux qui ccnduisoieut la fumée jusqu'audessus des combles ; que par conséquent ils avoient des cheminées y qu'une multitude d'arts et de métiers devoit d'ailleurs rendre nécessaires. Quant a leur emploi pour chauffer l'intérieur des appartements , les anciens ne paroissent pas en avoir connu l'usage : c'étoit un poêle souterrain qui échauffoit non-seulement les pièces audessous desquelles il se trouvoit* mais même tous les étages de la maison , par le moyen de tuyaux de chaleur répandus dans ks murs et les cloisons , et qu'on élevoit dans toute leur hauteur.

L'usage d'échauffer les habitations par des poêles sou» terrains, fut général dans tout l'empire romain ; cela dis* pensoit d'avoir un foyer particulier dans chaque pièce de la maison; les cheminées > semblables aux nôtres, composées d'un âtre au foyer, où l'on brille du bois, et d'un tuyau pour en dégager la fumée, paroissent n'avoir été affectées qu'à de certains besoins, comme ceux de la cuisine.

Caves. On a découvert dans Herculanum une cave, autour de laquelle plusieurs vaisseaux de terre étoient ran- - gés et maçonnés dans le mur* Les fouilles de Pomnéï en ont fait découvrir une, dans laquelle le vin s'est trouvé

comme pétrifié dans un des vases , et d'une couleur brune foncée. On montre dans le cabinet dePortici ce vin , devenu un corps tout-à-fait solide.

Plafonds, Les plafonds recevoient différents ornements ; très souvent on y pratiquoit des compartiments renfoncés et entourés de moulures ; au milieu de chaque compartiment ou plaçoit ordinairement une rosace. Souvent on y appliquait des bas- reliefs en stuc, qui représentaient différents sujets. Quelquefois les plafonds voûtés recevoient des dorures , et quelquefois ou les ornoitd'or et d'ivoire. Selon Pline, et la quatre-vingt-sixième Lettre deSénèque, on employoit même le verre pour orner les plafonds voûtés ; c'étoit probablement une espèce de mosaïque. Du temps de Néron , on a vu des plafonds mobiles afin de pouvoir les changer à chaque service d'un repas , et offrir ainsi aux convives un coup-d'œil toujours nouveau. Les plafonds voûtés et non voûtés étoient souvent décorés de peintures. Pausier est le premier , chez les Grecs , qui ait exécuté des peintures de plafonds. Les Romains les imitèrent en cela. Dans la ville Hadriani , à Tivoli, et dans les bains deTitus à Rome, on a trouvé plusieurs plafonds ornés d'arabesques, dont les unes étoient monochromes, et les autres de différentes couleurs.

Les Latrines publiques étoient en grand nombre a Rome, et distribuées dans les différents quartiers de la ville. La nuit, des eaux courantes arrosoient toutes les rues où Ton jetoit des ordures ; mais les riches avoient pour leur usage des bassins que les esclaves alloient vider à la brune dans les égoûts , dont toutes les eaux se rendoient au grand cloaque et de là dans le Tibre. En fouillant dans les ruines du palais des Césars , au mont Palatin , on a trouvé , vers la fin du siècle dernier, des latrines en marbre; les Sièges et leurs supports étoient de môme matière.

202 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.

On ne trouve ni dans les écrits , ni dans les bâtiments qui nous sont restés des anciens, qu'ils aient eu des fosses privées, telles qu'on en voit aujourd'hui.

Les Portes , dans les maisons des anciens, ne routaient pas sur des gonds semblables aux nôtres ; mais elles se mouvoient par le bas dans le seuil , et par le haut daus le linteau, ce que nous nommons Un pivot, ou plutôt une crapaudine. Le montant de la porte mobile , placé le plus près du mur, portoit à ses deux extrémités une emboîture en bronze , qui étoit incrustée, et à laquelle était appliquée en dedans une pointe saillante pour l'arrêter et la fixer sur le bois.

Les portes des Grecs ne s'ouvraient pas comme les nô= très, en dedans , mais en dehors j celles des Romains, au contraire, s'ouvroient en dedans , et on regarda comme une marque singulière d'honneur la permission, qui fût accordée à Marcus Valerius Publicola , d'ouvrir sa porte en dehors , à l'usage des Grecs.

On peignoit les portes de différentes couleurs; on les ornoit par des inscriptions, par l'exposition des dépouil- . les des ennemis qu'on avoit vaincus, ou de quelques animaux que l'on avoit tués à la chasse.

Dans quelques maisons à'Herculanum, on a trouvé des portes dont les battants étoient de marbre. L'entrée des temples se fermoit par des portes à un ou deux battants ; elles étoieut tantôt en bois, tantôt en brooze, comme celles du temple de Jupiter olympien ; tantôt en bois couvert de plaques de bronze , comme celles du Panthéon à Home. Quelquefois ces portes étoient ornées d'or et d'ivoire ouvragés. Virgile, dans ses Géorgiques, parle des portes d'un temple sur lesquelles on avoit exécuté en or et en ivoire un combat d'Indiens vaincus par les Romains.

Dans les temps les plus reculés, les Fenêtres des habitations étoient fort petites et étroites. Dès que les Romains

ARCHITECTURE. SK)3

commencèrent à donner à leurs demeures une disposition plus commode, on songea aussi à agrandir les fenêtres , soit pour avoir un plus grand jour et jouir d'une vue plus étendue y soit pour pouvoir rafraîchir les chambres en été, en ouvrant les fenêtres, et pour les réchauffer dans la saison froide, en donnant passage aux rayons du soleil. Dans les maisons de campagne de Pline, il y avoit différents appartements, des salles à manger, des galeries, etc., garnis de nombreuses et grandes fenêtres. On avoit également soin de donner un beau jour aux habitations situées dans les villes. On y pratiquoit des fenêtres, non-seulement du côlé de la cour, mais aussi du côté de la rue. Les ruines de Pompé* prouvent cependant que l'usage d'avoir des fenêtres du côté de la rue n'étoit pas général. Les chambres qui y étoient situées n'a voient point de fenêtres; elles ne recevoient le jour que par la porte : il n'y en avoit qu'aux chambres qui donnoient sur la çour.

Ces fenêtres se fer moi eut par des volets , et les gens riches y mettoient des pierres transparentes , telles que l'agathe , l'albâtre , le talc , etc. Cependant Sênèque , Pline et Lactance nous apprennent que les anciens faisoient du verre le même usage que nous pour les renôtres des bâtiments; et, en effet, on a trouvé à Herculanum des fragments de verre plat encore attachés à des fenêtres.

Les Egyptiens ont donné à leurs édifices des Toits plats qu'ils couvroient de grandes dalles, parce qu'on n'avoit pas encore inventé l'art de construire des voûtes.

Les toits des Grecs et des Romains u'avoient pas une pente rapide. Les habitations particulièresavoient souvent le toit plat ; on lui donnoit cependant une pente de deux pouces sur dix pieds, afin que l'eau pût s'écouler. En général , la disposition du toit des maisons romaines

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ressemblait à celle que nous offrent encore îes maisons d'Italie.

Dans les temps reculés, les maisons des particuliers ire pouvoient point avoir de fronton ; cet ornement étoit réservé aux temples. Mais , vers les derniers temps de la république, on dérogea insensiblement ht cet usage , et César fut un des premiers qui en fit donner un à sa maison j ce qui fut regardé comme un présage de sa grandeur future.

Tuiles. Les anciens connoissoient l'art de fabriquer la tuile; ils en faisoient de différentes espèces : il y en avoit de carrées et de plates, d'un pied et demi à deux pieds de longueur, il y en avoit aussi de creuses et a bords relevés. On employait encore les dalles de marbre au lieu de tuiles; dans les temps postérieurs , on se servoit do pierre pour le même usage. Pline nous apprend que dans la partie de la Gaule appelée Belgique , une pierre molle, de couleur blanche, servoit à faire des tuiles.

Prisons. Sur les différents passages des auteurs grecs et romains, où il est parlé des misons, on voit que chez les uns et les autres les prisons étoient composées de pièces ou de chambres plus ou moins affreuses.

Quelquefois les prisonniers n'étoieut gardés que dans un simple vestibule , où ils pouvoient voir leurs parents , leurs amis. Quelquefois, et selon la nature des crimes, ils étoient renfermés dans des souterrains obscurs, dans des basses fosses humides et infectes: c'est dans une prison pareille que l'on fit descendre Jugurtha, suivant le rapport de Salluste.

la plupart des exécutions se faisoient daus la prison , surtout pour ceux qui étoient condamnés à être étran^ glés ou à boire la ciguë.

L'établissement des prisons , à Rome, est attribué , par Eutrope, à Tarquiu le Superbe ; les autres auteurs le

rapportent à Ancus Martitis, et ils disent que TullusHostilius y ajouta un cachot» Selon Juvénal, il n'y «voit sous Jcs rois et du temps de la république , qu'une seule prison à Rome. Sous Tibère , on en construisit une nouvelle , que l'on nomma la prison de Mamertiu. Les Actes dos apôtres et toute l'histoire ecclésiastique des premiers «iè» cles, prouvent qu'il n'y avoit alors presque point de villes dans l'empire qui n'eût dans son enceinte une .prison) et les jurisconsultes en parlent souvent dans leurs commentaires sur les lois.

Fontaines, Les fontaines étaient un desornements doot les villes grecques avoient soin d'embellir leurs différents quartiers. On leur donnoit un extérieur agréable, afin d'être en harmonie avec les belles statues et les beaux édifices dont les villes étoient décorées. Chaque ville avoit au moins une/bnfaine célèbre consacrée à quelque divinité, ou bien désignée par le nom de son fondateur, ou par ce» lui de l'endroit où elle étoit située , ou par un nom qui rappeloit un événement qui y avoit eu lieu, Pausa» nias , qui regarde les fontaines comme un objet essentiel pour une ville, fait mention des fontaines établies dans les principales cités de la Grèce , et rapporte à cette occasion leur origine et les propriétés qu'on leur attribue..

|f. Glaees. Les anciens ne se servoient , pour réfléchir

l'image des objets, que de tableaux composés et polis. C'est à Venise que les glaces coulées ont commencé a

être fabriquées dans le moyen âge. Ce fut Colbert qui en»

leva , en i665 , cet art aux Vénitiens.

Miroirs* Les Egyptiens n.out point connu d'autres miroirs que ceux de métal , encore paroissent-ils avoir tous été petits êt portatifs. Les Grecs et les Romains se servoient aussi de miroirs de métal , et même de métal ctamé. Sénèque nous apprend ( daus son ouvrage connu

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sous le titre de Questions naturelles ) que les Romains avoient des miroirs qu i grossissoient extrêmement les objets , des miroirs qui les multiplioient, d'autres qui enlaidissoient jusqu'à ne pouvoir se souffrir; des miroirs, enfin , d'une hauteur prodigieuse. Mais quoiqu'il soit incontestable que le verre ait été connu d'eux dans les temps les plus reculés, il est bien cèrtain qu'ils ne connurent point les verres étamés; au moins n'en trouve-ton aucun vestige avant Isidore , qui mourut en 636 de l'ère chrétienne. Pline dit qu'on employa la pierre ob» sidienne , ou le verre noir des volcans pour en faire des miroirs , que l'on incrustoit dans les murailles, après qu'Obsidius eût fait counoitre cette substance rapportée de son voyage dans l'Ethiopie. Ce verre noir scié en lames et du verre enduit de bitume noir peuvent seuls avoir servi à faire ces miroirs de la hauteur d'un homme, dont parle Séuèque. A la rigueur; ces miroirs auroient pu être faits de métal , mais leur grandeur en auroit rendu le tra* vail et le poliment presque impossible.

Du temps du grand Pompée , Prasitèles , qu'il ne faut pas confondre avec Praxitèles, exécuta , k ce qu'on croit, les premiers miroirs en argent. Par la suite, ces premiers miroirs d^gtnt devinrent tellement communs, qu'il n'y avoitque les esclaves qui s'en servissent. On faisoit alors des miroirs en or*, richement garnis de pierreries. On voit dans, le musée de Portici deux miroirs tirés des fouilles d'Herculanurn : l'un rond, d'environ huit pouces de diamètre, l'autre carré oblông. Tous deux étaient de métal bien poli.

Caylus fit faire l'analyse chimique d'un miroir antique, et il résulta de ses expériences, que la matière qui le composoit, étoit un alliage de cuivre, de régule d'antimoine et de plomb. Le cuivre dominoit et le plomb en faisoit la plus petite partie.

En Grèce , les miroirs les plus magnifiques se fnbrî» quoient à Corinihc. En Italie , la manufacture de miroirs la plus célèbre étoit à Brundusium.

Serrures, Dans les temps les plus reculés, on n'avoil pas de serrures peur fermer les portes d'entrée des maisons; on se contentoit d'attacher la porte avec des cordes , et le nœud de la corde faisoit l'office de nos serrures. Bientôt on s'aperçut que ce moyen n'étott pas suffisant , on imagina donc un nouveau procédé. Dans l'intérieur de la maison , on plaçoit transversalement , devant la porte, un verrou de bois supporté des deux côtés par un lien ën fer. Dans ce verrou étoit fixé un morceau de fer ovale , qui servoît à lier le verrou avec la porte et à l'y fixer; ce fer étoit creusé , et dans l'intérieur il y avoit un écrou a vis, dans lequel s'adaptoit un fer dont le bout étoit garni d'une vis , et qui tenoit lieu de clef. Lorsqu'on vouloit ouvrir cette espèce de serrure , on vissoit la clef dans le fer ovale creux , et on le retiroit j alors la porte , détachée du verrou , s'ouvroit et on ôtoit celui-ci»

Cétoit ainsi qu'on ouvrait les portes dans l'intérieur des maisons , et, pour les fermer , on remettoit le verrou et on y enfonçoit le morceau de fer creux ovale.

Par la suite , on imagina encore une meilleure serrure , qu'on désignoitsous le nom de lacédémonienne. On l'employoit surtout pour la fermeture des chambres dans l'intérieur des maisons. Cette serrure consistoiten un verrou de fer qui ne passoit pas transversalement par-dessus ou par-devant toute la porte , comme le verrou de bois de l'ancienne serrure , mais qui étoit appliqué seulement patdevant du côté où la porte s'ouvroit, et dans l'intérieur de la chambre.

Lite. Dans les temps les plus reculés, les lits pour le sommeil ne consistoient qu'en un monceau d'herbes et de feuillages, et les anciens peuples n'av oient pour

couvertures que des peaux de bêtes , qui leur «ervoient aussi de matelas. Pline remarque que , de sou temps , la couche des soldats dans les camps n'étoit pas autrement faite. Dansles temps austères de la république, les Romains ne s'écartèrent pas de cette simplicité ; mais lorsque , par leurs conquêtes, ils se furent mis eu possession de grandes richesses, ils commencèrent à suivre l'exemple des peu» pies vaincus de l'Orient, et à se procurer les commodités de Ja vie et les raffinements de la mollesse; alors ils employèrent la laine de Milet , le duvet le plus fin pour en faire des coussins; leurs bois de lit étoient d'ébèoe, de cèdre , de citronier , enrichis de marqueteries et de-figures en relief; il y avoit même des lits en ivoire et en argent massif, avec des couvertures fines , teintes en pourpre et garnies en or. Les bas-reliefs antiques nous offrent quelques figures de lits qui ont à peu près la forme de nos lits de repos. Les Romains fa i soient venir des lits de plumes de l'Égypte, où l'on nourrissoit une grande quantité d'oies. ,

La mollesse asiatique inventa l'usage de manger couché sur des lits; cet usage passa chez les Grecs a une époque qu'on ne connaît point. Le corps de celui qui y étoit couché étoit élevé sur le coude gauche, afin d'avoir la liberté de manger de la main droite, et derrière le dos il y avoit des coussips qui servoient pour s'y reposer. Avant la seconde guerre punique, les Romains s'asseyoient sur de simples bancs de bols , a l'exemple des Cretois et des Lacédémoniens, selon l'observation de Vairon; car dans toute l'Asie on mangeoit couché sur des lits m Scipion fut , sans le vouloir, l'auteur d'un changement à cet égard : il avoit apporté de Carthage de ces petits lits qu'on a longtemps appelés africains. Ces lits étoient fort bas, d'un bois commun, rembourrés seulement de paille et de foin , ei couverts eu peaux de chèvre ou de mouton. Un certain

Archias les imita à Rome , et les fit un peu plus propres; ils prirent alors le nom à'archiaques. Comme ils tenoient peu de place , les gens d'une condition médiocre n'en avoient point encore d'autres sous 1c siècle d'Auguste.

Tant que dura la république, les dames romaines se tinrent, pendant le repas, assises sur des lits ; elles auroient regardé comme contraire à la modestie, d'être couchées à table. Mais, dans le temps qui s'écoula depuis les premiers Césars jusqu'au commencement du rv 6 siècle de l'ère chrétienne, elles adoptèrent la coutume des hommes dans la manière d'être à table.

Tables. Les Romains étaloient une grande magnificence dans les Tables dont ils ornoient leurs salles et les autres pièces de leurs appartements. Laplupartétoient faites d'un bois de cèdre , que , selon le témoignage de Pline , on tiroit du mont Atlas, on y craployoit encore quelquefois un bois beaucoup plus précieux, lignum citrum , qui n'est point notre bois de citronier , mais celui d'un arbre beaucoup plus rare , que nous ne connoissons pas , et que l'on estimoit singulièrement à Rome. 11 falloit être fort riche pour avoir des tables de ce bois : celles de Cicéron et de Gallus Asinius étoient d'un prix excessif. Ce prix des tables provenoit aussi des ornements dont elles étoient enrichies. Quelquefois on employoit le bois de noyer et celui d'érable ; mais surtout les racines de ces arbres , à cause des figures qu'y forme leurs fibres.

Le dessus des tables, chez les Romains aisés, étoit couvert de bronze ou d'argent. Les pieds étoient travaillés en argent , ou ornés en ivoire. Souvent on donnoit eux pieds la forme de caryatides , de statues , de griffons , de sphinx , etc. Quelquefois ces supports avoient toute la largeur de la table} alors ils étoient ornés dans le plein de quelques bas-reliefs.

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