TOME. I. i
On observera que les anciens ne se serv oient pas de tables pour écrire, ils avoient l'habitude de tenir leurs tablettes sur les genoux lorsqu'ils écrivoient.
Les artistes anciens avoient soin de donner à chaque ustensile la forme la plus convenable à sa destination, et en même temps la plus agréable à l'œil.
Vases. Les Grecs et les Romains ont montré une grande profusion et beaucoup de magnificence dans leurs différentes sortes de Vases ; les uns ornoient les buffets des riches et des grands , et d'autres servoient à des usages domestiques. Ces vases étoient de bronze de Corinthe , de Délos, oud'Egine, ou bien d'argent, et souvent enrichis d'ornements en relief, qui étoient poussés du dedans en dehors , ou qu'on cîseloit sur le vase même ; quelquefois aussi ces ornements étoient travaillés séparément, et fixés ensuite sur les vases par la soudure; d'autres fois des vases de bronze étoient recouverts d'une plaque épaisse d'argent, sur laquelle on avoit ciselé des ornements et des figures.
La quatrième verrine de Cicéron , nous apprend qu'Antiochus, roi de Syrie, en traversant la Sicile, avoit avec lui un grand nombre de vases pour son usage habituel : la plupart étoient d'argent, plusieurs étoient d'or et enrichis de pierres précieuses j on y remarquoit , entre autres , un vase d'une seule pierre , avec une anse en or.
Ce que nous trouvons dans les auteurs anciens sur le nombre de vases , de coupes , etc. , que l'on voyoit à Rome,seroit incroyable, s'ils n'ajoutoient pas que ces vases avoient été apportés des provinces conquises.
Un assez grand nombre de vases et ustensiles anciens s'est conservé jusqu'à nos jours , et ces objets sont pour nous d'une grande importance , non-seulement parce qu'ils nous font connoître l'art des anciens , mais encore
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parce qu'ils offrent à nos artistes des modèles des plus belles formes et du soin qu'ils mettaient à leur exécu» tion. Cest aussi à l'étude de ces vases que Ton doit attribuer, dans les derniers temps , le perfectionnement du goût de nos artistes ; c'est l'imitation de l'antique qui les a mis sur le véritable chemin du beau , et qui peut seul les préserver du style maniéré et de la décadence du goût.
De tous les ouvrages de Tait, qui sont parvenus jus* qu'à nous, il n'y en a pas qui méritent autant notre attention que \es€inciens vases grecs de terre cuite, qu'on a long - temps désignés improprement sous le nom de vases étrusques. On les appeloit ainsi parce que ceux qui , les premiers, en ont donné des descriptions : Montfaucon , Dempster, Gori, Passeri, Caylus , et d' Ilancarville , les avoient regardés comme des monuments de l'art étrusque.
Ce sont les tombeaux de Nola, deCapoue, de Santa , d'Agatha, de Trébia , de la Pouille, enfin de différentes villes de.la grande Grèce, qui en offrent les plus riches collections. On en a aussi trouvé dans ceux d'Athènes.
Dans les tombeaux des grands, le nombre des vases étoit toujours plus considérable, et ils étoient d'une forme plus élégante que ceux que l'on voyoit dans les tombeaux ordinaires.
Quel qu'ait été le désir des Romains de posséder des vases bien travaillés et d'une forme élégante, et quel qu'ait été leur amour pour la variété, il paroît cependant qu'ils n'ont employé ces anciens vases grecs, ni comme ornement, ni pour les ouvrages domestiques. Aucun auteur ancien ne fait mention de leur usage, chez ces peuples, aussi n'en a-t-on point trouvé dans les ruines d'Herculanum et de Pompéï.
Ces vases sont pour nous des découvertes de la plus
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haute importance , soit pour leur élégauce, soit pour les sujets qui y sont figurés. La forme de ces vases varie infiniment, et toujours elle est gracieuse ; cependant celle qui ressemble à une cloche renversée se rencontre le plus fréquemment.
Lampes. Les Lampes antiques ont été distinguées par Passeri, dans les Protolégomènes , à la tête du premier volume, en lampes des temples, en lampes domestiques , en lampes sépulcrales. Mais la collection de ces antiquités a été surpassée en beauté et en intérêt parcelle dePortici; la sixième salle de ce Musée est entièrement remplie de candélabres et de lampes trouvées dans les maisons de Pompéï et d'Herculanum.
On attribue l'invention des lampes aux Egyptiens; il est vrai que leur usage remonte à une très haute antiquité. Hérodote en fait mention , en parlant du roi Mycérinus, qui fit mettre sa fille , qu'il avoit eu la douleur de perdre, dans une génisse de bois doré, devant laquelle on entrelenoit nuit et jour une lampe allumée.
On peut dire que l'usage des lampes en Orient se perd dans l'antiquité la plus reculée ; il paroît néanmoins qu'elles ont été connues fort tard en Italie.
Les plus anciennes lampes étoient de terre cuite; on en fit ensuite de différents métaux. Après l'argile, la matière le plus généralement en usage a été le bronze ; on trouve encore dans les cabinets une quantité de lampes de ce métal. Les marchands mettoient. quelquefois du plomb dans l'intérieur pour augmenter le poids apparent du bronze , et ainsi le prix de la lampe» Codinus et Jean Philoponus ont aussi indiqué des lampes de verre. Passari en a représenté une de cette matière. Ces lampes sont les plus rares; il y en a une dans le cabinet de Portici. On a fait aussi des lampes avec des métaux précieux: Pausanias fait mention d'une lampe d'or qui étoit dans le temple de
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Minerve; Atbécée et Saint-Augustin parlent de lampes d'argent. On en a fait aussi de marbre.
Pour éclairer leurs maisons d'unemanière magnifique 7 . les Romains se servoient également, quoique plus rarement, de lampes suspendues, avec un nombre de becs plus ou moins considérable. Ces lampes porto i en t différents noms d'après le nombre de becs; elles étoient ordinairement ornées de sujets mythologiques ou allé» goriques. Leur forme a varié comme leur matière : souvent c*est un simple disque, avec un trou à un point delà circonférence, pour laisser passer la mèche, et un autre dans le milieu pour verser l'huile; d'autres fois, les lampes ont la forme d'une barque ; quelquefois leur extrémité se termine en deux ou trois divisions, selon le nombre des becs ; plusieurs ont la forme d'un oiseau : on en trouve principalement qui ont celle d'une oie } ou bien encore celle d'une conque et même d'une urne~
Toutes ces formes et leurs ornements variés, les rendoient très propres à faire des cadeaux. Ils uous en reste encore plusieurs de celles qui étoient employées à donner en étrennes ; la Victoire en est la figure principale ; elle tient un médaillon , sur lequel ou lit le souhait de bonne année. Au-dessous du bouclier est encore un quinaire de bronze, avec le type de la victoire ; et plus bas, une autre médaille avec les mains jointes et le caducée, signe de la concorde et de la prospérité.
On a trouvé à Herculanum une lampe avec sa mèche ; elle est de lin, seulement peigné et tordu mais non pas filé. Les anciens ont aussi employé le chanvre : on en a trouvé une mèche dans une autre lampe. Un passage curieux de Vdgèce nous instruit que l'on en fa i soit aussi de papyrus.
Trépied. Un Trépied s'employoit en général pou*
Sl4 ENCYCLOPÉDIE DE i/AHTIQUITÉ.
désigner toute sorte de vaisseau, siège , table ou instrument à trois pieds.
Homère parle des trépieds de manière à faire voir qu'ils étoient communs dans le temps où il écrivoit, et qu'ils étoient liés à la religion. Hérodote, Pausanias et d'autres auteurs , nous apprennent qu'il y en avoit une quantité prodigieuse dans les différents temples de la Grèce.
Dans la description de la pompe funèbre de Ptolémée à Alexandrie, il est fait mention d'un grand nombre de trépieds, entre autres d'un qui étoit d'argent massif , et avoit seize coudées de circuit; trois autres plus petits étoient ornés de pierreries. On y porto it encore quatre - vingts trépieds delphiques d'argent , moins grands que les précédents ; neuf trépieds delphiques d'or de la hauteur de quatre coudées ; huit autres de six coudées ; un de trente sur lequel étoient des animaux d'or de cinq coudées, et tout autour une couronne de même métal , en forme de feuille de vigne.
Candélabres, Les Candélabres étoient les pieds sur les» quels on plaçoit les lampes destinées à éclairer un temple ou un appartement, lorsqu'on ne vouloit pas les attacher au plafond, à la manière de nos lustres, ni les placer immédiatement sur la table. Us servoient , soit pour une seule lampe, soit pour plusieurs.
La forme des candélabres étoit très variée; tantôt ils ressembloient à un roseau, tantôt à un tronc d'arbre avec ses branches , ou bien à des pilastres ; le plus fréquemment, on leur donnoit la forme de colonnes simples ou cannelées.
L'origine des candélabres est due aux Égyptiens, qui avoient aussi ^imaginé les lampes. Le célèbre architecte Lenoir, élève de Blondel , a vu un candélabre sur un basvoliof de l'arc de Titus.
ARCHITECTURE. ai 5
Homère, dans l'Odyssée, en décrivant le palais d'AIcinous, parle de candélabres formés de statues en or, et représentant un jeune homme placé sur un autel , pour tenir dans ses mains des flambeaux allumés.
Plusieurs bas-reliefs nous font voir que non-seulement ceux qui étoient employés dans les temples, mais aussi ceux des maisons particulières , étoieut très élevés.
On peut se faire une idée des candélabres dont on se servoit dans les temples , par ceux qu'on voit dans le temple de Vénus Paphia, sur plusieurs médailles de Sep lime Sévère et de son fils. Deux autres , que l'on voit dans une peinture d'Herculanum , soutiennent deux lampes en forme de colombes, et sont riches et très ornés. Sur le portique du Panthéon on remarque de beaux candélabres sculptés, au-dessus desquels sont placées des lampes triangulaires d'un très bon goût. Parmi les monuments d'Herculanum, on eu trouve beaucoup d'une très belle forme.
Les candélabres ainsi que les trépieds étoient faits de bronze ; souvent ils étoient ornés de feuillages et de fleurs, mêlés quelquefois de mosaïques j on en trouve aussi qui sont ornés de métaux de différentes couleurs. Ceux dont on fa i soit usage dans les temples étoient les plus magnifiques, souvent ils étoient d'or et enrichis de pierres précieuses.
La fabrique de Tarente se distinguent surtout par la belle forme des candélabres ; celle d'Égiue, par le soin qu'on mettoit à les terminer.
Soufflets. Strabon attribue l'invention de cet instrument au philosophe Anacharsis, scythe de nation, qui vivoit 5çp ans avant l'ère chrétienne; mais il paroît que cette invention remonte beaucoup plus haut, et que les Grecs les ont connus, tels que nous les employons, dès l'époque de leur civilisatiou. Homère dit que Vulcain
2l6 ENCYCLOPÉDIE DE i/ ANTIQUITÉ.
faisoit agir vingt Soufflets à la fois lorsqu'il fabriquoit le fameux bouclier d'Achille.
ARTICLE IV
DES JAXDWS.
L'art de tracer les Jardins mérite une place parmi les beaux-arts; il doit son origine immédiatement à la nature. De même que l'art du dessin imite les belles formes qu'on trouve dans la nature, celui de tracer les jardins consiste aussi à imiter avec sagesse et réflexion chaque beauté de la nature inanimée , et à réunir avec goût , dans un jardin, celles qu'elle offre isolées. L'influence de cet art sur l'esprit de l'homme est facile à concevoir , lorsqu'on fait attention à la différence qu'il y a , pour la vivacité et les grâces de l'esprit , entre les peuples qui habitent un climat heureux, et ceux qui occupent des contrées stériles.
Tout le monde connoît ce que différents auteurs ont rapporté sur les jardins magnifiques de Baby= lone. En parlant des jardins de Midas, Hérodote nous apprend qu'il y croissait de très belles roses et d'un parfum délicieux. Xénophon, dans son histoire de la Retraite des dix mille , fait souvent mention des grands jardins d'agrément, ou paradis, qu'il avoit trouvés dans plusieurs provinces de la Perse.
Les Grecs avoient aussi les leurs, mais l'art de les tracer n'étoit point parvenu chez eux au point
de perfection auquel ils avoient porté les autres arts.
Dès les temps les plus reculés, ces peuples avoient des portions de terrain qu'on peut désigner par le nom de jardins potagers et de vergers , et dans lesquelles ils cultivoient des vignes , des arbres fruitiers et des plantes potagères. La description du jardin des Hespérides , celle qu'Homère a donnée des jardins d'Alcino r ts contiennent , avec beaucoup de fictions , des indications sur la distribution de ceux des Grecs. Il y a peut-être plus d'analogie qu'on ne le croiroit au premier coup-d'oeil , entre ces jardins ; et il est probable que le fondement de la fiction homérique est une tradition sur les vergers d'Hespérie et des Hyperboréens occidentaux, apportée par des navigateurs phéniciens.
Homère , dans le septième- chant de l'Odyssée, décrit ainsi les jardins d'Alcinoûs, roi des Phéaciens , dans l'île de Gorcyre, aujourd'hui Corfou.
« Hors de la cour , non loin des portes , est un » grand jardin ; quatre arpents fermés par une » enceinte en composent l'étendue. Là toutes les » espèces d'arbres , rejetons les plus heureux de » la terre , portent jusqu'au ciel leurs rameaux » nombreux et florissants ; là se confondent la » poire balsamique, l'orange éclatante, la pomme, » charme de l'œil et de l'odorat, la douce figue, » et l'olive toujours verte. Ces arbres , soit l'été , » soit l'hiver sont éternellement chargés de fruits.
2l8 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQTJITÉ.
» -L'haleine constante duZépbir fait naître les lins r » tandis qu'elle mûrit les autres. La poire vieillit à » côté de la poire naissante , la pomme à côté de la » pomme, le raisin à côté du raisin ,1a figue à côté de » la figue.Là croissent aussi des vignes fécondes; les » unes s'étendent dans un lieu uni et' découvert, et » sèchent aux feux du soleil , tandis qu'on vendange » les autres, et que d'autres encore sont foulées. » Plus loin , de jeunes grappes épanouissent leurs » fleurs; d'autres commencent déjà à noircir. Dans » le rang inférieur se voient des plates-bandes or» » 7 nées de plantes de toutes les espèces , et tou jours » en fleurs. Deux fontaines embellissent ce lieu ; » l'une promène ses eaux par tout le jardin , la se- >» conde coule , d'un autre côté, sous le seuil de la » cour, vers le palais élevé : c'est dans celle-là » que viennent puiser les habitants. Ainsi les im~ » mortels embellirent de leurs riches dons la de=- » meure d'Alcinoùs. m
Les charmantes contrées de la Grèce dévoient nécessairement inspirer à ses habitants le goût de la belle nature ; c'est ce que l'on voit surtout par le respect qu'ils portoient aux bois sacrés , et même à des arbres d'une vieillesse vénérable.
Toutefois les Romains ont surpassé , sous ce rap= port, tous les autres peuples. Vers les derniers temps delà république , ce peuple commença à s'abandonner au plus grand luxe , qui se montra également dans la disposition" des jardins. Leur amour pour
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la vie champêtre fit que , non -seulement ils plantaient des jardins près delà ville, mais qu'ils donnaient aussi à leurs campagnes la disposition d'un jardin ; ceux qui étoient près des villes ne pouvoient point d'abord être appelés jardins d'agrément ; ils étoient alors principalement plantés d'arbres fruitiers et d'herbes potagères. Leurs seuls ornements consistoient en fleurs , en roses , jacinthes , lys , violettes, etc. Les parties destinées pour l'agrément se trouvoient dans les campagnes, dont le terrein étoit en grande partie employé en plantations, qui of Broient d'agréables promenades. Les prairies , les champs , les vignes , les plantations d'oliviers , les bois , etc. , dont les campagnes étoient entourées , forni oient un bel ensemble. On y voyoit dispersés des petits temples, des monuments et des maisons ou pavillons de plaisance. 11 y avoit des ruisseaux , des fleuves, des bassins et des parties d'eau qui interrompoient les parties déterre ; des collines et des montagnes alternoient avec des plaines , et partout on cherchoit à ménager de belles vues.
L'art du jardinage eut , chez les Romains , le même sort que l'Architecture : il tomba en décadence. Après Auguste , on négligea ce qui est grand , et on chercha la beauté dans les futilités; les haies et les buissons étoient taillés avec art et avec beaucoup de soin ; le buis l'étoit en forme d'animaux , de pyramides et d'autres manières ; on figuroit en buis le nom du propriétaire, etc.
Les jardins de Pompée, de LucuUus et de Mè~ cène , étoient cités à Rome pour leur magnificence. Ils offraient non-seulement au milieu de la ville des terres labourables, des viviers, des vergers, des po«= tagers , des parterres , mais encore de superbes palais , des lieux de plaisance, ou des maisons champêtres faites pour s'y reposer agréablement du tumulte des affaires. Ce fut Caïus Marius qui en» seigna le premier aux Romains Fart de tracer un jardin , .celui de greffer et de multiplier quelquesuns des fruits étrangers les plus recherchés et les plus curieux. Il introduisit aussi la méthode de tailler les arbres et. les bosquets dans des formes réguhères*
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