OR'GME DE LA. SCULPTURK ; SES COMME.YCEMKITT8 ET SES PROGRES
L'homme, naturellement imitateur, aura cherché de bonne heure l'art de rendre les objets que lui offroit la nature; les premiers sculpteurs se seront,, selon toute apparence, servis d'abord du charbon , ensuite de la pierre tendre pour dessiner sur les surfaces planes. Après avoir obtenu quelques succès et considéré la forme qu'acquéroient certains corps mous en s'insinuant dans les cavités des matières solides, ils seront parvenus à l'idée des moules. Ils modelèrent donc l'argile 1 ; mais ensuite
' Pline prétend que DibutaJe , potier de Sycione , a été le premier inventeur de l'art de la plastique , ou de modeler en argile. Il ajoute cependant que d'autres attribuent cette découverte à Rhœcus et Théodore , de TUe de Samos , et que Démarate , exilé de Corinthe , emmena avec lui Cuchin elCugrammas , qui portèrent cet art en Italie. Qujî qu'il en soit, l'invention de modeler vn argile doit être attribuée aui Grecs , sans que
SCULPTURE. a 35
le désir de donner plus de solidité à leurs productions, leur aura fait préférer le bois, employer les minéraux et fondre les métaux ; ainsi l'art de modeler la terre pour les besoins de la vie sera devenu la source qui a fait éclore celui de faire en relief des figures, et quoiqu'il paroisse que les progrès des modèles aient eu une perfection lente, il est presque certain que les premiers peuples n'ont pas tardé à y atteindre.
Le culte des idoles profita le premier de ces progrès, chez les peuples de l'Asie et de l'Egypte. Quelques auteurs prétendent que la Sculpture a pris naissance en Egypte. Il est vrai qu'à une époque extrêmement reculée, elle y a été cultivée, mais il ne faut pas attribuer son invention à un seul peuple. On trouvé de grossiers ouvrages de Sculpture , chez ceux de la mer du Sud , qui n'ont point de connoissance des mœurs européennes. Cet art commença chez tous les peuples à peu près 'de la même manière , c'est-à-dire par des figures roides et sans mouvement; c'est ce que l'on remarque en comparant ce qui nous reste des plus anciens ouvrages des sculpteurs égyptiens, persans, indiens et grecs. Les temples de la haute Egypte étoient couverts d'une quantité prodigieuse d'hiéroglyphes et d'une multitude de statues.
l'on puisse néanmoins en déterminer exactement l'époque ; mais on ignore quels étoient , chez les anciens , les procédés en usage pour faire un modèle.
Toutes les grandes figures de Sculpture égyptienne sont exécutées en pierre calcaire, en basalte , en granit ou en albâtre , toutes sont polies avec le plus grand soin , aussi-bien celles qui sont placées sur les obélisques, que celles qui doivent être vues de près. Quelques artistes inséroient souvent dans les yeux des statues des prunelles d'une matière précieuse. Les Indiens ont conservé cet usage , qui a été pratiqué quelquefois par les Grecs. Il pa= roît que les Egyptiens n'ont point fait de statues en bronze. Leurs petites figures sont de terre cuite, de marbre, d'or, de bois, de serpentine, etc.
Les statues colossales les plus remarquables que nous ayons d'eux sont celles de Memnon et du Sphinx. Les Egyptiens faisoient des figures en gaine, que Philostrate appelle des kermès égyj?~ tiennes ; mais il y a lieu de croire qu'ils ne faisoient point de bustes, du moins on n'en trouve aucun qui ait été fabriqué en Egypte.
Ces peuples avoient coutume d'entourer de petites idoles les momies déposées dans les catacombes; souvent aussi ils en plaçoient une petite sous la bandelette qui couvroit la poitrine du mort ; c'est ainsi que beaucoup de figurines se sont conservées dans l'Egypte même. Plusieurs autres ont été transportées dans différentes parties de l'Europe , où l'on a formé des collections fort riches en monuments égyptiens.
Il ne nous reste aucun monument de la
Sculpture des Hébreux, qui puisse foire présumer de leur goût et de leur progrès dans la poétique de l'art; mais nous en avons encore quelques-uns, ou du moins d'antiques représentations, qui font croire qu'ils avoient été fort loin dans la partie mécanique.
Nous ne possédons plus de monuments de Sculpture des Phéniciens ; mais Homère rend hommage à leur habileté dans les arts en parlant du cratère de Pelée , qui Femportoit , dit-il, en beauté sur tous les ouvrages delà terre entière. Les. arts ont été pratiqués en Assyrie et à Babylone dans un temps trop éloigné de nous. Diodore de Sicile parle de figures d'animaux en relief, exécutés par les ordres de Sémiramis , et peints de manière qu'ils paroissoicnt vivants ; au milieu étoitla reine, qui domp» toit un lion. Les statues de Bélus , de Ninus , de Sémiramis étoient de bronze.
Plusieurs monuments attestent que les Perses ont cultivé l'art de la Sculpture dès le temps de leurs premiers rois. Les célèbres ruines de Persépolis , figurées par Niébuhr , Chardin , le Bruyn , le prouvent aussi. Les ornements du palais sont travaillés avec beaucoup de luxe et de profusion ; tous les murs sont chargés d'inscriptions ou de figures exécutées en relief. Il paroît que les Perses ornoient de la même manière tous leurs grands édifices, et que ce goût étoit la suite de l'amour du luxe qui les caractérisoit , ce qui faisoit
238 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
que les Grecs appeloiént persan tout ce qui étoit magnifique.
Les idées religieuses des Perses ont été un obstacle aux progrès des arts chez ce peuple qui n'élevoit pas de statues aux grands hommes ; d'ailleurs comme la décence ne leur permettait pas de se montrer nus, ils ignorèrent les "formes, et ne purent connoître d'autre beauté que celle des têtes.
On ne peut se former une idée des monuments de Sculpture de YInde que par ceux qui ornent les grottes sacrées , en grand nombre dans ce pays , et que Ton doit regarder comme d'anciens temples. Porphyre , dans son Traité de Styge, décrit ainsi une statue de Brahma, qui étoit dans un antre. «La statue qui est dans cet antre, dit -il, a douze coudées ; elle est droite et tient les bras croisés; sa face antérieure est celle d'un homme , sa face postérieure celle d'une femme; les membres, de chaque côté, répondent au sexe indiqué par le visage. Le soleil est sculpté sur sa mamelle droite , la lune sur la gauche , ainsi que tout ce que contient le firmament. On y voit le ciel, les eaux, les montagnes , les animaux et les plantes. On dit que Dieu donna çette statue à son fils quand il créa le monde, afin qu'elle lui servît de modèle. » On trouve, parmi les Sculptures des Indiens, plusieurs figures qui conviennent à la description de Porphyre.
Les figures qu'on voit dans les bas-reliefs indiens
SCULPTURE. a3f)
sont ou nues , ou seulement couvertes d'un linge étroit sur le corps , ce qui anroit pu être très favorable à l'art; aussi quelques figures données par Niébuhr, dans ses recherches asiatiques, sont-elles assez bien proportionnées. Les anciens temples des Indiens prouvent assez la haute antiquité de leurs connoissances dans les procédés de sculpter , de graver les pierres, de fondre les métaux, etc. Ils n'ont cependant jamais atteint à la perfection des Européens , et sont restés au-dessous des Egyptiens; mais il faut en attribuer la principale cause aux formes de leurs divinités, beaucoup plus bizarres que celles des Egyptiens : elles ont souvent plusieurs têtes et plusieurs bras ; et quelquefois , comme en Égypte, des têtes d'animaux.
La Sculpture est aussi très ancienne chez plusieurs autres nations de l'Europe. On possède dans les cabinets différentes figures du Thibet, duMalabare , du Japon, de la Chine , mais toutes sont, encore à présent inférieures aux figures indiennes. Leur barbarie vient de l'imitation servile de ceux qui se servent toujours d'ancien modèles, ainsi que des usages et du costume des pays, qui dénaturent les formes.
L'histoire de la Sculpture chez les Grecs, soit qu'on les compare entre eux, soit qu'on les oppose aux autres nations , présente des phénomènes intéressants. Dans l'origine de cet art chez ces peuples 1 , les statues étoient colossales ; celles de Sésostris et
a4<> ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.
de la reine, placées devant le temple de Vulcain, selon Diodore , étoient d'une seule pierre , et avoient trente-deux coudées de hauteur. Selon Homère, il y avoit dans le palais d'Àlcinoùs plusieurs statues d'or , qui portoient des torches pour éclairer pendant la nuit l'intérieur de ce palais. Pausanias nous apprend que l'on voyoit de son temps , dans la ville d'Argos, un Jupiter en bois , qui passoit pour avoir été trouvé dans le palais de Priam ; que l'on inontroit à Athènes une statue de Minerve, également en bois, donnée à ce peuple par Cécrops , et que ce souverain introduisit dans les temples de la Grèce l'usage des simulacres : cependant il y a toute apparence que les ouvrages de Sculpture que les Grecs firent jusqu'au temps de Deucalion, se ressentirent de la manière égyptienne. Contents de suivre les modèles de leurs prédécesseurs , ils ne faisoient pour la plupart que des figures gigantesques, dont les bras attachés au corps, les jambes et les pieds joints ensemble, étoient sans variété, sans mouvement, sans action; leurs simulacres, au rap= port de Lucain , de Justin , de Plutarque et de Pausanias , n'étoient composés que de pierres seule» ment dégrossies et taillées sans goût. L'idole même de Junon , si révérée chez les Argiens , n'étoit dans son origine qu'un morceau de bois travaillé sans art, semblable à celles que les Lapons, les Samoyèdes et les autres peuples situés vers les extrémités du Nord, font encore aujourd'hui. En effet,
leurs premières figures représentaient , pour ainsi dire, l'homme en bloc. On rendoit bien son volume, mais on négligeoit ses membres et ses traits.
Ce ne fut que trois cents ans après Cécrops que les artistes grecs commencèrent à reconnoître la dit formité des anciennes statues, à quitter la routine des Egyptiens, à imiter dans leurs ouvrages les beautés de la nature, à donner à leurs têtes cette belle expression ., et enfin à toutes leurs figures, cette supériorité, cette touche, cette élégance et cette finesse inconnues jusqu'alors. Ce sont ces peuples y doués du génie créateur, qui surent foire respirer le bronze et donner la vie au marbre. Ce fut chez eux que Prométhée excella dans cet art divin ; ce qui fit dire de lui qu'il avoit volé le feu du ciel, parce qu'il avoit su faire, pour ainsi dire , un homme vivant avec de l'argile. Ce fut aussi chez les Grecs que Dédale sut donner à ses statues l'attitude d'un homme qui est en mouvement , et que Scelmés ou Scelmis brilla clans Sumos , où il fit cette belle statue dp Junon , l'un des chefs-d'œuvre de la belle antiquité. Ce fut enfin dans cette même ville que Fou vit naître YApollçn Pjthien 1 f, figure inimitable , et qu'Athènes vit former cet admirable Gladiam teur*, ouvrages du premier ordre, et dont tant
1 A la Ho de ce chapitre * on trouvera une note. sur cette incomparable
statue. •
* Ce chef-d'œuvre , dont les traits sont d'un style moins idéal , mais non moins parfait quçcelqi de l'Apollou Pythien , fut trouvé frun quart de TOME J. »6
de helles copies ornent aujourd'hui nos maisons royales.
Néanmoins toutes ces beautés et toutes ces perfections n'étoient encore que l'aurore d'un beau jour, qui devoit briller sous le gouvernement de Périctès 1 , génie heureux, capable de discerner ce qui devoit transmettre à la postérité la gloire de sa patrie.
Les circonstances favorisèrent les vues utiles de ce grand homme ; les victoires remportées sur les Perses changèrent l'imagination des vainqueurs ; l'abondance et la paix, dignes fruits de leurs conquêtes , assurèrent à jamais le triomphe de la Sculpture. Dans la suite les successeurs de cet illustre chef des Grecs : Alcibiade et Pausanias à Athènes; Lisandre et Agesilas à Lacédémonc; Épaminondas à Thèbes ; Denys à Syracuse , et Alexandre le Grand imitèrent un si bel exemple , encouragèrent les artistes et leur facilitèrent des succès constants et multipliés.
Lés gymnases , où la jeunesse s'exerçoit toute nue au pugilat, furent les écoles des artistes : ils y venoiènt étudier la nature, apprendre à la copier, à l'interpréter, leur imagination s'échauffoit à l'aspect des plus belles nudités. Dès lors ils parvinrent
lieuc~de Rome , sons le pontificat de Paul V, en faisant faire les fondations d'une «atflon de plaisance pour sa famille, sur le terrain où avoient été anciennement les jardins de Néron.
■ 1 Ce fut Périclès qui institua le premier, dans la Grèce , des maîtres pour enseigner à la jeunesse Part du dessin et celui de la sculpture.
a la variété des formes ; les belles oppositions leur devinrent familières ; ensuite ils cherchèrent à enter, pour ainsi dire , les parties d'un individu sur celles d'un autre , et surpassèrent par là la perfection du corps humain ; ce qui rend aujourd'hui leurs chefsd'œuvre si nécessaires aux artistes et si intéressants aux amateurs.
Les exercices, si fort en usage, les courses de chars, d'hommes et de chevaux, et nombre de jeux célébrés avec tant d'éclat , dans plusieurs villes de l'Àttique et du Péloponèse, furent encore très favorables à l'art , et donnèrent aux sculpteurs de nou* veaux moyens d'atteindre à la perfection.
Mais ce qui contribua peut-être le plus à ce que la Sculpture chez les Grecs parvint au sublime, c'est que cet drt fut toujours employé chez eux à des usages nobles et élevés : il n'étoit destiné qu'aux divinités, aux objets sacrés, ou à ce qui se faisoic de plus utile pour la patrie. Tout ce que Von exécutait en ce genre étoit digne d'une grande nation ; chaque ville de la Grèce s'empressort à l'envi de posséder les plus belles statues des dieux , des héros, de tous ceux enfin qui , par leurs vertus ou par leurs talents, méritoient la reconnoissance de leurs concitoyens.
L'artiste qui porta la Sculpture au plus haut degré de perfection 'sous Périclès, fut Phidias *. Il
* Phidias , né wn l'an 445 avant l'ere cbréliennc.
•toit Athénien , fils de Charminus, et disciple d'A- . géladas d'Argos et d'Hippias, -dont l'histoire ne parle que pour lui avoir donné les premiers élé= ments de son art. Il avoit pour contemporains AU camenhs, Critias, ffegias etNestoclès; le premier est le seul connu. Le siècle heureux où il vécut vit naître les grands philosophes, Socrate, Platon, Aristote; les orateurs célèbres, Isocrate et ses disciples ; les généraux les plus distingués, Miltiades , Thémistocle , Aristides, Gmon, etc. Phidias s'étoit d'abord livré avec succès à la peinture; il se livra ensuite exclusivement à la Sculpture, et travailla en bronze, en ivoire et en marbre.
Tous les ouvrages de Phidias étoient si admirables ^qu'ils ont donné l'origine à l'expression signant Phidiœ, par laquelle on désignoit tout ouvrage bien exécuté, parlait, et pour lequel on avoit employé beaucoup d'art.
Parmi le grand nombre de chefe-d'œuvre que l'art de la Sculpture devoit à Phidias, on cite avec enthousiasme une Némésis qu'il fit après la bataille de Marathon, gagnée sur les Perses par Miltiades 1 ; une Minerve, haute de vingt-six coudées (trenteneuf pieds ) , que Périclès l'avoit chargé de faire pour être placée dans le Panthéon, temple construit - — —
• ' La déesse Némésis , si l'on en croit Hésiode , se plaisoit à courber les têtes orgueilleuses , à humilier ceux qui manquoient de modération dans la prospérité.
sculpture. a45
en^ l'honneur de cette déesse , et le Jupiter Oljrmpien, qui étoit d'or et d'ivoire , et haut de quarante pieds. Cette statue a mis le comble à sa gloire et lui a assuré une réputation que deux mille ans ne lui ont pas ravie. Ce chef-d'œuvre 1 faisoit, au pre» mier aspect , une impression que l'examen ne servoit qu'à rendre plus profonde. On étoit frappé de la grandeur de l'entreprise , de la richesse de la matière , de l'excellence du travail , de l'heureux accord de toutes les parties ; mais oh l'étoit bien plus encore de l'expression sublime qu'il a voit su donner à la tête de Jupiter. La divinité même y paroissoit empreinte avec tout l'éclat de la puissance 9 toute la profondeur de la sagesse , toute la douceur de la bonté. Auparavant les artistes ne re= présentoient le maître des dieux qu'avec des traits humains sans noblesse et sans caractère distinctif; Phidias fut le premier qui atteignit , pour ainsi dire, à la majesté divine , et sut ajouter un nouveau motif au respect des peuples , en leur rendant sen«= sible ce qu'ils avoient adoré.
La profusion des ornements qu'on remarquoit dans les ouvrages de Phidias, montre la gradation des à'rts. Cet habile artiste retint le minutieux des âges précédent» , mais il le fit servir au sublime.
1 Le Jupiter Olympien subsistait encore à Constantinople au commenremeul du xm siècle. On en peut voir la belle description dans Pausanias, p. 3o6. edit. Wechcl.
itfo ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
Dans la nouvelle période de l'art chez les Grecs , qui est comprise entre l'époque où Athènes fut gouvernée par Périclès jusqu'à Alexandre, depuis Phidias jusqu'à Praxitèle et Lysippe, on corrigea les fautes de la première période , et on se rapprocha davantage de la nature. C'est ainsi que se forma le style gr^nd et élevé, caractérisé par la noble simplicité de la forme des têtes , par le dessin , le vêtement et l'exécution. Le dessin conserva cependant encore une certaine roideur , quelque dureté , et si l'on peut dire, quelque chose d'anguleux. On re= nonçoit jusqu'à un certain point à l'extrême beauté, pour obtenir plus d'exactitude.
Parmi les statuaires de la période depuis Phidias jusqu'à Lysippe, on distingue Alcamenes * , élève \de Phidias, qu'il chercha à égaler, et qui , selon Pausanias, tenoit le premier rang après lui : il travailla en bronze et en marbre ; Athènes possédoit un grand nombre de ses ouvrages. Sa Vénus, selon l'expression de Pausanias , étoit du petit nombre de celles qui étoient dignes d'être vues. Un autre écrivain cite aussi avec beaucoup d'éloge un Vulcain, que l'on doit au même artiste. La démarche boiteuse du dieu paroissoit à travers la draperie même destinée à cacher cette imperfection , de sorte qu'elle étoit indiquée, non comme un défaut , mais comme un caractère distinctif du dieu de Lemnos.
Alcamenès , né à Athènes mail vers l'an 4^8 ayant l'ère chrétienne.
sculpture. a47 Mjrron * s'est aussi rendu célèbre par une belle imitation de la nature. La matière sembloit s'animer sous son ciseau. Plusieurs jolies épigrammes grecques font mention d'une vache qu'il avoit faite • en bronze avec une telle vérité , que cet ouvrage séduisoit et les pâtres et les animaux : elle pouvoit, dit Pétrone, servir de modèle, tant pour l'excellence de l'imitation , que pour la perfection de la nature même. Ce chef-d'œuvre existoit encore à Athènes de temps de Cicéron ; Rome le posséda long-temps.
Poljcletes ** a rempli de ses ouvrages immortels le Péloponèse et la Grèce. Son goût le portoit surtout à la régularité et à l'agrément ; ( aussi trouvoiton que ses statues auroient eu besoin d'un peu plus de force. En effet, il représentait les hommes avec des formes admirables, et beaucoup mieux qu'ils ne sont ; mais il n'atteignit pas comme Phidias à la majesté des dieux. On dit même que la vieillesse étonnoit ses mains accoutumées à représenter les Grâces , et peut-être est-ce pour cette raison qu'il n'a guère exprimé que la tendre jeunesse. Sa statue d'un jeune homme couronné étoit si belle , pour l'expression délicate des chairs , qu'elle fut vendue cent talents (470,000 fr.) ; son enfant tenant une lance dans la main, et sa statue qui représentoit
* Myron , né à Éleuthera en Béotie , l'an 4 {2 ayant l'ère chrétienne.
** Polyclètes, né h Sycione, une des écoles de l'art, l'an 43a avant l'ère chiélieum:
!l48 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITE.
un athlète se frottant avec un strigil, ne furent pas moins célèbres ; ses trois statues des trois enfants nus y jouant ensemble, furent regardés comme des chefs-d'œuvre. Mais ce qui a ajouté beaucoup à sa haute réputation , fut une statue d'airain , où les proportions du corps humain étoient tellement ob= servées, que, par un jugement irréfragable, les artistes l'a voient eux-mêmes appelée le Çanon ou la Règle ; aussi Fétudioient-ils quand ils avoient à rendre la même nature , car on ne peut imaginer un modèle unique pour tous les âges, tous les sexes, tous les caractères.
Scopas * travailla avec d'illustres concurrents (Bryaxis, Timotheûs et Leocharès) aux ornements du fameux Tombeau qtt'Artémise fit élever à son époux Mausole, roi de Carie. S&F'énus nue, qui fut dans la suite transportée à Rome , étoit son chef-d'oeuvre ; elle étoit d'une si grande beauté que, quelque part qu'elle se fut trouvée , elle auroit illustré ce lieu : on a même prétendu qu'elle fut préférée à celle de Praxitèle , dont nous allons parler dans un instant. Scopas avoit fait aussi un Apollon, une Vesta avec deux filles assises à ses côtés , un Neptune y une Thétis, un Achille et un Mars.
\J Amour, le Désir et Phaéton étoient encore trois statues sorties de ses mains ; on les voyoit avec admiration dans le temple de Vénus à Mégare.
* Scopas , né à Paros 45o ans avant l'ère chrétienne.
sculpture. a4g
Quelques-uns attribuent à Scopas le groupe célèbre de Niobé , qui se voyoit à Rome dans la Villa Médicis , d'où il a été transporté à Florence en 1769.
Au siècle d'Alexandre commence uue nouvelle période de l'art statuaire chez les Grecs, qui s'étend jusqu'à la conquête de la Grèce par les Romains. Pendant cette période , la Grèce fut illustrée par ses derniers béros , par ses philosophes , par ses écrivains les plus distingués et ses plus grands orateurs. C'est alors que se forma ce que l'on peut appeler le beau style de l'art ; il se distingue du style élevé par la grâce et l'aménité , par quelque chose de tendre et d'agréable. Cette grâce est dans les gestes , et se trouve aussi dans l'action , dans les mouvements du corps, dans le jet du vêtement, et toute la contenance et l'habillement. Parrhasius en fut l'inventeur dans la peinture ; elle se communiqua ensuite à la Sculpture.
Le beau style commence à Praxitèle * : les grâces conduisoient son ciseau , et son génie donnoit la vie à la nature. Tous ses ouvrages étoient d'une si grande beauté qu'on ne savoit auquel donner la préférence. Cependant son Satyre en bronze , nommé Périboétos , c'est>-à-dire le célèbre , le renommé , et son Cupidon en marbre pentélicien , étoient ceux qu'il regardoit comme ses chefs-d'œuvre. Toutefois sa Vénus nue étoit de tous le plus achevé » :
* Praxitèle , né 4<>o ans avant l'ère chrétienne. 1 Ce chef-d'œuvre subsistait encore à Constant inople au commencement.
a5<> ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQTJITÊ.
elle étoit en marbre. Apres l'avoir examinée , on entrevoyoit des beautés dont on ressentoit les effets sans en pénétrer la cause. Cette Vénus, dit Winekelman, est une rose qui s'épanouit doucement au lever du soleil. Les Gnidiens qui en avoient fait l'acquisition s'enorgueillirent de posséder un trésor qui favori soit à la fois les intérêts de leur commerce et ceux de leur gloire. •
Aucun artiste n'a exécuté un plus grand nombre d'ouvrages, coulés en bronze, que Lysippe *. Selon Pline , le nombre des figures exécutées par lui , s'élève à six cent dix ; et il indique d'où l'on connoît ce nombre. Il exagère peut-être , lorsqu'il dit que tous ses ouvrages étoient faits avec tant d'art , qu'un seul auroit suffi pour illustrer celui qui l'avoit exécuté.
Le nombre des figmres faites par Lysippe ne doit pas paroître incroyable , lorsqu'on considère qu'il en fa i soit les modèles en terre ou en cire , et qu'il avoit sans doute des collaborateurs habiles.
Pline cite plusieurs des beaux ouvrages en bronze faits par Lysippe , tels qu'un colosse de Jupiter > qu'il fit à Tarentd, et qui avoit quarante coudées ( environ soixante pieds) ; un Baigneur strigilaire, que Marcus Agrippa dédia à Hercule devant les
du xi u e siècle ; il est probable qu'il fut détruit à la prise de cette ville par Baudoin.
* Lysippe , né à Sycione l'an 364 avant 1 ère chrétienne.
SCULPTURE. %5l
Thermes qu'il fit construire ; la Joueuse de flûte y prise de vin \ la statue de l'Occasion, ainsi que ses chiens et sa chasse , et surtout son char conduit par un Apollon rhodien , qu'il vante beaucoup. Alexandre le Grand voulut que Lysippe seul fît sa statue en bronze ; il le représenta aussi dans une suite de statues , en commençant par l'en» fonce du roi. Non-seulement Lysippe savoit saisir d'une manière étonnante la ressemblance , mais aussi donner beaucoup de vie et d'esprit à ses figures. Cet habile artiste a perfectionné la Sculpture j surtout par sa manière de traiter les cheveux, en diminuant les têtes , que noinbee de sculpteurs précédents avoient faites trop fortes ; enfin , en faisant les corps plus sveltes et moins charnus , afin de faire paroitre ses modèles plus grands. Il observa avec soin la symétrie par des moyens nouveaux qu'on n'avoit pas encore employés avant lui ; il changea la manière lourde et roide des anciens. Lysippe avoit l'habitude de dire que ses prédécesseurs avoient fait les hommes tels qu'ils étoient , et que lui les foi soit tels qu'ils lui paroissoient. Il avoit l'art particulier de placer quelque idée ingé^ nieuse, même dans les moindres choses j et ainsi qu'il vient d'être dit, il travailloit avec tant de fa= cilité que de tous les anciens il est celui qui a fait plus grand nombre d'ouvrages.
On a attribué à Lysippe les chevaux de bronze que Ton voyoit autrefois à Veuisc, et qui étoient
1 52 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
en i8i5 à Paris, sur la place du Carrousel; mais cette opinion n'a aucun fondement solide , et du reste , le travail de ces chevaux ne répond nulle» ment à l'idée du talent que possédoit cet habile artiste : par leur style, il est facile de voir qu'ils sont du temps de la décadence de l'art.
Apollonius et Tauriscus * firent conjointement cette antique si célèbre de Zethes et à'Amphion, attachant Dircé à un taureau. Tout dans ce bel ouvrage est du même bloc jusqu'aux coudes; il subsiste encore , et est connu sous le nom du Taureau Farnèse.
Ctésilus est célèbre par la statue eu bronze d'un homme blessé à mort , et dans un tel état que l'on pouvoit dire le peu de temps qu'il avoit à vivre. Ce chef-d'œuvre appelé le Gladiateur expirant, qui se voit au grand salon du Capitole, donne une idée du savoir et de l'élégance dans l'art de la Sculpture , et est un des précieux modèles que doivent consulter les élèves.
Tkimonachus s'est immortalisé par sa Médèe, immolée avec ses enfants , et dont une épigramme grecque nous a transmis la mémoire.
Agésandre, Poljdore et Athénodore , trois sculpteurs de la ville de Rhodes , ont aussi rendu leurs noms immortels pour avoir sculpté le
* Apollonius et Tauriscus / nés a Rhodes.
Laocoon , cette merveille de l'art conservée au Vatican ».
Tant d'autres ouvrages admirables exécutés chez les Grecs principalement , nous sont de sûrs garants que la perfection , la beauté et l'invention ont été poussés chez eux à un très grand degré de supériorité. Ce qui est certain , c'est que rien ne prouve mieux la magnificence des Grecs à cet égard , que ce qu'en rapporte Pausanias , qui dit avoir vu, dans les diverses provinces de la Grèce qu'il parcourut, deux mille huit cent vingt-sept belles statues de différentes matières, quoique , depuis plus de trois siècles, les Romains ravageassent cet empire, et que Néron en eût déjà fait enlever dans la seule ville de Delphes , près de cinq cents a .
De si grands succès néanmoins eurent un règne
assez court ; l'art déclina dans la Grèce , avec la
chute de la liberté. La guerre que se firent les suc»
cesseurs d'Alexandre lui fut extrêmement funeste :
cependant ils trouvèrent un asile à Alexandrie ,
sous les premiers Ptolémées ; en Syrie , sous les — — , —
1 A la fin de ce chapitre, nous donnons une description de ce chefd'œuvre.
» Pausanias, écrivain dont le mérite est de peindre d'une manière vive et concise les lieux et les monuments qu'il décrit , nous apprend qu'en visitant les différentes provinces delà Grèce, il a compté sept cent treize temples , et un nombre assez considérable d'autels, de trésors publies , de portiques et de tombeaux ; il ajoute que la Sculpture étoit en si grand honneur chez ces peuples , qu'il a trouvé cent soixante-neuf sculpteurs contre quinze peintres.
!l 54 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.
Séleucus; à Pergame, sous le roi Attale et son fils Eumenès. Mais subjugués à leur tour , comme ils avoient subjugué les autres nations, les Grecs virent leur pays confondu dans le nombre des provinces romaines. La capitale du monde entier s'enrichit de lenrs trésors et s'embellit de leurs travaux. Esclaves alors des Romains , les artistes grecs furent pen jaloux de ne travailler que pour la gloire de leurs vainqueurs; leur génie affaissé s'avilit avec leur émulation, et les arts, ennemis de la contrainte, périrent chez eux avec leur liberté.
Les Romains, possesseurs de tant d'excellents modèles, ne firent cependant pas de grands progrès dans la Sculpture. Leur ardeur, qui s'étoit animée tant qu'ils avoient combattu les Grecs , se ralentit bientôt, dès qu'ils s'en furent rendus maîtres. Fiers de posséder les chefs -d'oeuvre d'un peuple qu'ils avoient vaincu , contents d'en avoir décoré leur patrie , ils se bornèrent à une admiration stérile , et leurs artistes ne produisirent que de foibles copies des précieux exemples qui étoient sous leurs yeux. On observe toutefois, dans les bustes et dans les têtes exécutés sous les premiers empereurs , une continuation du style grec qui se manifeste dans la quadrature des formes : il ne s'y rencontre pas une grande finesse dans les cheveux, mais beaucoup de fierté dans les masses. La physionomie a un caractère qui fait connoître le personnage tel que l'a décrit l'historien : on remarque dans Auguste la fierté
de son triumvirat ; dans Agrippa , le penseur ét l'homme d'un courage éprouvé ; la fureur dans Livie ' y l'impudicité dans Julie ; un air menaçant , affecté, dans Caligula ; la stupidité dans Claude; Néron paroît digne des premiers éloges donnés à l'élève de Sénèque, et des imprécations décernées au meurtrier de sa mère. Sous Adrien , le style est encore plus fini , plus pur, plus recherché que sous les premiers empereurs : les cheveux sont plus travaillés, plus unis; les cils sont relevés , les pupilles sont indiquées par un trou profond , usage rare avant ce prince , et fréquent après lui.
Enfin , deux statues de Vénus dans les jardins Farnèse, à Rome, dont la coiffure fait voir qu'elles appartiennent au troisième siècle , prouvent que , pendant le temps où l'art déclina , il y avoit quelques artistes qui réussissoient assez bien à imiter de belles figures des sculpteurs anciens.
Sous Alexandre Sévère commence une nouvelle manière qui tombe dans le grossier. Ce style se reconnoît aux sillons du front, aux cheveux et aux barbes , indiqués par de longues lignes ; aux pupilles encore plus creusées ; aux contours, dessi= nés avec plus de force que de savoir : les figures de femmes sont sèches et languissantes ; les physionomies sont moins caractérisées, et dans les médailles comme dans les marbres, les faces sont aisées à confondre $ on ne peut discerner un Tribonianus d'un Philippe. Les révolutions fréquentes, le grand
nombre de princes qui ne régnèrent qu'un jour, et qui inondèrent le monde de leurs portraits, pour les substituer aux images de leurs prédécesseurs , contribuèrent à cette décadence ; on vit des bustes sans tête, afin de les changer à volonté. L'art tomba ainsi dans la barbarie, où il s'est trouvé dans le Ças-Empire.
Cette révolution fit long-temps oublier ou mé= connoître les chefs-d'œuvre de l'art qui avoient échappé à la fureur des peuples du Nord ; mais lors» que les différents souverains qui s'emparèrent de l'Europe eurent affermi leur domination et établi les limites de leurs empires , le goût commença à percer les ténèbres où il étoit enseveli'. On fouilla les entrailles de la terre , et on vit des ouvrages de la Grèce sortir des ruines de Rome. Les chefs-d'œuvre de Sculpture que Ton en tira devinrent l'objet de l'ambition de plusieurs souverains d'Italie , qui voulurent en embellir leurs palais et leurs maisons de plaisance.
Des substances employées par les sculpteurs anciens , et remarques sur quelques-unes de ces substances.
Après avoir tracé l'histoire de l'art de la Sculpture, iL convient de parler des substances employées par les sculp= teurs anciens. On peut les partager selon les différents règnes de la nature : parmi le règne animal , il faut dis= tinguer Y ivoire e\ le corail; pour le .rogne végétal, îé sycomore, le cèdre , Yébènej pour le règne minerai , Y argile ,
te granit, le marbre, Y albâtre et le porphyre; pour les substances métalliques, le bronze et l'or.
On observera que nous ,ne nommonC \ci que les substances sur lesquelles nous croyons nécessaire de faire quelques remarques.
Ivoire, On savoit sculpter l'Ivoire, le teindre et l'incruster , dans les temps les plus reculés. Homère parle d'un certain Iemalius comme d'un ouvrier qui excelloit dans cet art.
L'antiquité possédait un grand nombre de statues d'ivoire, dont la majeure partie se trou voit à Olympie , dans tes temples de Jupiter et de Junon. On ignore quelle étoit la plus ancienne. Comme Phidias inventa et perfectionna l'art de graver en relief, on place à peu près vers son temps les principales figures d'ivoire. Ces figures étoient ordinairement d'or et d'ivoire ; il y en a voit peu d'ivoire seul. Les deux plus célèbres ont été le Jupiter Olympien et la Minerve de ce célèbre sculpteur : le Jupiter avoit cinquante-buit pieds d'élévation 5 la statue étoit d'ivoire et couverte d'une draperie d'or;. La Minerve étoit placée dans te Parthénon , à Athènes; c'étoit son second chefd'œuvre: elle étoit d'or et d'ivoire, et avoit trente-six coudées de hauteur. Sa tunique étoit d'or , avec la tête de Méduse en ivoire; elle tenoit, comme le Jupiler, une Victoire d'ivoire dans la main. A Sicyone étoit un Bacchus dont le visage, les mains et les pieds étoient d'ivoire* Dans la même ville, il y avoit encore un Esculape d'ivoire, excepté les draperies. Pausaniasfait encore mention de beaucoup d'autres statues et ouvrages qui étoient d'or et d'ivoire.
Chez les Cyréniens, un Jupiter , ouvrage de Praxitèle,
' Noos en donnons la description.