TOME I
une belle Vénus, uue Minerve étoient entièrement <17voirc.
Enfin , dès les temps les plus anciens, ou a eu du goût pour les ouvrages dans lesquels l'ivoire était incrusté dans d'autres matières, ou employé avec elles eu masse.
Les figurines étoient d'un seul morceau ; les grandes étoient un assemblage de plusieurs blocs; c'étaient des cubes d'une égalité parfaite pour le grain et la blancheur : ce qui prouve l'abondance de cette substance.
Corail. Le Corail est la tige rouge et cornée d'un zoophile (auiraal plante), appelé Tsis f par Linnams, et Gorgonia par Gmelin. Cette tige est blanche, formée de couches concentriques, couverte à l'extérieur d'une enveloppe poreuse et ft'iable, parsemée de cellules dontehacune contient un polype.
Cette substance polype use se trouve fixé par sa base, et comme appliquée sur différents corps marins et immergés; on la rencontre communément sous les avances des rochers, ou autres corps solides qui lui servent de base, et toujours dans une situation renversée.
Le corail se prête aisément a toutes les formes que le sculpteur veut lui donner : cependant on n'a que des ouvrages grossiers sur celte végétation. CaylUs a publié une téte de Méduse en corail, avec des yeux incrustés d'une matière blanche, qui parott être le produit d'une coquille ; cette tête a peut-être servi d'amulette.
On trouve encore en Sicile plusieurs petits monuments en corail.
Sycomàre» L'arbre que les sculpteurs ou artistes égyptiens employoient, est le Figuier sycomore, et non pas celui que nous appelons Simplement sycomore, et qui est un érable. Le figuier sycomore vient très gros en Êgypte; les vers ne l'attaquent point. Les Égyptiens en ont fait des plaques ou tables, chargées de caractères
hiéroglyphiques; fis en ont façonné aussi beaucoup de statues, cl d'autres ouvrages. Le Cabinet de la bibliothèqne royale possède des figures de momies nues, peintes et dorées, dss caisses de momies , des cyrocéphales, des isis» et plusieurs autres figures en bois de figuier sycomore.
Cèdre. Le premier usage du bois de Cèdre se trouve dans l'Orient. On l'employoit à la construction des temples, tels que celui de Jérusalem, et de Diane k Éphèse; on en faisoit aussi des statues , et différents meubles et ustensiles. Pausanias et d'autres auteurs anciens parlent souvent de statues de ce bois. La caisse , ou le coffre de Cypselus étoit fait de cette substance , que la dureté, la solidité et la finesse de ses fibres rendoient propre à tous les ouvrages de l'art c .
Ébène. Le bois que les Anciens nommoient Ebcnus , dont Théophraste a parlé le premier, étoit un bois noir, dur et pesant , qui , par ces qualités, étoit propre à diffp= rents ouvrages. L'ébène que les Grecs employoient dans les temps les plus anciens, venoit de l'Inde et principalement de l'île de Madagascar ; elle étoit la plus estimée de toutes les espèces d'ébenier, parce qu'elle est noire comme du jais, qu'elle n'a point d'aubier, et est très massive. Ce bois n'a été connu à Rome qu'après les victoires reni«= portées par Pompée sur Mithridate.
Les Indiens et les Grecs, et ensuite les Romains, ont fait deVdbène un usage très fréquente On en fabriquoit des sceptres , des tables enrichies d'ivoire, à cause du contraste des couleurs. Pausanias et Pline citent plusieurs
« C'est dans ce coffre que Cypselus, encore enfant, fut enfermé par sa mère Labda , et dérobé ainsi à la foreur de dix hommes qui avoient été envoyés pour le tuer, i 'oracle ayant prédit que Yjiigfe produisit une pierre qui accablerait les Corinthien*; en effet Cypselus s'empara de la souveraineté de Corinthe.
a6o ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
statues tVébène ; telles que la statue d'Ajax à Salamines , celles de Castor et de Pollux , de leurs enfants Ànaxis et Mnasinous à Thèbes , ouvrage de Dipane et deScylIis; leurs chevaux étoient aussi d'ébene, à la réserve d'une petite partie qui étoit d'ivoire.
Pausanias parle aussi d'une statue de Diane k Tégée en Arcadie, des premiers temps de l'art, et d'un Apollon Archégétes à Mégare , exécutés en bois d'ébènc.
Argile. V Argile, qui est une terre tenace et ductile, lorsqu'elle est humide, durcit en se séchant ou bien au feu ; elle est propre à faire des vases de toute espèce, des briques, des bas-reliefs , des reliefs , des corniches et des statues. On désigne ordinairement tous ces ouvrages , par le nom d'ouvrages en terre cuite.
Au temps de Pausanias, on voyoit dans plusieurs temples des statues de divinités en argile *.
Granit. Le Granit est le produit delà crystalisation simultanée de différents éléments dissous dans un même liquide. Les minéralogistes sont convenus de donner le
1 Le stuc est une espèce de mortier qui est fait de marbre blanc pulvérisé et mêlé arec de la chaux , dont on fait des ornements de Sculpture et d'architecture , tels que des feuillages, des festons, des fleurs, des fruits, des cartouches, des figures , etc. *
Vîtruve parle du stuc dans les chapitres a , 3 et 6 du livre vit , sous le nom iïopus coroaarium. Immédiatement après que le stuc est gâché , il forme une pâte très molle et ductile , et on l'applique alors facilement aux endroits où Ton désire d'avoir des ornements. Peu après , il prend plus de consistance , et alors on lui donne avec des moules la forme que l'on désire, ou en le travaillant d'après d'autres procédés. Pendant cette opération, sa consistance augmente encore ; on peut le couper, le gratter, et c'est alors qu'on y exécute les parties des ornements qui demandent une grande finesse. Peu de jours après, il a déjà acquis la dureté de l'argile sec, et enfin il devient de la même solidité qu'une pierre médiocrement dure, et prend un beau poli.
SCULPTURE. l6 1
nom de granit à une roche composée do feld-spath de quartz et de mica : cette substance lapidifiée peut passer en pour la reine des pierres dures dout on peut faire usage grand. Elle ne diffère des pierres précieuses de la bijouterie, que par la majesté imposante de ses masses.
Parmi les granits composés de quartz, de feld-spath et de mica, est le granit rouge égyptien dontétoient fabriqués les obélisques, et quelques statues et colounes antiques.
Le plus beau monument de ce granit, est la célèbre colonne, dite de Pompée : il y a au Musée quatre belles colonnes, et une belle table de cette substance. On voit à Home, dans la villa Pamfili, une colonne de granit vert.
Marbre» Au nombre des Marbres blancs , employés plus particulièrement parles statuaires de. l'antiquité, il faut citer le marbre Pentélicien ou Pcutélique , ainsi nommé, parce qu'il se tiroit des carrières du mont Peu télés , et le marbre blanc, de couleur un peu cendrée, que l'on tiroit des carrières du mont Hymetle , situé dans l'Attique*
Le Musée possède beaucoup de statues et autres morceaux, de sculpture en marbre pentélique; les principaux ouvrages sont : les statues colossales de Marc Aurèle et de Bacchus; le buste colossal de Minerve ; la tête colossale A 1 Hadrien ' y celle d'Antonin Pie et de Lucius Vents y lè buste à'Esculape , la statue du même dieu ; les statues de Septime Sévère, de Néron, A 1 0 thon y le beau bas-relief des Panathénées} Vénus sortant du bain ; la statue du Guerrier, appelée communément le P hoc ion; le Ménandre; la Minerve; le buste do MarcusJunius Brutus ; la belle statue d'Antinous; les tètes de Minerve , àpPfais, <ÏOmphale r d'Ariadne, d' Hippocrate , etc. , etc.
Parmi les monuments du Musée, exécutés du marbre du mont Kymette, il faut distinguer le Me lé ogre et la tête à 1 Antinous. .
L'île de Paros, une des Iles de l'Archipel , a aussi été célèbre de toute antiquité par ses marbres. Strabon l'appelle r excellente y à cause de la beauté dont ils sont. Selon l'expression de Properce, le marbre de Paros réclame le ciseau de. Praxitèle. La blancheur de ce marbre l'a fait comparer par les poètes anciens à la blancheur d'une belle fille, et il est plus propre pour les ouvrages délicats que le marbre pentélique.
Le Musée possède en marbre de Paros, la belle Diane chasseresse; la P allas de Velletri ; le beau fragment d'une statue de Cupidon; la jolie statue de Vénus géniirix; la jolie figure de Vénus au bain ; le groupe de I \ Amour et de Psyché; le Mercure dit V Antinous du Belvéder ; la statue de la Vestale; le Cupidon qui tend l'arc; la statue de Su- «an, etc», etc.
Enfin, on a découvert à Luna , dans l'Étrurie, un marbre plus blanc que celui de Paros, mais moins compacte, et qui par conséquent, prend un moins beau poli. Tous les monuments romains et faits à Home , sont de ce marbre.
Le Musée possède beau coup de monuments exécutés de celte matière , tels sont: V Antinous , sous les traits d'Hercule j un beau buste de Jupiter; celui d'Alexandre Sévère; le beau bas-relief représentant Antinous a micorps, d'une proportion plus forte que nature.
Selon Mengs et Dolomieu , la magnifique statue A* Apollon Pythien , connue sous le nom A* Apollon du Belvéder', est également faite avec ce marbre. '
Sous l'empereur Claude , on commença à teindre le marbre pour en augmenter la beauté, et pour lui donner ce que l'on désirait d'obtenir dans les mosaïques. Sous Néron, on diversifia les couleurs du marbre en y incrustant des morceaux coloriés. On employoit différentes espèces de mastic pour coller les marbres , et ce mastic portoit le
SCULPTU&E. 263
nom de UÛiocoUc. Souvent un groupe étott travaillé par plusieurs artistes; onjoignoit alors les différente* parties, et on polissoit si bien les jointures qu'il n'en paroissoit plus de traces. \ • ,
Albâtre. \I Albâtre est une pierre calcaire qui a. uh poli moins vif que le marbre, parce qu'elle est moins dure. Comme eette matière est formée par couches feuilletées , elle est difficile à travailler, les couche» se détachant facilement ; c'est pourquoi les ancieas n'Ont pas souvent fait des figures entières d'albâtre: les extrémités et la tétc étoient ordinairement d'une autre matière. Le Musée possède une Minerve dont la poitrine est en albâtre, et la téte en bronze. La ville ^ftaru a plusieurs bustes de cette
servoit surtout à faire des vases d'ornements, des urnes cinéraires. Cette pierre calcaire offre presque toutes les couleurs. On a donné le nom $ albâtre oriental, qui est de tous le plus précieux, à celui dont les teintes sont vives, nettes , bien distinctes > et dont la pâte est fine , et «susceptible <cr* un beau poli» f .j ,
Porphyre. Le mélange de rouge, de blanc de verJ, qui se trouve dans Je Porphyre , a paru aux anciens sculp* leurs. moins propre que le marbre pour l'esjécution des statues j aussi n'en- onlrils pas fait usage dans les ; be?ux temps de l'art, et le noftibre.des statues antiques en porphyre %ri~ïl été très peu •considérable. Cette substance a semblé à ces artistes plu tôt faite pour &re employée à des colonnes, à des monuments funéraires, à des urnes^P^ine et Anne Comnène, parlent de colonnes de porpVyfe, qui ornoient l'intérieur du labyrinthe d'Égypie. , -
iBronze. Le Bronze ou plutôt l'airain des sucions ,désignoit à la fois le cuivre pur et le cuivre allié avec djauli es substances métalliques de dîfôéren tes espèces, L'aiiain des modernes se fait en alliant avec le ou ivre une certaipe
264 ENCYCLOPÉDIE DE l'âKTIQUITÉ.
quantité d'étain : il y entre environ vingt a vingt-deux parties d'étain sur cent de cuivre.
Dans les temps reculés les artistes anciens , Égyptiens, Grecs , etc. , employoient le bronze pour leurs statues , et dans la construction de leurs édifices. Près d'Argos , il y avoit un édifice souterrain avec une chambre dont les murs étoient de bronze: on enattribuoit laconduiteà Acrisius, qui y renferma ses filles. Selon Pausanias, un des premiers temples d'Apollon à Delphes, étoit également de bronze. Dans le bâtiment qui contenôit la partie dite le trésor , à Olympie, il y avoit deux chambres de bronze. Du temps de Pa usa ni as, on voyoit encore à Lacédémone un petit temple de Minerve en bronze; c'est pourquoi on lui donna le nom de chalciœcos. On ne doit pas croire que ces édifices fussent entièrement de cette matière, les murs en étoient seulement recouverts. C'est ce que prouve le passage de Pausanias , où , parlant en général des édifices de: bronze, cet auteur fait mention du forum de Trajan, qui, selon lui , avoit un toit de bronee; Cette expression, ne peut se prendre que dans ce sens , que les toits de? édifices, qui entouroient le forum étoient couverts de plaques en feuilles de bronze. . . r •
L'art de fondre n'a pas été rn connu des Égyptiens ni des Grecs j mais ce qui nous reste -de leurs ouvrages, et ce que l'histoire nous apprend des autres, fait conjecturer q u'i I s on t ignoré l'art de jeter en fonte de grands morceaux ; le colosse de Rhodes, la statue de Néron , et quelques autres ouvrages prodigieux n'etoient que des platines de cuivre rapportées sans être fondues. . »
C'est ainsi que Ton a fait 4a statue du connétable -de Montmorency à Chantilly, la statue équestre de Marc Aurèle à Rome, de Cosme de Médicis à Florence, et d'Henri IV à Paris ( la première que l'on ait élevée à la gloire de nos rois, le n3 août it3i4); la chaire de
sculpture. a65
l'église de Saint-Pierre de Rome, et la colonne de la place Vendôme.
Ce n'est que vers le milieu du dix-septième siècle que cet art a été perfectionné. La statue équestre de Louis XIV qui , en 1699, fut élevée parla ville de Paris dans la place Vendôme, pouvoit être regardée comme le chef-d'œuvre de la fonderie. Ce groupe colossal qui étoit debronse et qui pesoitsoixaote milliers, avoit vingt et un pieds de hauteur, et avoit, été fondu d'un seul jet. — L'heureuse exécution de ce projet hardi est due à Baltazar Keller f natif de Zurich.
Le, bronze que l'on choisit pour les monuments d'un grand volume, et qui doivent perpétuer les traits des grands hommes dans les siècles à venir, ou conserver la mémoire de quelque grand événement , n'est dans sou origine qu'un mélange informe de très menus grains de cuivre et de pierre calam inaire, mais cette matière qui, dans son principe, est si désunie, acquiert à la fonte une ténacité qui forme des masses plus solides que le marbre.'
Or. VOr servoit à orner des statues , et on l'employoît souvent avec l'ivoire. Lé luxe ayant augmenté , ou alla jusqu'à en faire tout à-fait en or. Georgiasde $contiuin f célèbre rhéteur , fit faire sa statue de cette matière , selon le rapport de Pline. A Rome, il y en avoit deux en or de Sylla et d'Auguste. Domitien et Claude ordonnèrent qu'on ne leur érigeât d'autres statues qu'en or et en argent.
Description faite par IFinckelman de I Apollon Pythien et du
Laocoon.
De toutes les statues antiques qui ont échappé à la fureur des barbares et à la puissance du temps , celle deY Apollon Pythien est sans contredit la plus sublime. L'artiste a composé cet ouvrage sur l'idéal ,
lG6 ENCYCLOPÉDIE DE l'àKTIQTJITÉ.
et n'a employé de matière que ce qu'il en falloit pour exécuter et représenter son idée 1 . Autant la description qu'Homère a donnée d'Apollon surpasse les descriptions qu'en ont faites après lui les autres poètes , autant cette figure l'emporte sur toutes les figures de ce même dieu : sa taille est au-dessus de celle de l'homme, et son attitude respire la majesté. Un éternel printemps , tel que celui qui règne dans les champs fortunés de l'Elysée, revêt son beau corps d'une aimable jeunesse, et brille avec douceur sur la fine structure de ses membres.
Pour sentir tout le mérite de ce chef-d'œuvre de l'art , tâchez de pénétrer dans l'empire des beautés incorporelles, et devenez, s'il se peut, créateur d'une nature céleste, car il n'y a rien ici qui soit mortel , rien qui soit sujet aux besoins de l'humanité. Ce corps n'est ni échauffé par des veines-, ni agité par des nerfe; un aspect céleste circule comme une douce vapeur dans tous les contours de cette figure admirable. Ce dieu a poursuivi Python , contre , — — , — ~— , -, . —
x On n'a aucun indice sur le nom de l'auteur de l'Apollon Pylhien. Quelqut s-uns cependant l'attribuent à Jgathias d'Éphèse. Nous avons possédé cette admirable statue pendant dix-huit ans; elle nous fut enlevée en i8:5, en exécution d'un traité de paix entre la France et les alliés, après l'invasion de Bonaparte et sa chute. On l'jivoit découverte à la fin du ïv e siècle, à Capo d'Anzo ( ville des Volsques, au midi de Vellelri , dans la campagne de Rome, détruite parles Sarrazins). L'avant- bras droit et la main gauche manquoient : il* sont l'ouvrage de Jean Ange de Mon» torsoli, élève de Michel Ange. Le pape Jules II l'avoit fait placer au Belvéder du Vatican , magnifique palais des j>aj>es.
lequel il a tendu pour la première fois son arc redoutable; dans sa course rapide, il l'a atteint, et lui a porté le coup mortel. De la hauteur de sa joie , son auguste regard pénètre comme dans l'infini , et s'étend bien au-delà de la victoire. Le dédain siège sur ses lèvres , l'indignation qu'il respire gonfle ses narines et monte jusqu'à ses sourcils ; mais une paix éternelle, inaltérable , est empreinte sur son front , et son œil est plein de douceur, comme s'il étoit au milieu des Muses empressées à le caresser.
Parmi toutes les figures qui nous restent de Jupiter , vous ne voyez dans aucune le père des dieux approcher de la grandeur avec laquelle il se manifesta jadis à l'intelligence d'Homère , comme dans les traits que vous offre ici son fils ; les beautés individuelles de tous les deux sont réunies dans cette figure, de même que dans celle de Pandore. Ce front est le front de Jupiter renfermant la déesse de la sagesse; ses sourcils, par leur mouvement, annoncent sa volonté ; ce sont les grands yeux de la reine des déesses ; semblable aux tendres rejetons du pampre , sa belle chevelure flotte autour de sa tête , comme si elle étoit légèrement agitée par l'haleine de Zéphire. Elle semble parfumée de l'essence des dieux, et attachée négligemment en haut de sa téte par la main des Grâces. A l'aspect de ce chefd'œuvre , j'oublie tout l'univers , je prends moimême une attitude noble pour le contempler avec dignité.
268 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
De l'admiration je passe à l'extase , je sens ma poitrine qui se dilate et s'élève, comme réprouvent ceux qui sont remplis de l'esprit de prophétie ; je suis transporté à Délos, et dans les bois sacrés de Lycie , lieu qu'Apollon honorait de sa présence; car la figure que j'ai sous les yeux paroît recevoir le mouvement, comme le reçut jadis la beauté qu'enfonta le ciseau de Pygmalion. Mais comment pouvoir te décrire, ô admirable chef-d'œuvre! il faudroit pour cela que l'art même daignât m'inspirer et conduire ma plume. Les traits que je viens de crayon= ner, je les dépose à tes pieds; ainsi ceux qui ne peuvent atteindre jusqu'à la tête de la divinité qu'ils adorent , mettent à ses pieds les guirlandes dont ils auroient voulu la couronner.
Le Laocoon est l'image de la douleur fe plus vive et la plus aigùe qui puisse agir sur les muscles , les nerfs et les veines. Le venin du serpent coule dans le sang de la malheureuse victime , et lui donne le plus grand degré de mouvement ; aussi vort-on la souffrance exprimée sur toutes les parties de son corps. Ne pouvant embellir la nature , l'artiste s'est attaché à la déployer, à la montrer dans les plus grands efforts de sa puissance. Cependant, au milieu des douleurs horribles que ressent Laocoon , on voit la tendresse paternelle peinte dans ses regards , et la compassion y semble comme une vapeur sombre.
Son air est plaintif, ses yeux, élevés vers le ciel, en implorent l'assistance , moins pour lui que pour ses
enfants ; et ce qui peut être appelé un prodige de Fart, c'est que dans ce chef-d'œuvre de Sculpture , on remarque la force de Famé d'un grand homme qui lutte contre ses maux, qui réprime l'éclat de sa douleur, qui en étouffe la voix.
Voyez , page a5a , quels sont les sculpteurs qui ont travaillé à cette statue.
ARTICLE lll.