‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 23 sur 33 · I>E T.A GRAVURE SUR PIERRES FIXES , APPELEE GLYPTIQUE ; SOI» ORIGINE · texte numérisé non relu

I>E T.A GRAVURE SUR PIERRES FIXES , APPELEE GLYPTIQUE ; SOI» ORIGINE

ET SOW UTILITÉ.

La glyptique est l'art de graver toutes sortes de sujets sur des pierres dures, à l'aide d'instruments particuliers 1 , de poudres et de liquides différents.

S'il est vrai que les inventions qui ont le besoin pour principe ont dû précéder celles qui n'ont eu pour objet que le plaisir , et qu'elles sont de toute antiquité , on peut foire remonter assez haut Tori« gine de la gravure. L'industrie , jointe au besoin ,

1 Les instruments employés par le graveur , et dont les anciens connoissoient aussi l'usage, sont la pointe de diamant , qui entame toutes les pierres . tandis qu'il ne se bisse entamer par aucune ; une espèce de tour appelé touret; la bouUrolle , petit rond de cuivre ou de fer émoussc . propre à user la pierre ; et la scie, appelée par Pline terebra. Quant au\ poudres , les anciens graveurs employoient d'abord le naxium , espèce de poussière de grès du Levant , ou pierre à aiguiser; ils lui préférèrent ensuite le schiste d'Arménie , et enfin Xemeril, tel qu'on l'emploie aujourd'hui , et qu'ils appeloient smynis. Ils faisoient aussi usage de l'os que la sèche porte sur le dos , et que l'on appelle os de sèche

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imagina Fart de s'exprimer , prit le ciseau , traça des figures , des traits qui devinrent autant d'expressions et d'images de la parole : telle fut l'origine de cet art.

On doit présumer que les Egyptiens , qui gravoient avec tant de succës sur des matières qui sont aussi dures que le sont le granit , le balsate et tous les marbres des carrières de VÈgypte, n'ignorèrent pas long-temps l'art de graver en creux sur les métaux, et singulièrement en petit sur les pierres fines et sur les pierres précieuses.

On ne peut contester que l'art de la gravure sur pierres fines , qui a voit pris naissance dans l'Orient , y ait été cultivé sans interruption , moins pour satisfaire à un vain appareil de luxe, que par la nécessité où se trouvoient les peuples de ces pays d'avoir des cachets, puisque aucun écrit, aucun acte n'y étoient tenus pour légitimes et pour authentiques, qu'autant qu'ils étoient revêtus du sceau delà personne qui les avoit dictés. L'Écriture Sainte le dit positivement, et si l'on consulte Hérodote, on verra qu'à Babylone les grands avoient chacun leur cachet particulier.

Les Egyptiens et les principales nations de l'Asie eurent toujours de l'attachement pour les pierres gravées. Mithridate, comme le dit Pline, en avoit fait une collection considérable . ctlorsqucLucullus, ce Romain si célèbre par sa magnificence et par ses richesses, aborda en Alexandrie, Ptolomée,

uniquement occupé du soin de se l'attacher, ne trouva rien dans son empire de plus précieux à lui offrir qu'une émeroiuie montée en or , sur laquelle son portrait étoit gravé.

Les Etrusques, dont le commerce maritime les avoit liés avec les Egyptiens, les Phéniciens et quelques autres peuples de l'Orient, s'exercèrent dans les arts et dans les sciences que ces nations cultivoient , et les apportèrent en Italie. Ces peuples commençant donc à se familiariser avec les arts, heureux fruits de la paix et de l'abondance se perfectionnèrent dans la peinture , la Sculpture et l'architecture , et ne montrèrent pas moins de talents pour les gravures sur pierres fines.

Les premiers efforts des arts ne furent point différents en Grèce de ce qu'ils avoient été en Étrurie. Ce furent encore les Egyptiens qui en mirent les instruments entre les mains des Grecs ; en même temps ils dictoient à Platon les principes de la sagesse qu'il étoit venu puiser chez eux , et ilsinvitoient les législateurs à étudier leurs lois pour les établir ensuite dans leur pays.

Toutefois la nation grecque , quelque impérieuse qu'elle fût, demeura dans l'ignorance delà gravure jusqu'à Dédale , qui , comme nous l'avons dit plus haut, sut le premier donner à ses statues l'attitude d'un homme qui est en mouvement. Ce ne fut cependant que dans le siècle d'Alexandre que les progrès des arts parurent chez les Grecs dans tout leur

éclat. Alors se montrèrent Appelle, Lysippe et Pyrgotèles , qui, partageant les faveurs et les bienfaits de cet illustre conquérant, disputèrent à qui le représenteroit avec plus de grâce et de dignité. Le premier y employa son pinceau avec le succès que personne n'ignore , et Lysippe ayant été choisi pour former en bronze le buste de ce prince, Pyrgotèles fut seul jugé digne de le graver.

La nature ne produit pas des hommes aussi rares, sans leur donner pour émules d'autres hommes de génie; ainsi Ton vit se répandre par toute la Grèce une multitude d'excellents artistes, et il y eut dans toutes les villes des graveurs d'un mérite supérieur. L'art de la gravure sur pierres fines eut , entre les les mains des Grecs , les succès que promettent des travaux assidus et multipliés ; il ne fallut plus chercher de bons graveurs hors de chez eux : Crorius, Appolaride, Dioscoride , Solon y Hyllus, Callicrate, et beaucoup d'autres, dont les noms se sont conservés sur leurs gravures, se rendirent très célèbres dans cette profession; en un mot, on ne trouve guère, sur les belles pierres gravées , d'autres noms que des noms grecs.

A l'égard des Romains , ils ne prirent du goût pour les beaux arts que lorsque, ayant pénétré dans la Grèce et dans l'Asie , ils eurent été témoins de la haute estime qu'on y faisoit des grands artistes, ainsi que de leurs productions. Alors ils se livrèrent à la recherche des belles choses, et ne mettant point

de bornes à leur curiosité pour les pierres gravées , non-seulement ils en dépouillèrent la Grèce, mais ils attirèrent encore à Rome, pour en graver de nouvelles , les Dioscorides y les Hyllus et d'autres artistes aussi distingués. On enrichit les statues des dieux de ces sortes d'ornements , on monta des bagues à l'usage de toutes les conditions; et qui le pourroit croire? il se rencontra des voluptueux assez délicats pour ne pouvoir soutenir pendant l'été le trop graud poids de ces sortes de bagues , il fallut en faire de légères et d'épaisses pour les différentes saisons.

Les anneaux , les bagues, les pierres gravées sei » virent à cacheter les lettres et les tablettes, et même ce que l'on avoit de plus cher et de plus précieux. Cette coutume a passé de siècle en siècle, et est venue jusqu'à nos jours; elle subsiste encore dans toute l'Europe, et jusque chez les Orientaux.

Quoique les Pierres gravées ne soient pas des ouvrages aussi sublimes que les statues et les basreliefs des anciens Sculpteurs , elles ont cependant quelques avantages sur ces productions. Ces avantages naissent de la matière même des pierres gra= vèes et delà nature du travail. Comme cette matière est très dure , et que le travail est enfoncé , l'ouvrage est à l'abri de l'usure, et se trouve en même temps garanti d'un nombre infini d'autres accidents , que les grands morceaux de Sculpture en marbre n'ont que trop souvent éprouvés.

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