DE LA PEINTURE
ARTICLE PREMIER
SOX UTILITÉ , SES COMKEKCEM E9TS ET SES FS0CBE5.
La Peinture , qui est l'art de représenter sur une surface unie et égale toutes sortes d'objets, au moyen du dessin et des couleurs, paroit d'abord n'être destinée qu'au plaisir des yeux , et à produire d'agréables sensations. Cependant toutes les impressions douces ou fortes que peuvent causer sur nous les scènes si variées et si riches de la nature vivante ou animée , la Peinture peut les produire également : aux uns , elle augmente la faculté de sentir; aux autres, elle inspire le goût de l'ordre, de la symétrie , de l'accord des parties.
La Peinture a encore un but, une dignité plus relevée ; elle ne se contente pas de procurer à l'homme ces délicieuses jouissances, elle sait l'instruire , lui inspirer le goût de ce qui est bien , et elle peut produire dans son ame toutes sortes de sensations salutaires : cet art enchanteur peut entretenir en lui l'amour de la vertu , et lui inspirer l'horreur du vice. Le génie le plus sublime n'auroit
286 ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.
pas , sans doute , découvert ces effets merveilleux des couleurs et du dessin, si la nature n'avoit pas la première résolu ce problème. C'est elle qui nous a montré, d'une manière visible, des êtres qui pensent, qui agissent sans qu'on les voie, qui désireut le bien ou le mal , qui sentent le plaisir ou la douleur. En effet , la forme du corps de l'homme est , pour ainsi dire , son ame extérieure ; il n'y a point de bonne ni de mauvaise qualité de l'ame , qui ne puisse se rendre sensiblement par les formes extérieures. Le peintre peut donc , au moyen des couleurs et du dessin , figurer aussi bien les qualités morales et invisibles , que les objets physiques ou ceux qui tombent sous nos sens.
Il est vrai que la Peinture ne produit pas ces effets dans la même étendue que l'éloquence et la poésie ; mais ce qui lui manque de ce côté , elle y supplée par la vivacité de l'expression, parce qu'elle ne fait voir que le moment le plus sensible et le plus expressif. Chacun peut se convaincre facilement que le regard aimable d'une ame douce , le regard farouche d'un homme en colère, font une impression beaucoup plus vive que tout ce qu'en pourroit dire l'ode la plus énergique. Les discours d'une femme aimable ne feront jamais sentir aussi promptement à un aveugle de naissance , l'effet de l'amour , que les regards expressifs le feront connoître à un homme privé de l'ouie, mais qui jouit de l'usage de ses autres sens. Les menaces les plus fortes en
paroles , ne feront jamais une impression aussi profonde, aussi rapide, que les regards étincelants d'un homme courroucé. On peut dire la même chose de toutes les autres sensations. La Peinture gagne donc sur l'éloquence , en force , en intensité , ce qui lui manque en étendue. Elle est inférieure à la musique sous le rapport de la vivacité de ses effets, mais elle lui est supérieure par l'étendue de ses représentations.
Après ces considérations sur la nature de la Peinture, il est bon de parler de ses applications. Elle sert d'abord à imiter les scènes variées de la nature inanimée, qui, sous plus d'un rapport, mérite toute notre attention. Elle sert encore à nous offrir la nature embellie par les travaux de l'homme : des paysages avec des vues , de beaux édifices , et môme des vues dans lesquelles les édifices sont l'objet principal; et en effet, les beaux ouvrages de l'architecture peuvent produire sur l'ame une impression aussi avantageuse que la beauté de la nature inanimée.
La représentation des fleurs, si variées et toujours également agréables , soit par leur éclat, soit par la richesse de leurs couleurs , ne doit pas être dédaignée par l'art ; nos jouissances sont , par ce moyen , multipliées , en ce que la Peinture nous offre les fleurs de tous les pays et de toutes les saisons. On peut en dire autant des beautés de la nature dans le règne animal , et même à plus forte raison , parce
que, dans ce règne , il y a quelque chose de plus que dans le règne végétal , savoir le mouvement, la vie, la sensation.
Ajoutez à cela que la Peinture s'élève surtout par les représentations prises du monde moral. C'est par elles que le peintre devient l'émule du poète épique, du poète dramatique, de l'orateur et du philosophe. Les représentations du monde moral peuvent être divisées en deux classes ; la première nous offre la nature morale en repos, l'autre la représente en action ; chacune est ou historique ou allégorique. Le portrait peut servir à représenter toutes les espèces de caractères qui existent, et sous ce rapport, il n'est pas sans importance. Un autre genre plus relevé et très rapproché du précédent, est Y idéal, qu'on emploie pour les représentations des héros , et en général des grands caractères. A cette classe appartiennent encore les tableaux allégoriques , qui nous représentent des vertus , des vices , des propriétés d'êtres moraux qui agissent.
Vient ensuite le tableau d'histoire, proprement dit , ou la nature morale est représentée en pleine activité : l'artiste qui exécute un tableau d'histoire, a pour but plutôt le sentiment que l'instruction.
Comme le peintre peut exprimer, d'une manière sensible à la vue, toutes les qualités bonnes et mauvaises de l'homme , et que par ce moyen il peut représenter avec énergie toutes sortes de caractères, de désirs, de sensations, on voit que sou
PEINTURE. 28f)
art est d'un très grand prix , et enfin peut devenir très utile, s'il est bien dirigé.
Les Grecs croyoient âvec raison que les représentations de leurs divinités et de leurs héros pouvoient être utiles au soutien de la religion et à entretenir l'amour de la patrie. A Athènes , dans le portique appelé le Pœcile, une suite de peintures qui rappeloient les belles actions des personnages les plus distingués par leurs hauts faits , et les plus recommandables par leurs vertus et leur mérite, servoient à embrâser Famé des citoyens de sentiments élevés. Chez les peuples de la plus haute antiquité , plusieurs fêtes publiques avoient un but semblable.
Quant aux moyens que le peintre doit employer pour produire un tableau digne d'éloges , un tableau qui approche le plus de la perfection , il a besoin d'observer exactement cinq points , qui sont proprement les principes fondamentaux de la Peinture. Il faut que le choix de son sujet soit heureux , ou ce qui est la même chose , que Y invention soit bien conçue ; que la disposition soit facile et à la portée de tous les esprits ; le dessin exact , soigné ; le coloris agréable, bien entendu. Il est également indispensable que Yexpression des mouvements de l'ame, qui est la partie la plus excellente de la Pein= ture, soit accompagnée d'un jugement et d'une circonspection toute particulière. La perfection
d'une peinture, en général, dépend de ces points TOME 1. ,o
a()0 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.
fondamentaux. Un tableau, pour être parfait dans non genre, doit représenter un objet intéressant pour l'esprit et pour le coeur, et il doit le représenter do telle sorte que les yeux «oient , pour ainsi dire , attirés à le considérer avec une attention suivie et attachante, et que cet ensemble fasse, sur l'esprit et sur le cœur, une impression forte et favorable, entretenue et augmentée par l'examen de ses différentes parties.
Sans un bon choix ou une invention heureuse , l'ensemble d'un tableau ne peut pas être intéres» sant. Lorsque le peintre choisit un sujet, il fout encore qu'il voie s'il peut être traité ainsi que l'exige son art; s'il peut le disposer de foçon qu'il soit saisi dans tout son ensemble, d'un seul coup-d'œil, et d'une manière qui soit agréable; si tout ce qui en fait partie peut être conçu, dessiné, éclairé et colorié de façon que les yeux en soient flattés et attirés , enfin que l'esprit en soit satisfait. Dans la nature inanimée, aussi bien que dans les actions des hommes , il peut se trouver des choses dont l'orateur et le poète peuvent faire un emploi heureux, mais qui ne conviennent nullement au peintre, parce qu'il doit voir tout d'un seul point de vue, et qu'il ne peut représenter qu'un seul moment. Pour faire un choix heureux, il ne suffit donc pas d'avoir du goût et de l'esprit , il faut encore posséder des connoissauces particulières sur l'art que l'on cultive. C'est ainsi qu'une ode, sous le rapport de la poésie , peut
être un chef-d'œuvre , et ne rien valoir, considérée comme texte pour la musique , lorsqu'elle ne peut pas être traitée selon les règles de cet art.
Par là bonne disposition , un tableau devient non-seulement un ensemble complet, un obj«t individuel et distinct , que Ton peut examiner et comprendre sans avoir besoin du concours d'addun autre; mais encore il reçoit une forme agréable et attrayante, une clarté qui le rend facile à saisir.
Par le dessin, chaque objet reçoit la véritable forme qui lui fait produire sur l'âme l'effet qui lui est propre. C'est par le dessin que le tableau reçoit la vie et sa principale force , car les objets qui existent dans la nature, et même ceux qui sont les créatures de notre imagination, frappent surtout par leur forme. C'est encore par le dessin que, sur un plan uni, nous voyons certains objets près de nous , d'autres à une distance plus ou moins considérable. L'imagination est plutôt en état de suppléer , dans une gravure, aux couleurs, par la pensée , que de suppléer, an défaut du dessin, lorsqu'un tableau est foible dans cette partie. Àu moyen d'un dessin exact et soigne , le paysage même peut être représenté avec tant de; vérité et de naturel , que nous croyions voir la nature , et que notre imagination supplée les couleurs.
Le coloris , dans le sens le plus étendu à a mot , donne au tableau le dernier degré de perfection , et complète l'illusion commencée par le dessin ; et dès
ig* ENCYCLOPÉDIE DE I/ANTIQUITÉ.
lors nous ne le prenons pins pour une ombre de l'objet, mais pour l'objet même, existant dans la nature ; on croit voir un paysage réel , et observer des hommes qui vivent et qui agissent. L'harmonie des couleurs fait que l'œil examine et considère cet. ensemble avec plaisir.
Enfin , la Peinture plaît surtout par Yexpression vive dès sentiments passionnés ou des grands caractères. Raphaël , et après lui Ànnibal C arrache , ont excellé dans cette partie ; elle plaît aussi par la beauté et l'agrément des formes, des couleurs , de la lumière et des ombres : en cela Corrége est le premier maître ; enfin elle plaît par la vérité de la représentation ; et le Titien doit être regardé comme celui qui y a réussi le premier; depuis lui, l'école hollandaise, et ensuite l'école française, y ont acquis une très grande perfection.
Il y a différentes manières de peindre le même sujet : en détrempe, à fresque, à Y encaustique , sur email, sur verre , en miniature , au pastel et à Y huile. La mosaïque est également une sorte de Peinture, ainsi que la marqueterie. Ces différentes manières prouvent combien le goût de la Peinture a dû, dans tous les temps, être dominant, puisque l'on a imaginé tant de moyens différents pour l'appliquer partout.
A la fin de ce chapitre nous entrerons dans quelcrues détails sur toutes ces sortes de Peintures.
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bB l'oMGIITC WE Ï.A PEIHTURE.
Il en est de cet art comme de tous les 1 autres; son origine n'a rien de bien certain» La Peiniure no paroît pas devoir ses commencements à de» sentiments passionnes , aussi immédiatement que la musique, la danse et la poésie; elle est cependant également fondée sur le désir commun à presque tous les hommes de donner aux objets dont nous sommes journellement? entourésy une forme agréable, un extérieur qui plaise ; mais pour que ce désir d'embellir s'élève jusqu'à la. Peinture,* il & ut 'qu'il soit uni à la réflexion. Il n'est donc pas probable que, cet art ait été cultivé chez les peuples ;non ci* vilisés, ainsi que cela a lieui à l'égard de la musique et de la poésie.* . » • ;J:iî> ru :
De* figures sculptées, taillées ou ciselées y parois* sent avoir donné la première idée du dessin. Les hommes, dans les commencements de la civilisation, se ressemblent partout ; encore aujourd'hui on voit des bergers -sfeniuser à orner de 'figures ciselées ou taillées, leurs Mtôns, leurs vases el leurs autres ustensiles. Il est fort naturel de penser que ces hommes simples auront eu? également Vidée! de décorer de pareilles figures les murs de leurs^uttes. Peu à peu ceja aura donné l'idée du; dessin ; ensuite on aura imaginé de réunir le dessin et les couleurs ,
base de la Peinture. En effet , tous les hommes trouvent plaisir à voir de belles couleurs, et dès que le goût du beau commence à se développer, ils cherchent à embellir tous les objets qui sont à leur usage. Les sucs des différentes plantes s'offroient naturellement pour colorier ces dessins. Dans ces premiers essais, on se sera contenté de tracer des contours grossiers, et de les enluminer, par des couches égales de couleurs sans rupture. Mais de là , il y a encore loin à la découverte ingénieuse d'imiter la forme ronde des corps , par une dégradation exacte des lumières et des ombres, et de représenter avec la plus grande exactitude Ta pparence extérieure des objets, au moyen des demi-teintes. Il n'étoit pas moins difficile, et il falloit des découvertes non moins ingénieuses, pour ennoblir et élever peu à peu cet art qui offre aux yeux des représentations si précieuses, si variées,) et de la plus heureuse influence sur le goût et* sur le seni.irnent. [j| ; .. . ' '» ;« I)
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ARTICLE III
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. m 'if^'i'xr '•!> i . .i» .«..' .'»'>• Jtfil '1 M^JùiMJbïl &¥\* Led i voyageurs ; modères' Norden , 1 Pocock , Bruce , etci i parlent tous de Peintures 1 trouvées sur les murs des temples et des tombeaux dans Thèbes , Denderah, et quelques autres villes de la
, PEINTURÉ. Of)5
hauteEgypte- Bruce surtout est; entré clans quelques détails curieux à cet égard. Dansées tombeaux de Thèbcs, il a vu des panneaux oti compartiments revêtus de stuc, sur lesquels, au lien de figures eu relief, il y en a qui sont peintes à fresque. Les ar« tistes français qui ont fait partie de l'expédition d'Egypté, ont vérifié et confirmé -ce que les :voyageurs précédents avoient écrit sur lia Peinture des anciens Égyptiens. Plusieurs en ont dessiné dans les tombeaux dé Dènderah et de Thèbcs > et eh ont même rapporté des fragments. Ces Peintures re* présentent toutes â peu près le9 mêmes sujets ; ce
sont des guerriers, des pâtres, des joueurs d'in-
struments.
Alors on ne peut contester aux Égyptiens d'avoir été le plus ancien des peuples connus qui aient pratiqué la Peinture; mais ils ne firent pas de grands progrès dans l'art de représenter la nature autrei nient que par des contours : toutes leurs figures sont mal dessinées ; quelque attitude que le peintre leur ait donnée , la tête est toujours de profil ; les couleurs sont divisées par compartiments > - et sans au* cune mixtion ni dégradation , et appliqués de la même manière que sur nos cartes a jouer, ce qui annonce l'enfance de l'art ; enfin lesÉgyptiens n'ont jamais approché de là perfection , et si les Grecs, jaloux de toute découverte , leur ont disputé , ainsi qu'on va le voir, celle de la Peinture, c'est que ceux-ci, plus instruits, savoient distinguer deux
!ig6 ENCYCLOPÉDIE DE ANTIQUITÉ.
sortes de Peintures : celle qui se contentait de rehausser un dessin par des couleurs employées entières et sans rupture , et celle qui , après de longs efforts, est parvenue à rendre fidèlement la nature. La première étoit connue des Egyptiens; cette dernière est due aux Grecs.
Loin d'exceller dans les arts, les Perses empruntèrent l'industrie dès artistes égyptiens , lorsqu'ils eurent fait la conquête de l'Egypte. Les tapis brodés des Perses étoient célèbres dans la Grèce, même du temps d'Alexandre. Il paroît cependant que c'était plutôt le mélange industrieux de la soie et la beauté du travail, que la vérité des richesses de la nature, que les Grecs admiroient dansles tapis de Perse; en effet, les Peintures persanes font voir combien les beaux arts sont négligés dans ce pays.
Les Perses modernes peignent des toiles, et les Indiens sont leurs rivaux dans ce genre d'industrie ; mais leurs Peintures sont purement capricieuses. Les Peintures indiennes représentent des plantes , des fleurs, qui pour la plupart n'ont jamais existé. Ces Peintures ne sont estimées que par l'éclat et la solidité des couleurs; on en peut voir plusieurs gravées dans le Systema brahmanicum du père Paolino, et dans son Voyage aux Indes* À présent, comme dans la plus haute antiquité, l'art des Indiens se réduit à représenter des figures monstrueuses qui ont rapport à leur religion , des animaux qu'on ne trouve pas dans. la nature, des idoles
à plusieurs bras , à plusieurs têtes, qui n'ont ni vérité dans les formes, ni justesse dans les proportions. On a aussi des Peintures qui représentent des costumes et des portraits; mais ces portraits n'ont aucune espèce de mouvements, et ressemblent à des silhouettes. Parmi les Peintures du Thibet , il y en a quelques-unes qui ont demandé beaucoup de patience , et qui sont remarquables par la finesse du trait. On en a aussi en relief, mais toutes sont les productions d'un peuple chez lequel l'art est encore dans l'enfance.
Les Chinois ignorent absolument la perspective; ils font des paysages , et n'ont aucune idée des plans ui du feuillé des arbres, ni de la fuite des lointains , ni des formes variées que prennent les nuages , ni de la dégradation des objets, en proportion de leur distance. Chez cette nation , la nature humaine n'est pas belle , et ils paroissent s'étudier à la rendre encore plus difforme. Une figure courte et ventrue est pour eux du plus beau style; un gros ventre est le caractère extérieur par lequel ils désignent leurs grapds hommes. Les figures de femmes, au contraire , sont minces et alongées , et ressemblent à des outres plutôt qu'à des êtres vivants: Au surplus , les peintres sont très mal payés en Chine, ce qui est encore un obstacle an progrès de l'art. Quelquefois on admire l'éclat et la netteté de leurs couleurs ; mais une enluminure faite avec des cou» leurs sans mélange, doit nécessairement avoir du
brillant et delà netteté. Ce brillant d'ailleurs tient à leur climat, et ne provient pas de leur talent. Les Chinois, et en général les Orientaux', neconuoisseut qu'un petit nombre de traits , qu'ils répètent toujours ; ils multiplient tant qu'on veut les figures ; mais toutes se ressemblent. Dans les pointures de leurs ouvrages de poterie , on ne remarque aucune science) des formes , aucun sentiment des muscles les plus sensibles, aucune idée des proportions ; ils ne sont pas même aux éléments de l'étude de la nature. Il paroît que dans tout l'Orient personne ne se doute que l'anatomie puisse avoir quel» que rapport avec l'art du dessin. Parmi les têtes faites par les Chinois > il y en a qui ont une sorte de vérité, mais elles sont d'un choix bas et vicieux. L'ampleuri des draperies cache toutes les formes, et on sent que l'artiste n'a pas même pensé qu'elles existaient sous les draperies; on ne voit que les extrémités , et elles sont mal faites. La Bibliothèque royale possède un grand nombre de Peintures chinoises , entre autres une suite intéressante de portraits d'illustres Chinois , mais ils sont tous sans vie et sans expression.
Si Ton en croit ce que disent des Grecs nombre d'écrivains,', ce séroità eux que l'on serdit redevable de l'art de la Peinture , ou plutôt des inventions qui ont contribué à le porter à sa perfection ; cependant , quelque confiance que l'on veuille avoir en ce qu ils ont dit, il est bien difficile de déterminer
à quelle époque la Peinture commença de paraître arec un certain éd a t dans la Grèce; et, encore bien moins, dans quel siècle elle y fut inventée ou apportée. Plusieurs auteurs considérantcommePeinture toute espèce de procédé qui consiste à assembler ou à nuancer des couleurs , rattachent l'art de la tapisserie à l'art de la peinture , et paraissent disposés â chercher l'origine de la Peinture chez les Grecs dans le talent des femmes ioniennes pour la tapisserie. Il semble néanmoins qu'il serait plus naturel de supposer que la Peinture, déjà perfectionnée, servit de modèle aux travaux de ces femmes; et s'il en fut ainsi, comme l'adresse de ces Ioniennes étoit célèbre, même avant, ou tout au moins pendant le siège de Troie, cela repousserait l'invention de la Peinture dans les siècles de la plus haute antiquité.
Ajoutez à ces réflexions la remarque qtte fait M. Watelet , que puisque Homère 1 représente Andromaque occupée à figurer en tapisserie des fleurs de diverses couleurs, lorsqu'on vint lui annoncer la mort de son époux , il falloit que, dès le temps de ce poète célèbre, la Peinture ne fut plus réduite au simple trait, ni même au camaïeu, mais qu'elle employât des couleurs de différentes nuances. On cite également une tapisserie , sur laquelle Hélène avoit représenté les combats que sa trop funeste
1 Homère rcrivoit plus de neuf cents an* arant l'ère chrétienne
beauté avoit occasionés ; et le même savant fait oj*server à ses lecteurs que, pour l'exécuter , il falloit bien que cette princesse eût sous les yeux un dessin colorié qu'elle eût fait elle-même ou qu elle eut fait faire par quelque artiste : il en conclut aloTs qu'il faut placer long-temps avant Homère les inventeurs de la Peinture linéaire ( Pictuta linearis) ; et qiue CleanthèSy à qui on l'attribue, Arcides de Corinthe, Téléphones de Sicyone, que Ton dit avoir perfectionné ces contours , en y introduisant encore d'autres lignes ou des hachures, ainsi que Cléophante y qui essaya de broyer de la terre cuite pour colorier ses ^figures 1 , vécurent plusieurs siècles avant le chantre d'Achille.
Si Ton peut ensuite s'en rapporter à Pline , on retrouverait quelques traces d'avancement dans l'art de la Peinture chez un certain Tumarus , qui au» roit réussi à faire distinguer le sexe. Il eût, selon le même écrivain , Çimon pour élève , et ce Cdinon fut le premier qui donna du mouvement aux têtes, de la variété à leurs attitudes, de l'expression aux regards , qui indiqua les articulations des membres* fit sentir les muscles, dessina obliques les figures que l'on faisoit toujours droites , et varia les a tti* tudes en les faisant regarder de profil ou derrière ;
1 Clcophnntc de Corinthe , appelé le premier peintre inanochr&uu- , paire qu'il nemployoit qu'une seule couleur pour colorier le? traits du visage , vivoil ver» le ix F siècle avant 1ère chrétienne.
'pEIATITRE. 3oi
enfin, avant lui, tout étoit extrêmement informe dans la Peinture; une draperie n'étoit qu'un morceau d'étoffe qui n'offroit qu'une surface unie ; entre les mains de Cimon , cette draperie prit un caractère ; on y vit des plis , des parties enfoncées , d'autres parties éminentes , qui fbrmoient des sinuosités, telles que la nature les donne, et que doit prendre une étoffe jetée sur un corps qui a du relief.
Cependant le premier tableau dont il soit question dans les auteurs anciens, est celui de la bataille des Magnésiens, exécuté par Burlarque, que Ca rida ule, roi de Lydie , assassiné par Gygès , sept cent sept ans avant l'ère chrétienne, paya au poids de l'or. Si ce tableau mérita d'être acheté un si haut prix , il falloit donc que la Peinture , pendant les premiers siècles qui s'écoulèrent entre les inventeurs que nous avons nommés, et Burlarque, eut fait d'étonnants progrès.
Après ce peintre , soit que l'art fut tombé dans la décadence , soit que les Grecs aient négligé de conserver à la postérité le nom des hommes qui s'y distinguèrent , soit que la nature , comme cela se rencontre quelquefois , ait été plongée dans un de ces engourdissements qui se font sentir à telle on telle partie de l'industrie humaine, sans que l'on puisse trop en assigner une raison plausible , l'histoire garde un silence profond, et sur les noms des peintres , et sur les productions de la. Peinture.
Néanmoins, il est présumablc qu'elle n'aura été
302 ENCYCLOPÉDIE DE i/aNTIQUITÉ.
cultivée que par des hommes dont le génie médiocre aura , pendant quelques générations , laissé l'art dans le même état où ils l'auront reçu; du moins est-il certain que, pendant deux cent cinquante ans, tout se tait sur la Peinture , et si quelques vers d'Anacréon ne venoient pas célébrer un artiste de Rhodes , on croiroit que , durant ce long intervalle, ce bel art fut totalement effacé de la Grèce.
Mais enfin, on voit Phidias, que la sculpture réclame avec orgueil, recommencer la liste des peintres delà Grèce. Ce statuaire distingué est cité par Pline au nombre des peintres célèbres.
Panœrms *, frère de Phidias, par la grandeur et l'esprit de ses compositions, s'illustra aussi; le tableau dont Pline fait le plus d'éloge , fut celui dont on avoit décoré le temple de Jupiter Olympien. Son sujet étoit la bataille des Athéniens contre les Perses, à la fameuse journée de Marathon. L'art de la Peinture, dit Pline, avoit déjà fait tant de progrès à cette époque, que dans ce tableau on pouvoit reconnoître plusieurs généraux , tels que Miltiades, Callimaque, Cynégire, Centélée, parmi les Athéniens ; Datis et Artaphernes parmi les Perses. L'avantage , continue-t-il , semble d'abord disputé ; mais au lieu où le combat est le plus engagé, ou voit les barbares lâcher pied , s'enfuir et regagner les vaisseaux phéniciens qui les attendent.
* Panrenus , né vers l'an 43o avant l'ère chrétienne.
PEIMX'RE. 3o3
Peu après Panoenus, paroît Poly gnote de Thasos *, plus fameux encore que lui. Guidé par son propre génie, il varia les mouvements du visage, et s'écarta de la manière sèche et servile de ses prédécesseurs. Ce fut lui qui le premier, employa quatre couleurs 1 , par le moyen desquelles il donna aux femmes une parure brillante et légère, qui charma les yeux : par cette heureuse nouveauté, il a la gloire d'avoir donné l'essor aux merveilles de la Peinture ; il sut aussi donner de l'expression à ses figures, en employant l'idéal. Son tableau le plus estimé est celui où il peignit les principaux événements delà guerre de Troie. Toutefois, s'il faut en croire Pline , il n'y avoit, dans les Peintures de Po» lygnote , ni plan , ni ordre , ni harmonie entre les différentes parties : chaque action étoit isolée , et elles n'avoienr de commun que leur rapport à queU que événement principal 2 .
On vit paroître ensuite Aglaophon, Céphissodore , Phryllus, Êvenor, pèredeParrhasius, Dyonjsius de Colophon, et Micon, chargé des travaux du Pœcile, qui tous illustrèrent cette période; mais il paroît que l'époque de la plus grande splendeur de l'art ne commença que vers l'an 436, avant l'ère
* Polygnote de Tbasos , vivoit 44$ «» a *«rt l'ère chrétienne.
» Quatre couleurs : le blanc de Mélos , le jaune d'Athènes, le rouge de Synople et le simple noir.
* I* comte de Caylus et Ricpcnhausen ont expliqué et fait graver ce tableau , d'après la description que Pausam*s nous en a laissée.
3o4 ENCYCLOPÉDIE DE i/aNTIQTJITÉ.
chrétienne. A la tête des peintres qui contribuèrent à le porter à un haut degré de perfection , nous trouvons Apollodore d'Athènes, Ce fut lui qui trouva le secret de représenter la nature dans sa plus grande beauté, parla correction du dessin, l'entente du coloris et du clair-obscur 1 , et la distribution des ombres et des lumières, mal observées jusqu'à lui
La carrière de la Peinture ayant donc été ouverte par Apollodore, Xeuxis * , son disciple , approcha davantage de la perfection. Profitant des lumières de son maître , il porta plus loin que lui la manière de ménager les jours et les ombres : le coloris d'Apollodore, quoique infiniment supérieur à celui des peintres qui Favoient précédé, avoit encore quelque chose de sauvage , celui de Xeuxis devint plus varié, plus brillant, plus harmonieux. Les ouvrages que l'on cite de lui sont une Pénélope, dont il avoit parfaitement exprimé le caractère, et plusieurs tableaux qui ornèrent le temple de Lucinia .
» Le clair-obscur est le dernier état et la consommation du coloris. Ce n'est pas proprement la lumière , mais il tient le milieu entre le jour et les ombres qui font partie de la composition du sujet : de là Tient que les Grecs l'ont appelé tonos, c'est-à-dire le ton de la peinture , pour faire entendre que, comme dans la musique, il y aune infinité de tons différents, qui s'unissent les uns aux autres d'une manière insensible, afin d'en faire un tout harmonieux ; de même , dans la Peinture , il y a une force et une dégradation de lumière , presque imperceptibles, qui varient encore scion les couleurs propres ou locales des divers objets où elles tombent.
* Xeuxis , né à Héradée vêts l an 400 , avant 1ère chrétienne.
PEINTURE. 3o5
connoissant sa supériorité dans l'art de représenter les femmes , les Crotoniates voulurent que Xeuxis se surpassât : à cet effet, ils le conduisirent à la palestre, où ils lui firent voir plusieurs jeunes filles de la plus grande beauté 1 ; Xeuxis en choisit cinq , dont les noms furent célébrés par les poètes pour avoir su fixer son choix. En formant un tout de leurs charmes, il peignit une femme telle qu'il se la figuroit , et il en fit une Hélène. Après avoir terminé son ouvrage, l'artiste , fier de son rare mérite, n'attendit pas les éloges des hommes, il écrivit lui-même an-dessus ce passage d'Homère : « // » nest pas étonnant que les Grecs et les Troyens » aient tant souffert pour une si rare beauté. » Il disoit que son art avoit su produire tout ce qu'a» voient pu créer de beau l'enfantement divin de Léda et le génie d'Homère. Xeuxis retira de ce tableau beaucoup de gloire et beaucoup de profit; car outre les sommes considérables qui lui furent données par les Crotoniates, il l'exposa, etlefitvoir moyennant une rétribution; ce qui fit appeler son Hélène la Courtisane. On possédoit encore de cet habile a.rtiste , un Jupiter sur son char, entouré de toutes les divinités; un Hercule enfant, écrasant les deux serpents; une dlcmime, qu'il donna aux habitants d'Agrigente, et un dthiete, qui lui fit à lui- 1 même tant de plaisir, qu'il y mit ces mots : « On
1 Les Crotoniates étoient généralement beaux et bien faits. TOME I. <j
3û6 ENCYCLOPÉDIE DE L ANTIQUITÉ.
» V admirera plus qu'on ne l'imitera. » Arislote re= proche à Xeuxis d'avoir fait trop forts les membres •et. les têtes. Ce reproche se rapporte sans doute à ce qu/il s'appliquoit beaucoup à représenter le beau idéal, et négligeoit les proportions.
Androcjdes , contemporain de Xeuxis, se fit aussi une réputation , mais ce fut en peignant des
tableaux de genre.
Pat-rhasius * , qui vécut également contemporain de Xeuxis, doit être considéré comme le véritable créateur de l'expression. Rival , mais sans être ennemi, tour, à tour vainqueur et vaincu, il appela l'attention de la Grèce sur ses tableaux. Tous les écrits de l'antiquité retentissent de ses triomphes, de son faste , de l'admiration qu'excitoient ses travaux , des honneurs dont il fut comblé , et du prix extraordinaire dont on payoit ses productions. Il parla le premier à l'ame ; et l'on ne parle à l'ame , on ne touche le cœur, on ne captive l'attention générale, que par l'expression fidèle des passions.
Xeuxis avoit accéléré les progrès de l'art par la beauté de son coloris ; Parrhasius , son émule, lui fit faire de nouveaux progrès par la pureté du trait et la correction du dessin. Ce grand peintre posséda la science des proportions : celles qu'il donna aux dieux et aux héros parurent si convenables, que les artistes n'hésitècent pas à les adopter, et lui
* Parrhasius, né vers l'an 4*o avant l'ère chrétienne.
décernèrent le nom de Législateur. D'autres titres durent exciter leur admiration; Parrhasius rendoit, avecune sublimité rare, les mouvements musculaires du visage, la délicatesse des traits, la légèreté delà chevelure, les grâces de la bouche et la finesse des couleurs. Parrhasius savoit, quand il le vouloit, donner de la vigueur à ses expressions. On cite deux tableaux de lui , comme le chef-d'œuvre du génie en ce genre. L'un de ces tableaux représentoit un sol** dat pesamment armé , qui voloit au combat. L'ardeur, le courage et le désir de vaincre respiroient dans toute sa personne, et l'on croyoit voir la sueur découler de ses membres nerveux. Le second étoit également un soldat qui , après avoir combattu , étoit occupé à se dépouiller de ses armes ; à l'élévation de sa poitrine , à sa respiration gênée , on jngeoit de la fatigue extrême qu'il venoit d'éprouver ; il paroissoit véritablement essoufflé.
Le tableau qui acquit à Parrhasius le plus de réputation , est le Demos , celui où se trouvoit représenté le peuple d'Athènes ; cet ouvrage allégorique étoit rempli de mille traits savants et ingénieux , et montroit dans le peintre une richesse d'imagination inépuisable ; ne voulant rien oublier touchant le caractère de cette nation , il la \ représenta d'un côté, bizarre, injuste, inconstante, et de l'autre, humaine, clémente , sensible à la pitié , et avec tout cela , fière, hautaine , féroce, et quelquefois même basse et timide.
ao.
3o8 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.
Cet artiste, d'un vaste génie et d'une fécondité merveilleuse, étoit peut-être encore plus orgueilleux et plus arrogant que Xeuxis son rival. OrdU nairement habillé de pourpre , il avoit sur la tête une couronne d'or; les attaches de ses souliers étoient également d'or , et ses brodequins brodés ; enfin , il étoit magnifique en tout ce qui l'entouroit, et son orgueil étoit tel, qu'il ne rougissoit pas d'inscrire au Las de ses tableaux : Le délicat, le poli y r élégant Parrhasius , le consommateur de l'art y sorti originairement d'Apollon, et né pour peindre les dieux mêmes 1 .
Timanthe , qui vivoit dans Te même temps que Xeuxis et Parrhasius, fut un peintre doué aussi d'un très grand génie. Il savoit exprimer les passions
1 Patrhasius entra en concurrence arec Xeuxis dans une réunion publique , où ou disputait le prix de la peinture. Xeuxis avoit fait une pièce où il avoit si bien peint des raisins , que dès qu'elle fut exposée , les oiseaux s'en approchèrent pour les becqueter. Sur quoi, transporté de joie, se croyant certain du suffrage de ces juges non suspects et non recusables, il demanda à Parrhasius qu'il fit donc paroitre ce qu'il avoit à lui opposer. Parrhasius produisit sa pièce , couverte , comme il sembloit , d'une étoffe délicate en forme de rideau. Tirez ce rideau, ajouta Xeuxis. et que nous voy ions ce chef-d'œuvre : ce rideau était le tableau même. X°uxis avoua qu'il étoit vaincu ; car, dit-il, je n'ai trompé que des oiseaux, et Parrhasius m'a trompé moi-même , qui suis peintre.
Xeuxis , quelque temps après , peignit un jeune homme qui portoit une corbeille de raisins ; et voyant que les oiseaux les venoient aussi becqueter , il avoua , avec la même franchise , que si les raisins étoient bien peints , il falloit que la ûgnre le Tût bien mal , puisque les oiseaux n'en avoient eu aucune pour.
PEINTURE. 3oQ
fortes, et Parrhasius les inspirations de l'esprit; dans les compositions de Timanthe , on irouvoit plus de pensées , plus de poésie ; dans celles de Parrhasius, plus de volupté. La renommée de l'un n'a pas été moins grande que celle de l'autre. Son Sacrifice d'Jphigénie a passé pour le . plus bel ouvrage de cette époque, et c'est principale» ment ce tableate^ai a fait dire que ses composi= tions foisoientisoncevoir plus de choses qVil n'en peignoit, et qne Tart y étoit encore surpassé par. le génie. Il avoit aussi peint un héros qui contenoit , pour ainsi dire, le résumé, le prototype de l'art de représenter les hommes.
Par ces artistes ; on juge que la Peinture étoit déjà parvenue à une grande supériorité chez les Grecs , et que le beau siècle d'Apelles se préparoit. Ce fut à cette époque que Eupompe*, né à Sicyone , y fonda l'école qui porta le nom de cette ville. Célèbre lui-même, mais sans que nous puissions indiquer quels travaux lui valurent sa réputation , parce que ses ouvrages n'ont point triomphé du temps, il eut un élève qui l' éclipsa.
Ce fut Pamphile ** , le maître d'Apelles. Doue sans doute d'un^ esprit plus réfléchi et plus méditatif que ses devanciers , Pampliile sentit que la Peinture ne pouvoit que gagner en appelant les
* Eupomne, né àSicyonc, 3c4 ans avant l'ère chrétienne. ** Pamphile ▼ivoît ver* l'an 4oo arant l'ère chrétienne.
3lO ENCYCLOPÉDIE DE L* ANTIQUITÉ.
autres sciences; il cultiva donc avec soin toutes les parties des belles-lettres , et se rendit familières les mathématiques et la géométrie. Ce bon esprit fit foire à l'art un pas de géant : la sagesse des compositions y gagna, et la perspective fut mieux con= nue : l'alliance des sciences avec la Peinture , la rendit plus recommandable aux yeux des Grecs , et ce fut à lui qu'elle dut de se voir placer au premier rang parmi Jes arts libéraux. Pamphiïe profita de cette grande impulsion qu'il avoit donnée à la Peinture, pour s'enrichir. On tint à gloire d'envoyer les jeunes gens à son école; il mit un haut prix à ses leçons, et exigea de chacun de ses élèves , pour un nombre d'années déterminé, un talent, qui équivaloit à cinq mille cinq cents francs de notre monnoie. Il fonda en principe que la Pein» ture ne pouvoit être exercée en Grèce que par des indigènes, et qu'elle ne devcit être le partage que des hommes de la condition la plus relevée. Ce fut au sein d'une école où l'orgueil du talent résidoit avec tant de puissance, o^ApeUes se forma.
Son nom est encore dans toutes les bouches ; il surpassa; dit-on, tous les peintres qui l'avoient précédé: telle est l'opinion générale. A pelles * sut donner à ses figures des grâces élégantes, enchanteresses,
* Apelles, fiUdePitbias, étoit de l'ile de Cos. Sa réputation commença Von 33a avant l'ère chrétienne ; il étoit né vers l'an 3oo.
PEINTURE. 3ll
c est-à-dire ce je ne sais quoi de libre , de noble et de doux en môme temps, qui touche le cœur et qui réveille l'esprit. Ses talents supérieurs, soutenus par son affabilité , le rendirent fort agréable à Alexandre, qui ne dédaignoit pas d'aller souvent chez lui , pour jouir des charmes de sa convention et pour le voir travailler. Le conquérant macédonien voulut que lui seul eût la permissioa de le peindre..
De même que ses devanciers et ses contemporains, A pelles peignoit k Y encaustique , et il paroît certain qu'il n'employoit que quatre couleurs ; mais il trouva le moyen d'adoucir leur trop grand éclat , en les broyant avec du talc ou une espèce de craie; il composa aussi son encaustique, en y mêlant de la cire et de l'huile de pétrole , qui rendoient les couleurs plus douces , plus moelleuses , et les met= toient à l'abri de l'altération , de la poussière et du temps.
Ce peintre vraiment célèbre se distingua autant dans le portrait que dans l'idéal. Ses connoissances profondes , et l'étude qu'il faisoit journellement de son art, lui donnoient une facilité d'exécution dont il aimoit à se vanter ; mais en parlant de sa supériorité en certaines parties , il a voit la modestie de dire qu'il étoit inférieur à Amphion, pour l'ordonnance, et à Asclépiodore , pour la distance qui doit être entre les objets. Ce grand artiste , éloigné de toute jalousie , se plaisoit , non-seulement à vanter
3l2 ENCYCLOPÉDIE DE l'aWTIQUITÉ.
le mérite de ses rivaux ; il fit plus , favorisé de la fortune , et assez riche pour leur être utile , il en saisit souvent les occasions.
Parmi le grand nombre de tableaux de ce peintre habile, on citoit son Alexandre lançant la foudre, placé au temple de Diane à Ephèse , et qui lui fut payé vingt talents attiques , c'est>-à-dire cent vingt mille francs de notre monnoie. C'est au sujet de ce chef-d'œuvre que Ton avoit coutume de dire qu'il y avoit deux Alexandres ; l'un invincible , fils de Philippe ; l'autre inimitable , fils d' A pelles. On citoit encore sa V ênus Anadjromene , l'objet delà vénération des peintres qui vinrent après lui. Ce beau tableau , qui étoit d'abord à Cos et qui fut ensuite placé dans le temple de César, étoit, du temps de Néron , tout-à-fait gâté par l'humidité ; mais nul n'osa essayer de le réparer. Cependant on plaçoit au-dessus de tous les ouvrages d'Apelles , son Antigone à cheval, ainsi que sa Diane au milieu d'un chœur de vierges qui sacrifient, tableau par lequel il paroissoit avoir surpassé les vers d'Homère, qui décrit le même sujet.
Aristide* ne possédoit pas, à la vérité, l'élégance et les grâces dans le même degré de perfection qu'Apelles, des succès duquel il avoit été témoin ; mais il est le premier, selon Pline, qui se soit fait des règles sûres pour peindre l'ame , pour peindre
* Aristide vivoit rers l'an 3oo avant l'ère chrétienne
PEINTURE. 3l3
les sentiments les plus intimes du cœur. On faisoit des reproches à son coloris , mais on admiroit son expression. On reconnoissoit qui! Aristide excelloit dans les passions fortes aussi-Jbien que dans les passions douces. Dans son tableau qui représentoit le Sac d'une ville prise d'assaut, on y voyoit une malheureuse mère blessée et mourante ; son enfant étoit auprès d'elle , se traînant vers son sein pour prendre un peu de nourriture; la mëre paroissoit craindre qu'il ne suçât le sang au lieu du lait , déjà tari par l'approche de la mort. Alexandre le Grand avoit fait transporter ce chef-d'œuvre à Pella , sa patrie. Aristide peignit encore des Quadriges en course y un Suppliant dont on croyoit entendre la voix ; des Chasseurs avec leur gibier ; Bacchus et Jriadne, que l'on voyoit au temple de Cérës , à Rome. On conservoit aussi dans le temple de la Foi y au Capitole, son Vieillard qui montroit à un enfant à jouer de la lyre: et son Malade, sur lequel les éloges ne ta= rlssoient pas.
Protogène* , qui étoit aussi contemporain d'Apelles , fut également l'admiration du peuple d'Athènes, le plus savant de tout le monde connu. Ce peintre passe pour avoir été le plus pur de tous ceux de l'antiquité; mais ses compositions étoicnt sans chaleur , et c'est là \e reproche qu'on lui fait :
* Protogène vivoit vers l'an 3oo arant l'ère chrétienne.
3l4 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
la timidité avec laquelle il travaillent dut accroître encore ce défaut. Il finissait avec un soin extrême, et nécessairement l'esprit se fatigue et s'use sur le sujet que l'on retouche sans cesse. Son tableau le plus fameux étoit le grand chasseur Ialjsus , qui passoit pour être le fils du Soleil et le fondateur de Rhodes. Protogène employa sept années à ce beau morceau , que l'on plaça , à Rome , dans le temple de la Paix. Pendant tout ce temps , il prit un régime de vie très sobre , afin d'être plus en état de réussir.
Cette époque fut donc celle où la Peinture étoit parvenue à son plus haut degré de splendeur. Indépendamment des grands artistes dont nous venons de parler, elle comptoit encore Mélanthe , A sciépiodore , Nicophanes , Nicomaque, Persée, Pau» si as y Euphranor, Antidote, AÛiénion, et quelques autres qui jouissoient de quelque célébrité ; Cicéron et d'autres écrivains en ont étendu la renommée jusqu'à nous.
Mélanthe, qui fut élève de Pamphile , se distingua particulièrement par la sagesse de ses compositions ; il fit beaucoup d'élèves, et il écrivit des traités sur la Peinture.
Asclépiodore , autre contemporain d'Apelles , jouit de l'honorable avantage de voir ce grand peintre admirer la symétrie qu'il observoit dans ses ouvrages. Cet artiste exécuta pour Mnasson ou Mua» zon , chef des Elatécns, un tableau qui représentoit
douze divinités, et il reçut, pour chaque figure, trois cents mines.
Nicophanes est cité par Pline comme un des peintres distingués par la beauté de ses tableaux. Il eut une impétuosité d'esprit pour laquelle peu d'artistes lui sont comparables. Sa manière étoit grande et noble. Il fut surnommé le peintre des courtisanes , sans doute parce qu'il les prenoit souvent pour modèles, ce qui étoit naturel , puisqu'elles étoient les plus belles femmes de la Grèce.
Celui des peintres anciens dont on a le plus vanté la facilité est Nicomaque*. Il étoit, sous ce rapport, l'opposé de Protogène. Nicomaque est un des quatre peintres désignés par Pline , qui n'employoient que quatre couleurs dans leurs tableaux. Les ouvrages qu'on cite de lui , sont : un Enlèvement de Proserpine , placé dans le temple de Minerve au Capitole, et une Victoire traversant les airs sur un char à quatre chevaux; il peignit aussi Apollon et Diane; la Mère des dieux assise sur un lion; de belles Bacchantes près desquelles se glissent des Satjres ; et la Scjlla du temple de la Paix à Rome. A sa mort, il laissa imparfait son tableau des Tjndarides, que personne n'eut la hardiesse d'achever.
Persée fut élève d' A pelles ; mais il lui étoit fort inférieur. Il paroît pourtant que son maître en
* Nicomaque vivoit sous Arislrale, tyran de Scyone.
3l6 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
faisoit cas, puisqu'il lui adressa un ouvrage sur la Peinture.
Pausias *, célèbre dans la Peinture à l'encausti» que, fut chargé de réparer celles que Polignote avoir, faites sur les murs de Thespies ; mais on jugea qu'il lui étoit inférieur dans ce genre d'ouvrages. Dans sa jeunesse, il devint amoureux de Glycère, bouquetière d'Athènes, qui tressoit des couronnes de fleurs. Pour lutter de talents avec sa maîtresse , il parvint à peindre toutes sortes de fleurs , d'une vé*» rité surprenante. H peignit Gljrcère elle-même , assise et tenant une couronne. Ce tableau , l'un des plus beaux qu'il eut faits, fut appelé la Faiseuse, ou la Marchande de couronnes. Aux fêtes de Bac=» chus, à Athènes, Lucius Lucullus en acheta une copie, qu'il paya deux talents. Pausias passa sa vie à Sicyone, célèbre alors par son école de Peinture; il paroît qu'il y mourut aussi. Pausa= nias fait mention de deux tableaux de cet artiste : l'un représentoit V Amour, qui a voit déposé son arc et ses flèches, et qui jouoit delà lyre ; l'autre YIvro~ gnerie sous les traits d'une femme, peinte avec une telle perfection, que l'on apercevoit au travers d'un grand verre qu'elle vidoit, tous les traits de son visage enluminé.
Euphranor** fut statuaire en airain , sculpta eu
* Pausias , né à Sicyone vers l'an 3oo avant l'ère chrétienne.
** Euphranor, ne à Corinthc , florissoit 364 ans avuI,t 1 détienne.
PEttTURE, 3 I 7
marbre , cisela des coupes , et fit des colosses; dans quelque genre qu'il voulût s'exercer, il excella toujours. Il savoit donner de la dignité à ses héros; mais quoiqu'il connût bien les proportions, sur les» quelles il avoit écrit plusieurs volumes, on lui reprochoit cependant que ses corps étoient grêles, ses têtes et ses articulations trop grandes. Ses tableaux les plus admirés étoient : la Bataille de Mantinée , dont Pausanias et Plutarque font l'éloge , et que l'on avoit mis dans le Céramique d'Athènes ; la Démo» craiieet le Peuple, placé sous un portique ; une Ju» non y dont on admiroitla chevelure; un Apollon , et les deux dieux (Jupiter et Neptune) , tableaux dont parle Valcre Maxime , et sur lesquels il fait la ré= flexion judicieuse , m que , dans les arts, il y a un » point de perfection au-delà duquel les plus habiles » ne peuvent aller , malgré leurs efforts ; » et c'est ce qui arriva à Euphranor. Dans ce tableau des dieux , il avoit donné le plus grand caractère de noblesse et de dignité à Neptune , et il ne put trouver assez de grandeur et de noblesse pour peindre la figure de Jupiter, telle que la concevoit son génie et que la lui inspiroit son enthousiasme. Euphranor avoit aussi peint un Thésée ; c'est au sujet de ce chefd'œuvre , qu'il avoit l'amour-propre de dire que celui de Parrhasius étoit nourri de roses, et le sien de chair.
Antidote fut disciple d'Euphranor. On avoit de lui à Athènes, entre un petit nombre de bons
3l8 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
ouvrages , un Combattant armé d'un bouclier, un Lutteur et un Joueur de flûte estimés. Cependant son coloris étoit terne ; mais ce qui lui fit le plus d'honneur, c'est d'avoir formé un élève aussi célèbre que Nicias*
Ce peintre étoit d'Athènes. Il peignoit les femmes avec beaucoup de soin. Pline dit qu'il observoit la lumière et les ombres , et qu'il s'appliqua surtout à faire ressortir ses figures. Le roi Attale lui offrit soixante talents , c'est-à-dire trois cent trente mille livres de notre monnoie, pour un tableau qui représentait Ulysse évoquant les ombres des morts , tel qu'il est décrit dans Homère ; mais le peintre refusa cet offre, et aima mieux faire présent de son tableau à sa patrie. Parmi ses autres ouvrages, on cite un Bac chus ; un Hyacinthe, modèle de beauté, et qui plut tant à Auguste, qu'il le fit transporter d'Alexandrie à Rome. Tibère conserva ce tableau dans le temple de son prédécesseur; une Diane et plusieurs grands ouvrages , du nombre desquels étoient une Caljpso , lo, Andromède, et Y Alexandre , qu'on voyoit dans les portiques de Pompée. Pausanias dit que Nicias l'emportoit sur tous ses contemporains par son talent pour peindre les animaux; il peignoit à l'encaustique. La ville d'Athènes lui décerna les. honneurs de la sépulture parmi les grands hommes que la république jugeoit dignes d'un monument.
PEINTURE. 3 ri)
On comparait à Nicias , et même on lui préféroit, jusqu'à un certain point, Athènion. Sou coloris étoit plus austère, et cependant plus agréable. Il peignit l'historien Phylaccus , dans le temple d'Eleusis , à Athènes; une Assemblée de famille ; un Achille en habit de Jille , et reconnu par Ulysse. Il se distingua surtout par le tableau d'un Palf renier conduisant un cheval. Pline assure que, s'il ne fut pas mort jeune, aucun peintre n'auroit pu lui être comparé. "
A cette époque , l'art commença à décheoir , et cela se remarque , soit par la bizarrerie ou l'afféterie des sujets, soit par l'incorrection du dessin, soit par la faiblesse de l'exécution.
Cependant la Grèce eut quelques-uns de ces peintres que les modernes désignent sous le nom de peintres de genre, qui n'étoient pas sans mé= rite. *
A leur tête Pline met Pjrrêicus, qui, selon lui, n'étoit inférieur à personne pour la perfection de l'art. Il ne peignoit à la vérité que des sujets bas , ce que nous appelons des bambochades ; mais il y acquit beaucoup de réputation. Ses tableaux représentaient des boutiques de barbiers, de cordonniers , des provisions de cuisine , ou des scènes familières et domestiques, des animaux et autres sujets de cette espèce. Pjrréicus pourroit être appelé le Téniers des Grecs.
Le bel art de la Peinture eut aussi, dans la Grèce,
320 ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.
l'avantage de compter des femmes parmi ses professeurs. L'histoire nous a transmis les noms de plusieurs qui s'y sont distinguées. Voici l'ordre dans lequel Vatelet nous les présente.
Timarethe , fille de Micon , peintre athénien , est la première de son sexe qui ait illustré le pinceau. Sa Diane fut trouvée digne d'orner le temple d'Éphèse.
Irène , fille du peintre Cra tenus , s'est aussi signalée. On conservoit à Eleusis une Jeune fille qu'elle avoit peinte, et qui étoit d'une grande beauté ; c'étoit probablement Proserpine.
Caljpso étoit célèbre par deux peintures d'un goût exquis : un Vieillard vénérable , et an Joueur de gobelets.
Aristarete , fille du peintre Néarque, a laissé un Esculape que l'on estimoit beaucoup.
Enfin, il n'y eut jamais de main plus légère ni plus expéditive que celle de Lola, grecque d'origine. Elle excelloit dans le portrait, qui étoit spécialement son genre. La nature l'a voit douée d'une si grande facilité, qu'elle exécutoit ses ouvrages avec une rapidité à laquelle nul peintre , antérieur ni' postérieur à ( elle n'a pu atteindre. Son talent et la grâce qu'elle répandoit sur ses ou= vrages, ne perdoient rien à cette excessive rapidité d'exécution ; ses tableaux étoient payés plus cher qu'aucun de ceux des peintres de son temps. .
Les arts en général, et la peinture en particulier,
paroissent avoir été pratiqués chez les Étrysques à une époque très reculée 1 . C'est du moins ce que Ton peut présumer d'après quelques passages des auteurs romains , car aucun écrivain étrusque n'est parvenu jusqu'à nous. Ce n'est peut-être pas sans fondement que l'on a reproché aux Romains d'avoir cherché à détruire les monuments de tous les genres qu'ils trouvoient chez leurs voisins, pour ne laisser aucune trace de l'antiquité de ces peuples, premiers possesseurs duLatium. Leur jalousie, à cet égard, éclate évidemment par les ravages qu'ils ont exercés chez ces nations limitrophes de Rome ; elle est confirmée par le silence de leurs écrivains, qui n'ont conservé le nom des vaincus que pour s'ériger des trophées, et non pour faire connoître leur civilisation et les arts , qu'ils cultivoient long-temps avant que Romulus et ceux qu'il s'étoit associés vinssent s'établir sur les bords du Tibre. Cependant Pline , qui flatte quelquefois les Grecs outre mesure , convient que l'art de la Peinture avoit atteint chez les Etrusques un grand degré de perfection , quand chez les Grecs il étoit encore dans l'enfance. Dans le troisième chapitre du trente -cinquième
1 I/Étrurie ou la Toscane s'étendoit dans ce que nous appelons le grand duché de Toscane , et même au-delà , puisque , de la côte de Gènes, elle alloit jusqu'auprès de Borne > le long de la mer. C'étoit alors une des portions les plus considérables de l'Italie. Elle aroit pour villes principales : Pisa, Luca, Florehtia, Sena y qui conservent leurs noms. C'est là que l'on trouvoit le lac Trasimène, où Annibal défit les Romains. TOME. I. ai
3ll2 ENCYCLOPÉDIE DE ^ANTIQUITÉ.
livre de son Histoire naturelle , cet écrivain fait mention de plusieurs peintures de la ville d'Arezzo en Etrurie , qui se voyoient encore de son temps aux voûtes de quelques temples , et il dit que ces peintures étoient plus anciennes que la fondation de Rome. « Je n'ai pu contempler sans étonne- » ment , dit Pline , ces peintures qui sont toutes » fraîches et comme nouvelles depuis tant de » siècles. Il faut en dire autant de X Aidante et » de V Hélène qui se voient à Laviniuin , dans » un temple ruiné, et qui subsistent sans au- » cun dommage au milieu de ces ruines. L'une » et l'autre peinture sont de la même main , cha- » cune est le pendant de l'autre. L'artiste a peint » Atalante nue, et les deux figures sont d'une ex» » trême beauté ; mais Hélène est représentée avec » toute l'innocence virginale, c'est-à-dire avant son » enlèvement. L'empereur Caligula essaya de faire » ôter ces deux peintures; mais la nature de l'en- » duit fait sur la muraille ne le lui permit pas. En- » fin, on conserve à Cœre, ville d'Étrurie, continue »t Pline, des peintures encore plus anciennes, et » quiconque voudra les examiner avec soin et les » apprécier , conviendra que jamais art n'est par- » venu en si peu de temps à sa perfection , car il » n'est fait nulle mention de peintures à l'époque » du siège de Troie. »
'., D'après ce que nous avons rapporté sur les peintres grecs , on a vu que plusieurs de leurs
chefs-d'œuvre avoient été transportés à Rome pour y décorer les temples et les édifices publics; on pourroit en conclure que les Romains étoient amateurs et connoisseurs en Peinture; mais si Ton considère que ce peuple conquérant, qui, depuis la fondation de sa ville, ravagea les contrées voisines et soumit toutes les nations chez lesquelles cet art étoit connu, ne s'en occupa en aucune manière, pendant plus de quatre cents ans, et que, depuis- cette époque, on n'a vu chez lui aucun artiste recomman* dable , mais seulement quelques ouvrages médiocres , faits par un ou deux de ses citoyens , on ne sera tenté d'accorder aux Romains , ni le goût des beaux- arts , ni la gloire de les avoir encouragés jpendant ce long espace de temps. Les plus anciennes peintures que l'on cônnoisse à Rome , du moins par tradition , ont été exécutées par des artistes étrusques. Lorsque la puissance des consuls se fut accrue par des victoires multipliées, leur orgueil fut flatté d'étaler à leurs triomphes les chefs-d'ceuvre de ces nations subjuguées, et surtout ceux des Grées ; mais l'estime qu'ils en faisoient paroît avoir été fondée , moins sur la connoissance de l'art, que sur le prix que les peuples qui les avoient possédés mettoient à ces productions du génie et des talents. Quoi qu'en dise Pline , il sera difficile de persuader que les arts aient été en honneur à Rome dès le commencement de la république. Il est vraisemblable que la Peinture n'y jouit à cette époque d'aucune
3î*4 ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.
considération, et que les raisons qui firent rassembler ces productions dans cette capitale du monde, n'influèrent jamais ni sur le goût des grands, ni sut le désir des gens du peuple de se livrer à la pratique des beaux-arts, qui, à l'exception de la poésie, fut toujours abandonnée aux Grecs et aux •esclaves étrangers.
Ce ne fut donc que vers Tan 45o après la fondation de Rome , et environ trois cents ans avant notre ère, que le chef d'une des plus illustres branches de la race des Fabius , peignit à fresque tous les murs du temple que J uni us Brutus fit élever à la déesse conservatrice, sur le mont Quirinal. On lui donna le surnom de Pictor(\e peintre), qui depuis fut affecté à tous ses descendants. Ces peintures subsistèrent jusqu'à l'incendie de ce temple , sous le règne de Claude,*.; il paroît qu'elles n'avoient pas un grand mérite , puisque Pline ne fait pas l'éloge de leur exécution. « Croirons-nous , dit Cicéron dans » le premier livre de ses Tusculanes , que si l'on » eût fait un titre de gloire à Fabius, homme d'une » famille illustre , de s'être livré à la Peinture , il m ne se seroit pas élevé parmi nous un grand nom« » lire de Polyclètes et de Parrhasius ? L'honneur i ... ....>.
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* Claude . second tUs de Livie , fils d'Auguste et neveu de Tibère , naquit à Lyon , dix ans avant l'ère clm-tienne. S'ëtant caché pour échapper aus assassins de Caligula, un soldat le découvrit et le salua empereur, Tan 4 1 de l'ère chrétienne. j - ,
m nourrit les arts , tout le monde est excité par la » gloire à s'y exercer ; mais ils languissent chez » tous les peuples qui les dédaignent. »
V alérius Messala * fut le premier qui fit placer, sur Tune des murailles latérales de la Curia hostilia, un tableau où étoit peint le combat dans lequel il a voit défait , en Sicile, les Carthaginois et le pot Hiéron, Tan de Rome 490. Lucius Scipion plâça aussi, dans le Capitole, un tableau représentant sa victoire en Asie. Le poète Pacuvius, environ cent cinquante ans après, peignit le temple d'Hercule dans le marché aux boeufs ; mais bientôt ce bel art cessa d'être pratiqué par des citoyens libres , suivant l'aveu même de Pline, et jusqu'à Turpilius, chevalier romain qui fut son contemporain, il ne cite plus personne démarquant qui s'en soit occupé.
Jules César avoit une belle galerie , et il enrichit plusieurs temples de peintures qu'il y consacra. Ce fut de son temps que Timomachus de Byzance peignit son Ajax et sa Mèdée ; Jules César les acheta pour la somme de quatre-vingts talents , et les donna au temple de Vénus génitrice. Sous le règne d?Au** guste, on vit paroitre Marcus Lidius , peintre de vues , de marines, de paysages qu'il enrichissoit de figures; il imagina le premier de peindre sur le* murs, des maisons de campagne, des portiques , des bois sacrés , des forêts , des collines, des fleuves,.
* Valérius Messala, élu cormiV arec Auguste, l'an 5 de l'ère chrétienne.
326 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
des rivages , etc. U peignit aussi des ports de mer, et ses inventions étoient fines et agréables.
La manie de Néron de vouloir passer pour artiste dans différents genres, aura sans doute contribué à donner plus de considération à ceux qui se livroient à l'exercice de cet art. On cite de son temps un certain Amulius , dont les tableaux étoient fort rares , parce que , constamment occupé par ce prince , la maison dorée fut la prison de son talent. Ses ouvrages devinrent , avec ce palais , la proie des flammes. Ce que l'on estimoit le plus de cet artiste étoit une Minerve.
Antistius Labeo* se faisoit gloire de petits tableaux qu'il peignoit mais ce mérite dont il se faisoit gloire , et qui paroît n'avoir pas été bien grand , ne lui attiroit que des risées et du mépris.
Cornélius Pinus et Accins Priscus ont peint, sous Vespasien **, le temple de la Vertu et de l'Honneur. Selon Pline , ce dernier approcha beaucoup de la manière des artistes anciens.
Tel est le petit nombre de peintres que Rome a produits. Si les temples de cette capitale furent décorés de tableaux étrangers, c'est que les généraux vainqueurs regardoient comme un objet de luxe ceux qu'ils enlevoient aux ennemis, et qu'ils trouvoient glorieux de les exposer au peuple romain.
* Antistius Labeo mourut trente et un ans avant l'ère chrétienne. ** Vespasien fnt salué empereur romain l'an 69 de l'ère chréiienne.
ARTICLE IV
SUJETS QUE TSA1T01BHT LES ANCIENS ; USTBN411M ATEC LESQUELS 11 «S
FEXGNOIENT ; M ATIEEES DONT ILS F Al SOIENT USAGE.
Après avoir tracé l'histoire de la Peinture chez les anciens, nous croyons devoir entrer dans quelques détails sur les sujets qu'ils traitaient, et ensuite parler des ustensiles et des matières qu'ils employaient.
Depuis les jeux les plus frivoles de l'imagination jusqu'aux grands tableaux, on trouve des sujets très multipliés et très variés parmi les artistes de l'antiquité. Ils exécutoient des caricatures et des tableaux burlesques; des tableaux de fleurs, de fruits y <5l animaux ; des paysages, des portraits, des tableaux satiriques, des batailles, des tableaux iV histoire , des peintures allégoriques, etc. Us en faisoient même un emploi plus fréquent qu'on n'eu fait aujourd'hui. Dans leurs édifices et dans leurs habitations particulières, ils couvroient beaucoup plus souvent les murs de peintures qu'on ne le pratique à présent. Outre ces peintures , ils en avoient aussi que l'on pouvoit transporter facilement pour en orner les appartements , et d'autres d'une dimension assez petite pour être mises dans la poche. Leurs vaisseaux mêmes étoient ornés de peintures exécutées à Y encaustique , et leur poterie étoit peinte comme notre porcelaine.
Les tableaux historiques paroissent , ainsi qu'on
3 28 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
vient de le dire , avoir été ceux dans lesquels les peintres anciens excelloient. Ils prenoient leurs sujets dans la mythologie et dans Yhistoire héroïque. Quelquefois aussi ils les tiroient de Yhistoire de leur pays. La Peinture de décoration des anciens différait de la nôtre , parce que leurs théâtres étpient beaucoup plus vastes, qu'ils étaient en plein air et qu'on y jouoit pendant le jour. Ils peignoient les scènes principales et les masques d'une scène de théâtre, et les exposoient comme on expose aujourd'hui les affiches de spectacles.
Ils étoient également habiles dans la représentation des animaux : on rapporte qu'Apelles ayant peint le cheval d'Alexandre, ce prince ne le trouvant pas bien, l'artiste demanda que l'on fît venir un cheval; il se mit à hennir en voyant celui qu'avoit fait Apeiles. Quant aux tableaux de fleurs et de fruits, nous avons dit plus haut que Xeuxis avoit peint une grappe de raisins qui attiroit les oiseaux ; et le rideau de Parrhasius est un exemple qui prouve que les anciens faisoient aussi ce que l'on appelle des trompe-Vœih Quant aux sujets bas et grotesques, ils n'en faisoient aucun cas ; cependant il y avoit quelques artistes qui s'en occupoient. Nous avons aussi des peintures anciennes dans le genre des caricatures ; tels sont quelques tableaux qui offrent des scènes de comédies; un autre qui représente Arion sur une carpe; un autre sur lequel on voit hnée portant son père
et tenant son fils, ayant tous des têtes de cochons. Enfin , plusieurs peintures antiques offrent des scènes domestiques, des mariages, des initiations, et même des arabesques.
A l'égard des ustensiles avec lesquels les peintres de l'antiquité peignoient, il paroît qu'ils se sont en général plutôt servis d'épongés que de pinceaux ; mais on n'a pas une connoissance exacte de la manière dont ils les préparaient, et les mettoient en usage.
Les matières que ces artistes employoient étoient les mêmes que celles dont on se sert aujourd'hui ; cependant les principales étoient le bois; le nom de tabula signifie proprement un tableau isolé. Dans les contrées méridionales on a du bois dont les veines sont très fines, qui ne se déjette point, et sur lequel on peut très bien peindre : le larix femina étoit celui qu'ils préféroient. Quelquefois ils peignoient sur les lambris des chambres. La chaux servoit (également de matière subjective à la pein= ture. Ils peignoient aussi sur Y ivoire, sur la toile : selon Pline , Néron fit faire son portrait sur toile ; il avoit cent vingt pieds. Ils faisoient des peintures sur verre : le cabinet de la Bibliothèque royale possède plusieurs verres peints et dorés. Enfin la terre cuite étoit une des matières employées par les artistes de l'antiquité : tels sont les vases grecs qu'on trouve dans la grande Grèce surtout, et dans la Sicile, et sur lesquels on voit des peintures très curieuses.
33o ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.
Ce n'est qu'avec quatre couleurs simples et primitives : le blanc de Mélos , le jaune d'Athènes , le rouge de Sinope, et le simple noir, que les peintres de l'antiquité ont exécuté leurs ouvrages , dont un seul étoit d'un tel prix , qu'à peine toutes les richesses d'une ville sursoient pour l'acheter. Si , avec ces quatre couleurs , un Xeuœis , un Par* rhasius, un Timanlhe, un s4 pelles, un Protogène, ont produit ces chefs-d'œuvre qui ont fait l'admiration de l'antiquité, à quelle sublime perfection seroient-ils donc arrivés, s'ils a voient également fait usage des deux plus aimables couleurs ; le bleu , qui représente le ciel , et le vert, qui habille si agréablement la terre!
Pour tous les genres de peinture que nous venons d'indiquer, les anciens n'ont point employé la miniature, la peinture sur émail, le pastel et la peinture à Yhidle.
Peinture à la Détrempe et à Fresque.
11 est vraisemblable que le plus ancien des procédés employés pour la Peinture, a été le simple mélange des couleurs, qui ne consiste que dans quelques terres colorées, délayées seulement avec de l'eau , et auxquelles on a ajouté quelque gomme ou un peu de colle pour la fixer. On trouve des traces de ces Peintures sur les plus anciennes momies d'Égypte : c'est cette manière d'employer la couleur, que l'on appelle aujourd'hui détrempe. Cette sorte de Peinture se conserve long-temps lorsqu'elle est à l'abri des injures de l'air : les couleurs en sont vives et no
changent point. Leur effet est d'autant plus éclatant, qu'elles sont exposées a une plus grande lumière
Ce genre de Peinture s'exécute ordinairement avec des couleurs détrempées dans de l'eau, sur un enduit de sable, assez frais pour en être pénétré: cette Peinture venant à s'incorporer avec le mortier, ne périt et ne tombe qu'avec lui. On en fait usage sur les murailles.
De toutes les manières de peindre, la fresque est la plus durable, la plus prompte et la plus digne d'orner les grands édifices : elle est, des différentes manières de peindre, la plus ancienne, après celle en détrempe j mais on ne sauroit fixer l'époque précise de son origine.
Les murs du temple des Dioscures, ^Castor et Pollux), à Athènes, avoientété peints à fresque, par Potygnote et par Diognète , pendant la guerre du Péloponèse. Pausanias remarque que ces Peintures s'étoientbien conservées jusqu'à son temps, c'est-à-dire près de six cents ans après Polygnote.
11 paraît que les fragments de peintures antiques qui nous viennent des Romains sont tous à fresque»
Les figures colossales peintes dans les palais et dans les temples d'Égypte, sur des murs de quatre-vingts pieds de hauteur , paraissent également avoir été peintes à fresque.
Parmi les modernes , cette Peinture a été inventée par les Italiens. Les murs destinés à en être ornés , doivent être secs et préparés à recevoir cette sorte de peinture par des opérations préalables. La première est une crépissure ou enduit de chaux, de tuiles pilées, et de sable de rivière. Les grains de sable laissent sur cette surface assez, d'aspérités pour tenir le second enduit, que l'on n'applique que lorsque le premier est sec.
Comme tout, dans cette sorte de Peinture, dépend de la célérité que le peintre mettra dans l'exécution , il faut qu'il fasse d'avance tous ses préparatifs. Ses dessins
doivent être tracés sur des cartons assez épais pour résister à l'humidité et à l'effort d'une pointe avec laquelle on grave assez profondément sur l'enduit. 11 doit avoir aussi de grands godets où toutes ses teintes se trouvent préparées d'avance, et en assez grande quantité. Tel esta peu près l'aperçu de l'opération. Il n'est pas aussi facile de décrire la sublimité et la magie de l'exécution.
La Peinture à fresque, large et fière dans ses dessins , fraîche et brillante en couleurs, hardie en effets, piquante de tons , paroît avoir été créée pour célébrer l'héroïsme et les vertus, et pour émouvoir les grandes ames.
Malheur au peintre vulgaire qui entreprend ce genre de travail ! Les grâces de la Peinture ne s'accordent point avec le sublime qui règne dans la Peinture à fresque. Ses teintes fondues et ses touches délicates disparaissent à vue d'oeil sur l'enduit avide qui les dévore; nul moyeu pour revenir. 11 faut qu'à mesure que le génie compose, ses brillantes conceptions soient fixées sur le mur aussi promptement que la pensée qui les a créées ; une fois tracées , elles resteront à jamais comme monument de sa gloire ou de son impéri tie.
L'éioignement des objets force l'artiste à une exagération savante qui doit paraître cependant comme renfermée dans les bornes du vrai. Il faut qu'il étonne le spectateur, et que le sentiment de l'admiration soit mêlé à la surprise. Raphaël s'est plus immortalisé dans ce genre, que par ses tableaux à l'huile. Michel Ange et Jules Romain le préférèrent, comme étant le plus difficile et le plus propre à soutenir leur réputation.
Peinture à l'Encaustique.
Les anciens avoient aussi une manière de peindre qu'ils appeloient encaustique. C'était une sorte de Peinture
en cire, où le pinceau avoit peu ou poiut de part, et que l'on perfectionnait avec le feu : il y en avoit de deux espèces. Dans la première on employoit la cire , préparée en diverses couleurs , qu'on appliquoit ensuite sur le bois, suivant l'esquisse que l'on y avoit tracée , ou creusée avec un fer chaud. Dans la seconde, on Rravoit de même sur rivoire, avec un fer aigu et ardent , les contours, et généralement l'idée de tout le sujet; ensuite on appliquoit les couleurs pour les ombres, en laissant l'ivoire pour les jours, et en perfectionnant le tout eu semble par le moyen du feu, comme on le praliquoit aussi pour le bois. Ces deux manières ont été les seules en usage pendant longtemps, jusqu'à ce qu'enfin on imagina une manière plus abrégée. Ce fut de faire fondre la cire avec les couleurs , en plusieurs godets différents, et de s'en servir au pinceau comme à l'ordinaire.
On n'est pas d'accord sur l'origine de la Peinture à l'encaustique. Il est pourtant démontré que les Égyptiens s'en servoient pour orner les dépouilles des morts: les bandeaux et les enveloppes de leurs momies, peints de cette manière, en sont des preuves incontestables.
De l'Egypte elle passa dans la Grèce , où elle fut très cultivée. Praxitèle, Polygnote , Nicanor de Paros , Lysippe et d'autres artistes célèbres, ont fait des tableaux à Y encaustique t et le témoignage du charmant poète de Tbéos ( Anacréon ) , prouve que , de son temps , cette manière étoit la seule en usage.
Les Romains apprirent cet art des Grecs.
A l'exception de quelques détails fournis par Pline , Varrou et Vitruve, aucun auteur de l'antiquité ne donne à ce sujet de notions certaines. Pline parle bien de la Peinture avec la cire et le feu; mais il se tait sur la ma» nièredont on opéroit. Il falloit que cette méthode fût bien simple, puisqu'on ne l'a pas jugée digne d'une explication
plus étendue ; et cette réflexiou est d'autant mieux fondée, que Fart fut connu jusqu'au sixième siècle. Depuis cette époque, on ne trouve plus de traces de la Peinture encaustique.
Le savant comte de Caylus * a réveillé l'attention des peintres modernes sur cet art perdu. Après lui l'abbé Requino , Lorgna , Bachelier , Muntz , Astori , etc. , etc. , ont fait des recherches sans nombre pour le retrouver. La grande difficulté étoit de rendre la cire assez fluide pour être mêlée avec les couleurs, et employée de la même manière que l'huile dans la peinture ordinaire. Les uns ont voulu ajouter du mastic et des gommes pour la rendre plus soluble dans l'eau , les autres de l'alcali , qui en formoi t un savon; mais toujours étort-il douteux que ces procédés approchassent de celui des anciens.
M Encaustique a un avantage considérable sur toute autre espèce de peinture. 11 réunit à l'éclat, à la fraîcheur et à la force de la pein ture en détrempe , l'harmonie et le moelleux de la peinture à l'huile. Il a un ton mâle qui manque à cette dernière, une vigueur et une solidité auxquelles la première ne peut jamais atteindre. C'est le procédé le plus propre à résister aux ravages du temps et à l'influence de ces accidents qui détruisent toute autre espèce de peinture.
Le point le plus important étoit de savoir comment employer la cire à l'état de fluidité, et comment la faire couler sous le pinceau de l'artiste.
* Caylus, né à Paris en 169a. C'est à son amour pour les Arts que nous sommes redevables du magnifique ouvrage qui met sous nos yeux les pierres gravées du eabinet du roi ; un Recueil d'antiquités égyptiennes , étrusques, grecques , romaines et gauloises ; un Discours sur les peintures antiques , et nombre d'autres.
Pour liquéfier la cire, il falloit la combiner avec une huile essentiellement volatile, et qui ne laissât ni traces , ni le moindre résidu de corps gras.
Le Naphte est une huile bitumineuse minérale, d'une couleur blanche, très légère, subtile, inflammable, et plus volatile même que l'élher sulfurique 1 . Elle s'évapore sans laisser le moindre vestige de son existence, et elle se combine parfaitement avec la cire.
Fabroni, convaincu par les analyses qu'il avoit faites de plusieurs monuments de peinture à l'encaustique, que les anciens n'eraployoient qu'une huile très volatile, invita son ami , le célèbre peintre saxon Guttcmbrunn , à faire un essai. Il lui prépara une solution de cire blanche de Venise dans du naphte très rectifié, qu'il mêla avec ses couleurs : le succès le plus complet couronna cette expérience; ils furent étonnés du ton brillant qu'elles prirent et du lustre agréable qu'elles acquirent, après avoir été légèrement frottées avec un morceau de drap fin. Guttembrunn fit, depuis cette époque, plusieurs tableaux , toujours avec le même succès.
Mosaïque.
La Mosaïque est une espèce de peinture que l'on exécute avec de petits morceaux de pierres taillées , ou de prismes d'émail, que l'on fixe les uns à côté des autres sur un fond de stuc, enduit d'un mastic.
La Mosaïque paroît avoir pris naissance en Orient, dont on imita les riches tapis, par des compositions de pierres dures, communes dans ce pays. Ces pierres diversement coloriées et artistemeot réunies, servoient à exécuter sur
1 On faisoit autrefois avec le naphte des feux artificiels , appelés feux grégeois , ou feu des Grecs , que l'on ne pouvoit éteindre avec de l'eau.
les plafonds, sur les pavés, sur les murs, des fleurs, des animaux, etc. Toutefois les Orientaux approchèrent peu du vrai beau idéal.
11 est probable que la Mosaïque étoit connue des Phéniciens; mais ce n'est qu'aux Grecs qu'on doit la perfection et le goût qu'exigent les ouvrages de l'art. Ce sont eux qui ont su ménager habilement les nuances, et donner aux figures et aux groupes un tel degré d'ordre et d'harmonie, que, dans l'éloignement, elles ressemblent à despeintures.
Cet art a passé des Grecs chez les Romains, à la fin de la république, époque à laquelle ils transportèrent à Home les beaux pavés de mosaïque trouvés dans les villes grecques dont ils s'étoient rendus maîtres. Sylla fut le premier qui , parmi eux , fit exécuter dans le temple de la Fortune à Préneste, aujourd'hui Palestrine, une mosaïque qui existe encore en grande partie. D'abord on orna de cette manière le pavé des bâtiments, ensuite on en para les murs et les plafonds voûtés. On 'ornoit aussi de mosaïques portatives le sol des tentes des princes et des généraux d'armées, pour en bannir l'humidité. Suétone dit que César en faisoit porter avec lui dans ses expéditions, pour paver sa tente.
L'invention du verre colorié donna à cet art un plus grand degré de perfection : on se servit de cette matière , surtout au temps d'Auguste.
Sous l'empereur Claude, on commença à colorier le marbre, et sous Néron à le tacheter.
Un des plus beaux morceaux de mosaïque, élégamment décrit par Pline , fut trouvé , il y a quelques années dans les ruines delà célèbre maison de campagne d'Adrien, à Tivoli. Il représente, sur le pavé, les débris d'un repas tellement bien exécutés, qu'on croiroit les voiren réalité. Surce même pavé, et sans doute vers le milieu, l'artiste a figuré une colombe qui boit dans une jatte, ej qui réfléchit son
ombre dans l'eau j tandis que sur les bords de la même jatte, d'autres colombes se délectent et se becquètent au soleil.
Le cardinal Furetti étoit possesseur de ce petit chefd'œuvre, qui se trouve à présent au Capitole.
'■ Miniature.
La Miniature est un genre de peinture qui se fait de simples couleurs très fines, et détrempées avec de l'eau' et de la gomme sans huile. :
Cette peinture est ainsi nommée, parce que le minium (oxide de plomb qui est colôré en rouge par le fdr) est la couleur qu'on y emploie ordinairement.
Le peintre en miniature se contente ordinairement de pointiller les chairs, il peint à gouache * les fonds et les draperies. On trouve cependant des miniatures où tout le travail est pointillé. Dans l'un et l'autre genre, le mérite consiste à épargner savamment le travail, et à laisser travailler l'ivdire ou le vélin qui lui sert de fond.
La Miniaturé ne fut d'abord que l'art de peindre en petit sur l'albâtre, l'ivoire, le vélin , sur la plupart des pierres blanche* et pÔiie*, ou sur les os préparés et blanchis au so-
» lia gouache est une espèce de peinture pour laquelle an emploie comme dans la miniature , des couleurs délayées avec de l'eau de gomme , mais qui sont couchées à plat en traînant le pinceau comme pour peindre ; et c'est eii cela qu'elle diffère de la miniature, qui se fait en pointillant.
Cette manière de peindre est la plus ancienne que l'on commisse ; elle est prompte et «pédrtive; elle a de l'éclat; elle est également propre à peindre le paysage d'après nature , et à faire des esquisses pour de grandes compositions. •§ TOME I. au
fait quelques progrès dans la Peinture, on vit que le seul moyen d'avoir des teintes de dégradation , étoit de faire entrer le blanc dans les couleurs: alors des artistes intelligents en admirent le mélange dans toutes les couleurs de fond, de draperies, etc., où il étoit nécessaire , à l'exception cependant des chairs et d'autres parties délicates, dans lesquelles l'emploi du blanc dans les mélanges auroit pu faire perdre à l'objet sa touche caractéristique.
La Miniature se faisoit admirer en Hollande, qu'elle n 'étoit encore en Frauce qu'une froide enluminure. Il n'y avoitque les portraits qui fussent entièrement à l'épargne, ou à gouache et pointillés; ma in Ion ( a m era, les Harlo et les Macé, ont fait voir que la Miniature étoit susceptible de rendre en petit les plus grandes choses, de briller par la belle composition, par un coloris frai» et vigoureux , et par un bon goût de dessin. -j
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£ f itw& ciii j) as tel.
Cette Peinture , iuconnue des Anciens, est, de toutes les manières de peindre j celle qui passe pour la plu» facile et la plus commode , en ce qu'elle se quitte, se reprend , se retouche , et se finit quand on veut. La peinture au pastel tient, pour ainsi dire, le milieu entre le dessin et la Peinture au pinceau. Lorsque dans cette peiuturc on a besoin de couleurs rompues ensemble, on produit leur dégradation eu frottant avec le doigt les traits placés l'un à côté de l'autre. Lorsque la peinture au pastel est terminée, on ne s'aperçoit plus qu'elle a été faite par des traits. Elle est supérieure à la peinture à l'huile pour la vivacité, la fraîcheur, l'éclat du coloris j et par sou velouté , elle imite la nature mieux que toute autre peinture. Elle a en outre l'avantage de n'être point sujèteà ces reflets de lumière qui ne permettent de voir la beauté d'un tableau que
PE1HTURB.
sous un certain point de vue. Si cette peinture «voit ratant de durée et de solidité que la peinture à l'huile, elle mériterait sans doute la préférence; mais elle a le désagrément de se détruire par le moindre frottement.
Dans cette peinture , les crayons , qui ont la forme de petits rouleaux aisés à manier, font l'office de pinceaux. Ces crayons sont faits de couleurs pulvérisées, mêlées, soit avec du blanc de plomb , soit avec de la céruee et du talc, et incorporées par le moyen de la gomme.
On ignore à qui est due l'invention de ce genre de peinture; les uns l'attribue à Thièle^ né à Erfort , en i685, et mort en 1752; et d'autres à mademoiselle Heid , née à Dantzick en 1688, et morte en 1753. La Tour s'est acquis une graude réputation par ses pastels. On possède aussi de très beaux portraits au pastel, faits par Liotard. Le peintre anglais nomme Russel, RosalbatVjkfengs, se sont également distingués dans cette sorte de peinture, flféis La Tour et Loriot ont beaucoup contribué à la perfection de la peinture au pastel, en publiant le moyen de la fixer. u' .m* !**',;■ .
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Peinture sur émail.
V émail en général une matière vivifiée, entre les parties de laquelle est distribuée uue autre matière qui ne l'est point; à la transparence près, il a toutes les qualités du verre , et l'opacité ne lui vient que de ce mélange..
La base commune dé tous les émaux est de la chaux de plomb et d'étain bien fin que l'on mêle , et que l'on fait fondre à un grand feu de verrerie avec de la fritte de caillou blanc , broyée , tamisée ,à laquelle on d ajouté du sel de tartre pour faciliter la fusion. Ce mélange forme
34û ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
une sorte de demi-vitrification; et étant réduit en poudre, il -est la base de tous les émaux.
La pointure sur émail c^i très ancienne; elle étoit en usage du temps de Porsenna, roi des Toscans; mats cet art ne commença à faire de véritables progrès eu Italie, que sous Michel-Ange et Raphaël ; et en France , sous le règteede François 1".
Ce, fut en i63a qu'un orfèvre de Cbâteaudun ( nommé Jean Coutin ) parvint à trouver des couleurs métalliques auxquelles il môloit des fondants; il les appliquoit sur un fond d'une seule couleur , et les exposoit au feu pour les parfondre. Cet orfèvre, peintre, communiqua son secret à d'autres artistes qui perfectionnèrent et poussèrent la peiuture eu émail , jusqu'au point où nous la possédons aujourd'hui. C'est à eux que l'on doit l'art d'exécuter sur l'or des portraits aussi beaux , aussi vivants, que s'ils avaient é\é peints à l'huile , et dont l'éclat est inaltérable. Ceux qui parurent le plus achevés et des couleurs les plus vives, furent les portraits que Jean Petitot apporta d'Angleterre. Toutefois cet art a été négligé au point qu'on ne le voit plus appliqué qu'aux bijouret aux vases. Cependant les avantages que présente la peinture sur émail, sont très remarquables. Elle a cela de particulier, qu'elle est exécutée avec des couleurs fusibles au feu comme du verre; de sorte, qu'en y exposant la matière sur laquelle on a peint en émail , les oouleurs s'amalgament avec le fond , et forment des tableaux qui- ne peuvent être endommagés ni par le froid , ni par la chaleur, ni ipar l'humidité, ni par la poussière, ou quelque autre des accidents qui , souvent, sont si funestes aux autres peinturesj. r "■•». • •" 'ih
; L'objet sur- lequel' on peint, doit donc être en état «de supporter le feu. Communément on prend de Id terne cuite , ou de là porcelaine, ou du méuly que l'on couvre
d'un fond vitreux non transparent, et ordinairement blanc.
Peinture à l'huile.
La peinture à l'huile est celle dont les couleurs bic u broyées sont toutes détrempées dans de l'huile de noix , ou de l'huile de pavot, préparée avec des ingrédients capables de donner à ces couleurs le brillant et la durée dont elles sont susceptibles : l'ambre et le copal sont les substances que l'on a reconnues les plus propres à remplir cet objet.
Le secret de peiudre à l'huile n'a point été connu des anciens, et parmi les modernes, il ne fut pratique que vers le milieu du xiv e siècle. Cette invention est due a Jean Van Eyck, plus connu sous le nom de Jean dr Bruges
D'abord on peignit à l'huile sur des planches de bois , ensuite sur des lames de cuivre, pour de petits tableaux, enfin sur do la toile.
1 On dit que Jean Vtsn Eyck coiifid son secret à Antonello ou Antoine de Messine , fameux peintre italien , qui passa de Flandres à Venise , où il faisoit valoir cette découverte , qu'il tenoit cependant toujours très cachée. On ajoute que Jean BeUin , peintre de réputation et son contemporain , brûlant du désir de savoir comment Antoine, donnoit tant de force, d'union et de douceur à sa peinture, s'habilla en noble vénitien, et laUa trouver pour faire (aire son portrait. Le peintre , déguisé sous les dehors d'un homme de condition et opulent, trompa son confrère • qui agit devant lui avec trop de confiance et sans aucune précaution. Alors Jean Bellùt , instruit du nouveau procédé , en profita, et le rendit public.
Cependant Antoine avoit communiqué le secret dont lui avoit fait part Y an Eyck , à Dominique son élève ; appelé à Florence , celui-ci eut la générosité de le confier à un nommé André" del Castuçno , qui , par la plu* noire ingratitude, et dan « lVspo?r d'en rester seul possesseur, assassina son aini et son bienfait* ur.
34» ENCYCLOPÉDIE DE l/ ANTIQUITÉ.
Cette peinture a de grands avantages sur toutes les autres : la mosaïque demande beaucoup de travail , et elle est difficilement exacte; \& fresque ne peut-être retouchée, et si le premier trait n'est pas de la première justesse , si le premier coup de pinceau ne donne pas une nuance agréable, il faut faire regrater l'enduit , et recommencer jusqu'à ce que l'ouvrage soit fait d'après le dessin et le plan que l'on s'est proposés. Cette exactitude à laquelle il faut atteindre sur-le-champ, 'est d'autant plus difficile que les couleurs ne conservent pas les nuances qu'elles ont lorsqu'on s'en sert; elles changent à mesure que le mor= tier sèche, et il faut les avoir employées du premier coup de pinceau, non comme elles sont, mais comme elles doivent rester.
La peinture à l'huile n'a pas tous ces inconvénients; elle donne à l'artiste la facilité de retoucher son tableau aussi souvent qu'il le veut. Sur une première ébauche dont les traits ou les nuances ne lui paraissent pas convenables , il emploie une seconde couleur différente de la première , et qui rend avec plus de vérité l'effet qu'il en attend; Pour cette sorte de peinture, l'artiste a encore la possibilité d'employer les couleurs à peu près comme elles doivent rester. Ensuite, les ouvrages à l'huile se faisant sur, la toile, le bois ou les métaux peuvent être transportés partout , ce qui ne peut pas se faire pour la fresque.
Cependant il faut avouer que malgré tous ces avantages, la peinture à l'huile nous fait perdre celui de la conservation des tableaux, par cela qu'ils sont mobiles ; que les couleurs s'altèrent , puisque la seule impression de l'air les fait jaunir; que souvent les teintes pousseot avecinégalité; que les ombres noircissent; et enfin que les couleurs et les impressions s'écaillent , lorsque, dans la peinture à fresque, il n'y a pas tous ces accidents à craindre.
ARTICLE V
F \ AMER DE LA QUESTION DE SAVOIR SI LES PEIRTRE8 DE ^ ANTIQUITE l'oîvT K M PORTÉ SC II LES PEINTRES MODERNES , OU MEME s'tLS LES ORT ÉGALES.
D'après le coup d'œil que nous venons de jeter sur l'histoire de la Peinture , principalement ches les Grecs , il est facile de concevoir que ce bel art étoit dans une haute estime auprès de ce peuple si célèbre par la délicatesse de son goût , et par son enthousiasme pour toutes les œuvres du génie. Cette estime est prouvée par la haute réputation dont jouirent plusieurs peintres de la Grèce , par les honneurs qu'on leur décerna , par les richesses même qu'ils possédèrent ; mais de prononcer s'ils l'ont emporté sur les modernes , ou même s'ils les ont égalés , cela n'est pas aussi facile. Malheureusement les pièces de comparaison ont en général disparu , et des productions si belles , si parfaites , ont étonné les regards de l'Europe , depuis les Médicis , qu'il est bien difficile de se défendre d'une sorte de prévention favorable à ces dernières*
Cependant si l'on réfléchit que , chez les Grecs, la religion, qui divin isoit non-seulement les objets qui frappent les sens , mais encore les passions qui agissent sur l'ame ; que leurs temples , leur disposition particulière , et le choix même des emplacements sur lesquels on les érigeoit ; leurs fêtes nombreuses instituées en l'honneur de leurs dieux , l'aspect continuel des pompes publiques , le genre
344 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
d'éducation que l'on donnoit aux jeunes gens , l'amour de la gloire nationale, les lois mêmes qui chargeoient l'aréopage de veiller sur les arts et les manufactures , de demander à chaque citoyen compte de sa conduite; enfin, si l'on réfléchit que leurs institutions, leurs usages et leurs moeurs étoient des causes assez puissantes pour concourir au perfectionnement des arts , on sentira combien l'impulsion vers la perfection dut être plus forte chez les anciens que chez les modernes. Il est facile d'en juger par ce qui nous reste de leur architecture et de leur sculpture, et sans doute on ne disconviendra pas que leurs vestiges ne nous servent encore chaque jour d'étude et de modèles, pour arriver à un degré si sublime. L'architecture et la sculpture n'ont-elles pas trop d'analogie, trop de points de contact avec la Peinture , pour qu'il n'y ait pas entre elles une sorte de dépendance réciproque , qui les rende pour ainsi dire solidaires dans leurs progrès ? Et comment supposer qu'avec des rapports si directs, l'une fut demeurée dans sa marche si fort en arrière des deux autres? On ne peut se dissimuler toutefois , que de nos jours la connoissance, l'alliance et l'emploi des couleurs, n'aient reçu beaucoup plus d'étendue, n'aient donné plus d'éclat aux tableaux, qu'elles n'aient apporté plus de vérité dans les chairs , plus de fraîcheur dans les paysages , plus d'harmonie dans les tons , plus de naturel dans les reflets : mais que
faudroit-il en conclure? que les procédés delà peinture se seroient perfectionnés chez les modernes ; mais cela né'ètafnroit pas pour affirmer que la partie de l'art dépendante du génie n'eût été , dans l'antiquité, perfectionnée dans la môme proportion. On a pu découvrir, acquérir, multiplier les moyens de mieux faire, sans que cela prouve que l'on ait mieux fait. S'il s'agit du dessin, on demandera si les peintres modernes én connoissent mieux la pureté-, la grâce, que les anciens. Mais que l'on examine le dessin dans les statues antiques , et il sera difficile de concevoir une manière plus correcte. Comment se fe= roit-il alors que les statuaires eussent aussi bien réussi dans cette partie, et que les peintres leurs contemporains, n'eussent pas atteint à la même perfection? S'agit -il expression? Mais comment tant de noblesse dans la tête de l'Apollon , tant de sentiment dans le Laocoon , tant de majesté dans la Minerve», tant d'amour et de pudeur dans la Vénus , et comment croire que le pinceau n'ait pas rendu ce que le ciseau a si bien réalisé? S'agit -il de la composition ? Mais peut-on s'imaginer que, chez un peuple où tout fut pittoresque, où les assemblées publiques, les solennités des dieux, les cérémonies , les jeux, les fêtes, se renouveloient chaque jour, chez lequel la guerre et même les batailles avoient leurs poésies, les peintres fussent restés froids au milieu de tant d'objets capables d'éveiller l'imagi» nation? Il seroit bien moins étonnant d'avoir à les
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accuser de délire que de stérilité ; et du moment que Ton ne peut révoquer en doute l'existence de la Peinture chez les Grecs , il est impossible également de douter que les peintres n'aient mis de la grandeur, de la fierté , de l'enthousiasme , un sentiment sublime enfin, dans leurs compositions diverses.
En un mot , ce qu'ont dit , sur les peintres anciens et sur leurs ouvrages , Aristote , Lucien , Pau* sanias, Denis d'Halicarnasse , Cicéron et Pline , les éloges qu'ils en ont faits , et la haute opinion qu'ils s'en étoient formée; ce que nous savons des anciennes peintures à fresque qui sont encore à Rome 1 , et de celles qui ornent le Musée de Na« ples» , qui , bien que ce ne soient pas les véritables chefs-d'œuvre des peintres de l'antiquité, puisque
1 Une Vénus couc/iée , de grandeur naturelle (au palais de Barbarini); le tableau nommé les Noces aldovrandines (au palais Aldovrandini) ; celui de Coriolon (à la voûte des bains de Titus) et sept autres peintures qui ont été détachées d'une voûte trouvée'au pied du mont Palatin , sont reconnus être de la première beauté.
* Parmi plusieurs morceaux peints à fresque qui sont au Musée de IN a p les , que don Carlos, roi d'Espagne et des Deux-Siciles , fonda en i t3o , on distingue : Thésée vainqueur du Minotaure , la naissance 'le Télèphe , Pan et Olympe , Hercule enfant , écrasant deux serpents entt« ses mains ; O reste reconnu par sa sœur Iphigénie , le centaure Chirotu, enseignant au jeune Achille à jouer de la lyre ; deux Sacrifices égyptiens . dans lesquels les prêtres sont habillés de blanc ; un Centaure et une Centauresse, la Marchande d* sfmows , une Bacchante placée sur un monstre marin , à tête de tigre , auquel elle donne à boire , sont tous remarquables (tour la légèreté des couleurs et du clair-obscur.
Sous le rapport de l'jirt , les peintures les plus à considérer, et qui sont également au Musée de Naples , sont celles qui représentent des paysages.
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Pompéïet Hercidanum , d'où ils ont été extraits , étaient deux villes du second ordre, puisque d'ailleurs ces peintures se sont trouvées dans des maisons de campagne, ce qui pourroit foire croire qu'elles ne sont que des copies d'ouvrages célèbres ; enfin , ce qui nous reste des compositions du génie dans les arts, chez les Grecs (théâtres, monuments, sculptures), et qui porte l'empreinte de la perfection ; tout cela réuni , disons-nous, est certainement bien suffisant pour autoriser à croire que la Peinture aura partagé cet éclat inhérent à tous les arts de la Grèce , et alors qu'elle aura aussi atteint au plus haut degré de la perfection.
Toutefois il ne faudroit pas conclure de cette opinion , que nous entendions prononcer un jugement dans ce grand procès entre les anciens et les
des fruits , des animaux, des fleurs, la plupart imites avec beaucoup de goût , sur ud fond noir ou brun foncé.
Les arabesques et les sujets d'imagination forment aussi une classe nombreuse et très agréable. On y voit une Cigale dans un char traîné par un perroquet, un Amour dont le char est traîné par deux griffons ou deux harpies , des cuisines, des animaux , des paniers d'oeufs et des fruits t qui paraissent avoir servi pour orner les salles à manger, et douze peintures extrêmement jolies.qui représentent des danseuses, figurées sur un fond noir.
Enfin , ce qui augmente ces richesses antiques . et leur donne un très haut prix, ce sont deux fresques très récemment trouvées à Pompéï : elles représentent Biiséis enlevée à Achille, et les Noces de Tltétis et de Pelée. L'artiste à qui nous devons cette heureuse et inappréciable découverte , est d'avis que ces fresques sont admirables , et il ne craint pas de les mettre aii-dessu? de ce que le pinceau de Raphaël ;i produit de plus accompli.
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modernes. On peut supposer une grande, une sublime perfection dans les premiers , sans blesser la gloire des seconds ; et le mérite des modernes est d'autant plus grand, qu'ils ne peuvent ou n'ont pu, à l'exemple des poètes et des sculpteurs , se former sur des modèles laissés par leurs devanciers. Pour l'instruction des poètes et des sculpteurs, Homère, Sophocle , Virgile , Agathias, Praxitèle, Phidias , vivent encore ; mais des Xeuxis, des Parrhasius, des Apelles, il ne reste rien que leur nom. .