‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 26 sur 33 · DE LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

DE LA MUSIQUE

ARTICLE PREMIER

m£r. GK*éi»AL« su* la musique des anciens , et su h les ahts musicaux

ii SUBORDONNÉS A CETTE ACTXJICE.

Les anciens différoient beaucoup des modernes, sur la nature, l'objet , l'étendue et les parties de la Musique. En général, ils donnoient à ce mot un sens beaucoup moins restreint que celui qu'il a aujourd'hui. Outre la composition des chants musicaux , ou des chants proprement dits , et l'exécution de ces chants, soit avec la voix , soit sur les instruments, ce qui est toute la Musique moderne, la science de la Musique ancienne a voit y parmi les Grecs et parmi les Romains, un objet bien plus étendu. Non-seulement elle montroit tout ce que la nôtre montre, mais elle enseignoit beaucoup de choses que la nôtre n'enseigne point , soit parce quell'on n'étudie plus aujourd'hui une partie de ces choses là,: soit parce que l'art qui enseigne les au«* treS, n'est pas réputé faire partie de la Musique moderne. vv.tr

Dans, l'antiquité, Ydrt poétique ètoit un des arts

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subordonnés à la Musique, et par conséquent c'était la Musique qui apprenoit la construction des vers , * aussi bien qu'à mettre en chant ceux qui en étoient susceptibles. L'art de la sakation, ou l'art des pas et des attitudes, qui faisoit une partie de la danse proprement dite, étoit aussi l'un des arts musicaux. Enfin , la Musique des anciens enseignoit à compo= ser comme à écrire en notes la simple déclamation , pour régler par ces notes , tant les sons de la voix que la mesure et les mouvements du geste , art fort usité chez les anciens , et qui nous est absolument inconnu. Toutes ces différentes parties, qui ont réellement entre elles une liaison naturelle, corn» posoient dans l'origine un seul et même art exercé par les mêmes artistes.

Comme on n'a pas communément de la Musique des «Grecs iet des Romains, l'idée que noua venons d'en donner , et comme on croit qu'elle était renfermée dans les mêmes bornes que la nôtre, on se trouve embarrassé, quand on veut expliquer tout ce que les auteurs anciens ont dit de leur Musique, et de l'usage qui s'en faisoit , de leur temps. Il est donc arrivé que les passages de la Poétique d'Aristote , de même que ceux de Cicéron, de Quintilien et des meilleurs écrivains de l'antiquité , où il est feit mention de leur Musique, ont été mal entendus par les commentateurs, qui s'imaginant que dans ces endroits-là il étoit question de notre danse et de notre chant, c'est-à-dire, de la danse et du chant

MUSIQUE. 3iȔ

proprement dits , n'en ont jamais pu comprendre le véritable sens. L'explication qu'ils en donnent n'est propre qu'à les rendre plus obscurs. Elle n'est propre qu'à nous empêcher de concevoir jamais comment les pièces dramatiques étoient exécutées sur le théâtre des anciens.

Essayons donc d'expliquer d'une manière intelligible ce qu'étoit la Musique des Grecs , ainsi que celle des Romains, car la Musique de ces derniers peuples étoit la même.

Aristide Quinlilien * définit la Musi que l'art du beau et de la décence dans la voix et dans les mouvements.

Quintilieri l'orateur dit la même chose en d'autres termes :

« La Musique donne des enseignements, non- » seulement pour régler toutes les inflexions dont » la voix est susceptible , mais encore pour régler » tous les mouvements du corps. Ces inflexions , » ces mouvements veulent être ménagés suivant » une méthode certaine et judicieuse. » Notre auteur ajoute quelques lignes après. « La décence dans » la contenance et dans le geste est nécessaire à » l'orateur , et il n'y a que la Musique qui puisse » lui apprendre cette décence. »

Saint Augustin , dans l'ouvrage qu'il a composé sur la Musique, est de l'avis de cet orateur. Il y

* Aristide Quinlilieo , écrivain du n« siècle.

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écrit que la Musique donne des préceptes sur la contenance, sur le geste, en un mot, sur les mouvements du corps dont il avoit été possible de réduire la théorie en science, et la pratique en méthode. La Musique des anciens avoit assujéti à. une mesure réglée tous les mouvements des pieds de leur danseurs.

La science de la Musique, ou, si Ton veut , la Musique spéculative, s'appeloit la Musique har* monique , parce qu'elle enseignoit les principes de toute harmonie, et les règles de toutes sortes d'accords. Ce que nous appelons composition en faisoit partie. Comme les chants qui étoient l'ouvrage de la composition se nommoient alors quelquefois , ainsi qu'ils se nomment à présent , de la Musique prise dans son sens absolu, les anciens divisoient la Musique, prise dans ce sens, en trois genres; savoir le genre diatonique , le genre chromatique et le genre enharmonique. Ce qui constituoit la différence entre ces trois genres , c'est le nombre des sons qui y étoient admis. Dans la Mu= si que diatonique , le chant ne pouvoit pas faire ses progressions par des intervalles moindres que les semi-tons majeurs ; la modulation de la Musique chromatique Qm\Ao^o\i\c$ semi-tons mineurs; mais dans la Musique enharmonique la progression du chant se pouvoit faire par des quarts de ton. Les anciens divisoient encore leurs compositions musicales en plusieurs genres, par rapport au mode ou

au ton dont elles étoient, et ils nom m oient ces modes du nom des pays où ils avoient été mis principalement en usage.

Dès que la Musique embrassoit un sujet aussi vaste, il étoit naturel qu'elle renfermât plusieurs arts, dont chacun eût son objet particulier. Aussi voyons-nous qu'Aristide Quintilien compte jusques à six arts subordonnés à la Musique. De ces six arts , il y en avoit trois qui enseignoient toute sorte de composition : l'art rhjthmique, l'art de composer la mélopée , et l'art poétique ; et trois qui enseignoient toute sorte d'exécution : l'art de jouer des instruments , l'art du chant et l'art du geste ou hypocritique

La mélopée étoit l'art de composer et d'écrire toute sorte de chants , c'est-à-dire non-seulement le chant musical ou le chant proprement dit, mais aussi' toute sorte de récitation ou de décîa= mation.

\]art rhjthmique donnoit des règles pour assujettir à une mesure certaine tous les mouvements du corps et de la voix, de manière qu'on pût en battre les temps , et les battre du mouvement convenable et propre au sujet.

L'art poétique enseignoit le mécanisme de la

1 Au chapitre de la Poésie ( art dramatique) , nous parlons de l'art du geste.

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