‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 3 sur 33 · DO LABOURAGE · texte numérisé non relu

DO LABOURAGE

Si l'on pouvoit s'en rapporter à ce que la simple réflexion indique, il paroîtroit que l'origine de l'Agriculture est due à la réunion des hommes en société. Les premiers habitants du globe ne con» uoissoient vraisemblablement d'autre manière de se nourrir que des fruits offerts par une nature * bienfaisante, ils s'en contenloientparccqu'ils étoient peu nombreux. En se multipliant, ils se virent forcés d'avoir recours à d'autres aliments. Ceux qui restoient dans les environs des forêts firent la chasse aux animaux, pour en manger la chair. Il semble que ce ne fut que quand il se forma des sociétés, qui devinrent plus ou moins nombreuses, que l'on songea à se procurer une subsistance plus certaine, plus abondante, et d'une nature plus agréable. On arracha dans les bois, les arbres dont les fruits

avoient été les plus savoureux ; on les transplanta , on les cultiva auprès des habitations ; la vigne fut provignée ; la terre reçut clans son sein les semences des plantes dans lesquelles on avoit remarqué des qualités nutritives ; l'observation , l'industrie et le besoin ingénieux contribuèrent à la perfection des premières tentatives, et l'agriculture devint un Art.

Pour en donner une histoire complète, il foudroit remonter aux premiers âges du monde ; il feudroit fouiller dans l'antiquité la plus reculée, et suivre les siècles les uns après les autres. De telles recherches satisferoient peut-être la curiosité de quelques lecteurs , mais elles seroient inutiles à la plupart des autres. Il nous semble donc qu'il suffira d'exposer en raccourci ce que l'on sait en général des progrès de l'Agriculture chez différents peuples anciens.

Suivant les livres sacrés , les hommes qui vécurent à une époque rapprochée de la naissance du monde se livrèrent à l'Agriculture. L'histoire nous apprend aussi que les habitants de la Mésopotamie, de la Palestine , de l'Egypte et de la Chine , s'appliquèrent à cet art dans les temps les plus éloignés. Osias, roi de Juda, avoit un grand nombre de laboureurs et de vignerons sur les montagnes du Carmel. Il protégeoit d'une manière particulière ceux qui étoient employés à cultiver la terre et à nourrir les troupeaux; il se livroit lui-même à ce genre d'occupation.

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Les Assyriens, les Mèdes , les Perses , s'adonnèrent également à l'Agriculture. Elle étoit, selon Bérose , si ancienne chez les Babyloniens , qu'elle remontoit aux premiers siècles de leur histoire. Dans ces temps, où les arts commençoient à prendre naissance , les progrès de l'Agriculture furent lents et difficiles. La tradition étoit le seul moyen dont on pût faire usage pour transmettre les observations et les découvertes. Les Egyptiens qui croyoient, comme beaucoup d'autres peuples , avoir une origine céleste, et qui vouloient tout tenir des dieux , donnoient à Isis la gloire d'avoir trouvé le bled , et attribuoient à Osiris son époux , l'invention de la culture de la vigne.

Les Chinois disputent à tous les peuples l'ancienneté du labourage : ils disent avoir appris cet art de Chin-Hong, successeur de Fo-Hi.

La Chine offre aujourd'hui les traces les plus antiques de l'industrie de ses habitants. De hautes montagnes, qui formoient ces inégalités que le globe présente à sa surface, ont été abaissées par la main de l'homme et ne couservent que la pente nécessaire pour l'écoulement des eaux et l'arrosement des terres. On a arrêté dans Jeurs courses rapides, des rivières impétueuses; on lésa détournées par des travaux immenses, afin qu'elles allassent porter la fécondité dans des lieux naturellement secs et arides. À. la place de ces côteaux nus et stériles qu'on trouve dans diverses parties de l'Europe, on voit à la Chine des collines couvertes de moissons abondantes qui s'étendent d'un bout de l'empire à l'autre, et qui , étant coupées par

étage du pied jusqu'au sommet , s'élèvent en amphithéâtre et forment des terrasses agréables. Elles montent et te rétrécissent par une muraille qui les soutient. On pratique à leur sommet des réservoirs où se ramassent les eaux des pluies et des fontaines. Si ce moyen ne suffit pas pour arroser les terres , on y supplée par des machines simples qu'un seul homme met en jeu. Leur usage est de faire remonter les rivières qui baignent le pied de ces coteaux jusqu'à des hauteurs considérables. Ce seroit une erreur de croire que les Chinois ne sont si laborieux que parce qu'ils cultivent un sol naturellement fertile, qui les dédommage amplement des peines qu'ils se donnent pour le faire fructifier. On trouve à la Chine, comme dans tous les autres pays du monde , des terrains ingrats , qui ne produisent que parce qu'on les travaille avec opitiiâtreté. On le soc ne suffit pas, la bêche est employée. Les endroits maigres et sans substance sont couverts d'une terre nouvelle, souvent apportée de loin. Lorsque quelques montagnes se refusent à la culture, on y plante des arbres. Toutes les productions de l'empire consistent en denrées de première nécessité. Les provinces du nord fournissent ordinairement le bled ; celles du midi donnent du riz en abondance et beaucoup de légumes. La vigne u'est point cultivée à la Chine. Le gouvernement la regarde comme propre à donner seulement une boisson agréable aux gens riches; il ne veut pas qu'on s'en occupe. Toutes les vues politiques sont tournées sur les objets de l'utilité la plus directe. On n'y voit point de ces jardins de pur agrément , qui ne rapportent rien. Le charme des maisons de plaisance se réduit à une situation heureuse, ou à des cultures agréablement diversifiées. Cet esprit économique, cet amour pour l'Agriculture est soutenu par les honneurs accordés à tous les laboureurs qui se distinguent dans leur profession. Si quelques-uns d'eux fait une découverte,

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•'il s'élève au-dessus des autres cultivateurs par un zèle actif, par des. connoissances utiles, il est appelé à la cour pour éclairer l'empereur ; il est revêtu de la dignité de mandarin , et l'état le fait voyager dans toutes les provinces pour former les peuples à sa nouvelle méthode. Dans cet empire, où l'on considère plus le mérite personnel que la noblesse héréditaire, la plupart des magistrats et des hommes destinés à occuper les premières charges sont choisis dans la classe des laboureurs. Le nom des Souverains qui par leurs sages institutions ont contribué aux progrès de l'Agriculture, y est en vénération.

La mémoire de Venin IV ne périra jamais. Cet empereur avoit établi une fête solennelle dans tous ses états , pour rappeler à ses sujets le soin qu'ils dévoient prendre de cet art regardé comme la source principale de la richesse j et cette cérémonie s'est perpétuée jusqu'à ce jour. La pompe avec laquelle on la célèbre encore aujourd'hui, atteste le respect que les Chinois conservent pour l'auteur d'une si paternelle institution, etlecas qu'ils fontde l'Agriculture.

Cependant , quelque éloge que l'on doive faire de l'industrie des Chinois dans Fart du labourage , quelque belles que soient les institutions de leurs souverains pour l'encouragement des agriculteurs , nous pensons, avec le plus grand nombre des auteurs qui ont écrit sur cette matière, que c'est de l'Assyrie, de la Médie, de la Perse, de TÈ^pte, et d'autres contrées encore plutôt que de la Chine, que l'art de cultiver les grains aura été successive» ment transporté dans différents climats. 0# peut croire aussi que quelques peuples n'auront dû qu'à

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eux-mêmes la découverte des grains et l'art- de les cultiver ; mais toujours est-il raisonnable de penser qu'il aura été long et difficile à trouver.

Il a fallu d'abord inventer les instruments et les outils propres au labourage. Les premiers laboureurs ne cultivoient la terre qu'à force de bras et avec des outils très grossiers , très imparfaits. Tels étoient les habitants du Pérou lors de la découverte de ce pays. Us n'avoient ni charrues , ni bêtes de somme ; fls se servoient de certaines pelles tranchantes, et quand la terre étoit suffisamment préparée , ils y semoient leurs grains , en faisant des trous avec un bâton.

Ailleurs on se servoit, pour cultiver la terre, d'outils infiniment plus commodes et beaucoup moins défectueux. Plusieurs peuples connoissoient, dès les premiers siècles , les moyens d'épargner leurs peines , et de se préparer en môme temps des récoltes abondantes, en employant des machines qui pussent fendre la terre d'une manière plus efficace ; on ne peut douter que dès lors h charrue ne fût en usage dans quelques contrées. Nous en avons une preuve dans le culte que les Égyptiens rendoient aux taureaux sacrés qu'ils appeloient Apis et Mnévis. Il étoit fondé sur les services que ces animaux avoient rendus à ceux qui passoient pour avoir enseigné l'usage du bled. Osiris, à qui les Egyptiens se croyoient redevables de ce bienfait, passoit pour avoir inventé la charrue. On disoit même qu'il avoit

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montré aux Scythes à se servir de bœufe pour le labourage.

La construction des premières charrues étoit très simple. Cette machine , assez compliquée aujourd'hui dans certains pays , étoit composée originairement d'un seul morceau de bois très long, et courbé de manière qu'une partie enfonçoit dans la terre , et l'autre servoit à atteler les bœufe. Il n'y avoit point de roues. On y a voit seulement ajouté un manche pour que le conducteur de la charrue pût la diriger et la faire tourner à sa volonté.

Il y a bien de l'apparence que les Égyptiens out employé cette sorte de charrue dès les premiers temps ; est il est naturel de présumer qu'en instruisant les Grecs de l'Agriculture, ils leur en avoient en même temps appris l'usage. Les Latins n'en ont point connu d'autres pendant fort long-temps , et telles sont à peu près celles dont on se sert dans les provinces méridionales de la France , et généralement dans tous les pays chauds.

Mais ce n'est point assez d'avoir semé le grain , il faut encore prendre des précautions pour le faire germer. Il faut renverser la terre dessus et l'en couvrir, afin qu'il ne perde point la substance qui lui est nécessaire pour croître et pour mûrir. Cest à quoi la herse est destinée, instrument fort utile / et dont l'invention est très ancienne, puisqu'il en est parlé dans le livre de Job.

Les Anciens avoient plusieurs pratiques pour

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féconder leurs terres. Es y employoient le fumier, les cendres de certaines plantes , la marne , les sels, etc. On ne peut pas fixer le temps où Ton a commencé à fumer les champs destinés au labour. On entrevoit seulement, à travers les ténèbres qui enveloppent toujours les vieilles traditions , que cet usage a dû être fort ancien dans 'certains pays. L'Italie attrib.uoit cette invention à Saturne ; cela veut dire que la, tradition de ces peuples faisoit remonter à des temps très reculés l'art de fumer les terres.

On doit rapporter au même but les soins que les Egyptiens s'étoient donnés pour arroser leurs champs. Ces peuples habitoient un climat naturellement stérile et ingrat, mais à force de peines et de travaux , ils parvinrent à rendre l'Egypte la plus fertile contrée qu'on ait connue dans l'antiquité.

La manière de faire la récolte , et l'art de séparer le grain d'avec l'épi sont des objets fort importants; la faucille et ievan, ou quelques machines approchantes, remontent à la plus haute antiquité.

Le Nil est , en quelque sorte, Tunique cause de la fécondité de l'Egypte; les pluies n'y sont presque pas connues; ce sont les inondations de ce fleuve qui y suppléent, et ce fut à en faciliter la distribution dans les terres, que les rois s'appliquèrent principalement. Comme les eaux ne peuvent se répandre partout dans une juste proportion, ni à une certaine distance de ses bords, on avoit pratiqué sur toute l'étendue de son cours une infinité de canaui et de tranchées qui distribuoient les eaux

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dans tous les endroits où elles étoient nécessaires. Chaque village avoit son caûal , qui étoit ouvert pendant l'inondation j on étoit obligé de le fermer dans un temps limité, afin que l'avantage de l'arrosement et de l'engrais fût également répandu. Cette multiplicité de canaux uni s soit les villés entr'elles , entretenoit le commerce et défendoit ce royaume contre les attaques des ennemis , en sorte que le Nil étoit à la fois le nourricier et le défenseur de l'Egypte. On lui abandonnoit les campagnes; les villes et les villages, rehaussés par des travaux considérables, étoient soustraits à la submersion , et s'éle voient comme-des îles au milieu des eaux. Pendant deux saisons de l'année, l'Egypte offroit aux yeux un spectacle extrêmement agréable. Si dans le mois de juillet et d'août , on gagnoit la cime de quelque montagne ou des grandes pyramides d'Alkahira, on découvren t au loin une vaste mer , du sein de laquelle, sortaient des villages et des chaussées qui servoient de communication entre les habitants. Ces chaussées étoient environnées de bosquets, et couvertes d'arbres fruitiers dont on ne voyoit que le sommet , le tronc étoit caché sous les eaux. Des bois et des montagnes eu amphithéâtre, bornoient l'horizon à une certaine distance. Tous ces objets divers offroient un ensembledont la perspective n'avoit point d'exemple dans aucune partie du monde. Pendant les mois de janvier et de février, le pays, dans toute son étendue, ne paroissoit être qu'une grande prairrie dont la verdure étoit émaillée de fleurs diversement colorées. Ici l'on apercevoit des troupeaux nombreux qui paissoient tranquillement dans les plaines, là on voyoit des laboureurs et des jardiniers occupés de leurs travaux. L'air embaumé du parfum des orangers, des citronniers et de plusieurs autres arbustes, étoitalots si pur, qu'on n'en pouvoit respirer déplus salubre. L'élévatiou des eaux du TSi J est sujette à varier, elle

pouvoi t raôme devenir préjudiciable. Les Egyptiens avoient prévu tous les inconvénients qui pouvoient en résulter : quand les crues étoieot trop abondantes ou trop longues, il y avoit, pour recevoir les eaux stagnantes et superflues, des lacs qui s'ouvroient par de grandes écluses et se fermoient suivant le besoin; par ce moyen, les champs n'étoient inondés qu'autant qu'il le falloit pour les engraisser. C'est à cet usage qu'étoit destine ce fameux lac Mœris, qui avoit une étendue si considérable.

La manière dont il avoit été fait annonce beaucoup d'instruction et une économie fort éclairée ; afin de ne point perdre, en creusant , un terrain naturellement fécond, on l'avoit étendu du côté de la Lybie, qui étoit une contrée sèche et presque stérile.

Les Grecs , imitant les Egyptiens , qui firent des dieux de tout ce qui les étonna , créèrent Cérès , déesse des moissons. Cette reine de Sicile, selon eux , vint sous le règne d'Érectée à Athènes, où elle enseigna tout ce qui concerne l'Agriculture : l'usage de la charrue, le moyen de dompter les bœufs et de Jes attacher au joug , Fart de semer le grain et de le moudre ; ils lui donnent aussi le mérite d'avoir inventé les charrettes et les autres voitures propres au transport des fardeaux. Mais quelle foi doit-oh ajouter à cette tradition des Grecs? Plusieurs auteurs regardent comme fabuleux tout ce que l'on raconte de Cérès , et donnant à ce nom un sens allégorique , ils prétendent que par l'arrivée de Cérès à Athènes , il ne faut entendre qu'une prodigieuse abondance de bled, qu'Erectée fit apporter de l'Egypte. Pline, Virgile et d'autres assurent que

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