TOME I. a
l8 ENCYCLOPÉDIE DE i/àNTIQUITÉ.
l'invention de la. charrue n'est pas due à Cérès , mais à Triptolèmc, fils de Céléus, roi d'Eleusis, qui est représenté par les poètes assis sur un char traîné par des serpents ailés, parce que , dans un temps de disette, il fit distribuer du bled dans toute la Grèce avec une diligence incroyable. Enfin Po= lydore Virgile fait remonter l'origine de l'Agriculture à une époque plus ancienne que l'existence de Cérès. *< Long-temps avant Cérès, Saturne et » Triptolème , dit cet auteur, les hommes connois- » soient l'usage du bled, principalement les Hébreux » et les Egyptiens. » D'après le témoignage de cet historien , les (ïrecs sur ce point , comme sur bien d'autres, se sont dits inventeurs de ce que les Egyptiens leur avoient appris. Il suffit de se reporter aux premiers temps de leur histoire, pour être con= vaincu que l'Agriculture n'étoit pas même connue en Grèce, lorsqu'elle avoit déjà fait des progrès très considérables chez les Phéniciens, les Madianites et les Egyptiens. De l'aveu de leurs propres écrivains , dans cet état primitif, les anciens Grecs erroient dans les forêts comme les animaux ; ils ne se nourrissoient que de végétaux et couchoient en plein air, dans des cavernes, dans des fentes de rochers , ou dans des creux d'arbres. Le premier changement qu'ils firent dans leur manière de vi« vre, fut de mauger du gland, de se bâtir des cabanes, de se couvrir de peaux de bêtes sauvages. Pélasgus fut, à ce qu'il paroit, l'auteur de cette
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réforme. Ils sentirent bientôt la nécessité de se réunir en société pour subvenir à leurs besoins réciproques. Es se réunirent donc , et peu à peu ils acquirent de la consistance et goûtèrent les avantages de cette association. Ils s'humanisèrent insensiblement et quittèrent ce caractère féroce qu'ils avoient contracté en vivant dans les forêts. Du moment qu'ils commencèrent à voyager en Egypte, ils prirent quelque connoissance des Sciences et des Arts, et particulièrement de l'Agriculture. De retour dans leur pays, ils firent usage de la charrue et commencèrent à tracer des sillons. Cette nouvelle manière de cultiver la terre leur parut infiniment préférable à celle qu'ils employoient auparavant. Elle augmentoit leurs revenus en diminuant les travaux et les dépenses.
Le goût de la nation pour l'Agriculture s'accrut donc, soit par les avantages qu'elle procuroit, soit par l'amélioration dont on la voyoit encore susceptible. Toutes les vues politiques se tournèrent alors vers les branches de l'économie publique, et les philosophes grecs, renommés par la sagesse de leur législation, firent des règlements sur cet art, si essentiel à la prospérité d'un empire. Athènes et Lacédémone devinrent en peu de temps deux villes florissantes , et c'est à Fart du labourage qu'elles durent leur élévation. Dans ce moment d'enthousiasme, tous les citoyens de l'Attique , territoire d'Athènes , se disputèrent la gloire de contribuer
aux progrès de l'Agriculture et d'enrichir leur patrie de fruits et de végétaux. Aristée d'Athènes fut le premier qui cultiva l'olivier , et qui fit connoîtrc la manière d'en exprimer l'huile. C'est aussi aux Athéniens que nous sommes redevables des figuiers, des cognassiers , des châtaigniers , des pêchers, des noyers, des citroniers *.
Les Romains ont également honoré l'Agriculture. Le premier soin de leur fondateur fut d'instruire douze prêtres pour offrir aux dieux les prémices de la terre , et pour leur demander des récoltes abondantes. On les nomma Arvales , de Arva , champs. L'un d'eux étant mort, Romulus prit sa place, et dans la suite cette dignité ne fut accordée qu'à ceux qui pouvoient prouver une naissance illustre. Numa Pompilius , un des plus sages rois de l'antiquité , avoit partagé le territoire de Rome en différents cantons. On lui rendoit un compte exact de la manière dont ils étoient cultivés ; il faisoit venir les laboureurs , pour louer et encourager ceux dont les champs étoient bien tenus , et pour foire des reproches à ceux qui en négligeoient la culture. Les fruits et les productions de la terre étoient alors regardés comme les plus justes et les plus légitimes richesses. Ancus Martius , quatrième roi des Romains, ne recommandoit rien tant aux peuples, après le
« A la fii) de oc chapitre , on trouvera une notice asaex étendue sur les lieux d'où nous sont Tenus nombre de végétaux et de fruits.
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respect pour la religion , que la culture des terres et le soin des troupeaux. Cet esprit se conserva long-temps chez les Romains; dans les temps pos = teneurs, celui qui s'acquittoit mal de ce devoir, s'attiroit l'animadversion du censeur.
Les tribus rustiques fbrmoient dans Rome le premier ordre des citoyens. Dans les beaux siècles de k république, avant que Rome fût entièrement ( orrompue par le luxe et par le dérèglement des mœurs, les sénateurs, les consuls et les dictateurs habitaient presque toujours leurs propres domai» nés, enorgueillis de se voir cultivés par leurs mains victorieuses.
Rome n'a jamais été plus florissante que dans le temps ou l'Agriculture fut le plus en honneur chez elle. L'exercice de cette vie laborieuse , dit Pline , forma les hommes qui se sont si bien distingués dans l'art militaire. Il sortit de cette école de grands capitaines et de bons soldats. Mais la gloire des Romains ne dura pas au-delà des principes qui l'avoient produite. Le luxe donna d'abord l'atteinte la plus funeste à l'Agriculture, et entraîna bientôt la ruine de la république. Les Romains , avides de plaisirs et d'honneurs, abandonnèrent leurs terres , se retirèrent à la ville , et laissèrent à des esclaves le soin de la culture. Ces mercenaires ne craignant pas l'œil du maître, s'acquittoient mal de l'emploi qui leur avoit été confié. Dès lors les campagnes ne donnèrent plus que de foibles récoltes. Ce malheur
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commença à se faire sentir du temps de Varron. On en peut juger par les reproches que fait un sénateur romain à Appius Claudius sur la magniBcence de sa maison de campagne , comparée à la simplicité de la sienne, où ils étoient alors. « Ici , disoit-il, on » ne voit ni tableaux, ni statues, ni boiseries, ni » plancher parqueté. On y trouye tout ce qui con« » vient au labour des terres, à la culture de la viw gne, à la nourriture des bestiaux. Chez vous, » tout brille d'or, d'argent , de marbre ; mais nul » vestige d'Agriculture. On n'y rencontre ni bœufs , » ni vaches , ni brebis ; point de foin dans les ma» » gasins , point de vendange dans les celliers , point » de moissons dans les greniers. Est-ce donc là une » métairie? En quoi ressemble- 1 -elle à celle que » possédoient votre aïeul et votre bisaïeul ? »
Columelle * déploroit aussi d'une manière très vive et très éloquente le mépris général où de son temps l'Agricultureétoit tombée , et la persuasion où Ton étoit que pour y obtenir des succès on n'a besoin d'aucun maître. «Un pays, disoit cet écrivain philo- » sophe, ne peut être florissant sans l'Agriculture, et » pour réussir dans cet art, beaucoup de notions m sont nécessaires : il faut connoître la nature de » toutes choses, la différence des climats; savoir ce
* Columelle , né à Cadix vers l'an 4? de l'ère chrétienne, laissa douze livres en langue latine , sur l'Agriculture , dont le dixième est en rers, et un traité sur les arbres. Ses ouvrages sont précieux pour les préceptes et
pour le style.
« qui est bon ou contraire à toutes terres; entendre » l'orient et l'occident des étoiles , afin de ne rien » commencer que les vents ou les pluies ne puis* » sent surprendre ; connoître la disposition du ciel ; m s'instruire de la nature des bleds, des sortes de » labours et des espèces et diversités des terres ; sa» » voir choisir et entretenir le bétail , de même que » les volailles et les abeilles ; connoître toutes les » manières d'enter, de couper, de cultiver arbres et » herbes. Les prés , les saussaies , les genêts de* » mandent aussi quelque industrie ; il faut encore >; l'expérience qui domine dans tous les arts, expé* m rience infiniment au-dessus des préceptes, et » qui nous fait mettre à profit les fautes mêmes que » nous avons commises , car souvent c'est en fiai- » sant que l'on apprend à bien faire ; enfin il faut » aimer l'Agriculture, s'y plaire, et prendre à cœur » les nombreuses occupations qu'elle demande.
» Bien des gens croient que la stérilité de nos » terres , beaucoup moins fertiles maintenant que » dans les temps passés , vient ou de l'intempérie » de l'air et des saisons , ou de l'altération des ter* » res mêmes , lesquelles , affoiblies et épuisées par » un long et continuel travail , ne peuvent plus » fournir leurs productions avec la même force et » la même abondance. C'est une erreur : il ne faut m pas s'imaginer que la terre à laquelle l'auteur de » la nature a communiqué une fécondité perpé- » tuellc se trouve exposée à la stérilité. La jeunesse
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» éternelle qu'elle a reçue du Créateur ne permet » pas de craindre qu'elle tombe jamais dans la » caducité ni dans la vieillesse comme l'homme. Ce » n'est point à l'intempérie de l'air ni aux années » que l'on doit attribuer la stérilité actuelle des » terres , c'est uniquement à notre faute et à notre » négligence. »
Ces plaintes, ces conseils, quelque sages, quelque fondés qu'ils fussent , ne produisirent aucun effet. L'amour du travail et ce louable penchant pour le labourage , qui avoit formé un des titres les plus glorieux dont on pût décorer un citoyen romain , s'éteignirent peu à peu. Les campagnes négligées ne fournirent plus le bled nécessaire pour les besoins de Rome , on fut obligé d'en tirer de l'Egypte. Dans ce désordre funeste, tout concourut à renverser l'Agri» culture , le fondement le plus solide de la républi» que. Il n'y eut plus de ces hommes distingués , de ces savants profonds ( Archytas , Epicharme, Caton le censeur), qui jusqu'alors avoient soutenu , par leurs écrits, la pratique du labourage. Palladius Rutilius Taurus Amelianus , qui vivoit cent ans après Columelle, est le dernier des Romains qui ait écrit sur l'Agriculture.
D'autres peuples anciens ont eu quelques connoissances de l'Agriculture; mais comme on est trop peu instruit de cette partie de leur histoire , nous nous abstiendrons d'en parler.
ARTICLE H
DE L'AIT DE FAIftE LE PAIE*
Le but principal des travaux du labourage est de se procurer du pain; quelque ordinaire que soit aujourd'hui cet aliment, l'art de le préparer a eu des commencements très grossiers. Les premiers hommes ont pu connoître d'assez bonne heure le secret de convertir le bled en farine , mais celui de faire le pain n'aura pas été , suivant toute apparence, trouvé aussi promptement. On aura fait de n mbreuses tentatives avant d'y arriver; mais, de quelque manière qu'on y soit parvenu , cette découverte a dû être fort ancienne. Il est vraisemblable que l'on ne prenoit pas , dans les temps les plus reculés , de grandes précautions pour cuire le pain. L'âtre du feu servoit le plus souvent à cet usage. On posoit dessus un morceau de pâte applati, on le couvroit de cendres chaudes, et on l'y laissoit jusqu'à ce qu'il fut cuit.
L'invention des fours est cependant très ancienne. Quelques écrivains font honneur de cette découverte à un nommé Annus , Egyptien } personnage entièrement inconnu dans l'histoire.
Il n'est pas à présumer que dès le moment où on aura connu l'art de faire le pain, on ait eu aussi le secret de faire lever la pâte : s'il est une découverte qu'on doive attribuer au hasard , c'est sans contredit celle du levain. L'idée ne s'en sera
pas présentée naturellement. On aura été redevable de cette heureuse invention à l'économie de quel» que personne, qui , voulant faire servir un reste de vieille pâte , l'aura mêlée avec de la nouvelle , sans prévoir l'utilité de ce mélange : on aura sans doute été bien étonné , en voyant qu'un morceau de pâte aigrie et d'un goût détestable , rendoit le pain où on l'a voit mise, plus léger, plus savoureux et d'une plus facile digestion ; toutefois , on ne sait pas pré= cisément le temps où le levain a commencé d'être en usage.
Il fol loi t bien du temps et bien de la fatigue pour réduire le bled en farine , quand on ne sa voit que le piler y cette farine même devoit être fort grossière. Si certains peuples qui ont du grain ne sont pas dans l'usage de foire du pain , on doit en attribuer la cause au peu de connoissance qu'ils ont des machines propres à cette opération. Successivement les arts se perfectionnent. Il ne faut pas espérer qu'on puisse jamais découvrir le temps précis où les moulins ont été inventés. Il en est de cette machine si commode et si utile , comme de plusieurs autres inventions delà plus haute antiquité. Le peu de détails qui nous reste sur les premiers temps , ne permet pas d'en apercevoir l'époque précise ; et l'on ne peut pas assurer que les moulins fussent connus du temps d'Abraham.
On ignore aussi quel pouvoit être le mécanisme de ces anciens moulins : tout ce que l'on voit , c'est
que les meules dévoient en être assez petites, puis» qu'on les faisoit tourner aisément avec les bras. C'étoit un des plus bas et des plus rudes travaux des serviteurs et des esclaves.
A quelque haute antiquité que se reporte Fart du laboureur , et quelle que soit son utilité , il est cependant demeuré assez long-temps renfermé dans la Chaldée, la Palestine, l'Egypte et dans quel* ques cantons de la Chine.
ARTICLE III
DES liOIMOH».
On doit mettre la culture de la vigne ét Y art de faire le vin au nombre des premières connois» sances que les hommes ont eues de l'Agriculture. Tous les historiens, tant sacrés que profanes , s'ao cordent à placer cette découverte dans les temps les plus éloignés ; Osiris fut le premier, selon la t radition des Egyptiens , qui fit attention à la vigne et à son fruit. Ayant trouvé le secret d'en tirer le vin, il en fit part aux autres hommes ; il leur apprit en même temps la manière de planter la vigne et de la cultiver. Les habitants de l'Afrique en disent autant de l'ancien Bacchus, et de temps immémorial, une des principales parties du culte ex= térieur consistoit à offrir à la divinité du pain et du vin.
Les propriétés de la vigne et l'art de faire le vin ont pu se présenter assez naturellement : il suffit
28 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUJTÉ.
de tailler la vigne , et de l'émonder ; il n'est question ni de greffe ni d'écusson ; il n'est pas nécessaire d'en marier différentes espèces pour les adoucir, comme on le pratique à l'égard des autres arbres fruitiers.
Quant à la manière dont le vin se faisoit, on n'en peut parler que par conjecture. On aura d'abord écrasé les grappes avec les mains; on chercha ensuite des moyens plus expéditifs. Si nous en croyons les historiens profanes , les pressoirs sont d'une haute antiquité; ils faisoient honneur de cette invention à l'ancien Bacchus. Il est certain que l'usage en étoit connu dès le temps de Job , mais on ne sait pas comment ces machines étoient faites.
L'invention des vases propres à conserver sûrement et commodément les liqueurs , a dû suivre de près la découverte du vin : on aura d'abord fait usage de ceux que la nature présente dans tous les climats, tels que les courges, les calebasses, les citrouilles, les bambous (espèce de roseaux), les cornes des animaux. On ne tarda pas ensuite à imaginer les vases de terre cuite , soit pour boire les liqueurs , soit pour les conserver ; on parvint enfin à foire des outres de la peau des animaux.
Les vins Grecs étoient fort célèbres dans l'antiquité : les poètes qui les ont chantés, les trouvoient les meiU leurs de l'univers, surtout ceux de Crète ou Candie, de Chypre, de Lesbos, de Chio. Ceux de Chypre sont encore
aujourd'hui fort estimés; Horace parle souvent de ceux de Lesbos comme de vins bienfaisants et agréables. Mais Cbio l'emportoit sur tous les autres pays, et effaçoit leur réputation. Tous ces vins de Grèce étoient si recherchés et d'un si grand prix , qu'à Rome, jusqu'au temps de l'enfance de Lucullus, on n'en buvoit qu'un seul coup à la fin du repas. Leur qualité dominante étoit la douceur. Les Grecs avoient une manière de le faire qui leur étoit particulière : après avoir coupé le raisin, ils l'exposoient au soleil pendant huit à dix jours, letenoient à peu près autant de temps à l'ombre, et ensuite ils le fouloient, l'entonnoient et le conservoient pendant un grand nombre d'années.
Les Romains avoient des vins de plusieurs sortes qu'ils tiroient des différents cantons de l'Italie. Le territoire seul de Capoue fournissoit les vins de Massique, de Calène, de Formose, de Cécube et de Falerne , si vantes dans Horace. Les vins les plus vieux étoient les vins les plus précieux ; ils se conservoient jusqu'à cent ans. Les Romains avoient une manière de faire le vin différente de celle des Grecs ; ils fouloient le raisin aussitôt qu'il étoit coupé, et portoient de suite les grappes sur le pressoir pour en exprimer le reste de la liqueur; après quoi ils le fouloient à travers une toile fort claire pour l'épurer, et le renfermoient dans de grands vases de terre qu'ils faisoient venir de l'île de Samos, et qu'ils bouchoient avec de la poix. Ils en remplissoient ainsi des outres de boucs et d'autres peaux apprêtées, et avoient soin de marquer sur le vaisseau , l'année de la récolte par le consulat.
Après le vin , la bière a été la liqueur la plus généralement usitée. C'étoit la boisson commune et ordinaire de la plus grande partie de l'Egypte;
3o ENCYCLOPÉDIE DE L'ANTIQUITÉ.
l'usage en étoit depuis long-temps établi dans la Grèce , et dans une partie de l'Italie. Les anciens Espagnols, les Gaulois et les Germains connoissoient aussi cette boisson. Enfin, on la retrouve jusque chez les premiers habitants du Pérou. Osiris passoit chez les Egyptiens pour l'avoir inventée. La tradition portoit qu'en faveur des peuples dont le terroir ne se trouva pas propre à la vigne , ce prince inventa une boisson faite avec de l'orge et de l'eau , qui , pour l'odeur et la force , n'étoit guère différente du vin. Il n'est pas difficile de reconnoître la bière à ces marques 1 .
La bière des anciens ne dcvoit pas être aussi saine que la nôtre; on n'y mettoit pas de houblon , plante dont les médecins louent beaucoup la vertu, et que nous ajoutons à cette liqueur pour en corriger les mauvaises qualités.
Quoique l'art de faire le vin et la bière ait été découvert fort anciennement, il n'y a cependant eu, dans les premiers siècles, qu'un très petit nombre de peuples qui aient joui de cette connoissance.
1 L'orge est la base et le fondement de la bière ; mais pour employer ce grain convenablement à cet usage , il faut auparavant le faire germer, puis sécher, et ensuite le moudre d'une certaine manière. Il faut après , incorporer cette farine avec de l'eau , ce qui ne se peut faire que par le moyen de grandes chaudières et de grands fourneaux , où l'on brassa fortement ce mélange d'eau et de farine. On est obligé enfin , pour faire fermenter la liqueur, d'y mêler une certaine quantité de levure : il y a ce- !>endant tout lieu de croire qu'originairement la composition de ce breuvage n'étoit pas aussi compliquée qu'elle l'est aujourd'hui.
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Soît foute de terroir propre à la vigne et .à l'orge , soit plutôt ignorance, plusieurs contrées en ont été long-temps privées. Les nations qui habitoient ces contréés ont donc été obligées de chercher quelques boissons qui pussent leur tenir lieu du vin et de la bière ; car, généralement parlant, il faut aux hommes quelque autre boisson que Feau pure. « Avant donc que Fon connût la vigne , les » hommes, dit Plutarque , n'avoient point d'autre » breuvage que du miel détrempé dans de Feau. » C'est ce que nous nommons aujourd'hui Y hydromel. Plutarque ajoute que, de son temps, plusieurs nations barbares qui ne connoissoient point encore le vin, usoient de ce breuvage, et qu'elles en corrigeoient la fadeur par le moyen de quelques racines aigrettes et vineuses 1 .
* Si des nations de l'antiquité on veut descendre aux peuples modernes, on verra que même les plus sauvages et les plus abrutis ont quelque breuvage artiBciel. Les Tartares tirent du lait de jument , en le faisant aigrir, une liqueur presque aussi forte que l'eau-de-vie. Les Moxes, nation la plus barbare de l'Amérique, ont le secret de faire une boisson très violente avec certaines racines pourries qu'ils font infu«er dans de l'eau. D'autres font rôtir du maïs jusqu'à ce qu'il soit réduit en charbon ; et après l'avoir bkn pilé , ilslejetlcut dans de grandes chaudières pleines d'eau , où ils le font bouillir : cette eau noire et dégoûtante fait leurs délices , leur plus grand régal.
32 ENC\CLOPÉDIÉ DE ^ANTIQUITÉ.
ARTICLE IV
de l'art de faire l'huile.
Si le vin et les boissons qui en approchent sont nécessaires à l'homme , Yhuile Test pour le moins autant. Les Grecs, qui attribuoient à Minerve la découverte de l'olivier, ont fait présider celte déesse à tons les Arts, parce qu'en effet il en est peu qui puissent se passer du secours de l'huile. Son invention et son usage remontent aussi à la plus haute antiquité.
Il y a quantité de plantes et de fruits dont on peut faire de l'huile, mais celle qu'on tire du fruit de Y olivier l'emporte , sans contredit , sur toutes les autres. La tradition de presque tous les peuples de l'antiquité porte que cet arbre a été le premier dont les hommes aient appris la culture. Les Egyptiens prétendoient être redevables de cette découverte à l'ancien Mercure. Les Atlantides disoient que Minerve avoit enseigné aux hommes à planter les oliviers , à les cultiver et à tirer de l'huile des olives.
Dans les premiers temps , on ne se servoit pas de pressoirs* Pour tirer de l'huile des olives, on les piloit dans des mortiers.
Si l'on en croit encore l'ancienne tradition des Atlantides , ces peuples auroient connu de bonne heure le secret de rendre le fruit de V olivier mangeable. Ils en faisoient honneur à Minerve.
L'habitude où nous sommes aujourd'hui d'avoir
voir de l'huile facilement, est cause que nous ne sentons pas assez le mérite de cette découverte» Entre ses différentes propriétés , on doit compter pour beaucoup celle qu'elle a d'entretenir et d'augmenter considérablement la lumière des corps enflammés qu'on y trempe. Le hasard donna sans doute lieu de remarquer que certains corps plongés dans l'huile, venant ensuite à s'allumer, conservoient leur lumière et ne se consumoient qu'assez lentement. Cette observation suffît pour faire imaginer les lampes. L'antiquité attribuoit cette invention aux Egyptiens, et il ne leur est jamais venu en idée d'employer à cet usage, le suif, ni la cire.
ARTICLE V
DO JABD1NAGE.
Dans cette quantité et cette variété immense d'arbres et de plantes que la nature offre à nos yeux , il y en a plusieurs qui , sans aucun soin et sans aucune précaution , fournissent à l'homme un aliment convenable et même délicat. Ces sortes d'arbres et de plantes auront attiré de fort bonne heure son attention. L'idée de les transplanter , et de les renfermer dans des endroits particuliers , pour être plus à portée de veiller à leur entretien , se sera présentée fort naturellement. Telle a été probablement l'origine des Jardins,