‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 30 sur 33 · DE LA MC51QUE CHEZ LES GRKCS · texte numérisé non relu

DE LA MC51QUE CHEZ LES GRKCS

Les philosophes grecs pensent que la Musique est aussi ancienne que le monde, qu'elle semble née avec rhomme pour l'accompagner dans sa pénible carrière , pour adoucir ses travaux et charmer ses peines ; que la nature nous a donné la voix , nonseulement pour exprimer les pensées de l'ame , mais encore pour nous réjouir par le chant.

Ils ne croient pas aussi nous en donner une trop grande idée, en nous disant qu'elle étoit en usage dans le ciel , et qu'elle faisoit le principal amusement des dieux et des ames des bienheureux.

Les hommes de l'antiquité la plus reculée n'ont d'abord employé la Musique que pour chatiter en l'honneur des dieux, et célébrer les grandes actions des hommes. Elle étoit grave, simple et^majestueuse. * ;

Cet art faisoit partie de l'étude des anciens pyt&aA goriciens : ils s'en servoient pour exciter le cœur à des actions louables, et pour s'enflammer de l'amour de la vertu. Les esprits de ces philosophes, exaltés par les grandes actions dont ils étoient les témoins, par leur système religieux, et par la pompe de leur langage et de leur versification , portaient de l'énergie et de la sublimité jusque dans les moindres objets. En admirant l'harmonie du

NCYCLOPÉDIB DE l'àNTIQUITÉ.

grand ouvrage céleste , et l'accord inaltérable entre toutes les parties qui le composent, ils tentèrent d'établir entre les sons le même accord qui existe entre les corps; et ce principe fut la base de leur art musical , dont ils rapportent l'origine aux dieux, comme aux créateurs de l'harmonie.

Rien de plus grand, en effet, que l'harmonie, considérée sous ce point de vue : sans elle rien ne peut exister. C'est en partant de cette nécessité d'harmonie, que Pythagore, suivant Ma crobe , in= venta son système de Musique ; et c'est d'après les règles prescrites par Pythagore , que Platon établit dans son Timée les lois de la constitution du monde.

Le trait le plus ancien que les historiens nous aient conservé sur la Musique des Grecs, est celui de l'enfance de Jupiter, regardé par les Grecs comme un dieu et comme le père des dieux et des hommes. Ce Jupiter, suivant le sentiment des chronologistes , florissoit à peu près dans le même temps qu'Abra* ham. « Dès qu'il fut né, sa mère Cybèle craignant » qu'il ne fïït tué par son oncle Titan , l'envoya sur » le mont Ida en Crète, pour être élevé par les eu» » rètes et par les dactyles idéens (prêtres de Cybèle),* » et dès qu'il pleuroit , ainsi que font les enfants de » cet âge, les curètes et les dactyles fa i soient du » bruit avec des tambours dont ils accompagnoient » leurs chansons. »

Ce récit prouve la simplicité de la Musique dans ces premiers temps.

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La Fable nous apprend ensuite que Minerve, s'étudia nt à tirer des sons de la flûte qu'elle avoit inventée, et qui étoit de buis ou d'os, suivant Fulgence, Ovide, Properce, Qaudien et Plutarque, etc.... , et s'étant aperçue que la nécessité où elle étoit de gonfler ses joues , la rendoit difforme , brisa sa flûte, menaçant du plus grand supplice celui qui auroit l'audace d'en faire une autre.

Toutefois, comme notre intention n'est pas de rapporter toutes les rêveries mythologiques des anciens, nous allons nous borner à parler des faits consacrés par l'histoire , et nous laisserons les fables pour ce qu'elles sont.

Les historiens nous apprennent que la Musique des Grecs adoucissoit les mœurs ± excitoit ou ré« primoit lés passions , et guérissoit de plusieurs maladies.

Dans le quatrième livre de son histoire , Polybe, écrivain sage et qui mérite toute croyance , raconte que les Cynéthiens, peuples de l'Arcadie, qui ne pouvoient pas souffrir la Musique , surpassèrent en cruauté tous les Grecs. Athénée nous apprend en*» suite qu'autrefois on n'avoit pas trouvé de moyen plus efficace pour graver dans l'esprit des hommes les principes de la morale et l'amour de la vertu , que d'écrire en vers et de chanter publiquement au son des instruments, toutes les lois divines et humaines , les exhortations à la vertu , la con« noissance de ce qui concernoit les dieux et les

ENCYCLOPÉDIE DE Iî'aNTIQUITÉ.

hommes , les vies et les actions des personnes il= lustres.

Il est certain que la Musique, surtout la Musique imita tive, la Musique vraiment lyrique et théâtrale, comme l'étoit celle des anciens, devoit calmer ou suspendre les mouvements inquiets qui agitent notre ame, et lui faire goûter un plaisir que ne troubloient ni le remords ni la jalousie. Il semble au contraire que cette espèce de volupté nous touche plus vivement quand les autres la partagent avec nous. Il est donc vraisemblable que la Musique a pu inspirer aux nations sauvages l'humanité et l'urbanité ; et l'on ne peut nier que , de tous les peupies de l'Europe,* les plus polis et les plus civilisés sont , sans contredit , ceux qui , les premiers , ont cultivé la Musique avec le plus d'assiduité.

Elle excitoit ou réprimoit les passions , disent les historiens anciens , et pour le prouver , ils rapportent les histoires de T'erpandre, de Solon, de Pythagore, d'Empédocle , de Damon, de Timo»

thée, à 1 Hérodote , etc. ; mais n'est-il pas raisonnable de penser que leurs vers pouvoient contribuer aussi à produire ces effets ? ]N'est>-il pas également raisonnable de dire que les passions humaines se combattent réciproquement? qu'une passion domine fortement , en portant vivement le cœur vers son objet; elle affoiblit, si elle ne détruit pas les impressions que les autres passions peuvent lui foire. Qui n'a pas fait quelquefois cette expérience

au-dedans (le soi-même? Heureux celui dont l'inclination dominante est honnête, elle occupera tellement le cœur, qu'elle n'y laissera que peu ou point de place pour les autres passions ! Or, il n'est aucune inclination plus honnête ou plus propre à produire ces heureux résultats que la Musique. Le plaisir qu'elle cause peut très bien faire oublier les objets des autres passions , et donner au cœur une certaine assiette tranquille, qui éteigne ou diminue la colère, la haine, la mélancolie , l'ambition ou l'orgueil.

Voilà donc ce que les poètes ont voulu nous faire entendre par les effets prodigieux qu'ils ont attribués à Orphée, et à Amphion, quand ils ont dit du premier, qu'il attiroit et qu'il apprivoisoit les bêtes les plus féroces , au son de la lyre ; et du second, qu'en touchant le même instrument, il avoit réuni les pierres , et formé les murs de Thèbes. Ils n'ont sûrement voulu nous apprendre autre chose, sinon que le premier, par la douceur de la Musique, avoit humanisé le génie féroce de certains hommes, dont il avoit changé les inclinations et les mœurs brutales en une manière de vivre honnête et convenable à des créatures raisonnables , et que le second avoit, par un semblable moyen, rassemblé ces mêmes hommes qui vivoient auparavant séparés les uns des autres , dans des cavernes , comme les bêtes sauvages ; c'est aussi ce qui a fait dire au célèbre Métastase :

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Ce la ceira non era t iy Amphionr, è d'Orfeo, gli uomini ingratt Vita trarian pericolosa è dura , Senza Dei ,'senza leggi , et senza mura.

« Sans la lyre d'Orphée et d'Amphyon , les hom- » mes , grossiers encore , traîneroient une vie pleine » de dangers et d'amertume , sans habitation , sans » lois et sans culte. »

Ajoutons à ces réflexions que les médecins trouvent la cause des effets que produit la Musique en général, et de leur emploi dans la médecine en particulier, non pas dans Fart porté à sa perfection , mais dans l'application de certains sons, de certains chants qui contribuent à rappeler des idées favo» rites auxquelles les hommes ont été habitués dans leur jeunesse.

Le trait suivant servira à justifier ce que disent ces gens de l'art : Une jeune personne, guérie d'une fièvre ardente , se trouvoit encore affectée de quel» ques égarements semblables à des accès d'aliénation mentale , que tout l'art de la médecine n'aveit pas réussi à faire cesser. Cette jeune personne se portoit bien , mais elle n'avoit pas l'usage libre de son esprit ; elle étoit plongée dans une rêverie continuelle, et se croyoit, pour ainsi dire, dans un monde différent. Son médecin imagina de donner à la mère le conseil de chanter à sa fille les airs et les chansons qui lui avoient fait le plus de plaisir dans

sa jeunesse. Ces chants fixèrent l'attention de la jeune personne , et parvinrent même à l'émouvoir. Alors le médecin fit exécuter par un habile musicien ces mêmes airs favoris , avec des variations très simples et très douces. Ce moyen eut un plein suc» cès ; la malade fut émue jusqu'aux larmes , et de= manda où elle a voit été depuis si long-temps, car elle n'a voit gardé aucun souvenir de l'état dans lequel elle s'étoit trouvée.

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