‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 31 sur 33 · CHEZ LES GRECS · texte numérisé non relu

CHEZ LES GRECS

Le rhythme ou la mesure faisoit le point capital de la Musique des Grecs; il en étoit l'ame, tandis que la simple mélodie n'en étoit, pour ainsi dire, que le corps.

Aristide Quintilien le définit : L'assemblage de plusieurs temps, qui gardent entre eux certain or= dre ou certaines proportions. Pour entendre cette définition , il faut savoir que les anciens ne pouvoient pas rester à leur volonté sur les syllabes, comme nous le faisons aujourd'hui.

Leurs brèves étoient de moitié moins longues que leurs longues , c'est-à-dire que la brève valoit un temps , et la longue deux ; ils ne pouvoient jamais s'écarter de cette règle, et leur Musique exécutoit fidèlement ce que fait aujourd'hui un bon orateur, lorsqu'il déclame des vers latins.

Par ce moyen , ils 11c pouvoient jamais s'écarter

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de la mesure , et c'est pour cela qu'ils y étaient si sensibles. Nous sommes bien loin de leur ressembler sur cet article , car notre langue , infiniment moins harmonieuse que le grec , n'exige pas cette scrupuleuse exactitude.

Le rhythme se partageoit en trois genres : le simple, le composé et le mixte.

Le simple étoit celui qui n'admettoit qu'une sorte de pieds ; par exemple , deux pyrrhiques ou quatre brèves.

Le composé y celui qui résultoit de deux ou de plusieurs espèces de pieds ; par exemple, d'un dactyle et d'un anapeste \ d'un iambe et d'un trochée ; d'un iambe , d'un crétique et d'un amphibraque, etc.

Le mixte, celui qui pouvoit se réduire en deux temps, soit égaux soit inégaux, ou en plusieurs rhythmesou mesures. Par exemple, le rhythme formé de six temps syllabiques ou de six brèves , i° pou= voit se battre à deux temps égaux, composés chacun de trois brèves ; ou à deux temps inégaux , composés, l'un de quatre brèves, l'autre de deux. a° Il pouvoit se résoudre ou en trois rhythmes égaux, chacun de deux brèves, ou en deux autres rhythmes inégaux, composés chacun de trois brèves, c'est-àdire d'une brève et d'une longue , ou d'une longue et d'une brève. 1

1 C'est ce que représentent aujourd'hui nos mesures de trois-huit et de six-huit.

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Pour empêcher que la marche du rhylhme ne fut rompue dans le chant de ces vers appelés catalectiques , parce qu'ils demeuroient courts, faute d'une syllabe ou brève ou longue , on a voit soin d'y suppléer par l'addition d'un temps rhythmique équivalant à une brève ou à une longue, et qui remplissoit l'intervalle pendant lequel la voix du musicien ne se faisoit point entendre. Ces temps vides répondoient à ce que nous nommons pause ou soupir.

Les anciens ne pouvoient avoir le rhythme, ou mesure pointée; en voici la preuve : Nous avons déjà dit que la plus longue valeur de leurs notes étoit la durée de deux temps syllabiques , puisque c'étoit celle de toute syllabe longue ; au lieu que la note sur laquelle appuie la mesure pointée doit être équivalente à trois de ces temps.

Le chant des anciens devoit être si peu varié , et devoit tellement dépendre des paroles 1 , que Virgile nous dit dans sa neuvième églogue, vers 45 :

Numéros memini , si verba tenercm.

Si je savois les paroles , je me ressouviendrons bientôt du chant.

Aristide Quintilien fait un parallèle entre les propriétés des rhythmes et les diverses démarches des

» La mesure des vers grecs ou latins étoit assujettie à la quantité , qui rendoit les syllabes longues ou brèves ; au lieu que la mesure de nos vers est assujettie à un certain nombre de syllabes , soit longues , soit brèves.

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hommes. Il prétend que celle qui répond au spondaïque, est un signe de modération et de fermeté d ame ; que celle qui va par trochées ou par péons, marque plus de vivacité et de feu; que celle dont le rhythme suit le pyrrhique , annonce quelque chose de bas et à 1 ignoble; que celle où l'inégalité se joint à la vitesse, indique le dérèglement et la dissolution; qu'enfin une démarche qui résulte de toutes ces espèces , est la démarche d'un extravagant.

Il nous semble que, dans ces effets si surprenants de la Musique des anciens , le rhythme étoit ce qui devoit les faire naître; car le rhythme seul, sans le secours des paroles et de l'harmonie, est capable d'agiter l'ame , comme on l'éprouve en entendant des tambours, des tymbales, des cymbales , etc.

Nous croyons aussi que le rhythme de la Musique des anciens étoit plus parfait que le nôtre , parce qu'il ne dépendoit pas d'eux de l'altérer.

Autrefois les règles supposoient dans le compositeur une entière connoissance de toutes les parties de la Musique, i° les sons, 2° les intervalles, 3° les genres, 4° les systèmes ou accords , 5° les tons ou modes, 6° les muances ou changements, 7 0 la mélopée ou l'art de composer un chant.

Les anciens n'avoient que treize sons différents dans l'étendue de deux octaves. Ces treize sons étoient séparés l'un de l'autre par douze systèmes ou accords. Ces différentes intonations donnèrent naissance aux trois genres; le ton au diatonique, le

demi-ton au chromatique , et le quart de ton à Y enharmonique.

Quelques-uns de ces sons étoient communs aux trois genres, et les caractérisoient.

Les sons combinés les uns avec les autres, formoient ensuite ce que les anciens appeloient systèmes ou accords 9 et ce que nous nommons intervalles ; ils étoient ou consonnants ou dissonnants, L'an= cienne Musique n'admettoit que six consonnantes : la quarte, la quinte, Y octave, Y octave de la quarte ou la onzième, Y octave de la quinte ou la douzième , et la double octave ou la quinzième. Tous les autres intervalles et accords étoient regardés comme dissonnants, même les tierces et les sixtes , c'est-à-dire comme des intervalles propres à être employés pour former des chants, mais non pour être entendus ensemble , comme les consonnances , dont les anciens se servoient pour accorder leurs instruments ; mais ils n'attachoientpas au mot dissonnant l'idée que nous en avons aujourd'hui , puisque la tierce majeure et la tierce mineure entroient dans la constitution du genre enharmonique et du genre chromatique, dont les anciens feisoient le plus grand cas.

De tous ces systèmes ou accords particuliers résultait le système général , ou le grand système de l'ancienne Musique , lequel (dans le genre diatonique, le plus usité des trois) étoit composé de seize sons et de quinze à la rigueur.

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Ces seize sons étoient désignés par dix-huit noms différents, qui exprimoicnt la situation de chacune des dix-huit cordes de l'instrument destiné à représenter le système entier de l'harmonie. Ces dix-huit noms donnoient au musicien la facilité de dicter à un autre toutes sortes d'airs, sans être obligé de les lui chanter ; ce qui seroit plus difficile avec nos syllabes, nos notes, ut, re, etc. , à cause de leurs oc- ' taves ; mais aussi il leur étoit impossible de faire servir les noms de leurs cordes à ce que nous appelons solfier, parce que ces noms étoient si longs , qu'ils n'auroient pu se prononcer en observant le rhythme.

Les anciens différoient beaucoup entre eux sur les définitions, les divisions et les noms de leurs modes. Tous s'accordent à dire que c'est une constitution de sons , c'est-à-dire l'espace d'une octave ou de deux tétracordes disjoints, remplis de tous les sons intermédiaires selon le genre ; et ce qui constatait chaque mode , c'étoit la manière dont les deux demi-tons étoient placés dans l'octave : ainsi , comme il n'y a voit que sept manières de les placer, il n'y avoit donc que sept modes. Cependant les anciens en ont admis ou rejeté plusieurs en différents temps.

L'idée que les anciens attachoient à ce terme mode, étoit bien différente de celle que nous en avons. Ils n'entendoient par là qu'un certain degré d'élévation dans le système total de leur harmonie ,

dont les sons se suivoient toujours selon le même ordre; au lieu que, parmi nous, les modes sont distingués les uns des autres, non seulement par le degré d'élévation, mais encore par le différent arrangement ou la différente progression des sons (ce qui constitue la modulation majeure et mineure) : et en outre, par les diverses modifications que reçoivent ces mêmes sons , à cause du défaut de justesse, inséparable de la manière d'accorder les instruments de Musique ; modifications qui diversifient au jugement de l'oreille les modulations tant majeures que mineures, quoique toutes les majeures soient essentiellement les mêmes, aussi bien que toutes les mineures 1 .

Chez les anciens, le mode n'étoit donc que Tétendue de tel son à tel autre son. N'ayant qu'une étendue très bornée , ils n'en admirent d'abord que trois , dont les toniques avoient entre elles un ton de distance : le dorien au grave, le phrygien au milieu , et le lydien à l'aigu. Ils partagèrent ensuite

1 Nous ne connoissons actuellement que deux modes , le majeur et le mineur ; c'est-à-dire que toute musique en ton majeur est dans le mode majeur, et que toute musique en ton mineur est dans le mode mineur.C est la tierce qui constitue le mode , puisque c'est la tierce qui constitue le ton majeur ou le ton mineur.

Dans le mode majeur, la tierce , la sixte et la septième doivent toujours être majeures.

Dans le mode mineur, les mêmes intervalles doivent toujours être mineurs ; cependant on rend presque toujours majeure la septième • c'est ce qu'on appelle la noie sensible.

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