tome i
On doit mettre le figuier et Y amandier à la tête des premiers arbres fruitiers que Ton aura cultivés. Il faut en dire autant de la vigne : la culture de ces arbres et celle de la vigne est très facile ; pour s'en procurer abondamment les fruits , ils n'ont besoin ni de greffe ni d'écusson , il suffit de les émonder , de les tailler et de les fumer.
Mais à qui doit-on ^greffe , les écussons, qui , comme on sait , font porter aux arbres , en général , des fruits plus doux , plus sains, plus agréables, et aux arbrisseaux des fleurs plus variées? Sur cela, on ne peut former que des conjectures plus ou moins vraisemblables. Cette découverte d'un si grand prix , peut être mise au rang de celles qui sont entièrement dues au hasard. Le doute , cependant seroit bientôt résolu, si l'on vouloit s'en rapporter au témoignage de Macrobe , qui avance que Saturne a voit montré aux habitants du Latium l'art de greffer les arbres ; mais ce fait paroît peu vraisemblable, et est d'autant moins autorisé que du temps d'Homère et d'Hésiode , il ne paroît point que les Grecs eussent encore connoissance de la greffe ni des opérations qui y ont rapport. Il paroît même prouvé que dans ces siècles , et long-temps après , les peuples ont été , par rapport à la culture des arbres , aussi ignorants que .le sont encore aujourd'hui quantité de nations de l'Asie et de l'Amérique.
A l'égard des légumes , il semble qu'on les a connus et cultivés très anciennement. Les Egyptiens
en fa i soient un grand usage dès les temps les plus reculés >.
ARTICLE VI
DE QUELQUES IKVEHTIOWS 1ELAT1VE8 k Là SOUUTAMCE.
On doit regarder comme une suite des effets salutaires qu'a produits rétablissement des sociétés policées , la prévoyance et le soin de faire des provisions dans les années abondantes , pour remédier aux malheurs de la disette et de la stérilité. Les sauvages ignorent ces sortes de précautions ; ils ne prennent aucune précaution pour les besoins à venir : ils consomment à mesure qu'ils recueillent. Ils n'ont ni greniers ni magasins pour mettre les fruits de la terre en réserve ; aussi sont-ils continuellement en danger de périr de faim et de misère , souvent même y succombent-ils $ c'est peut-être pour cette raison que ces nations sont si peu nombreuses. Il y a telle contrée dans l'Amérique où il ne se trouve pas dix mille ames dans un espace de plus de six cents lieues. Les nations policées ont prévu les temps de disette et de calamités. Cest pour y remédier, qu'elles ont songé à renfermer ce qu'elles ne pouvoient pas consommer des fruits de la terre , dans des endroits propres à les conserver longtemps. Cet esprit de prévoyance avoit lieu chez les Egyptiens dès les temps les plus anciens.
1 Après le chapitre sur l'architecture , il est question de l'art de trv.cor les Jardins. ■» . ►
3f> ENCYCLOPÉDIE DE L.' ANTIQUITÉ.
Il fout reporter au même principe l'origine de l'art qui apprend à conserver les viandes et le poisson , par le moyen du sel. Cet art si simple et si utile remonte, chez les Egyptiens , à des temps très éloignés. -
Phidippas fut le premier des Grecs qui s'avisa de saler le poisson , et de corriger cet excès d'humidité qui le rend si susceptible de corruption. Marcus Apicius, cet amateur de la bonne chère , le plus délicat et le plus sensuel des Romains , employa aussi le sel pour la conservation des poissons de toute espèce qu'il faisoit venir pour sa table > de tous les ports de la Méditerranée.
ARTICLE VII
DES VETEMBm , DES ÉTOFFES , DU LINGE , DE Là CHAUSSURE , CtC, élC.
Nul art , nulle industrie dans l'emploi des matières dont on a fait d'abord usage pour se vêtir : on s'en servoit telles que la nature les offroit; on choisissoit celles qui demandoient le moins de préparations. Plusieurs nations se couvroient d'écorces d'arbres ; d'autres de feuilles , d'herbes , ou de joncs entrelacés grossièrement. L'ignorance actuelle des nations sauvages nous retrace un modèle de ces anciens usages. La peau des animaux paroît cependant avoir été la matière le plus universellement employée dans les premiers temps; mais on ne connoissoit pas alors le secret d'adoucir les cuirs, et de les rendre flexibles par le moyen
de certains apprête. On portoitles peaux telles qu'on les énlevoit de dessus le corps des animaux ; les peuples étoient alors dans la même ignorance où sont encore aujourd'hui plusieurs nations qui ne savent ni tanner, ni corroyer celles dont elles se servent.
Les peaux sont par elles-mêmes peu propres à couvrir l'homme exactement et commodément. Il a donc fallu trouver l'art de les ajuster , et d'en réunir plusieurs ensemble. La plus grande partie du genre humain a été long-temps sans connoître le///. On a été obligé d'y suppléer par quelque autre expédient; on peut juger par les moyens qu'emfploient encore aujourd'hui plusieurs peuples, de ceux qu'on aura employés originairement. Les habits des peuples du Groenland sont cousus avec des boyaux de chiens marins , ou d'autres poissons., qu'ils ont l'adresse de couper très minces, après les avoir fait sécher à l'air. Les Esquimaux , les Samoyèdes, les Sauvages de l'Amérique et de l'Afrique, font usage des nerfs des animaux. À l'égard des instruments propres à coudre les vêtements , les os pointus, les arêtes et les épines auront «tenu lieu , dans les commencements, des alênes; des aiguilles et des épingles que nous employons an* jourd'hui. ,» "
A mesure que les sociétés se seront policées , les premières inventions auront été perfectionnées. Les étoffes dont vraisemblablement l'idée se sera
38 EJJCYCLOPÉDÏB DE L'àNTIQUITÈ.
présentée d'abord , auront été des espèces de feutrès. On aura commencé par lier et unir, à l'aide de quelque matière glutineuse , différents brins de laine ou de poils; on sera parvenu de cette manière à former une étoffe quelque peu souple et d'une épaisseur à peu près uniforme. Les anciens iaisoient un très grand usage Au- feutre.
C'étoit quelque cboae d'avoir imaginé de séparer le poil et la laine de la peau des animaux. On n'eût cependant pas retiré un grand avantage de cette invention, si l'on n'avoit pas trouvé le secret de réunir , par le moyen du fuseau , ces différents brins, et d'en faire un fil continu. L'art de filer remonte à une époque infiniment éloignée.
On ne peut rien dire de certain sur l'usage et l'emploi que les peuples ont fait originairement des matières filées. Il est probable que l'on aura fait bieu des essais et composé différents ouvrages, comme des tresses , des réseaux, etc. , jusqu'à ce qu'enfin > et par degré, on ait trouvé le tissu à chaîne et à trame, .invention la plus utile peut-être) qui §pit dans la société. En effet, c'est au moyen de cçt art que nous tirons de presque tout ce qui nous environne, des matières propres à nous couvrir d'une manière également commode et somptueuse.
Il y auroit peut-être bien des conjectures à former
sur l'origine de la tisseranderie 1 ; on pourroit dire , — i — — — i -
1 Tisseranderie. Nous voulons désigner par ce mol la fabrique de tous le» ouvrages qui se travaillent sur le métier.
AGRICULTURE. 3q
avec Démocrite, qu'on est redevable de l'invention de cet art à l'araignée ; on fit attention à la manière dont cet insecte ourdissoit sa toile , et on remarqua qu'il se servoit du poids de son corps pour, diriger et assujettir ses fils , etc.
La simplicité et le petit nombre des outils dont on se sert encore maintenant dans les Grandes- Indes, en Afrique, en Amérique , etc. , peuvent servir à expliquer comment, dès les temps les plus reculés, on sera parvenu à fabriquer des étoffes. Quoique privés de la plus grande partie des connoissances dont nous jouissons , les ouvriers de ces pays exécutent des étoffes dont on ne peut se lasser d'admirer la finesse et la beauté : une na* vette et quelques morceaux de bois sont les seuls instruments qu'ils emploient. Les premiers peuplés auront donc pu , à l'aide eje ces (bibles secours , travailler de bonne heure des tissus à trame et à chaîne.
Quoi qu'il en soit , l'invention de la tisseranderie est très ancienne.
La laine et le poil des animaux sont, sans difficulté , les matières que l'on aura d'abord le plus généralement employées pour les habits. Il y a cependant plusieurs plantes, telles que le coton, le lin , le chanvre , etc. , qui peuvent servir aux mêmes usages; on n'aura par tardé probablement à travailler le coton. Les graines de cet arbrisseau sont enveloppées d'une bourre très fine et très délicate ;
4o ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÊ.
cette bourre a beaucoup de ressemblance avec la laine , et demande peu de préparation ; on en aura donc formé de bonne heure des tissus 1 .
L'emploi du lin, du chanvre et des autres plantes filamenteuses , se sera présenté plus difficilement que celui du coton. Il faut, pour dégager ces fils de l'écorce qui les cache et les enveloppe, faire rouir, c'est-à-dire macérer dans l'eau les plantes , les briser ensuite , et enfin les faire passer plusieurs fois par les dents d'un peigne , pour pouvoir les filer et les tisser. On ne peut pas douter néanmoins que les habits de lin n'aient été en usage dès les temps les plus anciens. Isis passoit chez les Egyptiens pour en avoir fait la découverte.
La bonté d'une étoffe dépend en partie de la manière dont elle est foulée. C'est le foulage qui donne proprement aux draps leur consistance.
L'exécution est dans le jeu d'espèce de gros maillets de bois qui, par le moyen d'une roue, tombent successivement dans des auges où les draps sont renfermés ; les coups redoublés qu'ils reçoivent les rendent plus fermes et plus unis. L'art de fouler les étoffes n'a été connu en Europe que depuis la
1 Coton. L'arbre qui prodnit ce duret croit dans les Indes orientales et occidentales , dans le Levant , dans les ilea de la Méditerranée, dans la Pouille , dans la Sicile , dans les îles Antilles , etc.
L'usage du coton paroît fort ancien , puisque, selon Cidocis, les Phéniciens en établirent des manufactures qu'ils portèrent à leur dernière perfection. ; . » î i îj
AGRICULTURE. £l
guerre de Troie; mais dë quelque manière qu'on l'ait pratiquée dans les premiers temps , cette opé= ration n'a jamais pu être que très pénible et très mal entendue , car on ne connoissoit pas les moulins à foulon, i
Linge. Le linge étoit connu chez les Grecs, puisque Hérodote assure qu'ils en faisoient commerce. Xénophon dit la même chose dans sa république des Athéniens ; mais ces historiens ne nous apprennent pas si les Grecs faisoient usage de la toile de lin pour les chemises ou tuniques intérieures , et pour la table ; on ignore en quel temps ils ont commencé à s'en servir. Toute l'antiquité ne parle que d'une espèce de serge de laine plus ou moins fine, dont ils se faisoient des tuniques intérieures ou chemises , des nappes et des serviettes.
Chez les Romains, l'usage du linge ou toile de lin mise en œuvre pour des chemises, des nappes, des serviettes, a. été inconnu pendant tout le temps de la république ; ils ne connoissoient alors que la serge ou étoffe de laine, qu'ils emplo voient aux mêmes usages, comme on le voit dans tous les auteurs latins. On ne porta dés robes de lin , et sans doute des chemises , que sous les empereurs.
Mouchoirs. Ce que nous appelons mouchoirs ne fut pas connu chez les Grecs; et Ton seroit tenté. de croire, d'après un passage dePolybe , que chez eux les personnes de distinction se servoient de leur manteau de dessous pour s'essuyer les yeux et le nez.
Chez les Romain*, une dame et même un homme qui ^ en public, se seroit servi d'un mouchoir auroit sin* gulièrement blessé la bienséance. Cracher ou se moucher dans les temples ou aux théâtres, auroit passé pour des actes d'incivilité ou d'irrévérence. , « n . ». «. ..
Dans les occupations journalières, aux tribunaux ou
dan» les banquets, il paroit que te» hommes p or toi eut sur eux un suaire de tôile fine, pour s'essuyer et non pour se moucher: l'usage journalier des bains, joint à l'emploi continuel des parfums, des baumes , des couronnes et des fleurs amen oit une constitution sèche , qui dispensoit des mouchoirs.
Serviettes. Les serviettes ne furent introduites que très tard chez |es Romains, et encore l'usage éloit que chaque convive apportât sou linge, ainsi qu'il paroît par deux épi grammes : l'une de Catulle, et l'autre de Mai» tial. Le maître du repas fournissoit seulement les nappes qui servoientà couvrir les tables , et quelquefois les serviettes dont les convives s'essuyoient les mains avant que d'y prendre place.
Cou. Chez les anciens , les hommes et les femmes avoient ordinairement le cou nu , de même que lesorien* taux l'ont encore. Les femmes l'ornoient quelquefois de colliers.
Corset. 11 paroît que chez les Grecs les jeunes filles se serroienL beaucoup avec unelarge bande qu'elles mettoient par-dessus la chemise, au-dessous du sein, afin de se rendre Ja taille plus fine et la faire mieux paroître. On lit dans quelques commentateurs , que les dames grecques se gar* nissoieut le corps avec de petites. planches de bois de tilleul très minces lorsqu'elles avoient quelque difformité à cacher. L'usage de se serrer le corps doit avoir é^é connu des Étrusques, comme il est prouvé par une femme nommée Scylia, représentée sur une pâte antique, et dont le corps se rétrécit vers les hanches. Le corset des dames romaines ctoit leur ajustement le plus brillant. Elles se servoient de ceintures ou de bandes, dont les jeunes personnes se serroient le sein , qui, jusque-là , n'avoit été soutenu que par les mains de la nature. 11 y a apparence que ces bandes donnèrent la première idée des corsets* Les
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femmes De tardèrent pas à décorer cet ajustement de tout ce que le luxe et l'envie de plaire peuvent iraagiuer.
Fard. L'amour de la beauté a fait imaginer, de temps immémorial , tous les moyens que l'on a crus propres à eu augmenter l'éclat , à eu perpétuer la durée, ou à en rétablir les pertes.
L'antimoine est îe plus ancien fard dont il soit fait mention dans l'histoire, et en même temps celui qui a eu le plus de faveur. Job marque assez le cas que l'on en faisoit, lorsqu'il donne à une de ses filles le nom de vase d'antimoine, ou de boîte à mettre du fard. Isaïe, dans le dénombrement qu'il fait des parures des filles de Sion , n'oublie pas les aiguilles dont elles se servoient pour peindre leurs paupières : la mode en étoit si bien reçue , que Jésabel , ayant appris l'arrivée de Jéhu à Samarie, se frotta les yeux avec une aiguille trempée dans du fard d'antimoine, afin qu'ils parussent plus grands, et se fit voir ainsi à cet usurpateur. L'usage de ce fard ne finit pas avec les filles de Judée, il s'étendit et se perpétua partout.
Les Athéniennes Terri ploy oient également, et elles y ajoutaient toutes les drogues qu'elles croyoient propres à blanchir et à neltoyer'la peau.
Les femmes grecques et romaines empruntèrent aussi des Asiatiques la coutume de se peindre les yeux avec de l'antimoine i mais pour étendre encore plus loin l'empire de la beauté, et réparer les couleurs flétries, elles imaginèrent deux nouveaux fards inconnus auparavant , et qui ont passé jusqu'à nous y je veux dire le blanc et le rouge. Ovide nous donne des recettes détaillées des fards qu'il conseilloit de son tempsaux dames romaines; nous disons aux dames romaines , car le fard blanc et rougé étoit réservé aux femmes de qualité sous le règne d'Auguste ç les courtisanes et les affranchies n'osoient pas encore en mettre. • • •'
44 ENCYCLOPÉDIE DE l'àHTIQTJITÉ.
On inventa bientôt après une recette 1>eaucoup plus simple que celle d'Ovide , et qui eut la plus grande vogue , c'étoit un fard composé de la terre de Chio ou de Samos, que Ton faisoit dissoudre dans du vinaigre. Horace l'appelle humida creta , et Pline dit que les dames s'en ser« voient pour se blanchir la peau.
Poppée, douée de tous les avantages de son sexe, hors de la chasteté, inventa une pâle qui couvroit tout le visage, et qui ne tomboit qu'après avoir été lavée avec une grande quantité de lait d'ânesse encore chaud , lequel eu détachoit les parties et découvroit une extrême blancheur. Cette célèbre courtisane qui devint la femme de Néron y mit ce nouveau fard à la mode et lui donna son nom, Poppœana pingicia.
L'histoire de tous les peuples prouve qu'il n'y en a point qui ne se colorie diverses parties du corps, de noir, de blauc, de rouge , de bleu , de jaune ,'de vert , suivant les idées qu'ils se sont formées de la beauté.
Cheveux. L'usage de se couvrir la tête de cheveux étran* gers, fixés de quelque manière que ce soit, remonte à une très haute antiquité; cet usage se trouve surtout parmi les Grecs et les Romains; il est dû autant au luxe qu'au désir de la parure.
La première indication historique que nous trouvions d'une perruque , ou du moins d'un tour de cheveux, est dans le premier livre de la Cyropédie de Xéuophon. Uu passage du second livre de l'Economie par Aristote, fait aussi mention de cheveux postiches.
Les cheveux postiches paraissent n'avoir pas été inconnus chez les Carthaginois. , •
Quelle qu'ait été la forme et la fabrication des perru- i* ques chez les Romains, elles ne leur étoientpas seulement utiles pour se couvrir la tête lorsqu'elle étoit chauve, ils s'en serv oient aussi pour se rendre méconnoissables.
Les femmes romaines surtout , avoient un grand soin de reur coiffure 5 elles porloient ordinairement de véritables perruques : les cheveux que Ton faisoit venir de la Germanie, étoient les plus recherchés par les dames romaines , parce qu'ils éloient de couleur blonde.
Manteau, Lorsque les femmes grecques sortaient , elles avoient un large manteau , ou une draperie d'une étoffe fine et légère , qui leur servoit de parure, et dont elles se voiToie/t* et se couvraient le visage, pour se garantir de l'air, ou dans l'intention de se dérober aux yeux.
Celte coutume a été observée de tout temps par les femmes des Orientaux, afin de ne pas s'exposer en public aux regards des hommes.
Chez les Romains, les jeunes filles et les femmes mariées n'osoient point paroître publiquement sans être voilées. Leur voile étoit ordinairement d'une étoffe teinte en rouge ou en pourpre 7 souvent orné de franges.
Dansles voyages, les Grecs etles Romains secouvroient la tête avec le manteau ou avec la toge , pour se garantir de l'air, et quelquefois pour ne pas être reconnus.
Chez les Romains, quand un homme voilé rencontroit une personne de distinction , un ami , ou un magistral , il découvroit par respect sa tête.
Jarretières. Les femmes galantes d'Athènes et de Rome portoient des jarretières extrêmement riches; les filles mêmes les plus honnêtes ne dédaignoient pas toujours cet ornement, parce qu'il relevoit la beauté de leurs jambes , qui étoient découvertes dans les danses publiques.
Tunique. Presque tous les anciens peuples ont fait usage de tuniques, qui varièrent beaucoup pour la forme. Cet habillement , commun aux deux sexes , se composoit de deux pièces qui offraient la figure d'un carré long. La
tunique s'assujettissoit par une ceinture, et se disposent de manière que les membres avoient la liberté et la facilité des mouvements. Elle étoit ordinairement cousue de» puis les bords inférieurs , jusqu'à la hauteur des hanches.
Les femmes ornoient leur tunique d'agrafes d'une grandeur plus ou moins considérable. Cet usage ne dura que peu de temps à Athènes. Excepté ces agrafes et les boutons ou boulettes, placés le long des manches, rare* ment apercevoit-on quelque autre ornement à la tunique grecque.
La tunique dorienne s'attachoit sur les épaules avec des boutons au lieu d'agrafes.
Dans les premiers temps, la tunique fut de laine, et ensuite de lin; elle se mettoit immédiatement sur la peau. Celles des hommes et des femmes riches de Rome , étoien t ordinairement blanches j cependant, on en portoit aussi de couleur. Les citoyens peu aisés, les soldats et les esclaves, faisoient usage de tuniques de couleur rousse. La tunique serrée par la ceinture, descendoit aux. genoux chez les hommes en habit civil , cl jusqu'aux talons chez les femmes.
Les soldats et les voyageurs la relevoient jusqu'au milieu des cuisses; elle prenoit si juste au cou, et tomboit si bas chez les femmes qui avoient quelque modestie , qu'où ne leur voyoit que le visage. Lorsque le luxe eut amené la coquetterie avec l'usage de l'or et des pierreries, les tuniques s'échancrèrent peu à peu, et laissèrent la gorge à découvert.
L'ornement de la tunique romaine consistoit en une bande de pourpre, plus ou moins large, qui descendoit depuis le haut jusqu'en bas.
Toge. La toge étoit une espèce d'habit ample, sans manches et sans plis , fait ordinairement de laine fine, et blanche; elle enveloppoît tout le corps jusqu'aux pieds, et se
mettoit par-dessus la tunique. II y avoit des différences pour la longueur, pour la couleur et pour les ornements, suivant la diversité des conditions, de l'Age et du sexe.
Dans les premiers temps , la toge étoit un habit d'honneur, défendu au peuple. Les citoyens romains seuls et les affranchis avoient le droit de s'en vêtir. Dans la suite, elle fut à l'usage de tous; mais la toge des riches dif» fcroit de celle des pauvres, en ce que l'une étoit fort large, et avoit plusieurs plis , et que l'autre étoit fort étroite.
Sagum. L'habillement des gens de guerre, parmi lev Romains, s'appeloit sagum; il étoit le symbole de la guerre, comme la toge étoit celui de la paix. Le sagum étoit un manteau de laine blanche que l'on attachoit communément avec une fibulle ou une agrafe, et dont la forme étoit la même que celle du paludamentum , vêtement des généraux, dont il ne différait que par la couleur et par les ornements. Quelques auteurs ont pensé que c'étoit une tunique militaire , mai* plusieurs passages de Tacite et de Pline font voir que le sagum n 'avoit pas de manches , et qu'il étoit plus ample qu'une tunique.
Chaussurbs. Les Egyptiens employoieut des feuilles de palmier et de papyrus pour en faire leur chaussure. Les bas-reliefs de Persépolis nous représentent les Perses avec une espèce de chaussons. Sur les monuments, la chaussure des Grecs ne consiste ordinairement qu'en une simple semelle liée sur le cou-de-pied et jusqu'à la moitié de la jambe , par le moyen de deux courroies ou bandelettes croisées plusieurs fois ; c'étoit le cothurne des voyageurs. Dans sesEuménide?, Eschyle paroît avoir donné aux Furies le cothurne des chasseurs crétois, dont la semelle étoit très épaisse; cette chaussure deynt celle des chasseurs, des amazones , des nymphes de Diane. Les auteurs grecs parlent encore de plusieurs autres chaussures* On peut les réduire à trois sortes : elles avoient la forme de
bottines , ou bien celle de souliers ou chaussures pleines, ou enfin celle de sandales ou de semelles simples.
Les chaussures des Romains ne différaient pas beau* coup de celles des Grecs.
Le calccus et le mulleus étoient des chaussures qui couvraient tout le pied , et montoient jusqu'au milieu de la jambe; elles étoient faites de peaux préparées. La creplda , lesoccus et \ecothurne consistoienl en une semelle plus ou moins épaisse, fixée par des bandelettes ou courroies sur le pied , qui restoit à découvert. Quelquefois on ornoit cette partie du vêtement, d'or , d'argent, et même, au temps de Caligula , le luxe fut porté au point d'y mettre des pierres précieuses.
Les esclaves et les pauvres se sei voient de chaussures de bois.
Les efféminés portaient ordinairement des chaussures blanches, jaunes, etc; mais, en général, la chaussure noire éloit à Rome celle des hommes.
Dans le commencement de la république , les sénateurs marchoient nu-pieds, comme les autres citoyens; mais ils portèrent depuis une chaussure noire ornée de croissants ou de lunules d'argent, qui devinrent un de leurs attributs distinctifs.
On quiltoit la chaussure en se mettant à table , afin de ne pas gâter les lits sur lesquels on se couchoit à demi en prenant les repas; les Orientaux, aussitôt rentrés chez eux, quittent de même les chaussures avec lesquelles ils marchent dans les rues.
ARTICLE VIII