‹ Encyclopédie élémentaire de l'Antiquité ou origine, progrès état de perfection des arts et des sciences chez les anciensChapitre 8 sur 33 · RECULÉS · texte numérisé non relu

RECULÉS

Le Commerce ne s'est fait d'abord que par l'échange des choses les plus nécessaires aux besoins de l'homme. Celui qui avoit tué beaucoup de bètes à la chasse , en troquoit la chair ou les peaux contre le miel ou les fruits que son voisin avoit ramassés dans les bois. Le laboureur échangeoit une partie de ses grains contre de l'huile, du vin , etc. Plusieurs peuples des côtes de l'Afrique , toutes les nations sauvages de l'Amérique , et quelques-unes de l'Asie , ont conservé l'usage primitif de donner ce que l'on a de trop pour recevoir ce que l'on n'a point, ou ce que l'on n'a pas en assez grande abondance. Le Commerce se fait encore aujourd'hui chez ces peuples comme dans les premiers temps, c'est-à-dire par échange.

On n'avoit originairement aucune règle pour apprécier les denrées. L'estimation en régloit la valeur et le prix. On jugeoit à l'œil de la quantité, du poids ou du volume des effets qee l'on vouloit réciproquement échanger. Cette manière étoit la seule qu'on connût dans l'île Formose, lorsque les Hollandais y abordèrent : elle s'est même conservée dans bien des pays. L'or est encore aujourd'hui la principale marchandise d'Ethiopie ; le plus grand trafic s'en fait à Sofala : ce commerce ne

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s'y exerce ni par mesure ni par poids, mais seule» ment à vue et par l'estimation des yeux. Il en est de même dans quelques contrées des Indes-Orientales.

À mesure que les sociétés se seront policées , les objets du Commerce se seront multipliés et diversifiés. Les besoins naturels avoient enfanté les arts de première nécessité , ceux-ci ne tardèrent pas à faire naître les arts de luxe et de superfluité. On se créa de nouveaux besoins à proportion des découvertes qui se firent, et on chercha à varier ses goûts dès qu'on crut être en état de les satisfaire. Le Commerce en conséquence s'accrut et s'étendit. Alors il fallut trouver les moyens d'apprécier les objets plus exactement que par le simple coup-d'œil.

Les essais de l'architecture avoient produit différentes mesures linéaires , relatives pour la plupart à la grandeur du corps humain ou de quelques-unes de ses parties , il fut aisé d'employer ces mêmes mesures à déterminer l'étendue de la plupart des corps solides. Ainsi, la toise et Yaunage auront été mis de bonne heure en pratique.

Quant à la mesure des liquides «, il n'a pas dû être bien difficile d'apercevoir qu'en formant des vases dont la capacité fut terminée par quelqu'une des mesures linéairës déjà reçues , on se procuroit les moyens d'évaluer la quantité des liqueurs et des grains.

Il ne restoit plus aux commerçants qu'à trouver

l'art d'apprécier les métaux , et les autres corps , qu'il eût été embarrassant et même impossible d'assujettir aux mesures linéaires ou à celles des liquides. Cette découverte , c'est-à-dire l'inventiondes poids et des balances y a dû être beaucoup plus long- temps à foire que celle des mesures ; en effet, le rapport qui est entre le poids et la masse des corps que Ton pèse, ne se présente pas aussi naturellement à l'esprit , que l'application d'une mesure liriéaire aux diffé= rentes parties d'un objet quelconque, ou que l'égalité qu'il y a entre la capacité d'un vase et la quantité de fluide qu'il peut contenir. D'ailleurs , en supposant ce rapport déjà connu , l'invention des instruments propres à en faire usage pour les besoins du Commerce , a dû exiger beaucoup de raisonnements « .

Néanmoins , cette invention une fois trouvée a dû nécessairement contribuer au progrès du Commerce, et occasionner quelque changement dans l'ancienne manière de trafiquer. On n'a pas dû tarder à reconnoître les inconvénients duCommerce par échange. Dans mille occasions , on ne pouvoit pas donner une valeur parfaitement égale à celle des marchandises que l'on vouloit acquérir : rarement un effet équivaut-il parfaitement à un autre. De plus, il n'arrivoit pas toujours que ce dont le

1 L'invention des poids et mesures est attribuée à Phédon, roi d'-Argos* l'an du monde 3437; 869 ans avant l'ère chrétienne.

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vendeur avoit besoia se trouvât chez l'acheteur. Disons encore qu il y avoit plusieurs sortes de marchandises qui ne pouvoient se partager, sans perdre la totalité ou du moins la plus grande partie de leur prix. On a donc été obligé, pour faciliter les échanges, d'introduire dans le Commerce des matières qui, par une valeur arbitraire , mais dont cependant on étoit convenu, pussent représenter toutes les espèces de marchandises, et servissent ainsi de prix commun à tous les effets commerçâmes. La position où se sont trouvées les différentes nations de cet univers, a réglé le choix des matières qu'elles ont employées originairement à cet usage.

Dans certains pays, des morceaux d'une sorte de bois, des coquillages d'une certaine espèce, des fruits, etc., ont servi et servent encore de signes communs et représentatifs du prix des denrées. Il en a été probablement de même dans les premiers temps. Ces sortes de monnoies n'ont dû , au reste , être employées que dans des cantons particuliers y et l'usage n'en a jamais pu être universel.

Les peuples policés auront bientôt senti l'imperfection de ces signes représentatifs. Dès le premier moment de la découverte des métaux, il fut aisé de s'apercevoir qu'ils étoient ce que la nature offroit de plus propre et de plus commode pour le Commerce. Les métaux naissent dans presque tous les climats. Leur dureté et leur soli= dité les met à l'abri des accidents auxquels sont

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sujets les espèces de mon noies dont il vient d'être parlé. On peut aussi les diviser en autant de parties qu'on le juge à propos, sans diminuer en rien leur valeur réelle. Les métaux ont donc été bientôt établis par une convention unanime , comme véritables signes représentatifs de la valeur de toutes sortes d'effets commerçables.

On ne peut pas fixer le temps auquel on a commencé à les foire servir de prix aux différentes marchandises. Il paroît que cet usage remonte, en certains pays , aux siècles les plus éloignés. L'Égypte est vraisemblablement une des premières contrées où cette sorte de trafic a eu lieu , la découverte et la fabrication des métaux étant de la plus haute antiquité çjiez ces peuples.

Cependant, dans les premiers temps où les métaux auront été introduits dans h commerce 7 il n'y avoit que le poids et le degré de pureté qui en déterminoient la valeur. L'acheteur et le vendeur çonyenoient de h qualité et de la quantité de métal qu'il s'agissait d'échanger centre l'effet qui étoit en.vçnte i'acbeteiir donnoit la quantité convenue , et On la'pesoit. C'était donc le poids qui fixoit alors çq q(ue. l'on donnoit de métal, pour le prix des marchandises qu'on acquéroit : Cependant, on avoit aussi égard àu degré de pureté et dç. finesse).' : . ■■vî , *v.

: Qe§ pratiques originaires subsistant encore dans plusieurs pays. A la Chine, Yor ^v l'argent n'ont

point cours comme monnoie, mais simplement comme marchandise. Aussi est-on dans l'usage , lorsqu'on emploie ces métaux en paiement , de les couper par morceaux à proportion du prix des achats ; on pèse, on essaie ensuite chaque métal pour s'assurer de son titre et de sa valeur. Il en est de même dans l'Abyssinie et au Tonquin.

La nécessité de peser, à chaque marché que l'on faisoit , la quantité d'or, d'argent ou d'autres métaux que l'on donnoit en paiement, ne pouvoit être que fort incommode et fort gênante pour le Commerce, et cependant il étoit facile d'y remédier. Il suffisoit que chaque peuple fît imprimer sur chaque morceau de métal une marque , une empreinte , qui en indiquât et en constatât la pureté et le poids. Il falloit aussi convenir de certains termes , pour exprimer ces différentes portions de métaux destinés à servir de signes représentatifs des marchandises. Telle a été sûrement l'origine de la monnoie; mais il est difficile , pour ne pas dire impossible , d'en déterminer l'époque. Si l'on en croit certains auteurs , cette invention appartient à des temps fort anciens. Ils disent que les Assyriens ont été les premiers qui se soient avisés de battre monnoie. Se^on Hérodote , ce sont les Lydiens , et il parok que cette découverte étoit fort' ancienne chez ces peuples. D'autres écrivains reportent l'origine de la monnoie au temps où Saturne et Janus régnoient en Italie. Les annales de la Chine constatent que sous

le règne d'Hoang-Ti , c'est-à-dire près de 2000 ans avant Jésus-Christ , on frappa de la monnoie de cuivre pour la commodité du Commerce.

Quoi qu'il en soit , l'invention des premières es» pèces n'a pas dû demander beaucoup d'efforts , car il y a lieu de penser qu'elles ont pu être simplement coulées dans des moules , ou tout au plus frappées au marteau , comme cela se pratique encore pour les monnoies du Japon , et de quelques autres peuples de l'Orient. Ce sont des lingots d'or ou d'argent très grossièrement travaillés, que l'on marque avec le marteau d'une empreinte qui assure leur titre et leur poids. On peut croire aussi qu'anciennement , les pièces de monnoies n'étoient reçues couramment que dans les états où elles étoient frappées , et que lorsqu'on les faisoit passer en paiement dans d'autres contrées , on étoit alors dans l'usage de les peser.

L'histoire du Commerce chez les Grecs présente également une image fidèle de ces diverses gradations : l'invention des mesures , puis des poids et des balances, et l'introduction des métaux dans le Commerce ; cependant il est difficile d'assigner le temps où l'on s'en est servi .

11 est de même impossible de pouvoir déterminer d'une manière précise l'époque à laquelle l'usage de la monnoie s'est introduit chez eux : les anciens ne sont pas plus d'accord à cet égard, que sur l'auteur de cette invention. Les uns én font honneur à

Èrichtonius , quatrième roi d'Athènes. D'autres rapportent Fart de battre monnoie à Phédon , roi d'Argos. Il y en a aussi qui l'attribuent aux Eginètes , mais sans fixer d'époque. Toujours paroît-il certain que les premières monnoies mises dans le Commerce par les Grecs n'étoient que de cuivre et sans empreinte. Comme il n'y avoit aucune raison de les marquer des deux côtés, il est à présumer que , dans l'origine de la gravure des monnoies , on n'employa qu'un seul type et qu'une seule marque pour prévenir la fraude , et pour leur donner un caractère légal. L'art du monnoyage s'étant perfectionné , on orna le second coté des monnoies jd'une tête ou de quelque autre symbole. Les Grecs mettoient sur ces pièces des hiéroglyphes énigmatiques qui étaient particuliers à chaque état ou à chaque province. Les Delphiens y représentoient un dauphin ; les Athéniens une chouette ; les Béotiens un Bacchus avec une grappe de raisin et une grande coupe ; les Lacédémoniens un. bouclier; d'autres aussi avaient leurs signes particuliers. , ~ .

Quant à leur manière de compter, elle étoit, comme celle de presque tous les autres peuples, par drachmes, par ruines et par talents; mais la valeur de ces trois espèces de monnoies étoit diffé^ rente dans chaque état. i.iuj*. .

Les Romains, sous le règne de Romulus, ne firent , selon Festus , frapper aucune sorte de

monnoie; ils en a voient cependant d'or et d'argent , mais elle leur venoit d'Illyrie, et passoit pour marchandise. Le roi Servius Tullius , fut le premier qui fit frapper une mon noie de cuivre , sur laquelle il mit un bœuf ou une brebis , d'où est venu le terme pecunia, parce que ces sortes d'animaux étoient du nombre de ceux que Ton appeloit pccus , troupeau ; dans la suite on y imprima une tête de Janus , ou une femme armée, avec l'inscription Roma.

Sous les rois, ainsi que dans les premiers siècles de la république, la monnoie de cuivre étoit presque la seule qui servît aux besoins ordinaires de la société. Depuis ce temps, le mot œs,a signifié toute sorte de monnoie , et œrarium , le trésor public. L'argent étoit rare , et d'un prix infiniment supérieur à celui du cuivre. La monnoie de cuivre consistoit en différentes pièces appelées as , semis ou semissis , triens, quadrans , sextans, etc.

lu as romain étoit une grosse pièce de cuivre qui, dans le commencement pesoit une livre, et la JUvre contenoit çlouze onces ; mais il ne resta pas longtemps dans cet état : dès la première guerre punique, on fixa le prix de Vas à deux onces; peu 4e temps après , les Romains, pressés par Annibal, le réduisirent au poids d'une once, et enfin, par la loi Papiria^ il fut fixé à une demi-once , où il resta jusqu'à la fin de la république. Le sentis on semissis étoit d'abord une pièce de six onces, marquée de la

lettre S , qui signifioit semis. Le triens , ou pièce de tome 1. 5

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quatre onces , étoit marqué de quatre gros points en relief : cette espèce* de monnoic s'appeloit à cause de cela , ces signatum .

Leqnadrans, ou quatrième partie de Vas, pesoit trois onces, et étoit marqué de trois gros points. Le sextàns , ou sixième partie de Vas, pesoit deux onces , et avoit pour marque deux points. Ces différentes monnoies de cuivre éprouvèrent les mêmes chaugements et les mêmes diminutions que Vas , chacune à proportion de leur poids et de leur valeur.

; Si l'on en croit Pline, V argent ne commença à être mônnoyé que vers Tan 485 , cinq ans avant la première guerre punique. Mais bientôt, son usage étant devenu général, il avilit le cuivre, qui avoit suffi à la noble médiocrité des anciens citoyens. On Tie parla plus que d'argent; il servit presque seul à- désigner les petites comme les grandes sommes ; on fut dès lors obligé , pour la facilité du Cofaimerce, d'en fabriquer des pièces quidififéroient en ptoids et en valeur , telles que le denier, le -qui* Tiàêré et h sesterce.

Pline nous apprend encore que l'or ne fut mis en mbtffcoié à Rome, que soixante-deux ans après qu'on eut commencé â frapper l'argent. Dans le commencement, Por , moins connu, étoit aussi moins employé : Uiie seule pièce sufâsoit aux besoins de la vie civ'ilë ; c*étoit celle qu'on àppeloit aureus. Mais après' quf l'abondance de la matière en eut accrédité l'usage, on - fabriqua ^ des espèces ; qui - ne -faisoièn t

que la moitié et le tiers de Vaureus; on les appela semissis et tremissis, et pour distinguer Vaureus des autres pièces d'or qui en foisoient partie, on lui donna le nom Rentier ou de solidus, d'où est venue l'origine de notre sol, ou sou.

Sur ces mOnnoies étoient imprimées, comme sur toutes les autres , certaines marques particulières : on y voyoit une tète de la déesse de Rome , un Janus, un Mars , Castor et Pollux, ou d'autres empreintes, avec les lettres qui exprimoient le nombre des deniers d'argent qu'elles valoient.On voit encore aujourd'hui des aureus, dont les uns pèsent à peu près autant que nos louis , et d'autres un peu moins. C'est à cause de ces différentes marques ou figures imprimées sur la pièce de cuivre , d'argent et d'or, que les Latins appeloient ces mon noies : œs signatum, argentum signatum , et aurum signatum.

Comme les monnoies des anciens ont été réduites dans plusieurs circonstances, et que d'ailleurs il est entré plus ou moins d'alliage dans celles d'or et d'argent , il est impossible d'en fiier la valeur , relativement à celle de nôtre monnoic. ' • •

ARTICLE III

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