COMMERCE DE TERRE , COMMERCE DE M*R
Il a dû sé passer quelque temps avant que l'on n'ait pu exercer sûrement et facilement l'un et l'autre : pour le Commerce de terre , il a fallu d'abord inventer l'art de dompter les animaux, et celui de s'en faire servir pour transporter les
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marchandises. Il a fallu ensuite faire des chemins, et pour cet effet, trouver les moyens de vaincre les obstacles que la nature opposoit à la communication des différentes contrées de cet univers; construire des ponts, art si nécessaire pour la facilité du Commerce ; enfin inventer des voitures propres à transporter des fardeaux et les marchandises d'une certaine pesanteur.
H paroît que dès les temps les plus reculés, on fa i soit usage de bêtes de somme pour le transport des marchandises ; on se servoit de chameaux pour les longues traites. La force soutenue de cet animal, sa docilité , le peu de nourriture qui lui est nécessaire, la singularité de sa construction intérieure, au moyen de laquelle il se fait une provision pour plusieurs jours , offrirent aux peuples de l'Orient un moyen de transporter les marchandises les plus pesantes. Sémiramis s'étoit , dit-on , appliquée à faire pratiquer des routes dans toute l'étendue de son empire ; c'est le plus ancien exemple que l'histoire fournisse de pareils travaux ; Hérodote dit que Ménès, un des premiers souverains de l'Egypte , avoit fait bâtir un pont sur un des bras du Nil ; et Diodore attribue aussi à Sémiramis la construction de ce pont magnifique qui traversoit l'Euphrate à Babylone.
Un des plus grands obstacles pour ceux qui se seront mêlés du Commerce par terre aura été la difficulté de trouver les moyens de subsister, et
comment se loger dans leur route. Il falloit que les premiers voyageurs portassent des provisions, pour se nourrir eux et leurs montures. Lorsqu'ils voûtaient se reposer, ils se mettoient probablement le jour à l'ombre de quelques arbres , et la nuit ils se retiroient dans quelques cavernes.^On aura fait ensuite usage de tentes ; chacun portoit la sienne , qu'il faisoii dans l'endroit le plus commode.
A mesure que le Commerce se sera étendu, et que les voyages seront devenus plus fréquents , on aura senti les risques et les désagréments de n'avoir point de gîte assuré. L'esprit du gain aura suggéré alors à quelques personnes l'idée d'offrir leurs mai<sons aux voyageurs , moyennant une certaine rétribution. Cest ainsi qu'il se sera formé dans plusieurs endroits des hôtelleries.
Le Commerce qui se fait par les rivières et par les canaux, doit être compris sous le nom de Commerce par terre. L'un doit être à peu près aussi ancien que l'autre. C'est probablement près des rivières qu'auront été fondées les premières villes : il falloit pourvoir à la subsistance de leurs habitants ; on ne tarda pas à connoître l'utilité dont pouvoient être à cet égard les fleuves et les rivières. La nécessité aura bientôt fourni les moyens d'en profiter
1 A la fin de ce chapitre, nous parlerons avec quelque étendue de l'utilité et de l'origine de la Navigation.
yO ENCYCL0PÉD1B DE i'aNTIQUITÉ.
ARTICLE IV
COMMERCE DES PHENICIENS , DES LYDIXITS ET DES TKOTEKS.
Le pays des Phéniciens, appelé la Palestine, étoit stérile et ingrat; mais ses habitants trouvèrent,dans leur industrie, les ressources que la nature sembloit leur avoir refusées. Ils s'appliquèrent à cultiver les arts , et bientôt ils y firent les plus grands progrès. Les manufactures et les ouvrages de goût sont la partie dans laquelle les Phéniciens paroissent avoir excellé* Le Commerce fut en conséquence l'objet capital de cette nation. Elle passoit dans l'antiquité pour en avoir montré l'art et la pratique aux autres peuples. On lui fait encore honneur de l'invention des poids et des mesures, de l'arithmétique, de l'écriture, de l'art de dresser des comptes et de tenir des registres; en un mot, de tout ce qui regarde la factorerie.
Nous n'entreprendrons pas de détailler tous les lieux où les Phéniciens parvinrent à s'introduire. Leurs premiers établissements furent dans les iles de Chypre et de Rhodes. Ils passèrent successivement dans la Grèce , dans la Sicile et dans la Sardaigne. Ensuite ils se portèrent dans les Gaules, et s'avançant toujours, ils reconnurent la partie méridionale de l'Espagne. Ces peuples sont incontestablement les premiers Navigateurs qui aient pénétré dans cette extrémité de l'Europe.
Encouragés par les plus brillants succès , les
Phéniciens osèrent , vers Fan 1 a5o avant l'ère chrétienne, sortir de la Méditerranée, et, passant le détroit , entrer dans l'Océan. La réussite couronna» la hardiesse de cette entreprise ; ils prirent terre à la côte occidentale de l'Espagne. L'avantage qu'ils eurent de commercer les premiers avec les habitants de cette belle contrée fut très grand. Ils en tirèrent For , l'argent , que ceux-ci possédoient en abondance , et dont ils ne savoient pas profiter. Là ne se bornoient pas encore leurs richesses; sans parler de la cire , du miel, de la poix , du vermillon , etc. , le fer , le plomb , le cuivre et Fêta in , surtout , étoient des objets aussi lucratifs. Tout ce qui se consommoit autrefois de ces métaux passoit par les mains des Phéniciens. Enfin , ces peuples étoient en possession de fournir aux autres nations tout ce qui peut contribuer au luxe et à la magnificence : telle fut la source des richesses immenses qu'ils amassèrent.
Cependant Sidon , la plus considérable et la plus opulente de toutes les villes qu'on connût alors dans la Phénicie, fut entièrement effacée par Tyr, sa colonie. On voit cette ville, peu de temps après Homère , non seulement égaler , mais même surpasser Sidon. Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et les autres prophètes, représentent Tyr comme la ville la plus commerçante et la plus riche qu'il y eût autrefois dans l'univers. Ses habitants joignoient à l'activité et à l'intelligence que demande le trafic maritime , la capacité et la bravoure militaire. Son commerce
J2 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQTJITÉ.
n'avoit d'autres bornes que celles du monde connu Cette ville étoit le centre où tout aboutissoit; et à cet égard, les historiens sacrés et profanes sont parfaitement d'accord
Tant de prospérités attirèrent la jalousie des Assyriens et des Chaldéens ; elles furent terminées par k plus horrible des catastrophes. Nabuchodonosor, souverain de Babylone, marcha contre Tyr, l'an 58o avant l'ère chrétienne. Après treize ans de siège , il détruisit la ville jusqu'aux fondements , et fit passer au fil de l'épée tous ceux qui pouvoient y être restés. Depuis ce désastre , l'ancienne Tyr ne se releva jamais. La longue durée du siège avoit permis à la plus grande partie des habitants de se retirer avec leurs effets les plus précieux , dans une île fort voisine du rivage où Tyr étoit bâtie. Ils s'y
i «r La situation de Tyr , disoit-on à Télémaque, est heureuse pour ■ la navigation. Les Tyriens sont les premiers qui osèrent se mettre » dans un frêle vaisseau, à la merci des vagues , qui domptèrent l'orgueil » de la mer, qui observèrent les astres , qui réunirent tant de peuples que » la mer avoit séparés. Les Tyriens sont industrieux, patients, laborieux, » sobres, ménagers; ils ont une exacte police; ils sont parfaitement d'ao » cord. Jamais peuple n'a été plus constant, plus sincère, plus fidèle , plus * sûr, plus affable à tous les étrangers : voilà , sans aller chercher d'autres m causes , ce qui leur donne l'empire de la mer, ce qui fait fleurir leur » commerce. Si la division et la jalousie se metloient entre eux, s'ils » commençoient à s'amolir dans les délices et l'oisiveté, si les premiers » d'entre eux méprisoient le travail et l'économie , si les arts cessoient » d'être en honneur dans leur ville, s'ils manquoient de bonne foi envers » les étrangers , s'ils altéraient tant soit peu les règles d'an commerce a libre , vous verrier bientôt tomber cette puissance que vous admirez. »
COMMERCE. *]ô
établirent, et cette nouvelle Tyr surpassa beaucoup la grandeur et la puissance de l'ancienne. Elle subsista dans cet éclat jusqu'au temps d'Alexandre , qui l'assiégea , et l'ayant jointe au continent par une chaussée longue d'une demi-lieue, il h prit et la brûla , après avoir fait éprouver aux habitants les traitements les plus barbares.
Carthage, dont on place la fondation vers l'an 890 avant l'ère chrétienne, dut sa naissance à l'ancienne Tyr. Le Commerce étoit , à proprement parler, l'ame de cette colonie phénicienne, son occupation , son caractère propre et dominant , l'objet, en un mot, de toutes ses démarches, tant publiques que particulières. Les personnages les plus éminents dans l'état, ne regardoient point comme au-dessous d'eux , de se mêler du négoce. Ils s'y appliquoient avec autant d'ardeur et d'attention que les moindres citoyens. Le travail avoit donné naissance à Carthage, le Commerce lui donna l'accroissement, et la mit en état de disputer à Rome, pendant bien des années, l'empire du monde.
L'histoire de Carthage ne fournit rien de particulier sur le Commerce de mer de ses habitants , ce que nous avons dit des Phéniciens, convient également à l'un et à l'antre peuple. Seulement, le dernier siècle de cette ville célèbre offre un grand intérêt, parce qu'il contient les trois fameuses guerres puniques, et la brillante expédition d'Annibal.
74 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ. '
On ne doit pas mettre les Egyptiens au nombre dés peuples qui auront fait de bonne heure quelque découverte dans la Navigation. Leur façon de penser , dans les anciens temps , étoit entièrement contraire aux entreprises maritimes. Ils avoient une aversion extrême pour la mer, et regardoient comme impies ceux qui osoieut s'y embarquer. Ces idées leur étoient suggérées par la superstition 1 .
D'autres motifs ont du encore empêcher les premiers habitants de l'Egypte de s'adonner à la Navigation. Cette contrée ne produit point de bois propre à la construction des vaisseaux. Les côtes d'Egypte sont d'ailleurs mal saines, et il y a peu de bons ports. La politique en6n des auciens souverains de ce royaume étoit tellement opposée à ce commerce , qu'ils fermoient l'entrée de leurs ports aux étrangers. Ces peuples avoient pour maxime de ne point sortir de leur pays; ils pensoient, â cet égard, comme on pensoit autrefois à la Chine, et comme on pense aujourd'hui au Japon.
Il n'en a pas été de même des peuples qui habitaient les côtes d'Afrique que baigne la Méditerranée. Plusieurs traits de l'histoire ancienne prouvent qu'ils s'étoient de bonne heure occupés derla Navigation. Cependant , on ne voit pas que les peuples de ces contrées aient jamais eu un Commerce maritime, ni fort étendu, ni fort célèbre.
* Les Perses pensent de même ; encore à présent , ils n'ont point de Commerce maritime, et traitent d'athées ceux qui vont sur mer.
îl nous reste beaucoup plus de lumières sur celui des nations de l'Asie établies près des . bords de la mer Jlouge j les preuveayjue nous en rapportent les historiens , remontent à des temps fort anciens* Ces écrivains s'accordent presque unanimëment à regarder Erytbia comme l'inventeur de la Navigation. Ils placent son séjour vers l'Iduinée , la partie orientale de la mer Rouge, qui avoit été originairement habitée par un peuple nommé Horréens.
Du temps de Job, le principal négoce de ce peuple consistoit en or, en pierres précieuses, eu corail , en perles et autres marchandises de prix. Un pareil trafic, qui n'a que le luxe pour objet, ne laisse aucun, cloute sur l'ancienneté du Com* merce et de la N.yigatipn chez les habitante cette contrée. v
Les premiers habitants de l'Egypte avoient donc peu d'inclination pour le Commerce de mer. Mais Sésostris , qui monta sur le trône vers l'an l65g avant l'ère chrétienne , fit taire leurs motifs et disparoître leurs préjugés. S'écartant des principes qu'avoient suivis les rois ses prédécesseurs, **par rapport à la marine , il fit équiper une flotte des plus considérables; elle étoit, dit-on, de quatre cents voiles. Si l'on en croit les rapports des auteurs de l'antiquité , ce furent les premiers vaisseaux de guerre que ljpn vit paroître. Par le moyen de cette flotte, Sésostris se rendit maître d'une grande partie
76 ENCYCLOPEDIE DE l'àNTIQUITÉ.
des provinces maritimes , et des côtes delà merdes Indes. Son règne fut une époque brillante, mais passagère, pour la marine chez les Égyptiens, et en effet il ne paroît pas que les successeurs de Sésostris soient entrés dans ses vues, ni qu'ils aient continué ses projets. Les écrivains de l'antiquité ne parlent d'aucune entreprise feite en Egypte à cette époque. L'ancienne façon de penser, à l'égard du Commerce et de la Navigation, reprit son empire.
Les Égyptiens continuèrent à donner fort peu d'accès aux étrangers. Les ports de l'Egypte , excepté celui deNaucratis, demeurèrent toujours fermés; ils ne furent ouverts que sous le règne de Psammétique , plus de mille ans après Sésostris. Cependant , quoique l'ancienne Egypte fut peu commerçante , ses peuples néanmoins jouissoient d'immenses richesses. Us en étoient redevables aux exploits et aux conquêtes de leurs premiers souverains ; car ces princes , qui avoient parcouru et subjugué une grande partie de l'Asie , avoient imposé des tributs considérables de toute espèce aux nations qu'ils avoient vaincues.
Vers les derniers temps de la monarchie Egyptienne , les souverains qui montèrent sur le trône ■ ouvrirent enfin les yeux sur l'importance et les avantages du Commerce. Bocchoris, qui régnoiten» vironl'an 670 avant l'ère. chrétienne^ publia des lois très sages sur cet objet. Ses successeurs l'imitèrent.
Amasis, qu'on doit regarder comme le dernier
monarque de l'ancienne Egypte , seconda parjfaitement ses prédécesseurs, en favorisant le Commerce de tout son pouvoir, et. en attirant par ses bienfaits les étrangers dans ses états. Si cette monarchie eût subsisté plus long-temps, il est à présumer que le Commerce maritime y auroit fait de grands progrès. Les Egyptiens auroient appris à la fin à profiter des avantages de leur situation : peu de contrées dans l'univers, étant placées aussi heureusement que se trouve l'Egypte , pour le Commerce. Egalement à la portée de la mer Rouge et de la Méditerranée, destinée, pour ainsi dire, par la nature à servir de centre et de réunion à l'Asie, à l'Afrique et à l'Europe, elle peut embrasser et attirer dans son sein le Commerce de toutes les parties du monde. Mais l'ancienne monarchie des Egyptiens touchoit à sa fin , lorsque ces peuples commencèrent à s'apercevoir de leurs avantages , ils ne purent donc en profiter.
L'histoire ne nous a point conservé sur le Commerce des autres peuples de l'Asie, les mêmes connoissances que sur celui des Phéniciens. On ne peut cependant pas douter que, dans les siècles dont il s'agit , il ne fût très florissant dans plusieurs contrées de cette vaste partie du monde, et particubèrement dans l'Asie -Mineure , ainsi que chez les peuples qui habitoient la petite Phrygie. Tantale , qui y régnoit à l'époque qui nous occupe , a été également renommé et par
78 ENCYCLOPÉDIE DE i/aNTIQUITÉ.
ses richesses et par son avarice sordide : maître d'un grand trésor , il n'osoit y toucher.
Les Lydiens s'étoient de bonne heure adonnés au Commerce. Ils le continuèrent avec tant de succès que Crésus , leur dernier souverain , fut réputé le plus riche monarque de Funivers.
Il est certain encore que le commerce devoit être fort en honneur dans le royaume de Troie. Les richesses de Priatn ne permettent pas d'en douter.
ARTICLE V
COMMERCE DES GRECS y DES ÉGIKÉTES, DES CORINTUIEffS , ETC.
Les meilleurs historiens conviennènt que , vers le temps d'Abraham , quelques colonies sorties de l'Egypte , passèrent dans la Grèce ; et que Ton vit successivement , et dans l'espace de moins d'un siècle, Cécrops, Cadmus, Danaûs, etc., y former dé nouveaux établissements. Ces chefs parvinrent à persuader aux Grecs de se livrer à l'agriculture ; dès lors, on vit le Commerce naître chez ces peuples. Cest à Bacchus, petit-fils de Cadmus , que l'antiquité attribuoit l'invention de tous les règlements relatifs à cet objet. ' ; ' ' '
Originairement le Commerce ne se fa i soit , ainsi que nous l'avons vu plus haut, que par échange, et c'étoit l'estimation qui alors régloit le prix des effets dont on vouloit faire le négoce. Cette façon de trafiquer étoit donc en usage pendant la
guerre de Troie; néanmoins , Homère parle souvent de talents d'or , ce qui donne lieu de croire que les métaux y étoient introduits. A l'égard de la monnoie, il est impossible de pouvoir déterminer le temps auquel on en a fajf usage dans la Grèce.
On ignore également à quelle époque leurs habitants ont appris à se servir de bêtes de somme > pour transporter leurs diverses marchandises. On sait seulement qu'ils avoient très anciennement l'usage des charriots. À l'égard des bateaux , il n'est pas possible de marquer le temps auquel ils s'en sont servis.
De quelque manière que les Grecs pussent exercer leur Commerce intérieur, il a du être long-temps foible et languissant. Ces peuples h'étoient alors, ni assez industrieux, ni assez instruits pour en établir un considérable ; ils n'avoient ni villes, ni états florissants; aussi les Arts et les Sciences n'avpient encore acquis chez eux aucun degré dè perfection. On n'y- ' dultivoit même point les terres. Indépendamment du manque d'iudUstritf, les dangers auxquels les voyageurs étoient expôséV, au* temps héroïques, formoient un obstacle à la circu^ latron et au progrès du Commerce. De toutes parts les chemins étoient infestés de brigands , et on ne pouvoit marcher que bien armé.
Lès Grecs , dont le partage semble ; àvoir été d'empruntèr des autres nations les éléments des
8g encyclopédie de l'antiquité.
connoissacces les plus utiles, pour les perfectionner ensuite , durent à des étrangers les premières notions de l'art de naviguer. Il y a lieu de croire que ce furent les colonies qui firent la conquête de la Grèce, sous la conduite des princes Titans, quiles leur apportèrent.
Les habitants de l'Àttique paroissent avoir été les premiers qui se soient adonnés à la navigation. Ils en furent redevables à Cécrops , qui , à la téte d'une colonie égyptienne, vint s'établir dans cette contrée , i58a ans avant l'ère chrétienne ; mais après la mort de ce prince , ils négligèrent cet art important.
De tous les peuples qui , vers les mêmes siècles, se sont particulièrement livrés au Commerce maritime, les Ëginètes doivent être regardés comme ceux qui s'y sont fait le plus considérer par leur intelligence. On voit , en effet , peu de temps après le retour des Héraclides dans le Péloponèse , ces peuples faire un grand commerce dans la Grèce. Ils venoient débarquer à Cyllène , et se servoient ensuite de mulets pour transporter leurs marchandises dans l'intérieur des terres. L'île d'Égine étoit le centre de tout le commerce de la Grèce , et ses habitants n'étoient parvenus à ce degré de gloire que par leur attention à entretenir des forces navales considérables. Toutefois, le rôle qu'ils ont joué dans la Grèce a été aussi court que brillant. Chassés de leur île par les Athéniens, du temps de Péridès, Van 47 * avant l'ère chrétienne, les Éginètes ne
COMMERCE. Si
jamais se relever de cet échec. Leur puissance navale fut anéantie, et leur Commerce presque éteint.
Après les Eginètes, on peut placer les Corinthiens. Ils se sont fait connoître de très bonne heure, par leurs richesses et par leurs forces maritimes. Difficilement pourroit-on trouver une ville située plus favorablement pour le Commerce que l'étoit Corinthe. Placée sur cette langue de terre , qui joint le Péloponèse au continent de la Grèce, à une distance presque égale des deux mers , cette ville sembloit avoir été destinée par la nature pour servir d'entrepôt à tous les peuples de ces contrées. Les Grecs, autrefois, trafiquoient plus par terre que par mer. Tout le Commerce alors passoit nécessairement par les mains des Corinthiens. C'est ainsi que , dans les temps anciens, ils amassèrent de grandes richesses. Aussi voyons-nous les poètes grecs donner souvent à Corinthe Tépithète d'opulente.
Le génie. et l'inclination des Corinthiens les portoient plutôt au Commerce qu'aux entreprises militaires. Satisfaits d'amasser des richesses, ils ne s'occupoient que des moyens d'en jouir , et de se livrer à tout le luxe et à toute la mollesse que l'opulence peut fournir. Ils s'appliquoient aussi à i rendre leur ville une des plus belles et des plus magnifiques de la Grèce. Corinthe étoit remplie de temples, de palais, de théâtres, de portiques ,
de bains , et de beaucoup d'autres édifices , aussi TOME T. 6
8ï2 ENCYCLOPEDIE DE l'àNTIQUITÉ.
remarquables par la quantité des marbres rares employés à leur construction , que par l'élégance de leur architecture. Enfin, le luxe, l'opulence et la mollesse s'annonçoient à Corinthe de toutes parts , et elle étoit, sans contredit, la ville la plus riche et la plus voluptueuse qu'il y eût dant toute la Grèce.
Athènes, dont les forces maritimes étoient assez considérables, dès le temps de la guerre de Troie , n'est devenue célèbre , par le Commerce et la marine , que depuis la première expédition des Perses <ians la Grèce»
A l'égard des Lacédémoniens , on ne doit pas mettre ces peuples au nombre de ceux qui se sont fait considérer par leur Commerce et par leurs forces navales. L'esprit du gouvernement établi par Lycurgue , h'étoit nullement propre à rendre ces deux sources de prospérité florissantes à Sparte. Le Commerce étoit en quelque sorte banni de cette capitale. Le luxe non-seulement y étoit proscrit , on avoit été jusqu'à interdire aux Spartiates la plupart des arts mécaniques, et personne n'ignore qu'il ne peut y avoir de Commerce dans un état où les arts ne sont, point cultivés , et où l'industrie n'est pas encouragée»
Les choses étoient en cet état lorsque Alexandre parut.' €e grand conquérant aima mieux être le chef des Grecs que leur maître ; à leur tête , il fonda un nouvel empire, sur la ruine de celui des Perses.
Quatre grands événements contribuèrent à la révolution qu'éprouva le Commerce sous ce prince.
Il détruisit la nouvelle Tyr, et la navigation de Syrie fut anéantie avec elle.
L'Egypte* qui, jusqu'alors ennemie des étrangers, s'étoit suffi à elle-même , communiqua avec les autres peuples après sa conquête.
La découverte des In des , et celle de la mer qui est au midi de ce pays, en ouvrirent le Commerce.
Alexandrie , bâtie à l'entrée de l'Ègypte , devint la clé du Commerce des Indes , et le centre de celui de l'Occident /
Apres la mort d'Alexandre , les Ptolomées suivi» rent avec persévérance les vues de ce princes Ils s'en assurèrent le succès, par quelques coups d'au* torité , plusieurs actes de libéralité * et Surtout par la douceur et la justice, qui attirèrent un si grand nombre d'habitante autour d'Alexandrie , que cette ville étonna bientôt < par sa richesse, sa population' et son commerce ; ensuite eu faisant construire , à l'embouchure xlu port d'Alexandrie , le fanal de ^de Pbarps - ouvrage qui y par sa magniflcence auHârtt que par son utilité, a mérité d'être* mis au nombre des sept meivcilles du mondes enfin , en faisant bâtir; sur la eôibe occidentale d« la mer Rouge , et presque sous le tropique , la ville de Bérénice , qui devint bientôt l'entrepôt du Corn* merce avec l'Inde. - <-• ••!• ; .\>
Mais tandis que èefe souverains travaiUoienT/ i
l'envi les ans des autres ,à assurer les avantages du Commerce de l'Inde à leurs sujets , il s'éleva dans TOccident une puissance qui leur fut également fatale. Les Romains, parla rigueur de leurs institutions militaires et la sagesse de leur conduite politique , s'étant rendus maîtres de toute l'Italie et de la Sicile , renversèrent bientôt la république de Cartbage , soumirent la Macédoine et la Grèce , étendirent leur empire jusqu'en Syrie ; et tournèrent leurs armes contre l'Egypte , le seul royaume qui restât de ceux qu'a voient établis les successeurs d'Alexandre-le-Gra nd.
Après une suite d'événements qui n'entrent pas dans le plan de ces recherches sur l'ancien Commerce du monde , l'Egypte fut annexée à l'empire romain , et réduite eji province romaine par Auguste. Comme ce prince en coixnoissoit toute l'importance , il la rangea au nombre des provinces immédiatement soumises à l'autorité impériale , par une suite de cette prévoyante sagacité , . qui étoit dans: son caractère, et employa différentes précautions pour s'en assurer la possession'- {Jette extrême sollicitude venoit probablement de > ce qu!il regardoit l'Egypte , non seulement comme un dps principaux greniers , d'où dépendoit la subsistance de la capitale, mais comme le siège de ce Commerce lucratif , qui a voit accumulé, dans les mains de ses anciens monarques , ces grandes richesses , l'envie et l'admiration des autres princes, et qui,
versés dans les trésors de l'empire, produisirent à Rome des changements considérables dans la valeur des propriétés et dans les mœurs de cette république.
La conquête qu'elle fit de l'Egypte ne dérangea pas la marche du Commerce que ce royaume foi soit avec l'Inde; il s'accrut même par la protection des Romains et la grande consommation qu'ils faisoient des marchandises que l'on en tiroit. En effet , Rome enrichie des dépouilles et des tributs de presque tout le monde connu , avoit pris le goût des jouissances du luxe; et l'on a toujours vu que c'est chez les nations où ce goût a pris faveur, que les productions de FInde ont été de tout temps le plus estimées. Lorsque les Romains s'emparèrent du Commerce de l'Inde , ils étoient arrivés à ce degré de civilisation où les hommes saisissent avec avidité tout ce qui peut ajouter aux plaisirs delà vie, aussi avoient-ils tous les goûts fantastiques, nés du caprice et de l'extravagance des richesses. Ils ne pouvoient qu'être extrêmement flattés de tous ces nouveaux objets de jouissance, que l'Inde leur fournissent en si grande abondance. Il paroît que les productions de ce pays, tant naturelles que factices, étoient à peu près les mêmes qu'aujourd'hui mais les goûts des Romains ne ressembloient pas , à beaucoup d'égards , à ceux de nos jours , et par conséquent leurs demandes dévoient différer des nôtres.
86 ENCYCLOPÉDIE DE l' ANTIQUITÉ.
Pour en donner une idée, et alors faire connoître en quoi consistait le Commerce entre l'Europe et l'Inde au temps des Romains , nous ferons quelques remarques sur les quatre grands objets d'importation générale de l'Inde : sur les Aromates , les Pierres précieuses , les Perles et la Soie.
D'après les cérémonies du culte religieux de l'ancien paganisme, le nombre incroyable de ses divinités et des temples qui leur étoient consacrés , la consommation de l'encens et des antres aromates employés dans toutes les fonctions sacrées , a dû être considérable ; mais la vanité des hommes, encore plus que leur piété, occasionnoit un très grand usage de ces substances odoriférantes. Cétoit là coutume des Romains de brûler les ca= davres de leurs morts , et pour le faire avec magnificence , il falloit couvrir des parfums les plus coûteux, non -seulement le corps, mais le bûcher funèbre sur lequel il étoit étendu. Aux funérailles de Sylla, on répandit sur son bûcher deux cent dix charges d'aromates. On dit que Néron, aux obsèques de Poppée, brûla plus de canelle , de civette , de musc et d'ambre gris que n'en produisent dans une année les pays d'où on les tiré> « Nous consumons avec les corps des » morts, dit Pline, des monceaux de parfums, » nous les offrons aux dieux , et nous les leur of- » frons en quantité. »
Les pierres précieuses semblent avoir été moins
recherchées des Romains que les autres objets qu'ils tiroient de l'Orient. Ne pouvant être d'aucune utilité réelle , leur prix est absolument proportionné à leur beauté et à leur rareté , et monte toujours très haut, quelque modérée qu'en soit l'estimation. Mais parmi les nations où le luxe a fait de grands progrès , lorsqu'on ne les regarde pas^ seulement comme un ornement, mais aussi comme une distinction, l'opulence et la vanité se les disputent avec tant d'empressement, qu'il n'y a plus de bornes à leur valeur. Quoique l'art de tailler les diamants ne fut pas connu des anciens, ils en faU soient, aussi bien que nous, un très grand cas.
La valeur relative des autres pierres précieuses varioit suivant la diversité des goûts et les caprices de la mode. La liste immense que Pline nous en présente, et l'attention scrupuleuse avec laquelle il peint leurs nuances et leur assigne un rang , prouve avec quel empressement les Romains cherchoient à se les procurer.
Mais de tous les objets de luxe , les anciens semblent avoir préféré les perles. Leur usage a existé d'abord dans l'Inde et dans différentes contrées de l'Asie; ce furent probablement les Phéniciens qui les répandirent par le Commerce. Cependant elles ne paroissent pas avoir été connues , chez les Grecs dès les temps anciens. Ni Homère , ni Hérodote n'en font mention. Théophraste ignorait encore leur nature , puisqu'il les prit pour des pierres
88 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQJCITÉ.
précieuses. Toutefois il y a lieu de croire qu'elles se répandirent principalement dans la Grèce, après la guerre des Perses et après les conquêtes d'Alexandre ; et en effet leurs monuments nous font voir qu'on en ornoit avec profusion le cou, les bras et les oreilles.
Le goût des perles s'étoit introduit dans l'Asie- Mineure, après la conquête de la Lydie par Cyrus. Les habitants de la Syrie, les Hébreux voisins du golfe Persique, où se pèchent les plus belles, ont dû les connoître de bonne heure.
Malgré le voisinage de la mer Rouge et le Commerce qui a dû s'établir très anciennement avec les Indes , il ne paroît pas que les anciens Egyptiens les aient recherché .: elles ne sont indiquées chez eux par aucun de leurs monuments ; mais après les conquêtes d'Alexandre , lors de la domination des rois macédoniens, le luxe fut porté au plus haut degré, et leur usage regardé comme un des princi» paux objets de ce luxe. Cléopâtre, la dernière princesse de la dynastie des Lagides , est figurée avec un ornement de perles triangulaires, sur des médailles qui se trouvent dans le Cabinet des Antiques.
Les perles furent très en faveur sous les empereurs. Pline dit avoir vu , non dans une cérémonie publique, mais à un souper de fiançailles très ordinaire , Lollia Paulina , qui depuis devint la femme de Caligula , toute couverte d'émeraudes et de perles ; sa tête , ses cheveux , sa gorge ,
ses oreilles , son cou y ses bras , en étoient chargés : il y en avoit pour quarante millions de sesterces. Caligula étoit lui-même passionné pour le luxe des perles, et il en fit dissoudre, dans du vinaigre, comme avoient fait Qéopâtre et Qodius, fils du tragédien AEsopus, afin d'augmenter, non l'excellence, mais la prodigalité d'un festin. Elles étoient du nombre des présents que Ton faisoit aux dieux; et entroient aussi dans la garniture des vêtements. Tout le monde voulut en avoir, comme aujourd'hui tout le monde veut avoir des diamants. Pline dit que les Indiens et les Arabes retiroient tous les ans de l'empire Romain un produit immense par la vente qu'ils en faisoient.
Une autre production de l'Inde fort recherchée à Rome, étoit la soie , et quand on pense à combien d'étoffes elle peut être employée, et combien elle a ajouté à l'éclat de la parure et de l'ameublement , peut-on s'étonner du cas qu'en faisoit un peuple livré au plus grand luxe ?
Le prix de la soie étoit excessif ; aussi fut-elle regardée comme un objet de luxe coûteux et trop délicat pour les hommes ; l'usage en fut borné aux femmes d'un rang et d'une opulence distingués. Cependant on n'en fut pas moins empressé à se le procurer, surtout lorsqu'à l'exemple du dissolu Héliogabale, les hommes l'employoient dans leurs habillements.
Néanmoins la maîtresse de l'univers dédaigna de
s'enrichir autrement que par les tributs qu'elle im^ posoit aux nations vaincues; elle se contenta de fa= voriser le Commerce des peuples qui le faisoient sous sa protection. La navigation qu'elle entretenoit pour tirer les grains de l'Afrique , les épices , les pierres précieuses et la soie de l'Inde , ne peut être regardée que comme un objet de police et de luxe.
Le siège de l'empire transféré à Bysance n'apporta par conséquent aucun changement au Commerce des Romains ; mais la situation de cette ville, rebâtie par Constantin sur le détroit de THellespont, lui donna encore plus d'étendue. Il se soutint longtemps depuis sous les empereurs grecs, et même il trouva grâce devant la politique destructive des Turcs.
La chute de l'empire d'Occident par l'inondation des peuples du nord , et les invasions des Saxons anéantit tout Commerce, Sciences et Arts , sous le joug des barbares.
Les auteurs éclairés sont d'avis que les aromates de tous les genres ne faisoient point partie des productions de l'Arabie , mais qu'elles y arrivoient de l'Inde. Les ob« servations faites. dans les temps modernes, viennent à l'appui de cette assertion. L'encens d'Arabie, quoique reconnu comme l'une des plus précieuses, et particulières à ce pays, est cependant d'une qualité inférieure à celui qu'on y apporte de l'Orient. C'est de cette dernière contrée surtout que sont formés les envois considérables que les Arabes font de cette marchandise dans les différentes
province* dePAsie.Ce n'est pas sans raison que nous citons l'importa lion des aromates comme l'une des branches les plus considérables de l'ancien Commerce de l'Inde.
L'art de faire des parfums a été porté par les Romains à la plus rare perfection. Pline dit que cet art n'étoit pas connu du temps de la guerre de Troie, et qu'on ne les rechercha que vers Darius C^doman , roi des Perses. Cependant il est certain que cet usage remonte plus haut, et qu'on en trouve des vestiges dans Homère. Quoi qu'il en soit, les Romains en firent un tel abus que, non contents de se parfumer les cheveux et toutes les parties du visage, ilsoignoient aussi leurs pieds d'essences et de parfums les plus rares. Ils les prodiguoient même sur leurs habits, leurs lits, les murailles de leurs maisons, et c'est surtout dans leurs festins qu'ils les ménageoientle moins. L'eau même avec laquelle se lavoientles conviés étoit parfumée; enfin, dans leurs débauches de table, les parfums étoient autant un préservatif contre l'ivrognerie, qu'un objet de sensualité , et il n'y avoit pas jusqu'à leur vin qui n'en fut mêlé.
On appelle pierres précieuses celles à qui leur dureté, leur transparence, leur éclat, leurs couleurs et leur rareté ont fait attacher un prix considérable dans le Commerce. C'est en raison de ces qualités , plus ou moins dominantes , que Buffon leur a assigné divers rangs. Cet écrivain , met au premier rang le diamant , le rubis, la topaze, et le saphir; et au second rang Y améthyste, le grenat 9 Y hyacinthe, Yémeraude, Y opale, Y agate et le porphyre.
Les vraies pierres précieuses doivent avoir delà transparence et de la dureté; c'est surtout par cette qualité qu'elles diffèrent du cristal.
Toutes se trouvent, ou dans le sein de la terre, ou dans le lit de quelques rivières au sable desquelles
Q3 ENCYCLOPÉDIE DE l'àNTIQUITÉ.
elles sont mêlées; elles ne peuvent pour l'ordinaire être reconnues que par ceux qui sont habiles à les chercher. C'est surtout des Indes orientales que proviennent les plus dures et les plus estimées. Les îles de Bornéo , les royaumes de Bengale et de Golconde , de Visapour et de Pégu , ainsi que l'île de Ceylan , en fournissent assez abondamment. Quant à celles qu'on trouve dans les autres parties du monde , elles n'ont communément ni la dureté, ni l'éclat, ni la transparence des pierres précieuses qui viennent de l'Orient. C'est là ce qui a donné lieu à la distinction que font les joailliers et les lapidaires, des pierres orientales et des pierres occidentales, distinction qui n'est fondée que sur leur plus ou moins de dureté. Ainsi , quand un lapidaire, dit qu'une pierre précieuse est orientale, il ne faut point imaginer pour cela qu'elle vienne réellement d'Orient, mais il faut entendre que sa dureté est la même que celle des pierres de la même nature qui viennent de ces climats.
Il paroît , en général , que les climats les plus chauds sont plus propres à leur formation que les autres, soit que la chaleur du soleil y contribue , soit que la nature du terrain y soit plus appropriée, les sucs lapidifiques plus atténués et plus élaborés.
Les pierres précieuses varient pour la couleur. Le diamant est blanc; le rubis d'une couleur plus ou moins rouge; la topaze, jaune; le saphir, d'un bleu velouté; Vainéthyste, de couleur violette tirant sur le pourpre; Vémeraude, d'un vert suave et velouté; Yopale joint au feu de l'escarboucle le pourpre de l'améthyste , le vert éclatant de l'émeraude , le bleu du saphir; enfin, c'est une pierre irisée dans toutes ses parties ; Vagate a très peu de transparence ; les plus rares sont d'un blanc mat , d'un bleu clair et d'un jaune rougeâtre ; le lapis est bleu.
d'azur, parsemé de veines et de paillettes d'or ; le jaspe est opaque et très dur; ses couleurs varient beaucoup; la cornaline , rouge, blanche , jauue ; le marbre , blanc , vert, noir, rouge; Y albâtre , d'une blancheur éclatante, et plus facile à tailler que le marbre; et le porphyre , d'un rouge moucheté de blanc, et très estimé par sa dureté.
Le diamant est la plus compacte, et par conséquent la plus dure de toutes les productions de la nature. Il doit être sans couleur, comme l'eau , quoique Ton en trouve quelquefois de coloré; il entame tous les autres corps , et ne peut l'être que par lui-même; s'il a sur eux de l'avantage , il en est redevable à cette extrême dureté, puisque c'est elle qui lui procure ce feu étincelant dont il paroît pénétré. 11 a la propriété phosphorique et électrique, étant exposé quelques heures aux rayons du soleil , ou après avoir rougi quelque temps dans un creuset bien luté.
11 est électrique , en ce qu'il attire à lui la paille, les plumes, les feuilles d J or, le papier , les cheveux , les poils d'animaux , et surtout le mastic quand on l'a échauffé par le frottement.
La forme la plus belle de sa cristallisation est octaèdre on pointe.
Le diamant se tire de la mine ordinairement brut, et ressemble à un simple caillou; on n'enrencontre point ordinairement auxquels la nature ait donné la taille, c'est-à-dire qui soient polis sans que l'art y ait concouru , et dont les surfaces soient régulièrement formées; mais il s'en présente cependant quelquefois où elle paroît in diquée , et qui ayant roulé parmi les sables dans le lit des rivières rapides, se trouvent naturellement et toutà-fait transparents; quelques-uns mêmes sont facetté*. (k;s sortes de diamants brutes se nomment bruts ingénus,
g4 ENCYCLOPÉDIE DE i/àNTIQUITÉ.
et lorsque leur figure est pyramidale et se termine en pointe , on les appelle pointes naïves.
Il n'y a pas d'apparence que les anciens aient connu et recherché d'autres diamants que ces derniers; les quatre qui enrichissent l'agrafe du mànteau de Charlemagne, que l'on conserve au trésor de Saint»Denis , ne sont que des pointes naïves. Tout imparfaits qu'étoieotles diamants que la nature avoit ainsi formés on ne laissa pas de les regarder comme ce qu'elle offVoit de plus précieux, et Pline remarque que pendant long-temps il n'appartint qu'aux rois, et même aux plus puissants d'en posséder quelques-uns.
Les diamahts se trouvent dans les contrées de l'un et de l'autre continent; mais les mines les plus renonrfiuéc* sont: Coulour, à sept journées à l'est -de Gokonde; Raolconda , à huit ou neuf journées de Vîsapourj Lâtawar et Sotimelpour au Bengale j il y en a aussi dès mines abondantes dans l'île Bornéo, dans le Brésil et à Maîaca.
Les anciens avoient reconnu dans le diamant \& vertu d'entamer toutes les autres pierres précieuses, sans exception, et cependant, ils n'avoient pas trouvé qu'il faisoit le même effet sur lui-même j cè n'est' qu'en- 1476 , tju'un jeune homme, nommé Louis de Berqueh , natif de Bruges, trouva l'art de le tailler, au moyen de l'égrisée.
Les diamants les plus beaux , leS plus rares et léS plus chers , Sont ceux qui joignent à une belle forme dé .là hauteur et du fohd ; qui sont les plus gros et de la ptrrs belle eau , c'ést-à-dirë qui sont lés plus blancs et dont I i couleur ne participe d'aucunecôuleur ëtrangereet sourde, comme celle du feu , de l'ardoise, etc. , enfin , qui sont les plus néts. • ' : : < '
La réglé poUr l'évaluation du diamant, est que sa valeur croît selon le carré de son poids. Ainsi , que l'on ! sup= pose nù diamant brut àc deux carats, à deux louis lé
COMMERCE. q5
carat; multipliez deux par deux , qui font quatre , ou le carré de son poids; ensuite multipliez quatre pâr deux, cela donnera huit louis, qui seront la vraie valeur d'un diamaut brut de deux carats.
Si Ton veut évaluer pareillement un diamant taillé, il faut doubler son poids après la taille; parce que la diminution du poids d'un tel diamant aura été de moitié. D'après cette estimation, le prix d'un beau diamant taille du poids d'un carat , sera de huit louis , prix moyen.
Appliquons ces règles de proportion aux plus beaux diamants connus, pour en avoir une sorte d'estimation.
Le diamant du grand- mogol, pesoit brut , 790 carats {•; taillé , il n.e pèse plus que 279 carats !l est d'une eau parfaite ; la forme en est bonne , elle n'a pour défaut qu'une petite glace à Parête du tranchant , au bas du tour de la pierre. Tavernier estime que sans cette glace , il faudroit mettre le premier carat à 160 fr. , mais à cause de son petit défaut , il réduit le carat à i5o fr.; et selon cette règle , qui est à peu près la même que celle de Jeffries , joaillier anglais , il fait monter là valeur du diamant du grand Mogol,à 1 1 millions 223,778 livres.
Tavernier estime , d'après les mêmes bases y 2 millions Go8,335 1. le diamant du grand duc de Toscane , qui pèse 139 carats 7 ; i les deux diamants, l'un le Sancy , de 55 carats; l'autre le Régent , de i36 carats 7 qui appartiennent à la couronne dé France, peuvent «"tre estimés de même.
Mais aucun de ces diamants n'est comparable pôUr la grosseur, à celui qui est placé au haut du sceptre de î*em* pcreur de Russie , au-de'ssous de l'aigle : il est d\ine belle eau, fort net, gros comme un œuf de pigeon, et dè forme ovale applatie; il pèse 779 grains ou 195 carats. Ce diamant passe pour avoir formé un dès deux yeux de ta sta* tue de Scheringam, daits lé temple de -Brama-. 1 > .
tfi ENCYCLOPÉDIE DE ^ANTIQUITE.
Rubis, 11 y a des rubis de différentes couleurs , mais celui qu'on recherche le plus doit être ponceau , ou couleur de feu, son rouge velouté, et jeter un feu vif et ardent : quand il est doué de ces qualités, aucune pierre ne lui est comparable , et son prix surpasse même celui du diamant. Ce rubis est sûrement la pierre à laquelle les anciens ont prodigué tant d'éloges; qu'ils noramoient anthrax, carbunculus , ce que nous rendons par le mot escarboucle , nom qui lui venoit de sa ressemblance avec un charbon ardent; on le trouve en Orient , à Cambaïà, Calicut , Corée, Ceyîan. Le rubis du Brésil, quoique d'un beau rouge , est cependant le moins estimé. Le rubis balais est plus agréable, il doit être d'un beau rose,. qui ne soit pas pale, et qui ne tire pas sur la pelure d'oignon, comme on le trouve communément. Le rubis spinel, est un peu orangé, et d'une couleur plus obscure que le rubis oriental.
Saphir. La dureté de cette pierre est supérieure à celle du rubis; son bleu est celui de l'azur ou bleu céleste, ce qui fait que les poètes comparent souvent un beau ciel au saphir. La couleur du saphir est rouge, jaune, bleue et violette ; mais en glyptographie , on n'appelle saphir que Je saphir bleu, qu'on nomme aussi saphir d' Orient; sa dureté est la plus grande après celle du diamant. L'actiou du feu décolore le saphir et le rend absolument blanc : on trouve aussi des saphirs naturellement blancs; leur ressemblance avec le diamant , a donné lieu à la fable des gravures sur diamant. Le plus beau saphir est le saphir d J Orient. ... .
Topaze. Cette pierre précieuse est celle à laquelle les anciens donnoient le nom de Chrysolite. Pline fait de cette belle pierre une description qui ne permet pas d'en douter. Les Romains eu étoient très curieux. Cléopâtre fit présent d'une belle chrysolite à Antoine. Ovide orne
COMMJ&RCE.
de celte pierre le char du soleil dans le deuxième livre de ses métamorphoses.
Le Cabinet des Antiques de la Bibliothèque Royale possède un superbe Bacchus indien, gravé sur une topaze antique ,-. dans celui de l'empereur de Russie se trouve aussi différents portraits d'empereurs et d'impératrices , sur topazes.
Nos plus belles topazes sont celles d'Orient, c'est-à-dire celles qui viennent de l'Inde , et ce sont , selon Voûtes les apparences, ces mêmes chrysolites que les anciens recev oient par la voie de l'Éthiopie, qui étoit alors l'entrepôt duCommerce des parties les plus orientales de l'Asie. Ce que l'on appelle topaze du Brésil , diffère des topazes (? Orient , pour la pesanteur j la topaze de Saxe est beaucoup moins dure que celle du Brésil ».
L'extrême rareté des pierres précieuses, et le vif empressement avec lequel on les recherchoit dans l'antiquité, ne permettant qu'aux personnes riches d'en avoir, l'art, rival delà uature, toujours industrieux dans ses moyens, trouva le secret de les imiter, au point d'en imposer à l'oeil , et de ne pouvoir être distinguées des véritables , que par le, tact et l'expérience des connoisseurs. On employa le verre , on le travailla, on lui allia divers métaux, et en le faisant passer par plusieurs degrés de feu, il n'y eut presque aucune pierre précieuse dont on ne lui fit
' Vers le milieu du dernier siècle , on a découvert au Brésil 1 une espèce de topaze dont là teinte est peu constante et des plus singulières ; cette topaze étant exposée dans un petit creuset rempli de ceridres ; sur un feu gradué . mais jusqu'à faire rougir le creuset, perd sa couleur jaune orangée et y acquiert celle d'un véritable rubis-balais des plus agréables. La topaze du Brésil est souvent d'une couleur sourde , enfumée et d'un jaune sale > on n'en foisoit aucun, cas ayant que le hasard eût présenté cette connoissance à quelquts joailliers.