‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 18 sur 638 · ECOULBMETVT AQUEUX PAR L'OREILLE · texte numérisé non relu

ECOULBMETVT AQUEUX PAR L'OREILLE

Un écoulement de liquide clair, limpide, aqueux par les oreilles, le nez, ou d'autres portions du crâne, accompagne fréquemment les traumatismea graves de la tète, surtout les fractures de la base. L'origine de ces écoulements % été tellement discutée, et leur importance, au point de vue du diagnostic des traumatismes de la tête, a été appréciée de façons si différentes, qne j'examinerai la question avec quelque détail. Observé dès 1727 (1), le phénomène dont je parle demeura longtemps inexpliqué, et il était réservé à Laugier, en 1839, de démontrer par

(1) Van der Wiel, Observ. rariorum centuria prima^ «ta. XV, p. 68, Leyde, 1728.

la dissection que, dans un grand nombre de cas, l'écoulement aqueux par l'oreille coïncidait avec une fracture du rocher et la rupture de la membrane du tympan. Ainsi que l'a fait voir Hewett, les opinions émises sur l'origine de l'écoulement aqueux peuvent être ramenées à deux principales : suivant l'une, le liquide consisterait simplement dans la sérosité du sang ; suivant l'autre, il serait fourni par la sécrétion de quelque membrane. Laugier soutint d'abord que le liquide était constitué simplement par de la sérosité provenant d'un caillot en contact direct avec la fracture. Plus tard, il professa que les vaisseaux déchirés qui longent l'os fracturé, et ceux des parties molles avoisinantes, contribuaient à l'écoulement par une exsudation se-

(1) M€d, Chir, Trans., vol, II, p. 105.

CHARLES B. NANGREDE. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA TÊTE

reuse (1). Chassaignac émit cette opinion insoutenable que les écoulements aqueux, tant par Toreille que par le nez, résultaient de la filtration du sérum du sang à travers les parois éraillées de quelques-uns des sinus veineux en rapport avec Tos fracturé.

On a encore attribué Torigine de ces écoulements à la membrane de l'oreille interne, par suite d'une exagération de la sécrétion du liquide de Cotugno (2), et aussi à la cavité arachnoïde et aux espaces sous-aracbnoïdiens.

Examinant ces opinions en détail, je dirai, en premier lieu, que l'analyse pratiquée par Chatin (3) prouve que le liquide écoulé contient seulement une trace d'albumine, et une grande quantité de chlorure de sodium ; j'ai moi-môme vérifié le fait. La théorie du sérum sanguin est ainsi écartée.

Quand le trait de la fracture du rocher n'intéresse pas le conduit auditif interne, mais que la fissure traverse l'oreille moyenne et l'oreille interne, en déterminant la déchirure de la membrane du tympan et du labyrinthe membraneux, on ne peut certainement affirmer qu'une partie du liquide ne soit pas formée par le liquide de Cotugno, quoique son abondance tende à contredire celte opinion (4). En outrQ, des anatomistes compétents ont disséqué plus d*une pièce, sur laquelle il n'existait ni fracture ni communication anormale entre les deux cavités, bien que le sujet eût présenté un écoulement aqueux considérable par l'oreille. Voici un de ces faits :

Un homme fit une chute d'environ 20 pieds, dans laquelle la tète porta ; il en résulta une plaie du cuir chevelu, à la partie supérieure et postérieure de la tète, sans dénudation de l'os. Quand le blessé entra à THôpital Saint-Georges, il s'écoulait par l'oreille un liquide sanguinolent, qui, le lendemain matin, était rosé et s'éclaircit peu à peu ; cet écoulement se faisait avec une telle abondance qu'en une heure on en

(1) Laugier, Archives gén. de médecine^ 4« série, t. VIIJ, p. 413. Laugier {ibid., p. 386) déclare qu'il avait noté l'existence de Técoulement aqueux par l'oreille dès 1835.

(2) Marjolin, Dict. de méd,,2* éd., t. XXIX, p. 570.

(3) Ibid. Claude Bernard a aussi montré que le liquide cérébro-spinal et le liquide de l'écoulement qui accompagne les fractures du crâne contiennent souvent une trace de sucre. Il y a si peu d'albumine que ni la chaleur ni l'acide nitrique ne déterminent de coagulation nette, mais seulement un état nuageux ou un peu d'opacité.

(4) Robert {Arch. gén, de médecine^ 4« sér., t. IX) rapporte un fait où le blessé perdit 1000 grammes de liquide par l'oreille en soixante-six heures.

recueillit soixante grammes. Le troisième Jour, il diminua et devint purulent. La quantité de liquide avait été assez grande pour souiller roreiller et obliger à mettre des serviettes sous la tète. Le blessé ayant succombé le septième jour, sir P. Hewett (1) et M. H. Gray examinèrent la pièce plusieurs fois, mais ne constatèrent ni fracture ni communication anormale entre l'oreille moyenne et Toreille interne; mais la membrane qui tapisse la caisse du tympan et les cellules mastoïdiennes était « fortement vaecularisée et recouverte d*une sécrétion muco-purolente, tandis que la membrane du tympan était le siège d'une rupture étendue à sa partie antéro-inférieure... La membrane qui tapisse les cavités de l'oreille interne était normale sous tous les rapports. »

Que certains de ces écoulements aqueux abondants proviennent des espaces sous-arachnoîdiens, — c'est-à-dire soient constitués par du liquide cérébro-spinal, — c'est là une chose incontestablement prouvée à la fois par l'analvse chimique, la dissection, et les expériences sur le vivant (2) et sur le cadavre. Robert a, je crois, été le premier à étudier complètement le sujet et à l'établir sur une base solide.

Pour permettre l'issue du liquide cérébro-spinal par l'oreille, la fracture doit traverser le conduit auditif interne, pénétrer dans la caisse du tympan, en même temps déchirer la gaine méningienne qui enveloppe le nerf de la septième paire dans le conduit auditif, et faire éclater la membrane du tympan. 11 existe au moins une pièce, disséquée par Hewett, qui prouve que la gaine tubulée de l'arachnoïde enveloppant les nerfs peut être déchirée, dans une fracture, suivant le trajet que je viens d'indiquer (3).

On voit donc qu'un écoulement aqueux abondant par l'oreille peut coïncider avec une fracture comme celle que j'ai décrite, auquel cas il s'agit certainement du liquide cérébro-spinal; et qu'un écoulement également abondant peut avoir lieu sans fracture ni lésion de l'oreille interne. De quelle valeur sont donc, au point de vue du diagnostic, ces écoulements aqueux abondants? Bien qu'il se présente des cas où un écoulement

(1) P. Hewett, op. ci/., vol. I, p. 593.

(2) Robert [loc. cit.) dit que même une déchirure de la dure- mère qui tapisse le conduit auditif interne au point où l'arachnoide se réfléchit sur les nerfs peut permettre l'exsudation du liquida cérébro-spinal.

(3) Robert {loc, cit.) rapporte un second fait de dissection minutieuse d'une fracture du rocher où Ton découvrit une déchirure du prolongement infundibuliforme de Tarachnoide au fond du conduit auditif interne; pendant la vie, du liquide aqueux s'était écoulé par l'oreille.

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