‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 185 sur 638 · CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

CONJONCTIVE

Anatomie.

Si l'on pratique une coupe verticale sur la conjonctive, on trouve trois couches : Fépithélium, la tunique propre de la conjonctive et le tissu cellulaire sous-conjonctival. On observe en ootre des vaisseaux sanguins et lymphatiques ainsi qu'un riche réseau nerveux.

L'épUhélium de la conjonctive palpébrale se compose de deux couches de cellules. La couche supérieure est formée de cellules cylindriques, au-dessous desquelles il existe une seule assise de cellules rondes aplaties. Dans sa portion tarsale, la conjonctive présente une zone transversale de plis et de sillons plus ou moins profonds. Sur une coupe perpendiculaire ces sillons simulent des glandes utriculaires.

La tunique propre de la conjonctive, support de l'épithélium, se compose de l'unique couche que la conjonctive possède encore à sa portion tarsale, point dans lequel la couche sous-muqueuse fait défaut. Le tissu propre de la conjonctive est constitué par un réseau de fibres à fines mailles, au point d'entrecroisement desquelles sont de nombreux noyaux; on n'y observe que peu défibres élastiques. Les espaces compris dans ce réseau sont remplis d'une assez grande quantité de corpuscules lymphatiques. Qaant au tissu sous-conjonctival, qui ne se montre qu'au moment où la conjonctive abandonne le tarse, il est formé des mailles moins entrelacées du tissu propre de la conjonctive, enfeutrées de cellules lymphoïdes et d'abondantes fibres élastiques.

Nous devons encore dire un mot sur ce qu'on entend dans la conjonctive par papilles, follicules lymphatiques, glandes et corpuscules de Krause. Us papilles de la conjonctive sont formées par les élevures et les sillons de la conjonctive tar-

sale, mais, en réalité, il ne s'agit pas d'autre chose que de plis transversaux de la muqueuse.

Comme follicules lymphatiques , on doit envisager l'infiltration lymphoîde qui s'accuse surtout par places, pour constituer des agglomérations qu'enveloppe un tissu cellulaire plus serré. Toutefois, d'après Waldeyer, la conjonctive ne renfermerait pas chez l'homme de véritables follicules.

Krause a indiqué dans la région des culs-desac l'existence de glandes acineuses occupant le tissu sous-conjonctival et présentant un petit canal excréteur qui aboutit à la couche épithéliale. De petits replis de la couche épithéliale situés au voisinage du bord de la cornée ont aussi été signalés comme des glandes par Manz. Enfin, citons encore les renflements terminaux des nerfs de la conjonctive, connus sous le nom de corpuscules de Krause, que Ton observe uniquement près de la cornée et sur la conjonctive bulbaire.

Les vaisseaux de la conjonctive sont plus ou moins développés, suivant les régions. Tels sont ceux qui forment l'anneau conjonctival, ceux de la caroncule et de ses environs, enfin ceux qui rampent dans la zone des sillons de la conjonctive tarsale. Sur la conjonctive sclérale, il faut distinguer deux réseaux : le plus superficiel, qui est situé dans le tissu propre de la conjonctive, le plus profond dans le tissu sous-conjonctival (épiscléral).

Un petit nombre seulement des affections conjonctivales donnent lieu à une intervention chirurgicale, nous n'aurons donc à étudier que quelques-unes des maladies de la conjonctive, parmi lesquelles le symblépharon^ le ptérygion et les tumeurs présentant, au point de vue opératoire, une importance toute particulière.

SYMBLÉPHARON.

U symblépharon consistant en un accotement des paupières au globe oculaire peut être in- ^^let ou complet,

lorsqu'une paupière est incomplètement ^^UQie à la portion correspondante de l'œil, ce ^!n)blépharon incomplet est encore susceptible ^^ se présenter sous deux variétés : dans l'une, '® symblépharon apparaît sous la forme d'une

bride plus ou moins étendue, unissant la conjonctive palpébrale au bulbe, mais laissant le cul-de-sac conjonctival libre, de façon qu'une sonde peut traverser celui-ci, si on la fait glisser au delà des parties anormalement réunies ; il s'agit alors d'un symblépharon antérieur. Dans la seconde variété, le cul-de-sac conjonctival a surtout été compris dans la réunion vi-

264 MASSELON. — MALADIES CHIRURGICALES DE L'OEIL ET DE SES ANNEXES. \ZJ

cieuse qui a laissé intact le bord palpébral. Le symblépharon postMeur qui en résulte sera nécessairement moins favorable pour le succès d*un traitement.

Le symblépharon est souvent la conséquence de brûlures, en particulier produites à la suite de la pénétration dan s l'œil de chaux ou d'acide sulfurique ; des ulcérations de la conjonctive palpébrale et bulbaire, comme on l'observe par exemple dans la conjonctivite diphthéritique, produisent le même accident. Lorsque le symblépharon est la conséquence d'une destruction superficielle de la muqueuse qui s'est épaissie et hypertrophiée dans les points où s'est produit l'accolement, on le qualifie alors de sarcomateux. Mais si la destruction de la conjonctive a été profonde et même complète, le symblépharon est membraneux ou fibreux.

Il importe donc, au point de vue du pronostic, de bien distinguer entre ces diverses variétés, attendu que la gravité du symblépharon est en

rapport avec son étendue, avec son siège àa^m les parties les plus reculées du cul-de-sac p ^ pébral et avec la profondeur de la destructif de la conjonctive.

Une opération n'est réclamée pour le symfa^ j; pharon, qu'autant que la vision en est gên^é; soit directement par la fixation de la paupi^i^ au-devant de la cornée, soit indirectement par l'obstacle qu'il apporte aux mouvements de l'œil.

Les procédés opératoires dirigés contre le symblépharon, que nous indiquerons plus loio, consistent à interposer par la greffe un lambeao de conjonctive que l'on emprunte à l'œil même, si une suffisante portion delà muqueuse a été respectée, pour le faire glisser au-dessui do symblépharon, ou que l'on détache sur une antre partie du corps ou sur un autre sujet, dans le cas où la conjonctive a été trop largement détruite.

PTÉRYGION, PTÉRYGOIDE.

Le ptérygion résulte d'un amas de plis formés par la conjonctive et figurant un triangle, dont le sommet s'applique sur l'anneau conjonctival ou sur la cornée même, et dont la base est tournée vers le cul-de-sac conjonctival.

On distingue dans le ptérygion ou onglet la tête, qui repose sur la cornée, le corps, qui s'étale sur la sclérotique, d'ordinaire suivant la direction du méridien horizontal, et le col, souvent peu attaché, qui relie le corps et la têle. Latêlc du ptérygion peut exceptionnellement gagner le centre de la cornée, qu'elle ne dépasse jamais.

Selon que le ptérygion offre un certain degré d'inflammation et par suite de boursouflement, ou qu'il n'est le siège d'aucune irritation appréciable, on aura affaire à un ptérygion vasruluire rkarnUf sarcomateux, ou à un ptérygion tenu ou membraneux.

Le ptérygion se rencontre le plus habituellcmetil dans la direction du muscle droit interne; il est plus rare de l'observer en dehors, en haut ou en bas, mais là encore il suit la direction des muscles droits.

Pour ce qui concerne Tétiologie du ptérygion, cette aiïection, suivant Horner, doit être rattachée à l'existence préalable d'une pinguicula, celle-ci résultant elle-même de la vascularisation avec épaississement et plissement de la conjonctive. C'est de l'attraction sur la cornée de la pinguicula que nait le ptérygion. Quant à

cette attraction, elle est due à ce que la pinguicula forme en se développant une saillie i>devant du bord cornéen et prépare ainsi oi réceptacle pour les corps étrangers, la pooisière, etc. L'irritation de cette partie, la dénodation de sa couche épithéliale, provoquent oM légère exulcération qui, en se cicatrisant, attire vers elle la pinguicula; celle-ci avance tiofli graduellement sur la cornée à mesure que ces petits ulcères se répètent. Ce déplacement s'trrête lorsque le ptérygion ayant gagné àpeo près le centre de la cornée, raccumulation de corps irritants ne peut plus s'opérer entre laptftie attirée de la conjonctive et la cornée, les corps étrangers et la poussière ne trouvanlplo* une partie déclive où ils peuvent s'amasser et étant alors aisément chassés, de la convexité cornéenne.

Ce qui précède explique pourquoi le ptérygion se montre surtout chez des personnes d'un certain &ge, dont la profession les expose à 1< poussière ou à des vapeurs irritantes ; ce sont des cochers, des maçons, des marins, etc.

Lorsque l'affection résulte, non de l'attraction lente d'une pinguicula, mais de l'union d'an pli conjonctival avec une partie ex ulcérée par on traumatisme ou une inflammation du bord de U cornée, on la désigne sous le nom de ptérygold^* qui présente alors ce caractère d'être stadoii' naire.

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