CAISSE DU TYMPAN. — OTORRHÉE. — TRAITEMENT GÉNÉRAL
pharynx, qui prend un aspect rouge, granuleux. Celte otorrhée gutturale s'observe surtout chez les jeunes enfants; dans ces cas, il n'y a pas de perforation du tympan ; la cloison est épaissie, opaque. On pourrait confondre cette otorrhée avec un catarrhe chronique simple, si Texamen de la gorge ne fournissait pas la clef du diagnostic.
La surdilé n'est pas en rapport avec l'abondance de la suppuration ; elle augmente au contraire par suite de la rétention du pus, quelle qu'en soit la cause ; il en est de même des vertiges et des bourdonnements.
Malgré la perforation du tympan et le facile accès de l'air dans la caisse, l'administration d*une douche améliore l'audition : elle opère sans doute par une action mécanique sur l'appareil conducteur.
Les larges perforations qui permettent un facile écoulement du pus sont plutôt favorables à l'audition, tandis queles petites perforations favorisent la rétention etl'épaississement caséeux.
L'otorrhée est sujette à de fréquentes poussées aiguës, provoquées par un refroidissement, un écart de régime, une période menstruelle. La suppuration se tarit, tout le cortège d'une otite aiguë se représente, avec plus ou moins d'intensité, jusqu'à ce que, au bout de deux ou trois jours, la suppuration reparaisse avec une détente de tous les symptômes. C'est là la cause principale de l'erreur du public qui redoute tant la suppression des suppurations de l'oreille. Il prend l'effet pour la cause ; mais cette erreur ne doit pas être moins énergiquement combattue par le médecin. A la suite de ces poussées, il se produit souvent une aggravation de la maladie, son extension aux parties voisines, des fusées purulentes, enfin, à la longue, des accidents cérébraux mortels.
L'otorrhée n'a pas de tendance spontanée à la guérison ; sa durée peut être indéfinie, qualante et cinquante ans. Très fréquente jusqu'à l'âge de trente ans, elle devient rare après quarante ans. Trœltsch a dit que les otorrhéiques n'atteignent pas un Age avancé. On ne peut admettre, étant donné la marche de la maladie, leur guérison spontanée. En outre les otorrhées les plus rebelles atteignent des indiiridus diathésiques, scrofuleux ou prédisposés à la tuberculose. Presque tous présentent un aspect cachectique qui disparaît quand l'otorrhée est guérie. 11 est donc parfaitement logique d'admettre avec Trœlstchune auto-infection chronique générale de l'économie. Venzel a trouvé des «Itérations des viscères dans 78 p. iOO des cas.
Celle croit que la descendance des otorrhéiques paie un tribut plus lourd à la méningite tuberculeuse.
Traitement général de l'otorrhée.
L'hygiène générale, les soins de propreté, doivent jouer un rôle considérable. Le traitement général s'adressera d l'état diathésique. On prescrira les toniques sous toutes les formes, l'huile de foie de morue, le séjour à la campagne, dans un air pur, les bains tièdes salins ou sulfureux. Les bains de mer doivent être proscrits pendant la durée de l'otorrhée, mais le séjour aux bords de la mer peut être utile.
Il faut s'opposer énergiquement à la rétention du pus et favoriser son écoulement au dehors. Lavages répétés à l'aide d'injections tièdes complétées par des douches, destruction des polypes, végétations du conduit et de la caisse, dilatations des rétrécissements du conduit. La nuit on prescrira le décubitus sur le côté malade.
Les effets des simples soins de propreté ne tardent pas à se faire sentir ; l'odeur repoussante du pus disparaît, l'irritation provoquée par sa présence dans le conduit et sur le méa diminue.
Les lavages de la caisse sont faciles quand ii existe une large perforation de la cloison, mais quand cette dernière est petite, siège dans li; segment supérieur, le liquide injecté pénètre mal, la caisse n'est point lavée. Dans ce cas, il faut recourir à d'autres moyens. La douche d'air pratiquée avec le cathéter ou le procédé de Politzer chasse le pus au dehors. On peut la faire suivre d'une injection de liquide d'après le procédé de Celle ou de Cruber. Ce dernier consiste à introduire le liquide par le nez jusqu'au pharynx, tandis que le malade penche la tête du côté atteint et exécute le procédé de Valsalva ; le liquide pénètre en partie dans la caisse.
Quand ces divers moyens ne sont pas suffisants, nous n'hésitons pas à agrandir la perforation existante ou à en faire une nouvelle, dans le segment inférieur.
Certains malades supportent très mal les injections qui déterminent de la douleur, des nausées, des vomissements et des vertiges. On conseille de faire alors le nettoyage à sec à l'aide de boulettes de coton portées sur un stylet ; ce moyen exige l'action quotidienne du médecin et ne peut, comme les irrigations, être confié à l'entourage du malade. 11 en est de même du
P. GUERDER. — BLESSURES ET MALADIES DES OREILLES
pansement à sec d'YearsIey qui consiste à remplir le conduit, préalablement lavé et nettoyé, avec des boulettes de coton que Von renouvelle tous les jours.
Les liquides employés en injections sont très variables. On préfère généralement de faibles solutions astringentes ou antiseptiques en tête desquelles il faut placer celles d'acide borique, 1 à 2 pour iOOO; acide phénique, i p. iOOO ; sulfate de zinc, de cuivre, hydrate de chloral, 1 à iO : iOO; le nitrate d'argent, 0,50 à 1 : 1000 ; l'alcool, 20 à 50 : iOO. Les bains d'oreille doivent être combinés avec les injections, et employés à doses un peu plus élevées. Le malade penche la tôle du côté opposé, en verse le liquide et on le laisse en contact, plus ou moins longtemps suivant sa nature. Le traitement caustique préconisé par Schwartz, et qui donne souvent d'excellents résultats, consiste dans l'emploi, en instillations, d'une solution concentrée de nitrate d'argent, là5 p. lOir. Après avoir bien lavé et séché le conduit, préparé une seringue contenant de l'eau salée tiède, on instille quelques gouttes de la solution caustique. Dès qu'une réaction un peu vive se manifeste, on fait une injection d'eau salée pour neutraliser immédiatement le nitrate d'argent. La tète du malade ne doit pas être inclinée trop fortement afin d'éviter Técoulement de la solution dans la trompe et le pharynx et d'y produire une caulérisalion pour le moins inutile. Si la douleur persiste, on instillera quelques gouttes d'une solution d'iodure de potassium. On essuie le conduit avec soin, on le bouche et on attend quelques jours avant de recommencer la cautérisation.
Les insufflations de poudres sont également très employées, acide borique, alun, sulfate de zinc, acétate de plomb, tannin, résorcine, iodoforme, pures ou mêlées à une certaine quantité de sucre pour en diminuer l'efTct. C'est à l'acide borique que nous donnons la préférence ; il n'est pas irritant, il ne se tasse pas et est facilement évacué par les injections.
11 ne faut jamais, dans les otorrhées rebelles, employer longtemps le même moyen. Dès que l'on s'aperçoit qu'il est sans effet ou que l'amélioration qu'il a produite au début reste stationnairc, il faut recourir à un autre agent, quitte à reprendre le premier au bout de quelque temps.
La guérison demande souvent un traitement prolongé pendant de longs mois. Peu à peu, la suppuration diminue, les parties reprennent leur aspect normal et l'état général du malade
s'améliore sensiblement. La perforation du tympan se cicatrise, mais le plus souvent elle persiste. Cette persistance est quelquefois nécessaire à l'audition, et beaucoup d'otorrhéiques deviennent plus sourds après sa guérison. Ces cas sont cependant relativement rares, car les grandes perforations persistentpresque toujours. La guérison du malade, obtenue avec tant de peine, est fragile, et il faut songer à la facilité des rechutes. La perforation de la cloison met la cavité tympanique en communication directe avec l'air extérieur. Ce n'est plus l'air qui lui arrive, à l'état normal, par la trompe d'Eustache, réchauffé et débarrassé pendant son parcours des poussières qu'il peut contenir, c'est de Fair froid et non purifié qui vient frapper directement la muqueuse de la caisse. Les sécrétions du conduit peuvent également y pénétrer. 11 est donc indispensable que ces malades tiennent constamment leur oreille bouchée avec une boulette de coton, qu'ils y passent fréquemment des injections avec une solution d'acide borique et évacuent les produits de sécrétion. On évitera ainsi ces éclosions de furoncles si fréquentes dans les oreilles qui ont été atteintes de suppurations chroniques . Ces personnes devront aussi éviter les veilles prolongées, les études assidues, les bruits intenses, tout ce qui peut faire affluer le sang vers la tête ; elles donneront une attention toute spéciale à toute irritation de la cavité naso-pharyngée.
Tympan artificieL — Ce peti t instrument est un moyen de prothèse plutôt que de traitement, mais comme son emploi est spécial à la perforation du tympan, nous en dirons quelques mots. Le tympan artificiel de Toynbee est formé d'une petite rondelle de caoutchouc portée par une mince tige de fil d'argent, de lin ou de soie. Dans ces derniers cas, on se sert d'une pince pour leur introduction. On se sert encore ' de disques en papier, en toile, en coton humecté et tassé. Politzer se sert d'un petit tube de caoutchouc; Yearsley, de boulettes de coton.
Nous avons dit plus haut que la cicatrisation des perforations du tympan est quelquefois suivie d'une diminution de l'audition. Dans d'autres cas, c'est l'opposé qui se produit, etl'audition augmente quand on bouche la perforation à laide de coton ou du tympan artificiel. Mais il est plus probable que ce petit appareil agit en exerçant une compression sur ce qui reste du tympan, compression qui se transmet à toute la chaîne des osselets jusqu'à la platine de Tétrier. L'expérience seule établit ses indications, et on ne peut jamais savoir, à priori, si le ma-