II. - CONTUSION DU CERVEAU
La contusion du cerveau peut être circonscrite, c'est la variété la plus ordinaire, ou disséminée. Dans les formes les plus légères de la contusion circonscrite, la partie blessée présente une coloration pourpre foncé, due à un grand nombre de petites taches très rapprochées les unes des autres,qui sont formées par du sang extravasé et pas plus grosses que des pointes d'épingle. A mesure qu'on approche de la périphérie de l'ecchymose,la coloration devient moins marquée,ce qui tient à ce que les petites extravasations sont plus disséminées. La portion cendrée du cerveau est seule intéressée dans cette variété. La consistance de l'organe n'est que peu ou pas altérée, car un léger filet d'eau projeté sur son tissu n'en modifie ni la couleur ni la résistance. Ces observations s'appliquent seulement aux examens faits peu de temps après l'accident.
Dans les cas plus graves, les portions centrales de l'ecchymose sont infiltrées de sang, au point de présenter une couleur pourpre foncé uniforme. Les portions blanches et cendrées du cerveau sont intéressées à la fois. Au lieu des extravasations ponctuées, on trouve, dans les portions centrales, de petits caillots de sang de dimensions variables, tandis que la périphérie présente une série d'extravasations plus petites séparées par des intervalles de plus en plus grands. Le tissu cérébral est déchiré et désorganisé, comme on peut le voir en laissant tomber dessus un léger filet d'eau, qui détache et enlève les caillots, « laissant de petites cavités à bords irréguliers et déchiquetés, et parsemées dans toute leur étendue d'extravasations ponctuées (Hewett). n
Examinée quelques jours après l'accident, la partie contuse présente une surface irrégulière-
ment déprimée, avec des bords tranchants, déchiquetés. Tout autour, la surface du cerveau est ordinairement teinte en jaune, avec d'autres cercles jaunes entourant les extravasations plus petites. Chacune de ces deux formes de contusion cérébrale peut se rencontrer isolément, mais plus souvent on les observe toutes deux à la fois sur le même cerveau. Dans les cas légers, les mailles de la pie-mère contiennent une plus ou moins grande quantité de sang extravasé, sous forme de petits caillots. L'arachnoïde viscérale et la pie-mère sont habituellement déchirées dans les cas graves, et alors la cavité de l'arachnoïde contient du sang extravasé en quantité variable, en outre de celui qui est infiltré dans les mailles de la piemère. Sir P. Hewett rapporte que, sur soixante* neuf autopsies de contusions plus ou moins graves, « indépendantes de toute fracture y*, on trouva cinquante-deux fois un épanchement de sang à l'intérieur de l'arachnoïde ; trente-deux fois, l'épanchement était très considérable. Dans onze cas, le sang infiltrait la pie-mère sur une certaine étendue au-delà de la lésion véritable du cerveau ; six fois « l'extravasation était disséminée. » Dans les six derniers cas seulement, l'extravasation dans la pie-mère était insignifiante comme quantité et limitée seulement à l'endroit de la lésion cérébrale.
L'ensemble de la masse cérébrale n*est pas également exposé aux contusions ; certaines portions sont presque constamment contnses dans les traumatismes graves de la téte^ tandis que d'autres sont si rarement affectées qu'on peut les considérer comme presque absolument indemnes. Cette observation est vraie d'après la façon dont les autopsies sont conduites babi* tuellement, mais il est important de noter que les portions de l'encéphale qu'on dit être lésées le plus rarement, comme le pont de Varole, les pédoncules et la moelle allongée, peuvent ne présenter à l'autopsie aucune trace extérieure de lésion, alors que des coupes pratiquées avec soin démontrent l'existence d'extravasations ponctuées fort nettes. D'après ce fait, je suis porté à penser que beaucoup d'extravasations passent inaperçues, surtout alors que Duret a montré expérimentalement que le plancher du' quatrième ventricule est particulièrement sujet à être intéressé à la suite de coups violents portés sur la tête (i). La moelle allongée, les
(1) Vemeaila publié un fait empranté à la pratique dans lequel, la mort étant arrivée subitement à la faite d'un traumatisme grave de la tète, l'aatopsie Ht voir