NÉCROSE
La nécrose atteint le maxillaire inférieur beaucoup plus souvent que le supérieur, probablement parce que l'inférieur est moins vasculaire. Elle est la conséquence, comme la périostite, d'une affection dentaire, d'un traumatisme ou de laction de quelque poison spécifique; elle détermine de la douleur, de la fièvre, du gonflement des parties ; les dents deviennent vacillantes et douloureuses à la moindre pression. Le pus s'accumule très rapidement au-dessous du périoste, et môme si on lui ouvre une issue de bonne heure, la nécrose se produit facilement. Heureusement que la nécrose atteint quelquefois la paroi extérieure de l'alvéole seule, de sorte que les dents sont supportées par la paroi interne et peuvent rester en place ; mais quand l'alvéole tout entière est atteinte, les dents s'ébranlent et leur présence est plutôt nuisible, puisqu'elles bouchent les orifices par lesquels la suppuration pourrait se faire jour. U ne faut pas tenter l'extraction des séquestres avant qu'ils soient complètement mobiles; en agissant précipitamment, on pourrait endommager les parties voisines, et gêner le travail de réparation. Cela est spécialement le cas chez les enfants dont la seconde dentition ne s'est pas encore faite. 11 est impossible de fixer l'époque de l'isolement des séquestres, mais en général il faut attendre de six semaines à trois mois avant d'extraire en toute sécurité les séquestres un peu volumineux.
Salter désigne sous le nom de nécrose exanthématique celle qui se produit chez les jeunes
enfants le plus souvent après des poussées émptives, en particulier la scarlatine et la variole. On sait aujourd'hui que la nécrose partielle des alvéoles, ordinairement symétrique, ou même de toute l'épaisseur du maxillaire inférieur, esi une des conséquences de ces maladies; il est hors de doute que beaucoup de ces nécroses, attribuées quelquefois à l'administration du calomel, sont dues en réalité seulement à l'action du virus de la scarlatine ou de la variole. La marche et le traitement de ces nécroses ne diffèrent en rien de la marche et du traitement des nécroses ordinaires.
L'action des vapeurs de phosphore dans la production de la nécrose des maxiUaires est connue depuis plus de quarante ans. C'est Lorinser qui en a le premier parlé en Allemagne. C'est dans les ouvrages de von Bibra et de Goritz d'Erlangen (1847), et de Bristowe (1863), qu'on trouve la meilleure description de cette affection, devenue rare aujourd'hui, qu'on prend les précautions nécessaires dans les fabriques d'allumettes chimiques (1).
Tant que les ouvriers ont les dents saines, aucun accident ne se produit, mais dès que les dents se carient ou sont extraites, les vapeurs phosphoriques pénètrent jusqu'au périoste des maxillaires et déterminent une périostite qui se termine rapidement par une nécrose. Le gonflement des mâchoires et de la face est énornoe, le pus s'échappe en quantité de la cavité buccale. La santé générale s'en ressent, le malade est épuisé par la douleur et Tinanition, et dans les cas graves, il en résulte de la gangrène des gencives et des joues. Les soins de propreté, la surveillance exercée sur l'état de la bouche des ouvriers, et surtout l'emploi du phosphore amorphe dans les fabriques d'allumettes ont mis fin à ces accidents.
La nécrose phosphorique se distingue par la production d'une couche osseuse spongieuse audessus du séquestre. Cette couche naît sans aucun doute du périoste, mais elle adhère au séquestre d'une façon tellement intime qu'elle est éliminée avec lui ; bien qu'elle ressemble au tissu osseux, elle n'en représente qu'un degré de développement inférieur. Ce tissu spongieux peut également se produire en dehors de l'action
(1) Voy. A. Tardieu, Études hygiénique et midiefh légale sur la fabrication et l'emploi des alhtmeltes chimiques {Annales d*hyg,y 18S6, t. VI, p. S).