CARIE DU DEUXIÈME DEGRÉ
Nous diviserons le second degré de la carie en deux périodes :
La première péno(ie intéressant la denti ne seule ;
La seconde période commençant à intéresser la pulpe dentaire, qui cependant n'est pas encore dénudée.
Première période. — L'altération dépasse l'épaisseur de l'émail, la dentine est attaquée ; l'action chimique est augmentée par les détritus de la substance organique de la dent, qui deviennent de nouveaux éléments d'une décomposition, activée par la présence des microorganismes pénétrant dans les canalicules à mesure qu'ils se décalcifient. Frank Abott (1) dit ne les y avoir jamais vus avant la décalcification complète de la substance fondamentale.
Les douleurs du début sont faibles ; de temps à autre les boissons chaudes ou froides donnent un sentiment désagréable d'abord, puis pénible pour disparaître rapidement. Les acides, le sucre produisent les mêmes effets; à l'inspeciioUy le conlact de la sonde est sensible, très douloureux par places, surtout si à l'aide d'une rugine on résèque la dentine cariée.
Traitement.
Dès le début de cette période et de celles qui suivent on doit donc s'occuper de combattre racidilé produite par les éléments de décomposition, en faisant usage des alcalins pour neu-
(1) Frank Abott, Cavie des dents humaines. Mémoire lu à la Société odontologique de New-York.
traliser les acides et des antiseptiques contre la pullulation des micro-organismes.
Ce degré de la carie peut encore être justiciable de l'ablation complète suivie d'une cautérisation telle que nous venons de la décrire (1), mais le plus souvent une obturation sera le seul moyen d'en arrêter définitivement les progrès. Nous verrons plus loin, dans la manière de préparer une cavité, quelles sont les précautions à prendre, pour éviter autant que possible la douleur due à fhypéresthésie pulpaire qui, à ce degré déjà, se fait sentir à travers les canalicules mis à nu.
Deuxième période. — La dentine protégeant la pulpe a subi un ramollissement plus profond ; les mêmes douleurs que celles du début s'accusent plus violemment et plus longuement; elles sont très vives des que l'instrument s'approche du fond de la cavité, aussi est-ce à cette période de la carie, plus qu'à toute autre, qu'une grande légèreté de main et de sûreté dans le coup d'oeil sont nécessaires à l'opérateur.
La résection seule n'est plus possible, il faut procéder à une obturation.
11 est indispensable de chercher à respecter la dentine d'une coloration jaune foncée et déjà ramollie que l'on aperçoit au fond de la cavité (2) ; et de réséquer avec le plus grand
(1) Voir Limage des dents,
(2) B. Arthur, Traitement de la carie dentaire compliquée dés maladies de la pulpe. Cosmos. 18S3.
E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANNEXES
soin les bords trop faibles, pour trouver des parois saines, capables de résister et d'offrir des points de rétention à l'obturation ; il faudra tenir compte dans l'enlèvement de cette dentine de la présence de la pulpe et surtout de Tàge du sujet ; se rappelant que, plus le sujet est jeune, plus le volume de la pulpe est considérable. Dans les petites molaires on se souviendra que la pulpe a des prolongements connus sous le nom de corne de la pulpe, que facilement on pourrait mettre à nu, si Ton attaquait trop fortement la dentine sur les parois latérales.
Si nous laissons au fond de la cavité une petite couche de dentine ramollie comme la meilleure substance isolatrice pour la pulpe dentaire, on devra, pour répondre logiquement à la théorie des micro-organismes, nettoyer l'intérieur de la carie à Taide d'antiseptiques (voir Traitement antiseptique des cavités ^ page 600), de préférence les moins caustiques; puis on badigeonnera la cavité, préalablement desséchée au moyen de l'air chaud, d'une couche de vernis copal créosote ou phéniqué dissous dans Té-
ther. Cet enduit protégera parfaitement TouTerture des canalicules dentinaires. Si ropèratear se décide pour une obturation métallique [or m amalgame) et que la carie soit profonde, il sera prudent de placer, sur le petit point jaune de dentine laissée au fond de la cavité, un corps isolant pour soustraire la pulpe dentaire aax différences brusques de température. Ces irritations souvent reproduites amènent une inflammation de la pulpe (pulpite aigué) pasiant facilement chez certains sujets à l'état chroni<[ae (pulpite chronique) y et se terminant ordinairement par un abcès alvéolaire. Nous conseilloos de placer soit de la gutta-percha, soit un oiyphosphate, soit enfin un de ces petits disques d'amiante, mis en pratique par M. Michaâs, et trempés dans une substance antiseptique, comme l'eugénol, l'huile de girofle ou le sulfocarbol : ce dernier médicament nous a toujours donné de bons résultats.
On obturera ensuite avec la substance choisie (voir les Différentes matières employées comme substances obturatrices^ page 615).