CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ
Au troisième degré la carie a pénétré dans la chambre pulpaire ; comme les phénomènes sont différents suivant l'état de la pulpe, nous distinguerons Irois périodes différentes.
Première période. — La pulpe est simplement mise à nu accidentellement ou intentionnellement, elle n'a fait que peu souffrir; elle est saine et apte à continuer ses fonctions physiologiques.
Deuxième période, — La pulpe mise à nu par suite des progrès de la carie est enflammée, très douloureuse, mais encore vivante : elle donne la véritable rage de dent (odontalgie).
Enfin la troisième période ne présente plus qu'une pulpe mortifiée, désorganisée et tombée en gangrène.
Première période, — Si la pulpe a été mise à découvert par l'opérateur ou par un traumatisme quelconque,les douleurs, peu vives jusquelà, deviennent de plus en plus violentes avec exacerbation le soif, et après le repas. Les mouvements de succion sont douloureux. Les aliments qui pénètrent dans la cavité occasionnent de vives souffrances, ainsi que le changement brusque de température soft par les boissons, soit par l'air ambiant. La pulpe saigne au moindre contact surtou t chez les tempéraments sanguins ; elle est très impressionnable chez les tempéra-
ments nerveux et réclame de l'opérateur une grande précision dans le toucher.
Traitement.
Il importe plus que jamais, chaque fois que la carie a pénétré dans la chambre pulpaire, de la tenir à l'abri de l'humidité pendant l'opération.
Nous considérons comme une cause de septicité non douteuse le passage de la salive dans les canaux radiculaires, et nous ne saurions trop insister sur une précaution que beaucoup de praticiens ne prennent pas, ne la coosidérant pas comme indispensable.
Il sera donc sage, môme pour un pansement, d'appliquer la digue de caoutchouc (voir Application de la digue, page 612), à moins qu'il ne réclame que peu de temps, auquel cas des petites serviettes ou du papier de soie suffiront; puis, on desséchera délicatement la cavité à 1 aide d'amadou, d'ouate et d'air chaud.
En principe, on peut affirmer que la cavité la plus sèche sera celle où l'opération du plomi>age réussira le mieux (i).
(1) E. Brasse ar. De i'air chaud en thémqinuiique dentaire {Revue odontologique, février 1883, p. 50).
CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ. — TRAlTËMEiNT.
La caTÎté ainsi préparée, on pratiquera le ^mfagedê la pulpe. Cette petite opération est fort délicate et réclame, comme dans toute man^olation dentaire, une grande légèreté : toute Ion est inévitablement funeste à un aussi riche en vaisseaux sanguins et en
On iklffiqae de petits disques en platine CODcafes sur une face, celle qui regarde la Itt^e, et de différentes autres formes, à l'aide iss^oels 11 est aisé de faire le coiffage de la pÊipe; méê nous pensons que Ton peut s'en leur application, tu les nombreuses
dans la forme des caries, n'est pas très itifoe.
Ifoos nous servons habituellement d'une préion indiquée par Rosenthal (de Liège) cousons le nom de pulpine (fig. 1870) : cette
Fig. 1870 (•).
(*) a, pulpe dénudée; 6, pulpaire; c, ciment pyroiphate ; d, amalgame ou or.
iposition n'est autre qu'un mélange d*huile girofle et d'oxyde de zinc anhydre ; on fait pâte d'une consistance de crème épaisse; r«{irè9 notre statistique, nous pouvons aftirque ce moyen réussit 99 fois sur 100, ce permet, en une seule séance, d'obturer une it dont la pulpe est à découvert. On supprime des pansements nombreux et toujours si des à la pulpe.
'Ponr bien réussir dans cette petite opération, ÙLUi de toute nécessité appliquer. la digue; (, si la pulpe saigne on é tanche légèrement sang: si au contraire elle a déjà subi un com- Vtocement de ramollissement on ampute la kiftie malade, à l'aide d'une lancette très effilie, on arrête la petite hémorrhagie, et après hfoir injecté dans les deux cas un peu d'air Ihaud, on introduit aussi délicatement que poslible la pulpin^ en en facilitant l'adaptation à Piiide d'un léger tampon d'ouate que l'on retire ensuite.
Dès que cette pâte est placée, il est nécessaire qu'elle soit elle-même recouverle d'une autre substance qui la mette à l'abri des liquides de la bouche et résiste aux efforts de la mastication; nous recommandons de ne pas employer la gutta-percha, car peu à peu cette substance, en se tassant, détermine des douleurs et l'on serait disposé à attribuer au pansement un résultat défavorable. On devra se servir d'un mélange d'oxyphosphate appliqué toujours san^^ compression aucune. Une fois cette obturation durcie, si l'opérateur le juge convenable, il prépare, à même la masse d'oxyphosphate, une cavité semblable à celle d'une carie au second degré, qu'il obturera avec la substance métallique qu'il croira la meilleure (voir les Substances employées pour les obturations ^ page 615).
Ainsi traitée, la pulpe se conservera vivante, si elle n'a pas été attaquée dans sa vitalité avant son coiffage; elle sera capable de continuer son rôle physiologique, et au bout de quelques années, nul doute qu'à Texemple de ce qui se passe chez l'homme à mesure qu'il avance en âge, on ne trouve de la dentine secondaire convertissant définitivement cette carie de troisième degré en une véritable carie du second degré.
Detixième période, — La pulpe est mise à nu par suite des progrès constants de la carie, la dent est très douloureuse, le malade continuellement en proie à l'odontalgie, ou rage de dent, surtout si la pulpe n'est découverte que sur un très petit espace ; cet organe étant congestionné se trouve resserré dans la chambre pulpaire, et les vaisseaux distendus par suite de l'afÛux sanguin déterminent une compression des nerfs qui amène une hypéresthésie. Le passage d'un endroit chaud à un endroit plus frais, l'ouverture de la bpuche seule, l'action de baisser la tête, le travail intellectuel, le décubitus dorsal au lit sont autant de causes de vives douleurs. La dent est généralement tr(>s endommagée, les douleurs sont intolérables, plus vives la nuit que le jour, elles sont spontanées.
Traitement.
Il importe de calmer l'odontalgie, quand elle existe, par des applications calmantes faites dans la cavité de la dent, soit :
1* ^ Teinture de pyrèthre 5 gr.
Laudanum de Sydcnham. 2 gr.
Cbloroforme 1 gr.
E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANiNEXES.
2<» *^ Chloral et camphre.... û 5 gr. Alcool q. 8. pour dissoudre.
3* Solution alcoolique.
Chlorhydrate de cocaïne à SO 0/0.
On recouvrira l'un de ces pansements de coton imbibé de résine ou mieux de guttapercha, en ayant soin de n*exercer aucune compression. Extérieurement on prescrira le long des gencives des applications de
Teinture d'iode 3 gr.
Teinture d'aconit 5 gr.
Chloroforme 1 gr.
Il faut avoir soin de bien essuyer les genci?es afin que le mélange ne soit pas entraîné par la salive; on répétera ces applications deux ou trois fois dans la journée.
On pourra également prescrire des bains de bouche avec
Eau chloroformée )
Ettt de guimauve ^ ^'
ou
Eau de laurier- cerise 60 gr.
Chlorhydrate de morphine.... 15 centigr.
Une cuillerée à café dans un demi-verre d*eau tiède.
S'il y a insomnie on donnera la potion suivante :
Hydrate de chloral 4, S ou 6 gr.
Eau distillée )
Sirop d'écorces d'oranges amères..^ *^ *
Par cuillerée d*heure en heure.
Une fois ces accidents inflammatoires calmés et la pulpe revenue à son état normal, on pourra recourir au coiffage ; mais à ces premiers accidents s'il se joint une pulpite chronique et si surtout la pulpe a déjà subi un commencement de désagrégation, nous conseillons de pratiquer la dévitalisation.
Une fois la pulpe détruite, on traitera les canaux par un traitement antiseptique et on fera une obturation provisoire, puis, s'il ne survient aucune inflammation, on pratiquera l'obturation des canaux; on aura alors une cavité du second degré type auquel on doit ramener toute cavité avant de pratiquer l'obturation définitive avec la substance que l'on croira la meilleure. (Voy. Matières servant à Vobturation, page 615.)