‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 469 sur 638 · CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ. — TRAITEMENT

Chlorhydrate de morphine.. 50 cent.

Acide arsénieux 1 gr.

Acide phénique ou créosote. q. s.

Pour faire une pâte épaisse.

Cette pâte offre selon nous de sérieux inconvénients qui depuis longtemps nous l'ont fait abandonner complètement.

{^ La morphine jointe à Tacide arsénieux ne calme nullement la douleur de la cautérisation. Ces douleurs proviennent de certaines règles que Ton doit toujours observer, à savoir :

Ne jamais appliquer le caustique sur une pulpe enflammée, ainsi que nous venons de le dire; pratiquer auparavant une légère saignée du petit organe, et le découvrir aussi largement que possible; enfin appliquer le caustique sans compression aucune. En suivant ces préceptes, le plus souvent la cautérisation se fera sans douleur.

2** Nous blâmons l'addition d'un liquide comme la créosote, Tacide phénique, ralcool,etc., parce qu'eu recouvrant le petit tampon de ouate, portant le médicament dans la cavité de la dent cariée, il peut fuser sur la gencive une partie du mélange, qui amènera forcément des désordres graves du côté des parties avoisinantes (nécrose des parois alvéolaires, phlegmons périmaxillaires, chute des dents).

Enfin nous recommandons de n'appliquer ce caustique que sur les dents dont les racines sont complètement formées.

Nous donnons donc une préférence absolue aux préparations sèches, telles que Vazotine qui, sous ce nom, n'est autre chose qu'un coton saturé d'une forte solution d'acide arsénieux desséché, la préparation de Thomas que l'on trouve dans tous les dépôts dentaires, et celle présentée dernièrement à la Société odontologique par un dentiste de Paris, M. Dubrac : cette préparation consiste en papier buvard épais trempé à plusieurs reprises dans une solution arsenicale et desséchée. Ce papier divisé en petits carrés permet de doser la quantité d'acide arsénieux que l'on applique.

On prend un carré de ce papier ou un fragment, on l'imbibe légèrement d'alcool, de créosote, etc., puis on l'essuie sur un linge avant de l'appliquer dans la cavité. Ces applications doivent toujours être recouvertes de gutta- percha. Ainsi nous avons toujours obtenu de bons résultats, en nous mettant complètement à l'abri de tout accident consécutif.

Si l'on n'a pas sous la main une de ces préparations, le mieux sera de prendre purement et

simplement de l'acide arsénieux en poudre, à l'aide d'une petite boulette de coton qu'on appliquera sur la pulpe.

On a beaucoup discuté, beaucoup écrit pour savoir combien de temps on devait et pouvait laisser l'acide arsénieux dans la dent (1) : nous pensons qu'il peut y être laissé plusieurs jours, plusieurs mois même sans produire d'accident, puisque par son action il produit une eschare ; or, l'eschare produite, l'acide n'est plus absorbé, et n'a plus d'action, si ce n'est une action anliputride. Peut-être même obtiendrait-on la momification de la pulpe par ce produit.

Il est un fait d'expérience, c'est que, si dans une cavité dentaire répandant une odeur infecte, on vient à placer de l'acide arsénieux, Todeur disparaît avec les phénomènes de putridité. Car, contrairement à l'arsenic métallique qui décompose les tissus animaux, l'acide arsénieux les conserve.

Mais comme sous l'influence irritative de l'acide arsénieux, en même temps que l'eschare à la partie touchée par le caustique, il s'est formé vers l'apex, à l'aide des canaux veineux et artériels de la pulpe, une circulation collatérale plus active amenant parfois un commencement d'inflammation de la membrane alvéolo-den taire (périodontite); il est préférable, quand on le peut, de retirer le pansement arsenical le lendemain du jour où il a été appliqué. D'ailleurs, si Ton tardait, il arriverait que par suite de l'eschare produite et des phénomènes d'élimination consécutifs à toute escharification, il se formerait du pus sortant forcément par le foramen de l'apex, d'où des désordres secondaires toujours à redouter dans le traitement de la carie. C'est principalement sur les dents de devant, si transparentes et si vasculaires, qu'il faudra agir avec la plus grande circonspection, car les canalicules dentaires s'imprègnent rapidement des produits de décomposition ou de la stase sanguine, phénomène qui donne à la dent une coloration bleue, rouge ou noire des plus regrettables.

Contrairement à ce que certains auteurs ont écrit, à ce que le professeur Dolbeau (2) a enseigné dans ses leçons, nous proscrivons totalement l'emploi de l'acide arsénieux dans la carie au deuxième degré et toutes les fois que l'on n'aura pas pour but de dévitaliser la pulpe. Nous ne comprenons pas comment cette substance,

(1) E. Brasseur, Rapport annuel des travaux de la Société odontologique de France^ 1881.

(t) Dolbeau, Leçons sur la carie dentaire, 1874.

E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANNEXES

employée suivant ces auteurs comme stimulant de la dentine secondaire et non comme caustique, peut agir simplement comme stimulant dans certains cas et comme caustique dans d'autres. Pour nous, l'acide arsénieux, en si petite quantité qu'il soit, a toujours des effets désastreux, sinon de suite, dans un avenir ^us ou moins éloigné. En effet, si Tacide arsénieux est capable d'être employé comme stimulant, c'est avouer que, môme indirectement, il exerce une action sur la pulpe, en vertu des lois de l'endosmose; l'acide pénètre par les canalicules qui correspondent avec la matière vivante {protoplosma)^ d'où une décoloration des dents, une mortification lente de la pulpe avec abcès alvéolaires dont la cause remontantàune période éloignée reste souvent inconnue.

Généralement une seule application d'acide arsénieux surfit et le lendemain on procède à un nouveau pansement. On retirera donc le premier pansement, on irriguera largement la cavité, sans laisser pénétrer la salive, comme nous l'avons recommandé plus haut; on gagnera souvent du temps en appliquant la digue de caoutchouc et on conduira son opération à meilleure fin.

On élargira franchement l'entrée de la chambre pulpaire; la pulpe n'étant plus douloureuse, on peut sans crainte se servir des fraises montées sur le tour dentaire et commencer à préparer déjà la cavité ; une fois Teschare résultant de la cautérisation détachée, il est inutile el même nuisible de tourmenter, comme ou le fait si souvent au moyen de broches ou de lire-nerfs, la pulpe encore vivante à la partie qui se dirige vers l'apex. On fera de suite un second pansement antiseptique, et c'est ici le cas d'appliquer la méthode de Lister, car il est un fait indiscutable : c'est que la septicémie dentaire ne diffère en rien de la septicémie chirurgicale, c'est un même état pathologique provoqué par les mêmes causes ; aussi croyons-nous ne pas devoir nous écarter des sages conseils donnés par M. le professeur Gosselin (i), qui dans ses leçons enseigne que ces médicaments sont plus ou moins aptes à coaguler les matières albumineuses, qu'ils sont coagulants intravasculaires dans une certaine mesure et que cette action peut expliquer la modération des phénomènes inflammatoires qui est une des consé-

(1) Gosselin, Recherches sur la coagulation intra- 9a$eulaire antiseptique. Académie des Sciences, séance du 8 décembre 1881 ot Semaine médicale^ \l décembre 1884, p. 484.

quences de l'emploi bien compris des antiseptiques.

En tout cas il considère comme les plus favorables :

\° Le biiodure de mercure, puis le deutochlorure de mercure pour leur action germicide; mais dans la bouche ils ne sont pas toujours d'une application possible à cause des amalgames qui contiennent du mercure;

2^ Le sulfate de cuivre, puis l'acide phénique au vingtième comme coagulant intravasculaire;

3® L'alcool à 86« ou l'acide phénique au vingtième comme coagulant intravasculaire.

D'après ce savant professeur, la supériorité de l'acide phénique (et par conséquent nous pensons pouvoir ajouter de ses composés le sulfo-carbol) tient à ce que, tout en étant germicide, il est très coagulant, ce qui lui permet de rendre imputrescents les liquides épanchés en dehors des vaisseaux et de diminuer, par l'oblitération d'un certain nombre de capillaires et peut-être même par une modification avantageuse, difficilement explicable aujourd'hui, des nerfs concomitants, l'intensité de Tinûammation traumatique. Tout antiseptique qui ne réunit pas ces conditions d'être tout à la fois notablement germicide, coagulant extra vasculaire et coagulant intravasculaire, sera inférieur dans le pansement à l'alcool et à l'acide phénique (i).

Cette appréciation a été confirmée dans ces derniers temps par M. Gaertner qui affirme, après un grand nombre d'expériences, que la solution d acide phénique à 3 0/0 tue tous les micro-organismes connus, si l'on a le soin de les mettre tous en contact avec le désinfectant (2).

Nous avons l'habitude de remplacer l'acide phénique par la créosote ou par le sulfo-carbol, ce dernier surtout étant moins cau;stique. Nous ne saurions trop recommander de faire ces pansements avec soin et de n'en imbiber que légèrement les mèches de coton qui doivent porter le médicament dans les canaux des racines. Il est complètement inutile de mettre un excès de médicament; rappelons-nous qu'à l'apex de la racine, la pulpe se trouve en rapport avec le périodonte alvéolo-dentaire très riche en vaisseaux sanguins, et que nous devons nous efforcer de ne pas irriter cette

(1) LaborJe, Société de biologie, action physiolo yigue locale des substances antiseptiques {Semaine médicale, octobre 1883, p. 28G).

(2) Gaertner, Mémoire lu au quatorzième congrès de la société allemande de chirurgie tenu à Berlin, 1885 et Semaine médicale, 72 avril 1885.

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