AMALGAMES
On a essayé, à une époque, de mettre en pratique certains alliages jouissant de la propriété d'avoir un point de fusion inférieur à celui des métaux constituants. Parmi les diverses formules, nous signalons celle de Wood et de Darcet (étain, plomb, bismuth), mais la fusion offre encore un degré de température trop élevé pour ne pas être la cause de douleurs et d'irritations violentes. De plus, leur rétractilité très grande les a fait abandonner.
Un amalgame doit durcir rapidement, ne pas se décolorer, ni se dilater, ni se contracter, une fois l'obturation faite. Peu répondent à ces desideratum ; malgré cela nous devons convenir que certains d'entre eux rendent tous les jours de grands services en conservant pendant de longues années des organes qui eussent été perdus. L'amalgame est souvent employé sous divers noms : ciment minéral ou lilhodéon : il se compose d'un métal pur ou combiné et de mercure : cette combinaison est formée par la réunion de différents métaux fondus ensemble dans ua
E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANNEXES
[et
creuset, on Fud après Tautre, suivant la différence de degré de fusion propre à chacun d'eux, mis en lingot, puis réduits en limaille.
Cette limaille est mélangée avec du mercure qui donne une masse molle se cristallisant plus ou moins rapidement suivant sa composition.
Harris s'élève contre l'emploi des amalgames, et en Amérique il fut un temps où par suite d'une forte prévention ils furent presque totalement proscrits de la pratique. Tomes, moins sévère dans ses appréciations, après avoir reconnu que rien n'est préférable, quand il est possible, à un métal pur comme l'or ou l'étain, dit avec raison : Il y a des cas où les dents sont dans des conditions telles qu'une aurification n'aurait aucune chance de succès, tandis qu'un amalgame durera des années. C^est donc au bon sens de l'opérateur de décider s'il vaut mieux qu'une dent soit obturée avec un bon amalgame que de la perdre de suite.
Nous rencontrons tous les jours de nombreux exemples dans lesquels ces sortes d'obturations ont maintenu les dents dans de très bonnes conditions de service.
Nous pensons que cette prévention si grande, pendant une époque, de l'emploi des amalgames, venait de l'ignorance de leur composition et d'une trop grande négligence dans leur préparation. Des opérateurs peu soigneux se contentaient de mélanger ensemble de la limaille et du mercure sans s'inquiéter des proportions, et l'appliquaient sans précaution dans la cavité dentaire. Nous croyons au contraire que les amalgames demandent de grandes précautions dans leur choix, dans leur manipulation et qu'il faut apporter dans leur application autant de soin que pour faire une bonne aurification.
L'expérience a démontré que, de tous les amalgames, celui de palladium était sans contredit le meilleur sous le rapport de la plasticité et de la rapidité avec laquelle il cristallise; mais malheureusement il a deux défauts : le premier, de coûter fort cher, 5 francs le gramme, plus que le prix de l'or, puis de devenir noir sans cependant attaquer en aucune façon la coloration de la dent.
Le palladium employé est le précipité ; il se présente sous la forme d'une poudre noire impalpable. Mis en contact avec le mercure, les deux substances semblent ne pas avoir d'affinité l'une pour l'autre; mais un instant après la combinaison se fait quelquefois si brusquement qu'il se produit une petite explosion et la cristallisation se fait alors tellement vite qu'il ne
faut pas perdre une seconde pour Fintroduire dans la dent.
Dans d'autres cas la combinaison se fait beaucoup plus lentement et laisse tout le temps nécessaire de poursuivre l'obturation; quelquefois même le précipité ne se mélange pas du tout au mercure ; il suffit alors de chauffer légèrement au-dessus d'une lampe à alcool et le mélange s'opère. Il faut pour ralentir la cristallisation mettre toujours un petit excès de mercure.
Après le palladium vient l'amalgame de cuivre connu sous le nom de Sullivan^ l'inventeur. Cet amalgame s'obtient en faisant une solution concentrée de sulfate de cuivre que Ton précipite au moyen du sulfate de fer; le précipité est mis dans un bain de mercure qui le dissout, le mélange est ensuite lavé à grande eau à plusieurs reprises, puis exprimé soigneusement dans une peau de chamois et mis en boulette.
L'amalgame de cuivre est précieux par son action thérapeutique sur la marche de la carie dentaire; non seulement il agit comme antiseptique puissant, mais il durcit le tissu dentaire à un tel point qu'une dent dans laquelle un de ces amalgames a été placé pendant ^osieurs années devient tellement dure qu'il est difficile d'en attaquer la surface cariée à l'aide de la rugine. Cet amalgame noircit beaucoup et étend cette coloration à toute la dent; cependant, depuis quelques années, Rogers l'a heureusement modifié sous ce rapport : s'il noircit à la surface, c'est à peine s'il attaque hi coloration de la dent ; aussi sommes-nous d'avis que cette substance est d'une grande et précieuse ressource pour toutes les caries situées à la partie postérieure des dents ou dans des anfractuosités inaccessibles à l'œil, puisqu'il offre un effet thérapeutique réel en arrêtant les progrès de la carie. Nous avons remarqué néanmoins que certaines préparations' vendues comme du Sullivan, si elles noircissaient beaucoup moins, finissaient par fondre dans la bouche, et les obturations diminuaient peu à peu de volume .
On pourra dans certains cas, à un double point de vue esthétique et thérapeutique, en exceptant les dents antérieures, remplir les cavités de cet amalgame pendant un certain temps, puis le retirer pour faire une aurification qui satisfera davantage du côté esthétique ; ou on les amalgamera aux trois quarts et, quelques jours après, on pratiquera une aurification à la surface.
MATIÈRES EMPLOYËES POUR L'OBTURATION DES DENTS.
D'après nos cxpéricncea dans des tubes de verre et celles qui ont été Tailes par des praticiens sérieux, ces amalgames (pailadium et cuivré) paraissent n'avoir pas de retrait appréciable {t), de aorte qu'A part leur coloration, ils rempliraient toutes les conditions requises d'une bonne obturation.
H. Hollander (2) parle de ces amalgames {palladium et cuivre) qui seraient restés plus de trente ans dans la bouche sans aucun retrait appréciable.
L'amalgame de cuivre se vend tout préparé sous forme de petites boules ; il surfit de le chauf- Ter légèrement au-dessus d'une lampe k alcool, et dès que le mercure sort en gouttelettes on le malaxe entre ses doigts jusqu'à ce que la masse ait pris la consistance du mastic à vitrier, puis on le lave dans l'alcool absolu (3) ou dans un mélange composé de :
Acide BQirariqDa..
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1 partie
L'étude des amalgames en général a beaucoup passionné les praticiens désireux d'arriver le plus près possible de la perrection.
Flechter a remarqué qu'en ajoutant de l'o» et du platine h un alliage d'argent et d'élain, on obtenait un composé s'untssant plus vile, changeant peu ou pas de couleur et n'ayant pas de retrait appréciable. Ajoutons aussi que la quantité de mercure ne doit pas être mise au hatard ainsi que l'a fait très bien remarquer M. Bogue (4).
ng. IMS. — fiaUnce de Fleehtsr poar mesurer eiac tamsnt U quantilâ de mereare n4ceiuir« panr filre an Iwn imtlgime.
Il sera bon de se servir pour mélanger la poudre métallique et le mercure, d'une petite balance (fig. 1H!)R)construite spécialement b cet effet, qui donne juste la quantité de mercure nécessaire. Une fois le mélange obtenu, on tassera dans
(1) E.-A. Buguc, The phytical proptrtttt and phytiological action of dealal amalgami {Trajuaeliont oflht New-York odonlological Sociely, 1875.
(1) Hollinder, fftciie odonlologiqut, 1B81, p. 117.
(3) Ùiicutsion on allayt and amatgamt ehemically eontidered {Transacliont of the New-York odontoh- ^eal Society).
(4) Bogae, Communication à la SocHtf odonlolofigue de Ne»B-Yort.
une matrice spéciale l'amalgame s bAlonnets, ce qui en chassera enco de mercure (flg. 1B99).
us forme de B l'excédeot
' H«trice pour obtenir les petits lingot» e Ht les comprimer avant de les placer dans la cavité.
On peut remplacer ces matrices par une peau de chamois dans laquelle, à l'aide d'une forte pince, on comprime la boulette d'amalgame aBn d'en entraire la plus grande quantité
FIg. 1900. — Instrameatt servant k l'olktaration des anMlgsmes.
de mercure possible, te plus sec étant temellleur.
Pour placer l'amalgame dans la cavité, on se servira des fouloirs indiqués ci-dessus par la figure 1900.
Au lieu d'introduire l'amalgame d'un seul coup, on devra le tasser, morceau par morceau.
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comme pour une aurification, et M. Bogue recommande même de le marteler comme on le fait pour Tor adhésif; en effet, si on tasse l'amalgame dans un tube de verre, on peut se rendre compte de Tutililé de cette recommandation en voyant combien les petits cristaux qui avaient résisté à la pression disparaissent sous la percussion. Une bonne précaution, que nous pratiquons souvent, est celle de presser à la surface de la cavité remplie, de Tétain en feuille ou sous forme de feutre (préparation spéciale de M. Slayion). En agissant ainsi, on enlève l'excédent du mercure.
Parmi les nombreuses formules d'amalgame, •en voici qui semblent donner de bons résultats :
Argent 20 parties.
ÉUin 25 —
Or 5 —
(Essig.) OU
Argent 60 grammes.
Étain 60 —
Bismuth 5 —
Zinc 4 —
(Klngsley.)
Ce mélange a un peu trop d'expansion.
•Ou
Argent 33 grammes.
ÉUin 40 —
Or platiné 4 —
(Kingsley.)
Celte préparation durcit vite.
Chaque fabricant a une formule qu'il préconise, alors que le dentiste devrait faire son amalgame lui-môme. Il saurait mieux ce qu'il emploie et il y aurait économie, mais en dentisterie comme en médecine, on aime assez aujourd'hui trouver une préparation toute faite.
Une autre formule, que nous considérons comme une des plus défectueuses et cependant très recommandée, est composée d'argent et d'élain en parties égales. Cet amalgame durcit bien, mais il absorbe une trop grande quantité de mercure, il a l'inconvénient d'avoir un retrait assez considérable,
11 en est un autre employé par des dentistes soucieux avant tout de se procurer des substances à bon marché : c'est l'amalgame de cadmium. Nous ne connaissons pas de subetance plus pernicieuse au point de vue de la conservation de la dent. Au bout de peu de temps, grâce à son retrait, il se forme sous /l'amalgame une oxydation jaune qui ronge peu 'à peu la dentine et, la cavité s'agrandissant
davantage, l'obturation tombe laissant la dent plus avariée qu'auparavant. Cet amalgame d'un emploi commode, d'un aspect blanc et poli, fut mis en usage par Th. Evans alors que les amalgames n'avaient pas encore fait le sujet d'études sérieuses.
Les amalgames sont généralement défectueux par le retrait qui existe plus ou moins suivant les différentes formules. Le meilleur serait celui qui resterait assez mou pour pouvoir être rabattu sur les bords à l'aide d'un brunissoir, comme le ferait un bijoutier en sertissant une pierre précieuse dans un chaton.
Une des causes de retrait dans les amalgames, signalée par Smith Dodge (1), serait la propriété de certains de ces composés à prendre la forme sphéroïdale, de sorte que dans une cavité, l'amalgame en abandonnant peu à peu les parois, l'humidité finit par pénétrer, et la carie reprend sa marche destructive. D'autres amalgames dans lesquels il entre du zinc ont une tendance à se boursoufler et produisent les mêmes effets.
On a souvent accusé ces composés de produire dans la bouche des effets pathologique dus à la présence du mercure, et beaucoup de personnes sont encore imbues de cette prévention. Quant à nous, nous n'avons jamais rencontré l'apparence de la salivation mercurielle signalée par certains fabricants dans le but de servir leurs propres intérêts.
Cependant nous devons signaler certains effets de galvanisme qui résultent de la combinaison de différents métaux entre eux ; aussi doit-oo s'abstenir de placer les amalgames trop près de la pulpe, et c'est particulièrement dans ce cas, bien que la pulpe ne soit pas à découvert, que l'on devra adapter au fond de la cavité un petit coussinet d'amiante, substance inaltérable et non conductrice de la chaleur, trempé dans du sulfo-carbol ou de la créosote, puis essuyé sur un linge ou du papier buvard.
Le lendemain ou un des jours suivants, il sera bon de parfaitement polir l'amalgame mis dans une dent, il se conservera mieux et s'oxydera moins facilement; ce polissage se fait facilement i\ l'aide de la pierre ponce ou des disques d'émeri montés sur le tour dentaire.