‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 483 sur 638 · ABCÈS ALVÉOUIRES. — COMPLICATIONS DES ABCÈS DU SINUS · texte numérisé non relu

ABCÈS ALVÉOUIRES. — COMPLICATIONS DES ABCÈS DU SINUS

M. Galezowski cite un cas semblable où il fut plus heureux, puisque son malade recouvra la vue. Mais pour ouvrir un passage au pus accumulé dans Tantre d'Highmore, en tenant compte de Tintluence des dents, il pratiqua Tavulsion de la première molaire gauche qui se cariait depuis longtemps, mais qui n'avait jamais fait souffrir le malade au point de se préoccuper de sa dent.

La dent fut extraite, et avec elle une esquille de bois de la grosseur d'une petite épingle et longue de quelques millimètres, esquille qui occupait le centre de la racine. Il s'écoula un peu de pus par l'alvéole, les douleurs cessèrent presque aussitôt, et le soir même l'œil était sensible à la lumière, le lendemain la vision était très nette.

Les accidents peuvent prendre une marche chronique comme dans le cas cité par M. Parinaud (i), où des abcès dentaires avaient amené la suppuration du sinus. Le pus s'était fait jour lentement à travers les parois osseuses et il s'était établi un trajet fistuleux à travers la paupière inférieure. A côté de l'abcès alvéolaire proprement dit ouvert dans le sinus, ou même d'un abcès aigu du sinus maxillaire, il existe encore une inflammation chronique qui se manifeste par une douleur sourde et un écoulement par la narine, d'une odeur repoussante. Cette suppuration augmente quand la tête repose du côté opposé.

Traitement.

Le premier soin dans ce cas comme dans celui des abcès, doit être de retirer toutes les dents cariées ou racines qui pourraient se trouver de ce coté de la mâchoire, et de sonder chaque alvéole, car avant tout il faut s'assurer la libre communication avec le sinus; le traitement, qui d'ordinaire mène à bien la guérison, sera long; on élargira l'orifice s'il en existe un, à l'aide du trocart(fig. 1931) de Coleman (2), et s'il n'existe pas d'ouverture, on en fera une juste au-dessus de la première molaire dans la paroi externe de la cavité, car il est complètement inutile de faire l'extraction d'une dent saine.

Dans ces fistules du sinus, il convient de bien dilater l'ouverture, car, par sa structure, il forme un infundibulum qui retient facilement les matières septiques. Cette dilatation se fera aisément

(1) Parinaud^ Archives générales de médecine, juin

(?) A. Coleman, Manuel de chirurgie et de pathologie dentaires t trad. par le D' Dariu<

au moyen du laminaria digitata qui permettra de faire les injections antiseptiques nécessaires àla guérison, ainsi quele montre la figure 1930. Enfin si ces trajets fistuleux venaient à se refermer avant que l'abcès ne fût entièrement guéri, il faudrait les rouvrir au galvano-cautère.

Pour maintenirl'ouverture béante, une bonne méthode est celle indiquée par Coleman. On

Fig. 1931. — Trocart de Coleman pour pénétrer dans

le sinus maxillaire.

prend un bout de tube d'or ou de platine d'environ 0",003 de diamètre et l'on estampe exactement une plaque métallique s'ajustant sur la partie de la m&choire où se trouve l'orifice, cette plaque pouvant servir au besoin à monter des dents artificielles. On y soude le tube dans une position telle qu'une fois la plaque mise en place, il pénètre dans le sinus d'une longueur d'à peu près un centimètre. La hauteur du tube dans le sinus empêche les produits purulents de s'écouler dans la bouche, tandis que son orifice permet au malade de laver la cavité de la manière la plus simple possible.

11 lui suffit de prendre du liquide dans la bouche, de fermer la narine du côté opposé avec le doigt, puis, en comprimant les joues, de forcer le liquide à pénétrer par le tube dans le sinus et de revenir par la narine ouverte.

II existe également un autre procédé indiqué par Farrar (1),. ainsi que le montre

(1) Farrar, Tube à drainage du sinus maxillaire. Dental Cosmos, 1880.

Dana le but de maintetiir le tube en position el de l'cmpCcher de s'enToncer dans le sinus

Tiét, on peut Bxer dans sa cavïléâ dont le boul recourliè suffira k a

Kig. 1933. — Appircl) do Farr4r pour le dniD«gc

pénélrant dans son inlérieui, ou bien l'on pourra y souder l'appendice articnlë, dôcrit ci-dessus.

Ou réussil, suivant les cas, avec diverses modiUcalious, ainsi on arme ft faire glisser t'uppendice à la manière d'un verrou, etc.

Pour faire les iujeclrons dans le sinus, on tourne l'apiiendice d'un citté, on relire le lube avec précaulion et l'on introduit le bec de la seringue dans rorillcc. L'opération bien exécutée n'est que peu ou poinl douloureuse, exige rarement au-delà de 4 à S minutes et peut également Cire faite par le sujet lui-mCme, bien qu'elle doive souvent se répéter une ou deux fois par jour. Ce procédé dispense de voir les clients plus d'une fois tous les huit ou quinze jours.

Parmi les agents détersifs recommandés, le liquide de Condj, l'acide phénique dilué, le sulfo-

encarboldilué.lepermanganalai des plus employés ; mais celui qui montré le plus efficace pour ment et ramener la cavité & l'étal] est l'acide phospltorique en solnj on commencera par une partie j -20 parties d'eau elon augmentera, la force jusqu'à ce qu'elle puîssa.

sans désagrément [(loleman).

On a signalé (I), dans ces Ht l'acide tluorhydrique comme un un anlifermentescible des plus | dose de 1 pour it.ùUO peut arrêta lion du lait, do l'urine, et perra) vution de la viande, cette préparât des résultats dignes d'entrer menis des plaies de mauvaise

PYORRHÉE ALVÉOLO-DEINTAIRE ou ALVÉOLITE EXPuI

PYORRHÉE AÏ.VÉOLO-DENTAIRE OU ALVÉOLITE EXPULSIVE.

dents et sur les gencives, s'exprime ainsi :

« Il est encore une autre espèce de scorbut de laquelle je pense qu'aucun auteur n*a encore pris soin de parler, et qui, sans intéresser les autres parties du corps, attaque les alvéoles et les dents. Non seulement les gencives qui sont molles, lirides, prolongées et gonflées, y sont sujettes, mais celles qui n'ont point ces vices ne sont point exemptes de cette afl'ection. On la reconnaît par un pus asseï blanc, un peu gluant, que Ton fait sortir des gencives en appuyant le doigt un peu fortement de bas en haut sur celles de la mftchoire inférieure, et de haut en bas sur celles de la mftchoire supérieure.

a Ce pus sort souvent d'entre les gencives et le corps de l'alvéole, et quelquefois d'entre l'alvéole et la racine de la dent ; ce qui arrive plus fréquemment à la partie extérieure des mâchoires qu'à leurs parties intérieures, et plutôt aux incisives et canines de la mâchoire inférieure qu*à celles de la supérieure, qui sont cependant plus ordinairement affligées de cet accident que les molaires... »

Fauchard attribue à des liqueurs épanchées dans les interstices des vaisseaux, à leur fermentation et à leur corruption, la formation de petits ulcères plus ou moins fistuleux entre la gencive et le corps de Talvéole, ou entre l'alvéole et la racine de la dent.

« Ce qui est singulier et que j'ai, dit-il, observé, c'est que ceux qui ont été traités de cette maladie par des remèdes intérieurs, soit qu'ils fussent antiscorbutiques, soit qu'ils fussent différents, n'en ont point été guéris ; ce qui pourrait donner lieu de crobre qu'elle ne provient point d'une cause universellement répandue, mais qu'elle naît de la cause locale ou accidentelle occasionnée par les dents. Pour m'en assurer mieux, j'ai encore remarqué que lorsqu'on avait perdu des dents par cette maladie, leurs alvéoles et leurs gencives s'étaient si bien réunis, cicatrisés et consolidés, qu'il n'y paraissait plus aucune matière purulente.

«I On doit conclure de ce que je viens de dire, que cette maladie ne se guérit radicalement que lorsque les dents qui sont afi'ectées sont hors de la bouche. »

On voit par cet exposé que Fauchard connaissait parfaitement la maladie que nous décrivons et que, déjà, à cette époque, il avait observé qu'une fois les dents perdues, Talvéole guérissait radicalement,

Jourdain (i) signale cette affection sous le nom de la suppuration conjointe des alvéoles et des

(1) P. Jourdain, Traité des maladies et des opérations réellement chirurgicales de la bouehef etc., t. X\I, p'. 39G. Paris, 1778.

Encycl. de chirurgie.

gencives. Bourdet (i) remarque que la suppuration, maladie aussi commune aux gencives que la carie Test aux dents, fait périr autant ces dernières que la carie eJle-môme. Maury (2) confond cette affection avec la périodonlite, et Lefoulon (3) ne fait que reproduire les idées de Maury.

Nous arrivons à Toirac (4)^ qui établit d'une façon bien nette le caractère spécial de cette afl'ection sur les autres maladies des gencives et des alvéoles. Puis surgirent de nouveaux travaux, parmi lesquels nous devons citer ceux de Marchai (de Caivi), qui, ignorant sans doute les descriptions données par Fauchard et Toirac, décrit de nouveau la pyorrhée sous le nom de gingivite expuhive, croyant faire connaître une affection ignorée. Magitot parle de celte afl'ection sous le nom d'ostéo-pénostite ahéolo-dmtairc, dénomination fausse selon nous. Kn eff*et, où trouver les symptômes d'une ostéite? Je bord alvéolaire se résorbe, il est vrai, mais lentement, sans inflammation; il n'y a ni nécrose consécutive, ni séquestre, ni fistule; en un mot tous les symptômes de l'ostéite manquent totalement; d'un autre côté on ne rencontre aucun des symptômes d'une périostite (5).

D'ailleurs, comme Ta fait très bien remarquer le premier, M. Aguilhon de Sarran (6), la membrane alvéolo-dentaire n*est pas à proprement parler un périoste, mais bien plutôt un véritable ligament fibreux semblable aux tendons des articulations, et si Ton observe une mâchoire privée de dents aux alvéoles disparus, on ne rencontre plus qu'un arc osseux recouvert d'une bande fibreuse et une muqueuse dont l'ensemble forme la gencive.

Enfin Witzel décrit cette maladie sous le nom

(1) Bourdet, Recherches et observations sur toutes Us parties de l'art du dentiste. Paris, 1786.

(2) F. Maury, Traité complet de Vart du dentiste^ d'après l'état actuel des connaissances , p. 122. Paris, 1S33.

(3) Lefoulon, Nouveau traité théorique et pratique de Vart du dentiste, in-8*, p. 141. Paris, I84I.

(4) A. Toirac, Pyorrhée inter-alvéolo-dentairey ou écoulement du pus entre Calvéole et la racine de la dent (Dict, de médecine par le D' Beaude, t. l, p. 100, 1849).

(5) Marchai (do Calvi), Sur une affection très commune et non décrite des gencives, qui occasionne la perte des dents. Académie des siences, lu septembre 1860, et Union médicale, 2« série, t. VII, p. 499,

(6) Aguilhon de Sarran, Pathogénie et traitpment de la gingivite expulsive^ note à la Société de chirurgie, séance du 26 mai 1880.

E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANNEXES

d'alvéolite infeclieuse ou de blennorrhée de l'alvéole (1).

Anatomie.

H est indispensable, pour bien comprendre raffeclion qui nous occupe, de connaître la structure de la membrane alvéolo-dcnlaire. Cette membrane réaulte de la transformation du sac du follicule primitif de la dent. Lorsque la dent brise le sac dans lequel elle a pris naissance et commence son travail d'évolution, la paroi folliculaire déchirée contracte avec la gencive et le périoste maxillaire des adhérences qui demeurent définitives. Cette paroi folliculaire devient la membrane alvéolo-denlaire adhérant au cément dentaire d'une façon des plus intimes en formant un faisceau Gbreux semblable à celui qui se trouve dans le voisinage de toutes les articulations ; aussi est-ce avec raison que le professeur Robin classe cette membrane parmi les tendons, et non comme un périoste qui est un tissu lamineux ; si elle se continue avec le périoste qui recouvre l'os maxillaire, c'est par suite de modification successive comme nous en trouvons de nombreux exemples dans les épithéliums qui, sur une même muqueuse, deviennent un épithélium à cils vibratiles, pavimenteux ou en cellule (2).

Cette membrane est constituée : 1 ° par du tissu cellulaire dont les éléments sont peu développés, et d'une trame fibreuse; 2^ d'un réseau vasculaire très riche, naissant des vaisseaux de la pulpe ; 3° de ramifications nerveuses provenant de la cinquième paire, ce qui explique les vives douleurs que cause l'inflammation de cette membrane ; aussi toute congestion, toute exsudation des vaisseaux tendra à la modifier.

Physiologiquement, — La membrane alvéolodentaire nejoue nullement le rôle d'un périoste; les travaux de Robin, Legros, Magitot (3), ont montré qu'elle n'adhère à lui qu'au moment du développement des racines , c'est-à-dire longtemps après que le tissu osseux a été formé. Elle assure la circulation entre la paroi alvéolaire et le cément, c'est par son intermédiaire que les communications vasculaires se rétablissent dans la réimplantation, et môme

(1) Witzel, TraUement de la pyorrhée alvéolaire^ communications au Congrès des dentistes. Heidelberg, 1881.

(2) Ch. Legros, Recherches $nr l'évolution du follicule dentaire {Journal danatomie et de physiologie, de MM. Robin et Pouchet, 1878, 187», 1881).

(3) Magitot, Mémoire sur Us tumeurs du périoste dentaire, %• édidon. Paris, 1873.

qu'elle assure la vitalité de la dent alors ^ la pulpe a été dévitalisée; elle retient la dÀnl dans un alvéole, en remplissant, comme oou l'avons vu, les fonctions d'un véritable ligunest intra-articulaire ; et si l'oa étudie l'analoiDie dentaire humaine et comparée, on troofe h preuve bien plus évidente de ce que noosanoçons, sur les dents articulées de la nome et autres poissons (i); c*est en partie i k solidité de ce ligament qu'il faut attribuer k résistance que Ton rencontre dans les eitncâons; elle s'atrophie chez le vieillard et conlribneikrs à la chute physiologique des dents.

Fat hologique ment, — La membrane oa Ijpment alvéolaire, d'abord seule atteinte, se dédnil peu à peu, et si on vient à extraire la deot,(Hi observe au début une injection des Tsissemi capillaires sur une des faces ou même soriij totalité de la racine, le cément est intact; tard, quand l'inflammation s'étend jos^^ fond de l'alvéole, et que les dents sentent ment branlantes, les granulations recounolj fond de l'alvéole, le cément s'altère et li est rugueuse à la pointe {ostéite raréfanit)»

Un pus jaune s'écoule de la gencive et mence à se former immédiatemeni au colklj la dent, le contraire par conséquent dek dontite aiguë où l'inflammation débute toi à la pointe de la racine. Ce pus sort en géi un seul point, ou sur une seule racine de k( plusieurs racines; la pyorrhée est plus à la face externe des incisives inférieures la face palatine des incisives supérieures. Ul sorption des bords alvéolaires marche lent et ne se fait que petit à petit, Texamen copique laisse voir des éléments plus ou i altérés, des lambeaux de membrane à ïi trame fibreuse épaissie imbibée de pus otj dégénérescence, ainsi qu'une grande de micro-organismes qui ont fait appeler maladie alvéolite infectieuse, d'où l'utilifé traitement antiseptique (Witzel).

Le plus souvent, les dents ainsi atleiatei belles, offrant une couronne indemne de' et les malades les regrettent d'autant qu'elles leur paraissent complètement ce n'est que plus rarement que les dents sont atteintes; quelquefois cependant, àk^ de différentes congestions des vaisseaot radiculaires, la pulpe est atteinte dans s&j lilé, et, se trouvant étranglée dans si bre, tombe en gangrène; alors on voitk

(1) Ch. Tomes, De Panatomu dentaire Ai comparée, trad. de CrueU

PYORRHÉE ALVÉOLO-DENTAIRE. — CAUSES.

prendre une teinte grise, puis bleuâtre. Cette coloration est due à Tépanchement, dans les canalicules de l'ivoire, des éléments du sang contenu dans les vaisseaux pulpaires, Thémoglobine se décomposant et donnant naissance aux granulations noires d'hématosine; d'autres fois, le décollement de la gencive et de la membrane alvéolaire étant plus rapide laisse pénétrer Tair et les liquides jusque vers l'apex de la dent, d'où le sentiment de vives douleurs quand le malade boit des liquides trop chauds ou trop froids; mais ce dernier cas doit plutôt être rapporté à une fistule alvéolaire qu'à la maladie qui nous occupe.

Causes.

Généralement les causes de la pyorrhée sont locales et générales tout à la fois, et ce serait suivant nous une erreur que de les séparer, car le traitement lui-même dqit être local et général SX l'on veut arriver à une modification sérieuse dans la marche de la maladie.

Toutes les causes qui peuvent être rattachées à la périodontite aiguë peuvent devenir la source de la pyorrhée inter-alvéolaire : le ramollissement des gencives, le broiement des corps durs, les corps étrangers qui s'introduisent entre la racine et l'alvéole ; le tartre surtout est une des causes les plus fréquentes, puisqu'à mesure qu'il se forme il repousse la partie libre de la gencive, l'irrite et l'inflammation se communique à l'alvéole ; le bord alvéolaire s'absorbe et, le tartre gagnant de plus en plus, la dent se trouve entourée d'une masse qui peut atteindre parfois un volume considérable, ainsi que le montrent les modèles déposés au musée de rÉcole dentaire.

Toirac cite comme cause de la pyorrhée l'épaississement morbide de la membrane interalvéolo-dentaire arrivant sans cause, surtout chez les individus à gencives sensibles et saignantes.

L'hérédité, la pléthore, l'état hémorrhoïdaire, la suppression brusque des règles, la grossesse, l'allaitement, la ménopause, tout état général entraînant des troubles de la circulation, la sénilité, les diathèses et les maladies constitutionnelles, comme le diabète, le rhumatisme, la goutte, la scrofule, Tarlbritisme particulièrement jouent un grand rôle. Ces manifestations sont aussi évidentes pour le système dentaire que pour les articulations et les viscères. Tous les jours on peut voir des individus chez qui un refroidissement brusque amène

une crise rhumatismale articulaire, et qui, simultanément ou alternativement, en subissent les mêmes effets sur leurs dents ; nous pourrions en citer plusieurs exemples bien confirmés.

Certains malades, atteints en même temps du rhumatisme progressif des extrémités, reconnaissent que leurs dents et leurs mains subissent les influences atmosphériques d'une façon également sensible ; et à l'île Maurice où le rhumatisme et la goutte atteignent pour ainsi dire toutes les familles, cette affection est extrêmement fréquente (Chauveau) (i). Une personne dont les dents commençaient à s'ébranler, étant allée faire une saison à Bagnères-de-Luchon pour des douleurs articulaires, vit les dents se consolider sous l'influence de ce seul traiteoient thermo-sulfureux (Magitot).

Le professeur Després attribue cette maladie à la compression des arcades trop étroites ; cette compression constante qui s'exerce entre les branches montantes du maxillaire et les dernières molaires détruit l'alvéole qui se nécrose et cause la gingivite expulsive ; quand la nécrose est achevée il se fait une ulcération dans l'alvéole et l'on voit apparaître le pus, la dent devient alors un séquestre qui doit être éliminé; nous pensons que cette afi*ection ne peut pas être rapportée à la pyorrhée dentaire, mais bien à une simple ostéite par compression du bord alvéolaire.

La pyorrhée, comme nous l'avons dit, est pluti5t la manifestation d'un état pathologique général, d'une diathèse comme l'arthritisme, l'albuminurie, le diabète, et il nous est arrivé fréquemment d'éclairer des malades sur un état qu'ils ignoraient complètement; aidés alors, dans notre traitement, par le médecin habitueL nous avons pu leur procurer sinon une guérison définitive, ce qui est presque sans espoir dans pareil cas, du moins une amélioration des plus satisfaisantes.

L'habitation dans un lieu humide et froid est souvent une cause déterminante ; aussi observet-on plus fréquemment cette afl'ection pendant la mauvaise saison.

La pyorrhée est une maladie rare dans la jeunesse et l'adolescence, excepté chez les jeunes filles, à l'époque de la puberté; alors elle revêt une forme véritablement aiguë et peut être confondue avec d'autres maladies des gencives, comme la stomatite ulcéro-membraneuse; c'est vers l'âge de quarante à quarantecinq ans qu'elle est le plus fréquente.

(l) Chauveau, Le rhumatisme dentaire.

PYORRHÉE ALVÉOLO-DENTAIRE. — DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC.

nant ces dents au microscope, nous* avons constaté des modifications nombreuses dans le cément, suite bien évidente de la cémentite qui accompagne la pyorrhée, et le pus laisse voir un grand nombre de microcosmes et de bactéries qui, confinés dans le cul-de-sac gingival, s'y développent dans les meilleures conditions.

La pulpe semble n'éprouver de cette afl^ection qu'une atteinte secondaire. On observe d'abord une réplétion des vaisseaux et plus tard, alors que la destruction a gagné l'extrémité des racines, elle se désorganise et donne naissance à un produit fétide. La dent disparue, la gencive se remet rapidement, la cicatrisation marche vite, ce qui n'aurait certainement pas lieu s'il y avait une ostéite.

Marche, dorée, terminaison.

Cette affection, contrairement à la gingivite ou à la périodontite, a une marche généralement lente et progressive variant de plusieurs mois à plusieurs années; sa marche, comme le remarque Chauveau, est analogue à celle des autres manifestations rhumatismales (ou diathésiques), c'est-à-dire est régulière, indéterminée dans les formes légères ; au contraire elle est régulière dans la forme progressive. Dans cette dernière forme il ajoute que rafi*ection suit presque invariablement une marche soit centripète, soit centrifuge suivant Tâge du malade (i).

Au-dessous de quarante ans, les dents atteintes les premières sont les incisives, c'est-à-dire les dents les plus rapprochées de la ligne médiane ; après quarante ans, surtout quand l'affection débute de cinquante à soixante, ce sont les molaires, c'est-à-dire les dents les plus éloignées du centre, qui sont toujours déracinées les premières.

Cette marche pathologique ne s'arrête généralement que quand la dent, privée de ses moyens d'attache, devient un véritable corps étranger et tombe.

LiOrsque la maladie est entrée dans la période subaiguë, on ne peut espérer sa guérison complète, mais bien seulement des périodes de rémission à la suite desquelles la période de chronicité se déclare : alors toute trace d'inflammation aiguë disparaît, laissant un flux morbide, véritable hypersécrétion, les tissus se modifient et la membrane alvéolo-den taire disparaît lentement.

(I) Chauveau, ioc. ciL

Diagnostic et pronostic.

La pyorrhée ou l'alvéolite ôxpulsive, comme nous avons cru la nommer, peut se rapprocher du ramollissement jaune, décrit par Delestre (i), qui n'est en réalité que la même affection liée à un état fongueux et particulier des gencives.

Dans certains cas, cette inflammation de la membrane ligamentaire de l'alvéole et de la dent pourrait offrir quelques points de ressemblance avec les inflammations des parties molles comme la gingivite.

On remarque une différence très grande entre les phénomènes aigus de la périodontite s'accompagnant de fièvre, de rougeur, de chaleur, de fluxion et d'abcès et la pyorrhée qui procède par accès aigus et une marche progressive constante ; dans la période ntite, la membrane alvéolaire s'épaissit, la dent soulevée hors de son alvéole est très douloureuse; au contraire dans la pyorrhée elle diminue et disparaît môme complètement, la dent déviée de sa position normale est douloureuse seulement dans les mouvements de mastication, par suitQ de la luxation qu'elle subit ; elle ne peut être confondue avec le ramollissement rouge de Delestre, qui n'est en réalité qu'un gonflement des gencives avec ramollissement parfaitement décrit par Boyer.

La pyorrhée n'offre que des points de ressemblance avec les diverses affections des gencives, comme les ulcérations avec ou sans pseudo-membrane, ou les maladies dues à certaines professions comme les tailleurs de cristaux, les rémouleurs, les ouvriers exposés à certaines vapeurs délétères, le phosphore (2), les acides nitrique, sulfurique, le plomb, le mercure, etc., etc.; à la suite desquelles il se manifeste la nécrose partielle ou totale du maxillaire suivie alors d'ostéite. Elle ne sera pas non plus confondue avec l'atrophie sénile do l'alvéole, qui consiste en une inflammation des racines qui se détachent sans destruction de l'alvéole, la gencive restant adhérente à la membrane alvéolaire.

La pyorrhée alvéolaire peut, au premier abord, être confondue avec la sortie anormale des dents de sagesse inférieures (3) quand elles

(1) G. Delestre, thèse, 1861, n<» 41, p. 23.

(2) U. Trélat, thèse d*agrégation de chirurgie, 1857.

(3) A. Heydenreich, Des accidents provoqués par Véruption de la dent de sngesse, thèse d'agrégation, 1878.

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