CERVICALES
Dans ces luxations l'apophyse articulaire inférieure d'une vertèbre se déplace par rapport à l'apophyse articulaire supérieure de la vertèbre située au-dessous : la face est tournée du côté opposé à la luxation. Cet accident a été observé maintes fois.
Étlologle.
On peut inférer de la statistique d'Ashhurst (29 observations) que cette luxation est aussi souvent produite directement par l'action volontaire des muscles dans Tacte de tourner la tôte brusquement d'un côté, qu'elle est le résultat d'un coup ou d'une chute sur le cou lui-môme.
Symptômes et marche.
Les symptômes observés sont la raideur, l'immobilité du cou, de la douleur, de la distension du cou; la face est tournée du côté opposé à la luxation, on peut observer la paralysie d'un bras; dans plusieurs cas on a constaté de la
(1) Hamilton, Princ» and pract, of surgery, p. 315.
JOHN LIDELL. — RÉGION DORSALE, COLONNE VERTÉBRALE, ETC
dysphagie, dans un cas la vertèbre faisait saillie dans le pharynx. Dans un autre cas on observa de la paralysie des extrémités supérieures, des convulsions et du hoquet, mais ces symptômes disparurent quand la luxation fut réduite. Dans un cas seulement on ne constata aucune faiblesse dans les membres. Presque toujours cependant on note un degré plus ou moins marqué de paralysie. Cette paralysie peut n'apparaître que plusieurs heures après l'accident, ou bien elle est progressive, apparaît subitement et détermine la mort au bout de quelques heures.
Diagnostic.
Le diagnostic des luxations unilatérales n*est pas difficile en général ; il est certainement beaucoup moins difficile que celui des luxations bilatérales. Le pronostic est plus favorable que celui de ces dernières ; car dans les luxations bilatérales la moelle est ordinairement bien plus grièvement blessée. De plus les luxations unilatérales se compliquent de fractures bien moins fréquemment que les bilatérales. La statistique montre que le pronostic est beaucoup plus favorable quand l'une seulement des apophyses articulaires est brisée que lorsqu'elles le sont toutes deux. Nous voyons dans les tables d'Ashhurst que sur 21 guérisons i5 furent obtenues après réduction de la luxation et 4 sans qu'il fût fait de tentative de réduction ; sur huit cas de mort, dans un cas seulement on fit la réduction et dans ce cas môme l'autopsie montra que la luxation s'était reproduite.
Les symptômes les plus fâcheux sont l'extension de la paralysie, la dysphagie, la dyspnée avec turgescence des veines du cou et de la face et exophthalmie par suffocation.
Traitement.
La première indication est sans contredit de réduire ces luxations. Dans quelques cas on a vu la paralysie disparaître instantanément «près la réduction. Ericbscn conseille d'efl'ectuer cette manœuvre en appliquant les genoux contre les épaules pendant qu'on tire sur la tête et qu'on lui fait reprendre sa position normale. Pour empêcher la luxation de se reproduire on pourra appliquer un appareil rigide autour du cou, comme l'a fait Malgaigne, ou faire de l'extension sur la tôte au moyen de poids, comme l'a fait Parisot. Pour prévenir l'inflammation des articulations vertébrales on immobilisera le cou et la tôte.
LUXATlOIfS DES VERTEBEE8 DOESALES ET
LOMBAIEES.
Ces luxations sont presque toujours compliquées de fractures ; les luxations simples soDt exceptionnelles.
Ëtiologie.
Ces luxations sont toujours dues à une violence extérieure, et jamais à l'action musculaire seule. Elles sont directes ou indirectes.
Symptômes et pronostic.
Les luxations de ces vertèbres s'accompagnent toujours de troubles fonctionnels, de déformation de la région et généralement d'ecchymose. Il y a souvent projection en arrière de la vertèbre située au-dessous de la luxation ; l'apophyse épineuse de la vertèbre luxée et celle de l'apophyse située au-dessous sont séparées par un large intervalle. Le sujet souffre non seulement au niveau de la lésion, mais dans les parties desservies par les nerfs qui naissent de la moelle à ce niveau. On observe de la paraplégie et delaparalysie vésicale et intestinale. Dans beaucoup de cas on constate une hypéresthésie très prononcée et une douleur intense juste audessus de la région paralysée. Si les branches du sympathique sont atteintes, on peut noter des troubles vaso-moteurs, des modifications daos le pouls, de l'injection de la face, une augmentation ou une diminution considérable de la température. L'injection de la face s'accompagne habituellement d'une hypersécrétion des larmes, de la contraction des pupilles, phénomènes dus à la paralysie vaso-motrice.
Le pronostic est beaucoup moins défavorable que dans les luxations des vertèbres du cou, et en général plus le siège de l'accident est éloigné des centres respiratoires, plus le pronostic est favorable. Dans les luxations et les fractures dorsales et lombaires sans hémorrhagie intraspinale, les principales sources de danger sont la méningite spinale, la myélite ascendante, les eschares, la néphrite et la cystite. Parmi les symptômes graves on peut noter rélévation on l'abaissement persistant de la température» la congestion de la face, la fréquence ou la lenteur du pouls, les eschares, l'incontinence de l'urine et des matières fécales succédant à la rétention, la dyspnée, l'extension des paralysies. Le priapisme est généralement un symptôme de mau-
FHACTCRES DES VERTÈBRES.
vais augure. La disparition ou l'atténuaition des symptômes précédents est au contraire de bon augure.
Dans aucun cas, on ne peut alBrtner pendant la vie l'absence de fraclure. D'ailleurs, que la luxalion soit simple, ce qui est exceptionnel, ou compliquée de fracture, le traitement ne change pas. Il Tant tenter la réduction. Quand la réduction ne se produit pas d'elle-même par le décubilus dorsal, on essayera de l'extension et de la contre -ex tension. La réduction obtenue,
on pourra faire de l'extension continue ; la meilleure méthode est de faire du lit un plan incliné et de fixer la partie supérieure du corps du blessé à la tête du lit. Cette extension continue peut également être mise en usage, quand la réduction n'a pu être obtenue. Le danger de blesser la moelle dans les tentatives de réduction est plus hypothétique que réel. Sur quatorze cas mentionnés dans les tables d'Ashhursl il y eut sept guériaons, deux améliorations et cinq morts. Dans un seul de ces cinq cas seulement l'aggravation des symptAmes put être attribuée aux manœuvres de réduction.