II. - RUPTURES SOUS-CUTANÉES
i*» RUPTURE du STERNO-MASTOIDIEN
Le sterno-mastoïdien est le muscle du cou à propos duquel on parle le plus souvent de rupture sous-cutanée. On a bien cité des faits de rupture du trapèze, mais il ne s'agissait là que de ruptures fibrillaires peu étendues où la précision du diagnostic laissait d'ailleurs à désirer. Quant aux ruptures des autres muscles, elles sont assurément possibles, mais elles sont en tout cas bien moins intéressantes que les ruptures du sterno-mastoïdien.
Celles-ci sont d'ailleurs assurément une rareté au moins chez l'adulte; je n'en ai point relevé d'exemple nouveau. Traisnel, dans sa thèse qui ne date que de 1876 (1), ne cite que
(1) Traisnel, Contribution à la pathologie chirurgie cale du sterno-mastoïdien. Thèse de Paris, 1876.
les deux cas de Cavaher (2), déjà relevés par Nélatonen 1868 (3), et plus tard en 1878 par Gillette (4). Plus récemment, Maydl (5) en a relevé huit cas nouveaux.
Or il faut le dire, les deux cas de Cavalier, pour être devenus quasi classiques, n'en sont pas moins fort peu probants. J'avoue en effet ne point retrouver à la lecture des observations
(1) Voy. art. Rachis.
(^) Cavalier, Journal général de médecine^ t. LIV. (8) Nëlaton, Éléments de pathologie chirurgicale, 1868, t. I, p. 780.
(4) Gillette, art. Cou du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Paris, 1878| t. XXI, V série,- p. 167.
(5) Haydl, Ueber subcutan Muskel-und Sehnenzer^ reisungen sowie Rissfracturen^ Deutsche Zeitschrifi
» /fir Chirurgie^ t. XVII et XVIII.
HÉMATOME DU STERNO-MASTOIDIEN CHEZ LES NOUVEAU-NÉS.
soixante-quatre présentations du siège, dix-huit fois des blessures du sterno-mastoïdien, souvent combinées avec d'autres lésions, quelquefois énormes, telles que ruptures des vertèbres, fractures du crâne, disjonction de Tocciput et de Tatlas. Mais P, Ruge, dans la discussion qui suivit celte communication, affirma avoir vu un hématome du sterno-mastoïdien rapidement résorbé, il la suite d'une présentation de la tôte. E. Launois (i) rend compte de six observations recueillies dans le service de de Saint-Germain sur des enfants venus par le siège.
M. Legroux (2) dit avoir fait la même observation que P. Riige, et sans citer de chiffres ni de faits particuliers, il soutient que les applications de forceps sur l'extrémité céphalique peuvent engendrer la môme lésion qu'il considère comme une rupture du muscle. Puis M. d'Heilly relate un fait semblable à celui de M. Blachez. En6n, point intéressant et digne d'être nolé,Peter8fin (3) relate le fait de deux enfants nés sans le secours de Fart en première ou seconde position de la tète, atteints de torticolis, et qui eurent des hématomes du stem o- mastoïdien au bout de quelques semaines.
Ce court historique assurément incomplet suffît à prouver qu'il s'agit là d'une lésion fréquente et qui mérite d'attirer l'attention, d'autant plus que, comme nous le verrons plus loin, c'est à elle qu'on a bénévolement, à la suite de Stromeycr, attribué Tétiologic du torticolis permanent congénital.
Quest-cc donc que l'hématome du sternomastoïdicn des nouveau-nés? C'est assurément une lésion du muscle qui résulte de sa distension puisqu'on le rencontre surtout dans les cas où l'accouchement a dû être terminé par des tractions énergiques soit sur le tronc soit sur la tète, et dans des cas où il existait un torticolis (Petersen). Il faut noter en outre le siège ordinaire de la tumeur sur le sterno-mastoîdien droit, que Planteau et Blachez expliquent par la mauvaise direction et l'irrégularité des tractions qu'un accoucheur inexpérimenté exerce sur le tronc et le cou de l'enfant venant par le siège, de telle sorte que c'est le sterno-mastoîdien droit qui est surtout tiraillé. Mais s'ensuit-il qu'il s'a-
(1) E. Launois, Revue mensuelle des maladies de Venfauce, 1883. Hématome du sterno-mastoîdien chez les nouveau-nés^ p. 140.
(2) Legroux, Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris^ 14 novembre 1884, p. 359.
(3) Petersen, Caput obstipum (zur CEtiologie und Behandlung). Archiv fur klinische Chirurgie, 1884, B. XXX, p. 781.
Encycl. de chirargio.
gisse d'une rupture ? Bien certainement non, et cela pour trois raisons :
P Les tractions exercées pendant l'accouchement s'exercent surtout sur la colonne vertébrale, si bien que dans les cas de C. Rûge les hématomes du sterno-mastoîdien s'accompagnaient de lésions dominantes des vertèbres ;
2*» Pour qu'un muscle se rompe il faut qu'il soit en contraction, sinon il n'est que distendu. Or il ne viendra à l'idée de personne que l'enfant que Ton accouche résiste aux tractions de l'accoucheur par des contractions violentes. Si l'on voulait l'admettre je demanderais pourquoi on n'observe point de ruptures musculaires à la suite des tractions si énergiques exercées sur les membres inférieurs pendant la version et pourquoi l'on n'observe pas d'hématome sur les deux sterno-masloïdiens qui résistent pourtant bien également tous les deux, malgré l'explication très hypothétique de Blachez, que l'on est convenu d'accepter;
3<* Si le muscle à hématome était réellement rompu, ce n'est pas de son côté que se produirait le torticolis passager que l'on observe, c'est du côté sain. 11 en serait môme ainsi si le muscle malade n'avait été que distendu au point d'être rendu inerte comme cela a été observé par Dieffenbach (i).
En résumé la cliiiique démontre que les hématomes du sterno-mastoîdien ont été faussement considérés comme des ruptures de ce muscle, chez les nouveau-nés. Le seul fait où il soit cliniquement possible d'admettre la rupture du sterno-mastoîdien chez un nouveau-né est le fait, déjà cité, de Dieffenbach; c'est en effet le seul où les conséquences physiologiques de la rupture, c'est-à-dire la déviation vers l'antagoniste, aient été bien réellement observées. Qu'est-ce donc alors que l'hématome ? Malheureusement l'anatomie pathologique, qui est nulle, ne permet pas une réponse catégorique. Mais, à mon avis, c'est tout simplement une forte contusion avec épanchement sanguin dans la gaine du muscle le long de la veine jugulaire oblique, produite par la main de l'accoucheur saisissant maladroitement le cou de l'enfant. Ou bien encore une lésion analogue au céphalhématome classique. Que quelques fibres musculaires puissent en même temps être éraillées, c'est possible ; mais il y a loin de là à la rupture.
On serait peut-être tenté de penser qu'il s'agit là d'une discussion inutile et purement théo-
(1) Dieffenbach, Ueber die Durschnéîdung der Seh" men und Muskel, p. 23.
!l] PLAIES PROFONDES DU COU NON PÉNÉTRANTES. — PLAIES DES MUSCLES. 755
nâtl're des plaies.
Parties communes : muscles, nerfs, vaisseaux
Larynx
Trachée
Las deux à la fois.