TRÉPANATION. - MANUEL OPÉRATOIRE
priocipes de la saine chirurgie que le trépan préfeotif réussisse, car, en supprimant les sources dlrritation, on peut prévenir des désordres intra-cràniens, qui, une fois déclarés, ne sauraient d'ordinaire être combattus avec succès par la trépanation, pour la simple raison que tout ce que celle-ci peut faire c'est supprimer une des sources d'irritation, tandis que les autres, et les plus dangereuses, c'est-à-dire TinflammatioQ et ses produits, ne peuvent être influencées favorablement par l'intervention dans la majorité des cas. On peut réussir à évacuer un abcès du cerveau, mais beaucoup plus ordinairement l'opération échoue; et la forme de suppuration intra-crftnienne que Ton observe habitaaUement est la forme diffuse, et non la forme drcoDscrite. Donc, je le répète, trépanez de bonne heure quand la chose est possible, mais id, comme ailleurs, usez de jugement. Les in- ^calioos du trépan dans les épanchements sanguins à l'intérieur du crâne, les abcès intracrftnîeDs, et les fractures avec enfoncement, ont été étudiées dans les paragraphes consacrés à ces affections.
Manuel opératoire.
Je comprendrai, sous le nom de trépanation, toutes les opérations destinées à enlever une
Fig. 1518. — Elévatoire.
portion d'os plus ou moins sain, soit avec le trépan, soit avec la pince coupante, ou la scie de Hey (1). Les instruments spéciaux nécessaires
RÛBEKT LT COLUN
Fig. 1519. — Couronne conique munie de biseaux
tranchants.
sont un elévatoire (fig. 1518), un bistouri avec rugine (2), un arbre de trépan (fig. 1520) ou une tréphine (fig. 1521) avec des couronnes dedifTé-
WBÊPCr ET COLUN
Fig. 1520. — Trépan de Bicbat, modifié par Charrière. — Couronne cylindrique.
rentes dimensions (fig. 1 51 9 et 1520), une paire de fortes pinces, une brosse à trépan, une ou deux «des de Hey (fig. 1522), et une pince à double gouge (iig. 1523), ou une paire de petites pinces coupantes (1). Quelques chirurgiens préfèrent se servir d'un couteau lenticulaire (fig. 1524) pour rdever l'os et régulariser les bords de la perforation; mais je n'ai jamais vu qu'il fût nécessiire d'employer cet instrument, car un elévatoire, dans des mains habiles est d'une absolue sécurité, et ses bords rugueux, denticulés, réussissent admirablement à user les irrégularités Itisséespar les fragments de la table interne tout antoor de l'ouverture. La pince double gouge est un merveilleux instrument, et, quand on peut remployer, elle est plus commode que le trépan oa la scie de Hey, pour enlever une écaille osseuse biiant saillie, tout en possédant une action plus t^ideetplus sûre. Des deux formes de trépaû, Ift conique (fig. 1519), qu'on appelle ordinaire-
(1) Voir vol. IV, p. 668, fig. 1389.
Encycl. do chirurgie.
ment du nom de Galt, est celle qui donne le plus de sécurité, car avec elle il est presque impossible de léser le cerveau si, en divisant les dernières portions de la table interne, on exerce une pression trop forte; tandis que, dans ces conditions, un trépan de l'ancienne forme a quelquefois été plongé par accident dans la substance cérébrale. [A vrai dire, avec la modification apportée par Charrière et consistant en un curseur mobile (fig. 1520), un pareil désastre n'est plus à craindre, et le trépan cylindrique, ainsi perfectionné, a tous les avantages de l'autre instrument sans avoir l'inconvénient reproché au trépan conique, peut-être théoriquement, à savoir, d'exposer à la nécrose en divisant à des niveaux différents les tables interne et externe du crâne.] Les instruments doivent être placés dans une solution d'acide phénique, à \ sur 20, et le cuir chevelu lavé avec une solution de té-
(1) C'est en réalité la scie de ScuUet.
(2) Voir vol. IV, p. 6CG, fig. 1383.
CHARLES B. NANCREDE. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA TÊTE
rébenthine dans Talcool [2 sur 14). Les éponges doivent être tenues dans une solution de sublimé
Fig. 1521. — Trépbine tyec couronne munie d'un
curseur.
corrosif (1 sur 2,000) ; c*esl encore avec cette solution qu'il faut faire des irrigations plus ou moins continues de la plaie.
Dans la plupart des cas de fracture exposée, des lambeaux limités par des incisions, dont la direction est un peu déterminée par la plaie primitive, permettront aisément de mettre Tos à nu ; môme dans quelques cas, il n'est pas besoin de recourir au bistouri. Lorsqu'il n'existe pas de
KOBBKT ET COLLIN
Fig. 1522. — Scie convexe à plaque dorsale formant
point d*appui.
plaie, on doit faire une incision cruciale, en V, ou, ce que je préfère beaucoup, en fer à cheval. Tout écoulement de sang qui ne cesse pas spontanément en quelques instants doit être arrêté à l'aide de serres-fines ou par rappUcatioo d'un morceau de lint antiseptique sec, qu'an aide maintient avec le doigt On peut, si on le préfère, recourir à la ligature, mais elle est habituellement inutile. Le périoste doit ensuite être incisé, soigneusement décollé avec la rugine ou le man-
Fig. 1523. - Pince-gouge de Nélaton.
che du bistouri et mis à Tabri de toute lésion, afin d'éviter autant que possible les risques de nécrose (fig. 1525). La trépbine, avec sa tige centrale saillante d'environ un centimètre et demi, et solidement fixée par une vis dans cette posi-
Fig. 1524. — Couteau lenticulaire.
tien, doit être alors appliquée sur la portion d'os que Ton se propose d'enlever. 11 faut imprimer à l'instrument un mouvement léger, vif et prompt de gauche à droite et de droite à gauche, en prenant soin de ne point exercer de pression inégale, et de presser surtout au moment où la main se meut de gauche à droite. Dès qu'on a tracé un sillon suffisant pour maintenir la tréphine en place, il faut retirer la tige centrale et la fixer de façon à empêcher toute lésion de la dure-mère. Quand on a traversé la table externe, la poussière d'os, qui Jusqu'à ce moment a été sèche, devient humide et sanguinolente, à
mesure que l'instrument pénètre dans le diploé. Le son et la sensation à la main sont aussi différents. Quand on juge opportun de ne point se servir de la tige centrale, le D' P.-H. Watson, d'Edimbourg, a conseillé de fixer l'instrument h l'aide d'un morceau de carton portant une perforation de diamètre égal à celui de la couronne, et maintenue solidement sur l'os (1). La trépbine doit être enlevée de temps en temps et nettoyée dans l'eau phéniquée, avec uni brosse ou une éponge. On doit débarrasser le sillon tracé dans l'os des détritus qui l'encombrent en se servant d'un cure-dents ou de l'extrémité aplatie d'un stylet, ce qui permet en même temps de mesurer la profondeur de la rainure dans les divers points de la circonférence et de s'assurer si l'os est divisé partout également. Quand le sillon est plus profond dans une portion que dans une autre, il faut incliner la trépbine du côté le moins entamé et appuyer seulement sur ce point, jusqu'à ce que le sillon ait
(1) Cette pratique avait été conseillée antérieurement par H. Larrey. (Note du traducteur»)