TORTICOLIS MUSCULAIRE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
été jusqu'à soutenir cette opinion paradoxale, que le torticolis du sterno-mastoïdien était une rareté, et que la contracture de ce muscle était habituellement une lésion secondaire consécutive h la contracture du trapèze, du complexus, du spléniuS) des longs du cou et des scalënes. Suivant cet auteur le torticolis postérieur par contracture existerait 18 fois sur 22 et il aurait pour causes habituelles le froid, les traumas, les angines, les adénites cerricales, un anthrax ou une brûlure. N'a-t-on pas aussi prétendu que dans le pied bot musculaire équin la contraction des gastrocnémiens n'était point la lésion primordiale?
« Anatomie pathologique.
L'anatomie pathologique du torticolis musculaire permanent est très pauvre. D'après G. Fischer (1), Bundell (2), il y a plus de cent ans, aurait donné la preuve de la congénilalité du torticolis en relatant un fait où, chez un enfant nouveau-né, le muscle sterno-mastoïdien d'un seul côté n'était plus qu'un simple tendon (eine bloss Sehne)', de plus Heusinger (1826) (3) relate (toujours d'après G. Fischer) le cas d'un enfant de quelques jours atteint de torticolis, dont le sterno-mastoïdien gauche mesurait 0°^,065 et le droit O^^jOO, et consistait non pas en substance musculaire (Muskelsubstanz), mais en tissu tendineux blanc {einem weissen Sehnengewebé),
Bouvier et Dieffenbach ont pratiqué quelques rares autopsies, mais ce sont surtout les recherches de Volkmann qui ont fixé la science sur ce point particulier.
Après avoir reconnu que l'opinion de Stromeyer, qu'il avait autrefois adoptée, manquait de fondement, Volkmann (4) vient en effet de publier le résultat d'examens macroscopiques et histologiques qui ont la valeur d'une autopsie sur le vivant. N'ayant pu obtenir le redressement par la ténotomie sous-culanée, dans plusieurs cas de torticolis, il pratiqua la section du muscle et des parties fibreuses environnantes à ciel ouvert et excisa en même temps de petits lambeaux musculaires pour les examiner. Il constata alors :
(1) G. Fischer, Deutsche chirurgie, 1880. Liefening, 84. Krankheiten des Halses^ S. 33. Caput obslipum.
(2) Bûndell, R. A, Vogel's neue med. BibL, v. p. 189,
(3) Heusinger, Bericht von der Anthropotom, Anstait zu Wùrzburg, p. 42, 1826.
(4) Volkmann, Centralblatt fur Chirurgie, 4 avril 1885, no 14, p. 233.
i<^ Que dans plusieurs cas il n'existait aucune lésion appréciable du muscle ou des tissus environnants qui puisse être rapportée à un traumatisme ou à un processus inflammatoire quelconque.
2° Que d'autres fois il existait au contraire des altérations graves, traces évidentes de processus inflammatoires étendus. La substance musculaire était disparue, ou étouffée dans des tractus cicatriciels. La gaine des vaisseaux était épaissie . Le microscope [ne trouvait même plus quelquefois de fibres musculaires.
30 Que parfois enfin l'altération était moins générale et moins large, l'état du muscle était en un mot intermédiaire aux deux précédents.
C'est pourquoi Volkmann, corrigeant son opinion de 1872, conclut que l'hématome n'est que rarement cause du torticolis, et que les traumatismes du cou subis par les enfants au cours de l'accouchement déterminent une partie des cas de torticolis dit congénital par les processus inflammatoires violents et étendus qu'ils entraînent à leur suite. Quant aux cas où l'autopsie n'a révélé aucune trace de processus inflammatoires, Volkmann ne s'en explique pas.
D'autre part Duval avait noté que la gaine du muscle malade était elle-même rétractée. De là était née pour lui la pratique de ce qu'il appelait K le coup du malin », c'est-à-dire qu'aussitôt après la ténotomie il faisait imprimer à la tète un mouvement brusque pour rompre la gaine et ce qui pouvait subsister du tendon.
Le peaucier du côté malade est ordinairement aussi rétracté au point de faire saillie sous la peau ; le trapèze et même le splénius peuvent être raccourcis.
A côté des lésions primordiales du torticolis, il existe une série [de lésions secondaires, véritables troubles trophiques, qui donnent au torticolisé un aspect caractéristique et indélébile, au moins chez l'adulte, même après le redressement. Ces lésions seront étudiées avec plus de fruit au chapitre des symptômes, je veux seulement signaler ici la courbure anormale de la carotide qui suit l'inflexion donnée au cou parle muscle contracté. De Saint-Germain trouve dans cette courbure l'explication des troubles trophiques consécutifs à l'asymétrie de la face et du crâne, et la saillie beaucoup plus considérable du pariétal observée par Broca. Broca avait même présumé, sous toutes réserves du contrôle des autopsies à venir, une atrophie unilatérale de l'encéphale et une diminution de la capacité intellectuelle. De Saint-Germain, sans rien affirmer, dit avoir remarqué cependant que les
enfants atteints de tordcolis sont plus ou moins, intellectuellemenl, arriérés. Quant & moi j'ai, parmi bien d'autres, le souvenir très net d'un jeune homme de dix-huit ans atteint du torticolis le plus complet avec asymétrie raciale et crAnienne des plus frappantes et pourtant aussi intelligent et aussi bon ouvrier que les garçons de son âge.
WiUel (I) attribue ces altérations & l'hyperexlension des muscles du côté opposé au torticolis. Hais A. Fa1kenberg(2) Tait remarquer avec juste raison que bien des contractures de certains groupes musculaires des membres, tout en étant accompagnées d'hypereu tension des antagonistes non paralysés, ne sont pourtant pas suivies d'altérations analogues des os; que du reste rhjpcrexteiision cesse vite d'elle-même. Quant & lui il pense que les muscles du côté opposé au torticolis sont en contraction active permanente pour maintenir la tête en équihbre et que là est la cause des déformations. Ensomme l'explication est adnùssible.
Symptômes et diagaoaUo.
La physionomie clinique du torticolis estfacUe à dévisager. La déviation de la léte et du cou se voit en effet facilement, c'est une question d'appréciation dans la direction désaxes; mais il est moins facile de préciser le diagnostic 6liologique, cl c'est là pourtant ce qui importe le plus BU point de vue du traitement. Une étude attentive des nymptAmes permettra cependant toujours d'arriver h la solution du problème.
Le malade affecté de torticolis se présente la tèlc inclinée sur l'une ou l'autre épaule, en rotation, la face tournée du côté opposé à l'inclinaison et légèrement en haut, bref dan? une position telle que l'une des apophyses mastoldes est plus ou moins rapprocliée de l'articulation sterno-claviculaire du même côté. Dans quelques cas rares ce rapprochement est tel qu'il peut être impossible de glisser la main entre la tCie et l'épaule. En même tempe le muscle s te rno- mastoïdien du côté de l'inclinai son est saillant sous la peau, dur cl rétracté, ses insertions sternale et claviculaire forment sous la peau deux véritables cordes, la seconde plus
(1) Wiuoi, BtHrage tur Kemilniti der lecujularen YerantUriingm Uim muicutaren Schiefhalte. Deulteht Zeilsc/ii-ifl fur Chirurgie, L XVIII, p. i3i.
(2) A. Filkenbarg, Zur Kennlnùi der Vrsathe dtr itamdaren Veranilerungen beim muicularen Sdiieffialse. Tula in Rutiland, 2Î lepiembro 1B83. Deulseke Zeiltchrift fur Chirurgie, 1B83, B. XIX, p. 338.
large que la première (vojr. fig. 2026), tandis ^ le muscle du côté opposé est ellàcë et offre h consistance normale.
FTg. 2016. — Attitude de la tAte dans le tonleoti*, w de r«ce ; li rotation de U tfita ett p«a icceetofaw
Vu par derrière, le malade offre une éléntion évidente de l'épaule du cAlé de l'incIiDiisos et une légère courbure en S de la ligne dei apophises épineuses cerricales. L'épaule da cfili midade est même très manifeslement portée en avant (voj. fig. 2027),
Pig. 9037. — Attitude de U tête duis le toriic«IU.m de derrière ; Tel Jvttlon de l'épiula gancbe «i pM marquée sur cette Bgure.
Si le torticolis est ancien, c'est-à-dire si It malade est adolescent ou adulte, on note w» asymétrie remarquable de la face. Cette lésioi indélébile, et qui subsiste même après le rediet* sèment de la difformité cervicale, consiste en une atrophie apparente de toute U moitié di