I. — KYSTES NÉOGÈNBS
Les kystes néogënes se divisent, avons-nous Yu, en périgènes et autogènes.
i^ Kystes périgènes.
Les kystes périgènes se forment par suite de
l'enkystement d'un corps étranger. Ce corps étranger est inanimé ou animé.
a. Kystes simples, — Les corps étrangers inanimés sont des projectiles de différents calibres, des fragments de sabre ou de couteau, des fils à ligature, des morceaux de vêtements. Leur introduction suppose une plaie préalable des parties molles; leur séjour n'est toléré que grâce au phénomène de l'enkystement, c'est-àdire de la constitution d'une enveloppe fibreuse. Je ne fais ici que signaler cette variété de kyste dont l'histoire est plus à sa place au chapitre de la tolérance des corps étrangers dans les tissus (i ).
6. Kystes hydatiques, — La seconde variété de kystes périgènes du cou comprend les kystes qui se forment autour de corps étrangers vivants, ce sont les kystes hydatiques. Les kystes hydatiques du cou sont des tumeurs rares. Kônig et Riedel (2) en ont rassemblé 17 cas, ou du moins ils citent dans leur bibliographie 17 cas, mais au cours de leur article ils n'en considèrent que 15 comme réellement authentiques. Tout dernièrement encore Vieusse en communiquait à la Société de chirurgie (3) un nouveau cas où il s'agissait d'un kyste hydatique de la glande parotide. On en observe enfin dans la glande thyroïde.
L'observation de Vieusse est une rareté. On trouve bien fréquemment des kystes hydatiques dans le foie et les reins qui sont des glandes, mais les kystes hydatiques des glandes sali-
(1) Voir sur ce sujet la thèse de Weiss, Concours pour V agrégation en chirurgie, Paris, 1880.
(2) Kônig et Riedel, Deutsche Chirurgie, 1882. Lieferung 36, p. 16 et 93.
(3) Vieusse, Bulletin de la Société de chirurgie^ 14 novembre 1883, p. 831 et Chauvel, Rapport sur une observation intitulée : Kyste hydatique de la région parotidienne droite, sitnulant une tumeur néo* plasique de la glande : ablation de la parotide, gué' rison, par Vieusse. Bulletin de la Société de chirurgie, 13 février 1884, p. 158.
KYSTES DU COU
que Tincarcération se fasse surtout aux dépens de la moitié externe de l'épaisseur du bord de la fente, et la paroi du sac emprisonné sera cutanée.
Mais si Tincarcération d*un sac rend compte de la production d'un kyste, la constitution mu* queuse de la paroi du sac explique les kystes à contenu muqueux ou sébacé, tandis que la constitution cutanée de la paroi du sac explique les kystes dermoîdes, contenant des poils et autres produits cutanés. Le contenu du kyste doit en effet être forcément en rapport avec la capacité de sécrétion ou de production de la' paroi. Or la paroi muqueuse contient les éléments d'une sécrétion muqueuse; de plus la prolifération et la dégénération granulo- graisseuse secondaire de Tépithélium aboutissent à la production de la matière dite sébacée. D'autre part la paroi cutanée contient des follicules pileux capables de produire des poils. Quant aux dents et aux fragments d'os ou de cartilage que Ton rencontre dans certains kystes dermoïdes, il n'est guère possible d'y voir rien qui ressemble à de l'inclusion fœtale; il s'agit là, comme Magitot (i) l'a montré, de kystes dermoldes compliqués de bifurcation du premier arc branchial ou maxillaire inférieur; ou bien, comme le dit Cusset (2), il est admissible que les stries cartilagineuses qui apparaissent dans chaque arc branchial n'ont pas subi leur régression physiologique, qu'elles ont persisté et ont été incarcérées en même temps que le sac kystique.
Dans les deux cas la production de fragments osseux ou cartilagineux se comprend ; dans le premier l'apparition de dents aux dépens des follicules du maxillaire bifurqué est encore compréhensible, bien qu'on ait trouvé (Ploucquet) dans un kyste le nombre invraisemblable de trois cents dents. Au surplus il est rare que jamais la paroi d'un kyste soit absolument muqueuse ou cutanée; dans la majorité des cas, ainsi que l'a montré et figuré Ch. Robin (3), l'examen histologique découvre sur la paroi des kystes branchiaux les deux variétés d'épithéÛum (pavimenteux et vibratile); mais l'un ou l'autre prédomine, indiquant ainsi la spécialisation cutanée ou muqueuse de la paroi.
A côté des kystes dermoïdes contenant des fragments d'os ou de cartilage, il faut citer
(1) Magitot, Annales de gynécologie, t. IV, p. 81 et 161.
(2) Cusset, ouvrage cité, p. 154.
(3) Ch. Robin in Demoulin, Thèse de Paris, 1866, no 256, p. 31.
encore les kystes dans la paroi desquels on trouve des incrustations cartilagineuses ou môme de véritables fibro-cartilages, présentant la structure des cartilages de l'oreille. L'origine du cartilage est aisée à saisir, les kystes de ce genre sont en effet développés aux dépens du deuxième arc branchial, qui, comme on le sait, préside au développen^ent de l'oreille externe. 11 est enfin une variété de kystes branchiaux qu'il faut signaler, ce sont les kystes canaliculés. Que les lèvres internes et externes du rebord de deux fentes branchiales voisines parviennent seules à se souder, il subsistera sur une partie plus ou moins étendue de la longueur de la fente un véritable canal sans orifices, de Corme plus ou moins régulière ; c'est ce que l'on appelle un kyste canaliculé (Larrey) (1).
Symptômes et diagnostic.
Les kystes branchiaux offrent la symptomatologie générale des kystes de toutes les régions. Leur siège et leur contenu sont seuls caractéristiques. Ils sont situés sous l'aponévrose, dans l'épaisseur des parties molles, même dans les muscles ou le corps thyroïde (Houel) (2). N'ayant de connexion ni avec la peau ni avec la muqueuse, ils n'en constituent pas moins des productions de nature et d'origine muqueuse ou cutanée. Ils adhèrent aux apophyses mastoïdes ou styloïdes, aux grandes cornes de l'os hyoïde ou au maxillaire inférieur. Ils envoient souvent des prolongements profonds dans toutes les directions. Us sont congénitaux; cependant ils n'acquièrent en général de développement notable que longtemps après la naissance, ce qui semble prouver que la croissance du kyste exige Tintervention d'un facteur étiologique inconnu qui, manquant d'abord dans les premières années de la vie, survient et agit plus ou moins tardivement.
Max Schede (3) a trouvé que sur 53 malades atteints de kystes branchiaux du cou, il y en avait:
De 1 à 10 ans 9 cas.
De II à 20 ans 21 —
De 21 à 30 ans 10 —
De 31 à 40 ans 6 —
De 41 à 50 ans 5 —
De 51 à 60 ans 2 —
(1) Larrey^ Bulletin de la Société de chirurgie, 1853, t. m, p. 489, 503 et 607.
(2) Houel, Kyste congénital du cou développé aux dépens du corps thyroïde {Bulletin de la Société anatomique, 1873, p. 632).
(3) Max Schede, Uebet^ die tiefen Atherome des Halses {Langenbeck's Archiv, 1872, B. XIV, I).
KYSTES DU COU
clament-ils la guérîson. Or, au point de vue du traitement à instituer, le diagnostic de la nature du kyste est de première importance.
11 est reconnu en effet, aujourd'hui, que pour la grenouilleUe l'incision ou Texcision partielle de la poche suffit en général, tandis que pour les kystes branchiaux dermoïdes ou muqueuz, l'extirpation ou la destruction totale de la poche sont absolument nécessaires.
b. Kystes congénitaux (T origine ganglionnaire
ou vasculaire.
Les kystes de cette catégorie sont encore aujourd'hui contestés; leur histoire et leur détermination sont entièrement à faire, l'accord n'est même pas général sur leur existence. C'est ainsi que les kystes d'origine ganglionnaire sont révoqués en doute, en particuher par Lannelongue, Trélat et lionod(i).
Lucke (2), ayant trouvé des follicules lymphatiques dans la paroi d'un kyste athéromateux, en conclut que le kyste s'était développé aux dépens d'une glande lymphatique ; et d'après Kônig et Riedel (3), Bœckel, je ne sais lequel, aurait récemment observé un kyste athéromateux cootigu à un ganglion kystique dégénéré, et Fified, de Boston (4), aurait décrit quatre kystes développés aux dépens de ganglions lymphatiques et tapissés d'un épitbélium pavimenteux. Mais ce sont là des faits peu précis, et je n'ai pu m'en procurer la description originale. D'autre part, en 1883, Terrillon (5) donnait l'analyse histologique de kystes du cou qu'il avait enlevés et qu'il considérait comme « probablement d'origine ganglionnaire ».
Terrillon ajoutait qu'il ne connaissait que deux cas analogues, un de Richard (6) où l'examen histologique n'a pas été fait, et un de Verneuil, analysé par Muron (7), où il est dit qu'on a constaté un réticulum.
(1) Lannelongue, Trélat, Monod, Bulletin de la Société de chirurgie^ 11 juillet 1883, p. 601 à 604.
(2) Lucke, Ueber Atherom-cysten {Langenbeck's Archiv, 1860^ I, S. 366).
(3) KOnig et Riedel, Deutsche Chirurgie, 1883. LieferuDg 36, p. 80.
(4) Fified, Congénital cyst of the neck {Boston medical and swgical Journal^ 1872, n* 7).
(5) Terrillon, Kystes de la région latérale droite du cou, situés sous le stemomasloidien et probablement d'origine ganglionnaire {Bulletin de la Société de chirurgie, 11 juillet 1883, p. 598;.
(6) Richard, Mémoires de la Société de chirurgie, t. m, p. 38.
(7) Muron, Comptes rendus de la Société de biologie, 5« sér., t. II, p. 146.
En résumé, à l'appui de l'origine ganglionnaire des kystes en question, Terrillon invoquait l'aspect réticulé de la tumeur, les connexions du réticulum avec les vaisseaux et la constitution des parois des grands kystes qui, du reste, n'est pas détaillée dans le texte de l'observation publiée dans les Bulletins de la Société de chirurgie. Or il est impossible de méconnaître que ce sont là des arguments peu convaincants et qui, comme du reste le fit remarquer Lan nelongue, militent aussi bien en faveur de l'origine vasculaire. Les connexions du réticulum avec les vaisseaux peuvent n'être en effet que les reliquats de l'ancienne continuité entre les vaisseaux et les sacs kystiques et le réticulum lui-même n'a en soi rien de caractéristique. D'autre part, le contenu des kystes, globules rouges déformés, substance colloïde colorée en jaune, et, d'après les paroles de Lannelongue, la nature de l'épithélium, font plutôt penser à l'origine vasculaire.
Au surplus, ainsi que le faisait rem arquer Monod (1), en comparant la texture des kystes qu'il a observés à la texture des kystes de l'ovaire, Terrillon éloignait par là même l'idée d'une origine ganglionnaire, l'ovaire n'ayant guère de ressemblance avec un ganglion lymphatique.
Si les kystes ganglionnaires restent encore contestables, il n'en est pas de même des kystes d'origine vasculaire. Leur existence n'est point douteuse, on trouve en effet des kystes dont la paroi est revêtue d'un épithélium absolument semblable à l'épithélium veineux, développés au sein d'un plexus veineux, et contenant un liquide qui est, soit une sérosité limpide, soit une sérosité hématique, soit du sang pur. Or la présence seule d'un épithélium veineux sur les parois kystiques suffit à caractériser l'origine de la production. D'ailleurs, d'après Lannelongue, les kystes vasculaires auraient absolument la même marche et la même composition que les kystes décrits dans l'observation de Terrillon. C'est-à-dire qu'il s'agirait de kystes multiloculaires. Toutefois, il peut se faire que le kyste soit uniloculaire. J. Ranschoff (2) a observé, chez une personne de trente-quatre ans, un kyste piriforme qui s'étendait de l'apophyse mastoïde au sternum. La tumeur existait depuis quatorze ans. Elle ne diminuait pas par la
(1) Monod, Bulletin de la Société de chirurgie, 11 juillet 1883, p. 602.
(2) J. Ranschoff, Cincinnati Lancet ajid clinic^ 1884, juli 5. — Centralblatt fur Chirurgie, 1885, n» 46, p. 7S3.
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