L - PHLEGMOiNS ET ABCÈS CHAUDS; ACTINOMYCOSE
Étiologie et pathogénie.
Les phlegmons et les abcès chauds ont au cou la même étiologie que partout ailleurs.
Il est démontré aujourd'hui que toutes les fois qu'il y a suppuration, c'est par suite de l'inoculation d'un microbe spécial, le microbe de la suppuration qui d'après les recherches de Hoscnbach (i), de Krause (2), de Rodet (3) et en dernier lieu de Socin et Garri (4) et les expériences que Garri a osé tenter sur lui-même, est le staphyîococcus pyogenus aureus. Le doute n'est plus permis sur ce sujet. L'inflammation n'exige pas l'inoculalion microbienne, car il y a des agents phlogogènes non pyogènes; mais elle ne saurait passer à suppuration sans l'inoculation microbienne; du reste le microbe pyogène est phlogogi>ne à l'excès.
La pénétration de l'agent pyogène peut se faire de deux manières, à savoir : par hétéro-inoculaiion ou bien par auto-inoculation. L'hétéro-inoculation prend le microbe dans le monde extérieur, elle exige la création artificielle d'une porte d'entrée. Or, Pasteur a démontré que Tinoculation microbienne par les muqueuses exige pour condition primerdiale leur blessure ou la chute de leur épithélium. J'ai démontré
(1; Rosenbach, Centralblatt fur Chirurgie, 1884, n* b, p. 55.
(2) Fedor Krause, Forlschritte fur Medicin, 1884, avril, n<» 7 u. 8.
(3) Rodet, Revue de chirurgie, 1885, no 4, 10 avril» . 273 et n* 8, p. 636.
(4) Socin et Garri, Communication faite par Socin au premier Congrès français de chirurgie, le mardi 7 avril 1885.
d'autre part avec Laulanié (i) que l'inoculation microbienne par une plaie n'est possible que si la membrane granuleuse n'existe pas encore (plaie fraîche) ou bien si elle est blessée ou malade. Enfin Socin et Garri ont montré que l'inoculation par la peau peut se faire « par friclion ou inonction ». Socin ajoute même que la solution de continuité de la peau n'est pas nécessaire. Je ne puis être de son avis. Garri s'est inoculé une culture du microbe pyogène par friction prolongée sur l'avant-bras; or, Socin l'a dit lui-même au Congrès français de chirurgie, pour opérer cette inoculation, Garri a d'abord frotté son avant-bras avec un linge rude, puis avec le liquide à expérimenter, et l'inoculation s'est faite par l'appareil pilo-sébacé. Quant à moi, je suis persuadé que la friction a justement eu pour effet de dégraisser la peau, d'enlever l'épiderme à la base des poils, et de permettre ainsi l'inoculation ; je crois qu'un simple bain avec le liquide de culture fût resté inefficace : en un mot l'épiderme joue le même rôle protecteur que l'épithélium des muqueuses et la membrane granuleuse.
L'auto-inoculation prend le microbe dans le sang même du malade. Il est reconnu aujourd'hui que la pénétration de certains microbes dans le sang (le bacille de la tuberculose en particulier) ne suffit pas à créer la maladie, il faut que le microbe s'arrête et séjourne dans les tissus, qu'il devienne interstitiel. L'auto-inoculalion se produit par rupture vasculaire ou lym-
(1) M. Jeannel et Laulanié, Communication au premier Congrès français de chirurgie, le mardi 7 avril
PHLEGMONS ET ÂBGËS PROFONDS.
dre. Gillette (i) relate cependant deux observations de Lamotte (*2) où il s*agit de phlegmons «uperflciels extraordinairement développés, qui pendaient sur la gorge comme un goitre. Le pus accumulé entre le peaucier et l'aponévrose s'écoula par une simple incision et les malades guérirent rapidement.