II. — AFFECTIONS SECOrCDAIBES DES GAN- GLIONS DU COU
10 ADÉNITES.
Les adénites cervicales sont aiguës ou chroniques. Les adénites aiguës ne prêtent à aucune considération spéciale ; elles sont, comme je Tai dit plusieurs fois, bien souvent le point de départ des phlegmons du cou qui deviennent alors des adéno-phlegmons. Elles n'aboutissent pas forcément à suppuration.
Les adénites chroniques sont toutes secondaire^. Elles sont syphilitiques, inflammatoires, tuberculeuses.
jo Adénites syphilitiques.
Les adénites syphilitiques sont anatomiquement et cliniqucment au cou ce qu'elles sont partout ailleurs. J'ai observé en 18B0, dans le service du professeur Verneuil à la Pitié, une adénite cervicale suppurée chez un strumcux en pleine poussée syphilitique.
(1) Henry Trenlham Butlin, Enq/clopédie interna' tionale de chirurginy t. IV, 1885. Des tumeurs^ p. 789. • (î) E. Bellamy, Encyclopédie internationale de chirurgie, t. III, 1884. p. 1»9.
2* Adénites inHamnuiMrti chroniques.
Les adénites inflammatoires chroniques, cassées par des poussées d'impétigo de la face ou do cuir chevelu, ont la durée de raffection qui ks engendre et les entretient. Elles peuvent suppurer, sans pour cela être tuberculeuses. Blés se distinguent des adénites tuberculeuses eo ce qu'elles restent localisées à la sphère des ganglions qui reçoivent les lymphatiques de la région malade et en ce qu'elles disparaissent par la guérison de TafTection cutanée qui les a fait naître.
Ce sont là à proprement parler des adénites strumeuses véritables parce que llmpedgo qui les provoque, et qui n'est pas, jusqu'ici au moins, classé parmi les tuberculoses cutanées, ne se développe en général que chex les strumeoi.
On les observe principalement dans la région sous-maxillaire sur les ganglions sous-cutanés, puis dans les ganglions sous-cutanés qui se trouvent en arrière des apophyses mastoîdes et sous les bosses occipitales.
Elles n'exigent de traitement spécial que si elles viennent à suppurer. Le séton filiforme avec de la soie ou du crin de Florence constitue alors un excellent procédé en ce qu'il éwiie des cicatrices apparentes. Si la cicatrice n'était pas à redouter, ou si la peau trop amincie ne permettait pas le séton, je recommanderais l'incision suivie d'un pansement iodoformé.
2^ Adénites strumeuses ou tuberculeuses.
Ce sont celles qui se développent quasi spontanément, c'est-à-dire sans cause apparente, chez des sujets qualifiés strumeux ou tuberculeux.
Nature et étiolocfle.
Je ne m'attarderai pas à faire ici l'histoire des doctrines qui ont régné sur les adétiites cervicales strumeuses. Considérées naguère comme l'expression d'une dyscrasie, puis comme des affections idiopathiques des ganglions, les adénites strumeuses, même celles du soldat, sont aujourd'hui reconnues être des tuberculoses localisées. Villemin n'avait point réussi à démontrer constamment et irréfutablement la tuberculose dans le pus de l'adénite strumeuse (1 . il avait cependant obtenu quelques résultats positifs; du reste il avait en général inoculé du pus ganglionnaire, or on sait aujourd'hui que
(1) Villemin, Etudes sur la tuberculose, 1868, p. 561.
ADÉNITES TUBERCULEUSES. — TRAITEMENT.
le pus est un mauvais milieu pour les bacilles. Ce n*est toutefois que par les travaux modernes que la nature tuberculeuse de Tadénite cervicale chronique, dite primitive, a été définitivement établie anatomiquement d'abord par Leberl, Schuppel, Thaon, Colas et d'autres (1), puis expérimentalement en particulier par Colas et par Kiener et Poulet. Kiener en 1880(2) communiquait à la Société médicale des hôpitaux les résultats toujours positiFs d'inoculations pratiquées par lui, non pas avec du pus, mais avec des ganglions caséeux. Peu après, Colas (1881) (3) publiait des expériences dMnoculations d*autant plus démonstratives qu'elles étaient faites en série. Koch du reste avait fait avec succès des cultures de bacilles et des inoculations avec de la matière caséeuse prise dans des ganglions strumeux.
Enfin Poulet (4) affirme que tous les cobayes ou les lapins qu'il a inoculés avec des parcelles de ganglions, extirpés par lui, sont morts tuberculeux, et de plus ces mêmes parcelles de ganglions non seulement montraient à l'examen histologique la structure tuberculeuse, mais encore contenaient des bacilles de Koch.
J'ai moi-même tout dernièrement pratiqué l'extirpation d'une masse de ganglions axillaires et sous-pectoraux du volume d'un œuf d'autruche, dans laquelle j'ai constaté avec la plus complète évidence la présence de bacilles de Koch.
Mais il n'est guère possible d'admettre l'adénite tuberculeuse primitive. L'auto-înoculation dans les ganglions lymphatiques n'est en effet que théoriquement possible ; elle devient une hypothèse invraisemblable, si l'adénite est la manifestation première de la tuberculose, c'est-à-dire s'il n'existe pas en même temps de tuberculose localisée dans un autre point du corps. L'hétéro-inoculation au contraire se conçoit facilement par les muqueuses buccales, pharyngiennes, œsophagiennes et nasales où il est bien difficile d'aller chercher et reconnaître la porte d'entrée du virus, mais où il est au moins simple et logique d'admettre son existence, que du reste l'on parvient à constater quelquefois. Ce qui est indiscutable en tout
(1) Voy. Charvot, De la tuberculose chirurgicale, lievue de chintrgie, 1884, p. 333 et suiv.
(2) Kiener, Bulletins et Mémoires de la Société médicale des hôpitaux t 1880.
(3) Colas, Thèse de LUle, 1881.
(4) Poulet, Du traitement de l'adénite cervicale tuberculeuse du soldat. Archives de médecine et de pharmacie militaires^ 1884, t. III, p. 376.
cas, c'est que Tadénite chronique est endémique partout où la tuberculose fait des ravages, dans l'armée par exemple. Et d'autre part il est avéré que bon nombre des victimes de la tuberculose pulmonaire ont d'abord commencé par être atteints dans leur jeunesse d'adénite chronique.
Du reste l'adénite tuberculeuse peut guérir, comme toutes les tuberculoses localisées; le malade échappe ainsi à la généralisation, et il est à croire que les cas désignés sous le nom d'hypertrophie simple, d'hyperplasie fibreuse, où ni le microscope ni l'expérimentation ne révèlent le tubercule, rentrent dans cette catégorie de faits.
Symptômes.
L'adénite cervicale tuberculeuse se développe dans toutes les régions du cou. Elle commence sans cause appréciable, proche ou éloignée, par un ou deux ganglions, mais envahit bientôt les ganglions voisins si bien que toute la chaîne des ganglions cervicaux, de la parotide au creux sus-claviculaire, est souvent prise. Celte généralisation se fait successivement ou d'emblée; la règle est cependant que les premiers ganglions engorgés restent seuls pris pendant un temps variable. Du reste la tuberculose n'évolue pas dans un ganglion sans provoquer une réaction inflammatoire, laquelle est de nature à provoquer l'adénite simple, ou tout au moins temporairement simple des ganglions voisins.
Les ganglions envahis augmentent progressivement de volume. D'abord de consistance assez ferme, ils ne tardent pas à subir la fonte caséeuse; en même temps le tissu péri-ganglionnaire s'enflamme, s'indure et s'épaissit plus ou moins. Enfin, et quelquefois très tardivement, la matière caséeuse devient puriforme et le ganglion se transforme en un abcès froid qui, d'abord emprisonné dans la coque du ganglion, rompt sa barrière et évolue comme un abcès froid ordinaire.
D'autres fois la fonte puriforme ne se produit pas; un véritable travail cicatriciel d'induration fibreuse ou de crétification s'empare du ganglion caséeux; l'adénite tuberculeuse régresse et guérit ; elle aboutit à l'hyperplasie fibreuse.
Traitement.
La question du traitement des adénites tuberculeuses est d'autant plus importante que la nature exacte de la maladie est aujourd'hui démontrée. Toute tuberculose locale ou loca-
•14 MAVUCE JEAXm BLCSSCBES ET Mil 4WffS
fisée OBOffiUie ime menace 4e takettoloee géo4TaHii>ée« «Ile doit d<>oc dispenltre ; c'est là tto des grandi priaeipe« de û chirurgie moderne. X«î« Undi4 que foole ooe école chiroT' ficale, krgiqae mais radicale, con*iitre llaterreotjon armée comme le setU moTensûr d^obétr k ce principe, et va par le fer oa le fea extirper el détruire partout tout ce qui est t ospeci de iukercalose ; ane aatre école non moins logique. 0Uiis ploi consenralrice« tient compte des faits indéniables, nombreux et fréquents, de goérison spontanée des tuberculoses locales, et araot de s'armer du b^.stouri, se demande: i* jusqu'à quel point il est établi que l'adénite tubercu- \ leuse précède U pbtblsie ou conduit à la tuberculose générale ChauTel, I. ; i* ju§qu'à quel • point il e«t établi que l'extirpation des ganglions tuberculeux est une opération bénigne d'alH>rd, efficace ensuite dans le présent et danfe l'avenir.
Pour résoudre la première question, il faudrait prendre un nombre respectable d'adénites tuberculeuses non traitées et voir combien se sont terminées par la tuberculose généralisée. Malheureusement pour celte statistique, les chiffres el les observations manquent ; tout ce qu'on peutaffirmer, c'est que bon nombre des malades qui meurent phthisiques ont eu des adénites . Toutefois, comme le fait bien remarquer Constantin Paul dans sa thèse (2), la tnberculisation se développe moins sou?ent pendant la période écrouelleuse et ganglionnaire qu'à une époque plus avancée de raflTection scrofuleuse. Et d'autre part, s'il est paient qu'une bonne proportion des phthisiques ont eu des écrouelles ou des adénites cervicales dans leur enfance ou leur adolescence, il est non moins vrai que, lorsque nous les voyons dans les hôpitaux, lorsque nous les soignons pour tuberculose pulmonaire, leurs écrouelles ou leurs adénites sont guéries. Or estce ainsi que se comportent les tuberculoses locales qui donnent naissance aux tuberculoses généralisées? assurément non. D'ordinaire la maladie locale ne guérit point par le fait de la généralisation, elle suit son cours, elle s'aggrave môme; c'est en particulier ainsi que les choses se passent pour les tuberculoses articulaires qui deviennent le point de départ de tuberculose généralisée.
D'ailleurs la faible tendance de l'adénite tuberculouHc ik conduire à la tuberculose générale
(1) (lliauvol, Bulletin de la Société de chirurgie, }N février 18g4, p. 192.
(?) ConHtantin Ptul, De l'antagonisme^ etc. Thèse d'agréKailon en médecine. Paris, 18C6, p. SG.
1147 6» Cftissifi» tnôBlcsailBrsKyiffUlhesa-
lîxine ptnjtàr bk jcs moÉM» oat pu être smns de près, jt
12 morts de p^tfane ^ , ^
tnbefcnlose généralisée:
9 morts deméningiie ci es hnle;
3 morts de cvreaa et soit en résumé 24 morts ée ralisée.
Le toot sur on total de SS i»oct<. c' moins de U moitié : soit énonce 2,M pu M. El d'antre part si Ton conriierc que daats Umèmt période, sur le même chiffre de w*«i^^»« trtiles par l'eipectatiouy il y a eo :
8T8 s^ériioDS, soit T€.S» p. Mi
42 améUorés, toit S.CS ^
ISa rédamét, toit. IZ.Zk —
19 noQ guéris, toit l.CS —
on acquiert la conviction, sartoat m Ton considère que les réclamés sont à pea prés Ions des presque guéris, que radénite libcrciileQse a en somme peu de tendance à c— éniie à la tuberculose généraUsée, au moios lorsqu'on se borne à la traiter par lliygièoe an hocd de la mer. Il est juste d'ajouter que Im moyenne do traitement ayant été de 376 jours par malade, on a eu tout le loisir désirable de suivre chei tous les sujets la marche, les tendances et ks complications de l'affection.
Quanta la deuxième question, celle de la bénignité de l'extirpation des ganglions tuberculeux, les chiffres ne permettent pas dW répondre complètement.
Fischer :2i sur 92 opérations a eo 16 décès, parmi lesquels 3 des suites de 1 opération et 13 de tuberculose peu de temps après Topération.
Poulet (3) sur 8 opérations a eu 1 mort.
Gazin (4) sur 80 opérations a eu 2 morts.
Ces quelques chiffres suffisent pour montrer que l'opération elle-même n'a pas une gravité
(1) Ctzin, De Vablalion des ganglions iuberculeui- Statistique de Chôpital de Berck-sur-Mer. Bulletins de la Société de chirurgie, 5 mars 1884, p. Î22.
(2) Fischer, Thèse de Kriscli, Beïtrage zur Slaiistik der Opération der Lymphomata colli. Bretliu, 18S3.
(3) Poulet, Archives de médecine et de pharwmcie militaires, 1884, t. III, p. 409.
(4) Cazin, Bulletins de la Société de chirurgie, S mars 188i, p. 320.
ADÉNITES TUBERCULEUSES. — TRAITEMENT.
considérable, car sur 180 opérations, 6 morts des suites de l'opération, c'est-à-dire 3,4 p. iOO, ce n*est pas énorme. Il faut toutefois remarquer que ces 180 cas sont disparates et peu comparables entre eux. Il s'y trouve en effet réunis des faits d'extirpation de un ou deux ganglions superficiels, à côté d'opérations considérables où des masses très volumineuses ont dû être enlevées et où, pour y aboutir, on ff dû dénuder les gros vaisseaux du cou. Or il n'est pas discutable que Textirpation de ganglions superficiels soit bénigne et que l'extirpation de paquets ganglionnaires profonds avec dénudation des vaisseaux soit une opération grave.
Bien plus intéressante est d'ailleurs la troisième question, à savour celle de l'efficacité.
Si Ton considère la mortalité générale, en ne tenant compte que des statistiques publiées avec des indications suffisantes, non pas seulement sur le résultat immédiat, mais sur le résultat éloigné, on trouve, sur 259 opérations que j'ai pu réunir, 25 morts, soit une mortalité de 9,28 p. 100.
D'autre part, sur 1147 cas traités à Berck par l'expectation simple, la mortalité générale n'avait été que de 4,79 p. 100. Enfin si l'on examine de plus près les résultats on constate :
Sur 92 cas de Fischer, 32 guérisons, 57 insuccès thérapeutiques.
Sur 40 cas de Kocher (1), 28 guérisons, 12 insuccès.
Sur 17 cas de Riedel (2), 10 guérisons, 7 insuccès.
C'est-à-dire sur 149 cas, donnant 3 morts du fait de l'opération, 70 guérisons et 76 insuccès thérapeutiques. Mais comme les morts immédiates sont bien aussi des insuccès, c'est en résumé 70 guérisons et 79 insuccès .
1] y a lieu en outre de se demander encore en quoi consistent les insuccès thérapeutiques. Or Je trouve :
Pour Fischer, sur 57 insuccès thérapeutiques, il y eut :
22 récidives.
22 altérations de la santé (3) dont 4 phthisies.
13 morts de tuberculose.
(I) Cari Carré, Ueber Drusentuberculose und die Wichtigkeit fruhzeitiger Opération, Deutsche Zeitschrift fur Chirurgie, 6 febr. 1884, p. 530.
2) Konig und Riedel, Deutsche Chirurgie^ 1882, Lieferung 3G. Geschwûiste am Halse, p. 104.
(3) Que sont ces altérations de la santé? Des tuberculoses sans doute.
l^ncycl. de chirurgie.
Pour Kocher, sur 12 insuccès thérapeutiques, je trouve :
5 récidives simples.
4 phthisiques avec récidive.
3 morts tuberculeux.
Pour Riedel sur 17 insuccès thérapeutiques:
5 récidives dont un mourut des suites d'une seconde opération.
2 morts tuberculeux.
Ce qui fait en résumé que, sur 149 cas donnant 79 insuccès, il y eut 18 morts de tuberculose, c'est-à-dire 11,32 p. 100 de mortalité par tuberculose, alors que l'expectation simple par la thessalolhérapie n'avait donné que 2,09 p. i 00 de mortalité par tuberculose. Sans parler des récidives avec tuberculose non encore suivies de mort au moment de la publication des travaux!
Donc jusqu'ici au moins et jusqu'à plus ample informé, l'extirpation des ganglions tuberculeux est peut-être une opération bénigne, ou qui tout au moins n'est qu'exceptionnellement grave ; mais elle donne des résultats éloignés qui, il faut en convenir, n'ont rien de séduisant.
Aussi bien cela est concevable, car dans la majorité des cas au moins l'extirpation de tous les ganglions tuberculisés est impossible, et pour peu qu'on laisse un ganglion en place, l'opération est insuffisante.
Je sais bien qu'on a publié la relation d'opérations énormes avec dénudation et dissection de la trachée, des vaisseaux et des muscles. Je connais en particulier le travail de Wiskeman (1) et les 5 succès qu'il relate ; de même le travail de Zwicke (2) avec 17 observations, 17 guéris; et si je n'en ai pas parlé dans les statistiques^ c'est que n'ayant pas eu les originaux sous la main je n'ai pu avoir de détails suffisants sur les opérations et leurs suites immédiates ou éloignées; c'est aussi, en particulier pour les 5 cas de Wiskeman, que les tours de force me semblent admirables mais peu instructifs, parce que ce ne peut être le pain quotidien de la chirurgie. Et d'ailleurs, même avec ces vastes dissections et justement parce qu'elles sont nécessaires, est-on jamais assuré de ne point oublier, au cou, un ganglion, qui pour petit qu'il soit n'en reste pas moins tuberculeux? Si beaucoup de ganglions sont pris, c'est justement que l'in-
(1) M. Wiskeman, Les voies^ diverses de la généralisation du tubercule. Langenbeck Archiv, t. XXX, p. 843.
(2) Zwicke, Compte rendu de la clinique chirurgicale du prof. Bardeleben en 1882 {Charité Annalen^ 9« année, p. 366).
feciion se fait générale, et c'est qu'il existe des ganglions là où Tidée ne rient même pas d'aller les chercher.
D'un autre côté, il faut aussi en convenir, s'il ne s'agit que de un ou deux ganglions superficiels, ce dont on ne peut jamais être assuré qu'au cours de l'opération, l'intervention, si elle D'est pas nuisible, est au moins inutile, cardes procédés plus simples peuvent aboutir à la guérison.
Il faut du reste ici, comme l'a fait Gazin, distinguer entre les adénites non suppurées et les adénites suppurées.
Cazin, dont la grande pratique rend la parole si autorisée, dit être arrivé à cette conclusion « que si l'on doit respecter les engorgements ganglionnaires non abcédés, non ulcérés, de volume moyen, il faut supprimer les hypertrophies considérables après un essai suffisamment prolongé de l'action résolutive de l'hydrothérapie marine. Quant aux adénites tuberculeuses ulcérées ne présentant aucune tendance à la guérison spontanée », il faut les combattre par le thermo-cautère, le curage et le raclage (1).
Là est la vérité. Si donc on a affaire à des adénites ulcérées devenues des abcès froids, on ! les traitera comme des abcès froids par le eu- | rage ou le raclage, comme moyen d'exérèse I (Trélat), aidé du thermo-cautère : on enlèvera j tout ou rien.
Si Ton a affaire à des adénites non abcédées, je crois au contraire que ce n'est que par nécessité et non par choix qu'il faudra en venir à Tablation. Il faudra d'abord avoir épuisé les ressources de la thérapeutique.
Cazin nous a montré les bons résultats de l'hydrothérapie marine. E. Rochard (2) nous apprend au contraire que nous devrons peu espérer des stations thermales, au moins pour les adénites non suppurées ; Barèges donne en effet 41 p. 100 d'insuccès, 38 p. iOO de guérisons et 20 p. 100 d'améliorations qui pourraient bien n*être que des insuccès; Bourbonne-les-Bàins 11,5 p. 100 de guérisons, 58,5 p. 100 d'améliorations et par conséquent 31 p. 100 d'insuccès. Si bien que le mieux que l'on puisse espérer du traitement thermal, c'est la suppuration ; les adénites suppurées se trouvent mieux en effet de Barèges surtout, qui pourtant ne les guérit qu'exceptionnellement. Quant à Bourbon l'Ar-
(I) Cazin, Bulletin de la Société de chirurgie ^ h mars 18s4, p. 324.
(7) Eugène Rochard, Les eaux minérales dans les affectioni chirurgicales. Paris, 1884.
chambaut, si réputé cependant, il n'est pas meilleur que les bords de la mer (72 p. iOO de succès). Du reste au traitement marin ou the^ mal, sera toujours adjoint non seulement un traitement général par l'huile de foie de morue, l'arsenic, les toniques, l'iodure de sodium (1), le gavage au besoin, mais encore un traitement local. Or ce traitement local par les înjecfions interstitielles de teinture d'iode ou de liqueur de Fowler s'est maintes fois montré dane efficacité indubitable.
Richelot a obtenu des injections interstitielles des résultats très satisfaisants ; j'ai quant à moi obtenu des améliorations, mais pas de guérisons complètes.
L'injection doit être faite au centre des ganglions : une demi-seringue ou une seringue entière de Pravaz suffisent pour une fois, mats il faut y revenir patiemment, tous les cinq ou six jours, alors que la légère réaction inflammatoire causée par la dernière injection est calmée.
Les injections interstitielles d'arsenic sous forme de liqueur de Fowler viennent de donner à Reclus un beau succès qu*il a publié tout récemment dans la Gazette hebdomadaire (i). Douze injections, dont deux de hiût gouttes et dix de douze gouttes, furent poussées dans le ganglion suspect tous les quatre ou cinq jours. En même temps la malade prit de 2 à 6 milligrammes par jour d'acide arsénieux. La guérison complète fut obtenue en deux mois.
Mais le traitement général et le traitement local peuvent échouer. Quelquefois même le malade n'a ni le temps, ni les moyens de se soumettre à un traitement de longue durée et dispendieux ; que convient-il de faire alors? C'est iei que l'extirpation peut devenir une méthode de nécessité, si le volume considérable de la tuméfaction ganglionnaire gêne les fonctions des organes voisins et si toutefois l'enkys* tement de la tumeur permet de pratiquer une ablation complète, ce qui au cou n'est pas habituel; or je ne saurais trop le répéter, il en est de la tuberculose comme de la carcinose. En face d'un carcinome avec adénopatbie le
(1) La formule suivante est à recommander :
Eau 100 grammes.
Bromure de sodium.... 10 — Chlorure de sodium.... 10 — lodure de sodium.... 1 à 3 —
Une cuillerée àcafc tous les jours à jeun dans du lait
(2) Reclus, Injections interstitielles cTarsenic dans les ganglions tuberculeux. Gazette hebdomadaire, 24 avril 1886, p. 275.
NÉOPLASMES OU ADÉNOPATHIES NÉDPUSIQUES.
8lt
chirurgien n'intervient que sll esUme pouvoir supprimer et la tumeur et la lotalité de l'adânopathie; de mCme en Tace d'une adénite tuberculeuse, le chirurgien ne doit inlervenir que s'il a la conviction de pouvoir enlever absolument tous les ganglions tubercuUsés.
!• NtOPLASUES OU ADÉNOPATHIES NÈOPU- SIQUBS.
Si les néoplasmes primitirs des ganglions du cou sont des raretés, les néoplasmes secondaires de ces mêmes organes sont au contraire d'une grande Tréquence consécutivement aux tumeurs malignes des régions voisines.
Le carcinome sous toutes ses formes, l'épithélioma, le sarcome des différentes parties de la race, l'épithélioma du larjnx, de l'oesophage, le carcinome du corps thjrolde ont pour conséquence fatale l'adénopnthie cervicale, qui constitue la première étape de la généralisation de la néoplasie maligne. C'est un axiome chirurgical que je rappellerai en disant que l'existence et l'étendue de l'adénopalhie créent pour les diverses variétés de carcinome l'indication ou la contreindicatioD de l'intervention, si bien qu'il est de régie dans bien des cas d'enlever des ganglions même s'ils sont sains en apparence. En particulier pour r extirpa lion de la langue par la région sus-hyoïdienne, le professeur Verneuil (1), Kocher de Berne (2), Terrillon (3), ont montré qu'en enlevant largement les tissus sains en apparence où se trouvent normalement les ganglions, on se met beaucoup plus sûrement a l'abri de la récidive. S'il est indiqué d'enlever la région ganglionnaire dépourvue d'adénopathie visible, l'existence d'une adénopathie étendue crée au contraire une contre-indication b l'intervention justement parce qu'il est alors impassible de poursuivre la recherclie des ganglions malades dans leurs derniers retranchements. La place me manque pour m'étendre sur la description des adënopalhies cancéreuses; je signalerai cependant, & côté des ganglions sous-maxillaires consécutirs aux épithëliomas de la langue, les ganglions parotidiens et carotidiens qui sont souvent la siège d'adéno palhi es énormes, pierreuses, quelquefois intimement unies au larynx ou au corps
(1) Verneuil, Bulletin de la Sxiiti de chirurgie, \" ddCBOibrâ 18S0, p. 666.
(!) Koclier in Schlïpfer, Vtber die volUtandigt Exitirpation iltr Zunge, Zuricli, tSlS.
[3] Terrillon, Bulletin de la SoeiiU de ekirurgit. Il nOTombra IBSO, p. 826.
Ihyrotde et prenant tous les caractères d'un carcinome de cet organe h la suite de petits épilhéliomas de l'amjgdale, du voile du palais ou du pharynx. J'ai vu dernièrement en consultation une dame de soixante ans porteuse d'une tumeur cervicale du volume des deux
FIg. :!035. — Tumeur maligne du cou ; phoUgrapble d'un moulage prii iprèa U mort du malade (Maeleod).
poings simulant absolument par sa forme, ses connexions, les compressionsqu'elle exerçait, les suffocations qui l'accompagnaient, un gottre unilatéral ; mon opinion s'arrêtait lorsque, examinant l'arrière -gorge par acquit de c
FIg. 9036. — Tumeur maligne du cou; photographie d'un malxda prlio peu de tempe attnt u mort [Maeleod].
je découvris un épithélioma de ,l'am;gdale. Ce n'était pas un goitre, c'était une adënopathie. L'adénopalhie cancéreuse débute par un ganglion et s'étend progressivement à toute la chaîne des ganglions voisins [Bg. !D35 et 2030} : elle évolue du reste comme le néoplasme