‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 583 sur 638 · GOITRES. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

GOITRES. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE

viscères, nerrs ou gros vaisseaux que le néoplasme déplace alors sans glisser sur eux. Ces adhérences sont, comme nous le verrons plus tard. Tune des grandes difficultés de l'extirpation des gros goitres. Dans un cas de thyroïdectomie que j*ai pratiquée, la carotide primitive séparée de la jugulaire interne et le pneumogastrique, placé en avant de la carotide, étaient intimement unis au goitre; Tun et l'autre repoussés fortement en dehors durent être entièrement disséqués avec d*extrémes précautions. D'autres fois, c'est la jugulaire qui est comme englobée dans la paroi de la tumeur, et la dissection peut en être si difficile que la résection soit préférable. Quant à la trachée, elle adhère presque toujours à toute l'étendue de la face interne du goitre.

Lorsque la tumeur occu]^ l'isthme ou l'extrémité d'un lobe, elle peut être pédiculée. Les connexions vasculaires des goitres sont les mêmes que celles de la glande saine ; toutefois, les vaisseaux subissent le plus souvent un énorme accroissement de volume. Bien souvent du reste, les adhérences, dontj'ai parlé plus haut, se vascularisent, si bien que la tumeur se trouve entourée par un véritable plexus de veinules, et qu'il n'existe plus guère de trace de la topographie normale de la circulation thyroïdienne. Cependant, c'est là l'exception, et il est indispensable que le chirurgien, en passe d'entreprendre la thyroîdectomie, ait bien présentes à Tesprit la disposition et la situation des artères et des veines thyroïdiennes. Mais je reviendrai plus utilement sur ce sujet, en décrivant l'opération.

Certains goitres plongent derrière le sternum et contractent alors avec les gros vaisseaux et même avec les poumons des rapports directs. Les gros troncs veineux sont alors quelquefois comprimés et thromboses.

Je ne puis passer sous silence, à propos de Tanatomie pathologique des tumeurs thyroïdiennes, les lésions des organes voisins. J'ai dit un mot des adhérences vasculaires, j'ajouterai que les veines peuvent être comprimées et thrombosées ; que dans le cas de tumeur maligne elles peuvent êlre perforées et envahies par la néoplasie. Wôlfler a même cité un cas de sarcome qui semblait avoir pris naissance sur le svstème veineux thvroïdien.

Les muscles, distendus par la tumeur, s'étalent à sa surface et dégénèrent; ils se fusionnent même quelquefois avec les tissus voisins et disparaissent dans les adhérences qui englobent les grosses tumeurs, si bien que lors de l'opéra-

tion il est presque impossible de les distinguer.

Mais c'est la trachée qui subit les altérations les plus importantes. Ces altérations sont de deux sortes, à savoir : le ramollissement et l'aplatissement.

L'aplatissement de la trachée dans le goitre a été signalé dès 1851 par Gallois (1), par Pastouraud (2) et par Rey en 1873 (3). Étudiée, en la même année, par Bouilly (4) dans un rapport sur l'observation de Rey, cette lésion est devenue tous les jours mieux connue, à mesure que les opérations de thyroîdectomie se sont multipliées. On l'observe aussi bien dans les goitres solides que dans les goitres liquides. On Tatlribuait naguère un peu théoriquement à l'interposition du goitre entre le sternum et la trachée. Évidemment cela constitue une condition favorable à la compression et à l'aplatissement an téro -postérieur de la trachée ; mais c'est là une exception, et la compression est ordinairement transversale.

Qu'il s'agisse d'un goitre unilatéral ou d'un goitre bilatéral, la tumeur, bridée par les muscles et en particulier par les sterno-mastoïdiens, comprime plus ou moins la trachée. Si le goitre est unilatéral ou seulement plus développé d'un côté que de l'autre, la trachée comprimée est en même temps déviée et incurvée : elle forme alors une courbe dont la concavité est dirigée vers l'agent de la compression. «

En même temps d'ailleurs, comme les deux extrémités de la trachée, c'est-à-dire la partie supérieure du larynx et les bronches, sont à peu près fixes et que toute ligne courbe est plus longue qu'une ligne droite, la trachée, comprimée et incurvée, s'allonge nécessairement Or de ces trois causes, compression, incurvation et allongement, il résulte comme effet unique un rétrécissement.

Au surplus la compression seule suffit déjà à diminuer le calibre réel du canal. En effet non seulement la trachée s'aplatit, ce qui augmente son diamètre antéro-postérieur propor-

(1) Gallois, Gazette médicale^ 18S1. Clinique de Bonnet.

(2) Pastouraud, Note sur tm kyste du corps thyroïde {hématocèle du cou). Bulletins de la Société anatomique, février 1873, p. 86.

(3) Rey, Goitre ayant déterminé une double corn» pression latérale de la trachée et la mort dans un accès de suffocation (Bulletins de la Société anato^ miquCy 12 décembre 1873, p. 815).

(4) Bouilly, Rapport sur les déformations de la trachée causées par le goitre. Bulletins de la Société anatomique, décembre 1873, p. 850.

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