GOITRES. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — ADÉNOME FOETAL
sans retour à Tétat embryonnaire ; c'est encore là de l'hypertrophie parenchymateuse, mais ici le goitre augmente sans cesse de volume.
L'hypertrophie du corps thyroïde ainsi comprise est une néoplasie rare : Wôlller en cite 5 cas. C'est le plus souvent un goitre congénital (3 fois sur 5) ; la glande tout entière ou un lobe seulement peuvent être pris. Pour Rokitansky (1) l'hypertrophie serait la lésion fondamentale dans tous les goitres bénins, les autres lésions seraient toutes consécutives et surajoutées. Gornil et Ranvier (2) considèrent le goitre comme une hypertrophie des follicules suivie d'une néoformation de la substance glandulaire. Ils adoptent du reste l'opinion de Virchov^, c'està-dire le développement de la tumeur aux dépens de bourgeons latéraux nés sur des follicules qui se ramifient et s'étranglent pour former de nouveaux follicules. Mais le seul fait qu'il existe des tumeurs qui évoluent entièrement sans déviation du type de la néoplasie physiologique et qui ne sont néoplasmes que par excès, doit, il me semble, suffire à nécessiter la distinction établie par Wôlfler entre l'hypertrophie et l'adénome. Du reste, comme nous allons le voir, l'adénome a bien une physionomie propre.
2* Adénome du corps thyroïde.
Wôlfler définit l'adénome « une néoformation épilhéliale qui, commençant par former des éléments glandulaires embryonnaires avec vascularisation atypique, ou persiste sous cette forme, ou se transforme en production d'apparence normale. »
Le retour à l'état ou à la forme embryonnaire pour aboutir à la néoplasie : telle est donc la caractéristique de l'adénome.
Or en quoi consiste ce retour à l'état embryonnaire? il consiste principalement :
i ^ En une modification dans l'état de la circulation qui dans bon nombre de cas revêt, le type lacunaire, c'est-à-dire de capillaires sans parois propres, ou revêt le type de vascularisation en ordre parallèle, c'est-à-dire de capillaires marchant parallèlement entre eux sans anastomoses, comme dans le corps thyroïde normal du fœtus;
2» En une prolifération des cellules propres de la glande, c'est-à-dire des cellules des alvéoles ou des amas cellulaires aboutissant à la produc-
(1) Rokittnsky, Zur Anatomie des Kropfes, Vienne,
(2) Gornil et Ranvier, Manuel d'hittologie palholo* giqve, 1884, t. II, p. 514.
tion de cylindres pleins, ou de tubes ou d'amas cellulaires qui évoluent pour former des élé* ments glandulaires de type anormal;
3* En une modification du tissu interacineux causée en général par des hémorrhagies, et aboutissant à la formation de tissu myxomateux.
L'adénome est une tumeur bénigne; il en est néanmoins qui récidive sur place, si surtout l'extirpation a été incomplète. On trouve en outre des tumeurs qui ont l'aspect histologique de l'adénome et qui cependant donnent naissance à des métastases, c'est-à-dire qui sont le point de départ de généralisations.
G'est que certains adénomes ont avec le sarcome et le carcinome de telles analogies de structure que la distinction ne peut légitimement s'établir que d'après la marche de la néoplasie. Le sarcome et le carcinome naissent en effet aussi aux dépens de productions embryonnaires.
L'adénome est souvent congénital, soit que la tumeur ait déjà acquis à la naissance un volume notable, soit qu'il existe seulement un noyau, une ébauche de goitre à la naissance, laquelle se développe à la puberté ou à l'occasion d'une grossesse. 11 est fréquent en effet d'observer des femmes porteuses d'adénomes, qui voient leurs goitres prendre un développementsubitfSoit à chaque époque menstruelle, soit à chaque grossesse. Dans certains cas, il s'agit de simples états congestifs de l'adénome ; alors le goitre régresse après les règles ou l'accouchement ; mais d'autres fois il s'agit de prolifération de tissu, et alors le goitre conserve le volume qu'il vient d'acquérir.
L'adénomie du corps thyroïde revêt plusieurs formes anatomiques, or les caractères cliniques de chacune des formes anatomiques ne sont pas les mêmes, si bien qu'il est possible dans quelques cas de soupçonner la forme anatomique d'après les allures cliniques et par conséquent aussi d'asseoir un pronostic.
A. — Adénome fœtal.
La première forme décrite par Wôlfler est l'adénome fœtal. G'est exactement une hypertrophie partielle du corps thyroïde commencée dans l'état embryonnaire de la glande» c'est-àdire pendant la vie intra-utérine, et restant telle ultérieurement, même à l'époque du plus grand développement du goitre, c'est-à-dire à l'époque de la puberté. D'ailleurs l'adénome fœtal est susceptible des mêmes modifications que le corps thyroïde embryonnaire.
L'adénome fœtal se développe sous forme de
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cules y détermine une pression centripète qui comprime les vaisseaux sans anastomoses, en ordre parallèle, des travées interacineuses : ces vaisseaux, pinces entre deux vésicules dilatées, s'oblitèrent et le territoire de cellules en prolifération quMls irriguent s'atrophie.
Mais un autre caractère distinctif du cystoadénome est la production de végétations cellulaires dans la cavité des grands kystes (Rokitansky). Ces végétations ont plusieurs origines : elles proviennent soit d'une néoformation de cellules développées dans le tissu interacineux (végétations exogènes ou interacineuses), soit d'une prolifération locale de Tépithélium de la vésicule elle-même (végétations endogènes ou intra-acineuses). Ces dernières sont de véritables papillomes, mais bien qu'elles soient développées aux dépens de l'épilhélium de la vésicule, elles reçoivent de la zone interacineuse sous-jacenle des vaisseaux supportés par une sorte de charpente fibreuse.
D'ailleurs les végétations exogènes peuvent devenir elles-mêmes le siège d'un adénome interacineux qui se multiplie et prolifère ainsi dans la cavité de la vésicule kystique.
Quant aux végétations endogènes, aux papillomes, elles sont plus rares que les précédentes ; toutefois on en trouve chez le chien et le singe à l'état normal ; on peut au surplus les considérer avec Billroth comme des canalicules glandulaires embryonnaires à l'envers ou retournés en doigt de gant.
Les végétations, quelle que soit leur nature, forment des productions arborescentes qui arrivent à remplir les kystes et transforment ainsi un goitre gélatineux, mou par conséquent, en un goitre solide. Toutefois, les végétations papillaires endogènes sont plus vasculaires et par conséquent plus facilement saignantes et plus facilement aussi le siège d'hémorrhagies.
L'aspect de la coupe des cysto-adénomes ne varie guère suivant l'espèce de végétations : c'est toujours une surface plus ou moins foncée en couleur, semée de kystes plus ou moins arrondis ou aplatis et plus ou moins volumineux, et divisée en lobes ou lobules par des traînées fibreuses. D'ailleurs le cysto-adénome papillaire a plus de tendance que l'autre à la récidive sur place, et son aspect rappelle davantage les tumeurs malignes.
G. — Adénome myzomateux, folliculaire
et tubolaire.
L'adénome myxomateux est composé d'une substance fondamentale hyaline très vascula-
risée, quelquefois en dégénérescence fibreuse, au sein de laquelle sont jetés çà et là, plus ou moins confluents, des amas ou des cordons de cellules glandulaires de forme et de volume variés, mais rappelant la disposition embryonnaire. C'est une tumeur solide, dépourvue de productions kystiques.
Il en est deux variétés : la variété folliculaire dans laquelle les amas de cellules aboutissent à former des follicules, mais des follicules qui ne sont point normaux, car ils ne sécrètent point de matière colloïde ; la variété tubulaire dans laquelle les cordons de cellules glandulaires se transforment en tubes analogues h ceux de la période embryonnaire.
Wôlfler considère l'adénome myxomateux comme une transformation de l'adénome gélatineux. L'un ou l'autre de ces adénomes préexistant le goitre s'accroît à l'époque de la puberté et surtout par accès à chaque menstruation ou grossesse. Chaque période d'accroissement a pour cause principale des hémorrhagies interstitielles qui détruisent le tissu goitreux. Cette destruction est complète ou incomplète. Complète, elle aboutit à la dégénérescence fibreuse ou à la calcification. Incomplète, elle aboutit à la transformation du tissu goitreux en un tissu hyalin qui se vascularise ; des cellules glandulaires épargnées par la destruction hémorrhagique restent incluses dans ce tissu hyalin, y prolifèrent et forment des amas et des cordons qui conservent le caractère et l'aspect embryonnaire en raison môme de leur origine pathologique.
Ces amas et ces cordons s'accroissent, se multiplient et se ramifient. Si la vascularisation de la subs^tance hyaline fondamentale est peu considérable, cette substance devient fibreuse et se calcifié, l'adénome ne croit pas. Si la vascularisation est au contraire riche, l'adénome croit et alors la substance hyaline diminue et cède la place aux amas et cordons glandulaires dont les ramifications arrivent à un voisinage presque immédiat les unes des autres, ce qui pourrait en imposer pour l'adénome interacineux, si la substance hyaline ne persisistait par endroits.
L'adénome myxomateux n'est donc point primitif; il envahit du reste comme les autres tout ou partie de la glande et forme des tumeurs solides plus ou moins bosselées.
D. — Adénome cylindre- cellulaire.
Je ne le cite que pour être complet : c'est une rareté ; la tumeur se compose de vésicules