‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 586 sur 638 · GOITRE. — ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

GOITRE. — ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE

quent, lorsque Ton voudra enlever un kysle thyroïdien, ce n'est pas une dissection ou un décollement, c'est une véritable sculpture de la poche qu'il faudra pratiquer.

Quant au mode de vascularisation des kystes, qu'il importe tant au chirurgien de bien connaître, ce n'est qu'une conséquence de la constitution de la paroi : il n'y a pas de pédicule, mais il y a tout autour des vaisseaux de petits Tolumes qui se répandent sur le kyste. •

Anna Begoune(1884) (1) et surtout Burckhart, de Stuttgard (1884) (2), ont donné d'utiles renseignements sur le mode de vascularisation des kystes et leur rapports avec le reste de la glande. Borckhart, qui a pratiqué 17 extirpations de kystes, a montré que certains kystes sont situés directement et presque tout entiers sous la capsule de la glande; que d'autres sont au contraire entièrement noyés dans le parenchyme Ihyroîdieû, et qu'enfin la majorité est dans une r> situation intermédiaire, c'est-à-dire qu'un segment de kyste plus ou moins volumineux fait pour -. ainsi dire hernie sous la capsule à travers le ^ parenchyme, qui contient le reste de la tumeur. - Ce chirurgien affirme aussi que la paroi du kyste tranche par sa couleur blanche sur le parenchyme thyroïdien, d'un brun rouge ; que tous les vaisseaux afférents ou efférents arrivent perpendiculairement sur le kyste, et qu'il n'en est aucun qui rampe parallèlement à sa surface. D'autre part, Anna Bégoune étudie la vascularisation capillaire du kyste pendant et après son développement, en constate la pauvreté et la fragilité, et fournit ainsi l'explication de la ikcilité avec laquelle les kystes deviennent hémorrhagiques.

Kystes hydatiques, — Meinert (de Dresde) (3) ^ent de publier tout récemment une observalion de kyste hydatique de la glande thyroïde. Le cas est assez rare pour être cité. Nélaton (4) «n avait du reste observé déjà un exemple incontestable, et d'après Laboulbène (5), E.

(1) Anna Begoune, Ueber die Gefassvef'sorguny der Mropfe mit besonderer Berûckiichtigung der Struma ^eysiica. [Deutsche Zeitschrift fur Chirurgie f 15 mai

(2) Burckbart, U^ber die Exstirpation der Kropf- ^jfsieh. (Centratblatt fur Chirurgie^ 25 octobre 1884, Si* 43, p. 713).

(3) Meinert, Ein Pall von Echinococcus der Schild- ^irûse.iCenlralblatt fur Chirurgie, n» 24, 13 juin 1885, 1>. 427).

(4) Houel, Des tumeurs du corps thyroïde. Thèse ^'agrégation. Paris, 1860.

(5) Laboulbène, Nouveaux éléments d'anatomie pathotogique, Parii, 1879, p. 716.

Gurlt (1) en aurait relevé 7 cas. La tumeur offre du reste tous les caractères cliniques des kystes ordinaires, et le diagnostic n'est possible que par la ponction.

Ëtiolog^e et pathogénie.

L'étiologie du goitre bénin est peu connue. C'est une affection endémique dans certaines régions, sporadique dans d'autres, et l'on n'est point encore parvenu à définir exactement sous quelles influences telluriques ou autres se développe la tumeur thyroïdienne. Ce qu'il y a de certain, c'est que le goitre est une maladie souvent héréditaire ; c'est, en outre, que les étrangers qui viennent habiter un pays à endémie goitreuse ne deviennent guère eux-môme goitreux, tandis que l'expatriation ne suffit pas toujours à prévenir le goitre chez les originaires de pays à endémie.

La composition des eaux a surtout été incriminée; mais l'influence d'un excès de sels calcaires, sulfate de chaux (Bouchardat), n'est pas plus démontrée que celle de l'absence de l'iode [Chatin (2)], et les nombreuses recherches orographiques qui ont été faites dans cette direction, sont, il faut bien le reconnaître, restées stériles. Combien il existe du reste d'exemples de goitres développés sans explication possible dans les ascendants ou dans le milieu !

D'ailleurs la physiologie du corps thyroïde, autrefois absolument inconnue, entre aujourd'hui dans une voie nouvelle. Les expériences entreprises chez les animaux et surtout les résultats des extirpations totales du corps thyroïde faites chez l'homme ont montré que la glande thyroïde, loin d'être un organe de médiocre importance, joue au contraire un rôle capital dans l'économie. Il faut en effet désormais admettre que la glande thyroïde préside à l'élimination ou à la destruction d'un principe dont l'excès dans l'organisme empêche ou arrête le développement physique et paralyse les forces et les facultés intellectuelles. L'absence congénitale du corps thyroïde s'observe chez les crétins : la

(1) E. Gurlt, Die Cystengeschinjûlsie des Nuise y p. 273. — (Virchow, Pathologie des tumeurs^ trad. Arronssobn, 187 f, t. Ilï, p. 231.

(2) Chatin, Bull, de VAcad. de méd., 1862-63, t. XXVIII, p. 384, et Bouchardat, Bull, de VAcad. de méd.y t. XXVIII, p. 218.— Voyez aussi B. A. Morel, Traité des dégt^nérescences physiques intellectuelles et morales de l'espèce humaine. Paris, 1857, et Baillarger, Rapport sur le goitre et le crétinisme. [Recueil du comité consultatif d'hygiène 1 1. II, 2^ partie, 1873.)

Symptomatologie et diagnostic du goitre.

Tuule tumeur de lu Tuce uuléricure du cou, mËdiaiie, blËrale ou bilutÉrule, recouvrant ou

(I) Voyez sur eu lujut W. Freund, IHe HezUliungett lier Scliildtliùie lU den weililiclien GetcMeclitsorijane. (Ueutieke Xeitichri/t /ùr Chirurgie, ISg3, 1. XVJII, p. !»■)

non, comprimant ou non la trachée on It tir déviant ou non à droite ou h gauche m i organes, mais adhérente à lalrachée ettuli (flg. 203fl) et en suivant exaclemeat toit mouvements, en particulier pendiDl b d tilion, est un goitre.

Il n'est guère que certaines grossct idéi thies cancéreuses qui puissent donner le cb et prêter k confusion avec un goitre unilttéi viens d'en observer deux cas. Dans le pn

maladie du corps thyroïde aboutit lentement au crétinisme, taudis que l'ablation subito de cet organe aboutit rapidement au même résultat. Voilà trois fails démontrés. J'étudierai plus loin la cachexie dite sirumiprive ou goitreuse qui succède aux extirpations totales et en condamne tu pratique ; tout ce que je veuï en dire ici, c'est qu'elle me semble démontrer que le goilre est l'expression d'un élat généraL Le sujet atteint d'un goitre même volumineux, et même total et double, n'est en elTet menacé d'abord que d'accidents locaux, ce n'est que rarement cl tardivement qu'il est atteint de créiinlsme; vienton au contraire à supprimer ce goitre en lolalilé? de terribles accidenlf généraux surviennent rapidement. Qu'eït-co à dire si ce n'e»t que le corps thjroide goilrenx n'est qu'un organe surmené, mais sultlsant longtemps au moins ft sa Iftche, qui est de prévenir l'explosion d'accidents généralisés, jusqu'il ce qu'un moment arrive où il devienne insuDisaut ou impuissant? S'il en est ainsi, ce n'est pas le goitre qui cause le crélinisme, c'est au contraire la tendance au crétinisme qui mène uu goilre, et ce dernier devient ainsi l'expression locale de la lutte du corps thyroïde contre le crétinisme : tout comme l'hypertrophie du ca>ur est l'expression de la lutte de l'organe central de la circulnlion contre les phénomènes généraux de l'asjstohe. Uais de même qu'un jour arrive où le cœur surmené devient insuffisant et dix l'usvaiolie s'établit; de même un Jour survient où le corps thyroïde malade devenu insulflsant ne Tonctionne plus et où le crétinisme s'établit. Le rhumatisme, élut général, conduit à l'état cardiaque, comme le crétinisme, état général, conduit à l'étal goitreux partiel ou lolul. Supprimez le goilre lolal, c'est-à-dire loule la glujjde, el le crétinisme pniid possession de l'organisme.

Si les causes occasionnelles du goilre sont Ires peu connues, les causes déterminantes, sans être toujours évidenles, sont parfois appréciables. Chezlafecninecn particulier, la puberté, les époques menstruellles, la grossesse, sont souvent l'occasion de l'apparition ou tout au moins de l'augmentation de volume du goitre (I).

Fig. 1039. - Goitre biUtéril.

la tumeur dure, légèrement bosselée, damli d'un gros poing, occupait loule la régii>n v lidienne droite, déviait la trachée el le lu à gauche, la comprimait, y adhérait el ra vail tous les niouvemeala, provoqués od i\ tanés; elle déterminait même certûniphi mènes de compresiiion nerveuse ordiasiresi le goilre ; elle s'était développée asseiniHdeii chez une personne âgée, si bien que mt miére pensée avait été de diagnosliqa«r goilre malin. Hais pour compléter mon tui j'examinai le pharynx: il y existait un «pi lioma de l'amygdale droite. Ce n'était pai goitre, c'était une adénopalhie.

Dans le second cas une tumeur fernie ' bord, puis fluctuanle, s'était développée ao i droit du cou, au niveou du corps thyroïde, i un homme de soixante-dix ans; en l'espiu trois mois, elle acquit le volume d'un «a s'entoura de noyaux durs. Un médecin eau» fil une ponction, qui donna du sang; une morrhagie inquiétante s'ensuivit; on teaU vain une ligature ; un Ut une suture i* pluie ; le sang s'épancha sous la peao, nue ineur sanguine se Torma, puis se téurbi. plaie suturée s'ouvrit et pendant den ■> continua à laisser couler un liquide iio^tal quelquefois Aa sang pur en aboodance.

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