PUIES DU CUIR CHEVELU. — TRAITEMENT
l'intempérance ou dont la santé générale a subi une altération quelconque. Même les sujets qui jouissent en apparence d'une santé robuste ne demeurent pas toujours indemnes.
Les plaies contmes et déchirées sont ordinairement le résultat de chocs violents^ comme ceux produits par une chute, un coup de bâton, etc. Parce que les bords d'une plaie paraissent nettement taillés, on ne saurait toujours en conclure que le corps vulnérant fût tranchant, car, en raison de la résistance de l'os sous-jacent, une chute sur une surface plane donne lieu à des plaies qui ressemblent exactement à celles faites par des instruments coupants. Je mentionne simplement le fait au point de vue de son importance en médecine légale. Ces plaies, quand elles s'étendent au delà de l'aponévrose, présentent un écartement marqué de leurs lèvres, et il peut se former des lambeaux fort étendus ; le cuir chevelu peut ainsi se rabattre sur la face, la nuque, etc. Môme les oreilles sont quelquefois détachées avec des lambeaux latéraux. Ordinairement une grande partie de ces plaies se réunit par première intention, et, dans les points où celle-ci fait défaut, le bourgeonnement complète la g^érison. Comme ces lambeaux emportent avec eux tous leurs éléments de vascularisation, le sphacèle est très limité, et le tissu le plus écrasé peut reprendre sa vitalité. C'est une règle formelle que de laisser la nature déterminer la portion du cuir chevelu blessé qui doit disparaître, sans faire intervenir en cela le bistouri, ni les ciseaux du chirurgien. Des portions du péricrâne peuvent aussi être détachées avec le lambeau, ou détruites par le corps qui produit la blessure. Mais une dénudation même étendue de l'os n'entraine pas nécessairement l'exfoliation de la table externe du crâne, car dans la plupart des cas le lambeau séparé adhère. Si la réunion primitive échoue, ou bien des bourgeons charnus s'avancent des tissus voisins sur l'os pour le recouvrir, ou bien la table externe se vascularise du diploé vers la surface, de sorte que quelquefois il se détache seulement de minces écailles osseuses, tandis que d'autres fois on ne peut trouver de tissu osseux dans les produits sécrétés (1).
Pronostic.
Les plaies du cuir chevelu sont surtout dan-
d) Voir page 10 pour le traitement des dénudations d« ia lablo externe par sa perforation jusque dans le dip!oé.
gereuses par leurs complications, qui seront étudiées plus loin. L'arrachement complet du cuir chevelu, avec ablation du péricrâne, est même susceptible de guérison (1).
Traitement.
Si la plaie a quelque étendue, il faut raser le cuir chevelu tout autour. Après avoir recherché avec un grand soin l'existence possible de corps étrangers ou d'une fracture, on doit laver complètement la plaie avec une solution antiseptique ; la meilleure est celle de bichlorure de mercure, à i sur 2,000. Je n'ai pas parlé des moyens d'arrêter l'hémorrhagie, qui est ordinairement abondante, parce que si elle ne cesse pas par l'exposition à l'air et les lavages à la solution de bichlorure, le pansement consécutif avec des compresses et une bande suffit ordinairement pour la supprimer. Dans le cas contraire» on peut d'ordinaire tordre ou lier aisément les deux bouts du vaisseau divisé. Quelquefois ces bouts se rétractent dans le tissu fibro-cellulaire dense, où le meilleur moyen de les saisir consiste à passer autour du vaisseau une aiguille armée d'un fil, de façon à comprendre un peu des tissus voisins (2). Les ligatures sont rarement nécessaires, sauf quand les malades sont ivres et turbulents, parce que j'en ai vu alors arracher le pansement et renouveler l'hémorrhagie. Une plaie intéressant la partie inférieure de la fosse temporale peut, cependant, donner lieu à une hémorrhagie qu'il soit difficile d'arrêter, u Si la perte sanguine se reproduit et devient dangereuse, malgré tous les moyens locaux, on peut se demander s'il ne convient pas de jeter une ligature sur la carotide externe ou la carotide primitive (3). » Divers moyens ont été recommandés en vue d'obtenir le rapprochement des plaies du cuir chevelu. S'agit-ii d'une plaie d'une étendue modérée, sans trop d'écartement des lèvres, on peut, suivant le conseil d'Agnew, faire passer dans des plombs perforés
(1) Agnew, Principlet and Pralice of turgery, vol. I, p. Î57.
(3) Dans un cas dUiémorrhagies répétées consécutives à la rupture d'un anévrysme traumatiqne diffus de Toccipitale et menaçant la vie du blessé, j*ai pu arrêter rhémorrhagie et guérir ranévrysoie en pratiquant autour de la plaie qui fournissait le sang une véritable compression périphérique à Taide d'un anneau de métal {BulL soc. de chirurgie de Pam, 1878, p. J31). (Sole du Trad.)
(3; Hewelt, Holmes*s System of surgery^ îW cd., vol. H,, p. 570.
CHARLES B. NANCREDE. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA TÊTE
des mèches de cheveux prises sur les côtés opposés de la plaie et ensuite écraser les plombs. J'ai obtenu le même résultat en liant ensemble des mèches de cheveux et en les fixant avec le collodion. En raison de la rapidité avec laquelle poussent les cheveux, il est difficile de faire tenir pendant quelque temps un emplâtre adhésif, tandis que le sang qui s*écoule empêche d'appliquer convenablement cet emplâtre au moment du premier pansement. Je préfère donc, quand je juge les sutures utiles, fixer l'extrémité d'une bandelette de gaze fine ou de mousseline avec du collodion sur un côté de la solution de continuité, de façon à pouvoir rapprocher exactement la plaie, et la maintenir ainsi en badigeonnant l'autre extrémité de la bandelette encore avec du collodion ; on facilite la dessiccation et la fixation du pansement en soufflant dessus. De cette façon on peut rapprocher les plaies les plus étendues aussi exactement qu'avec les sutures, et presque aussi rapidement. Avec un semblable pansement à notre disposition, les sutures sont rarement indiquées. Je ne suis point opposé à leur usage, quand on les juge nécessaires — sur des points où la traction est grande, ou chez les malades ivres ou turbulents, — mais la suture étroite d'une plaie déchirée du cuir chevelu, comme tout ce qui ressemble à une tentative de ce genre, doit être condamnée, par suite de la facilité extrême avec laquelle le fascia sous-aponévrotique permet la diffusion des produits inflammatoires. Bien que d'une façon générale je ne croie pas à la nécessité des sutures, avec les réserves ci-dessus je conseillerai d'y avoir recours, pourvu qu'on garde bien présentes à l'esprit les particularités anatomiques de la région et qu'on soit disposé à couper les sutures au premier symptôme de tuméfaction inflammatoire. Quels que soient les moyens employés en vue de fermer la plaie, il faut prendre garde que les bords ne se renversent en dedans, car les cheveux en poussant gêneraient la cicatrisation. Le contact du lambeau avec les parties profondes étant maintenu à l'aide de compresses appropriées, qui tendent aussi à empêcher toute collection de produits inflammatoires, il faut appliquer sur la plaie quelques doubles de lint trempé dans une solution de bichlorure de mercure, les recouvrir de papier ciré ou de soie huilée, et faire par-dessus tout un bandage so- Hde (1). Lorsqu'un pansement spécial n'est pas
(1) On peut encore employer la gaze bichlorarée, •on encore la gaze pliéniquéo, on une solution phéniquée.
utile, j'ai obtenu les meilleurs résultats en rapprochant la plaie à l'aide d'un bandage avec des compresses sèches. Quel que soit le pansement, je conseille d'examiner la plaie au bout de quarante-huit heures ; à ce moment, on peut, suivant les circonstances, ou bien corriger ce qui va mal, ou laisser la plaie sans y toucher. Le malade doit être tenu au repus et avoir le ventre libre, en vue de complications cérébrales possibles.
Quand la suppuration a lieu, le pus, s'il est situé dans le fascia superficiel, forme des collections circonscrites, qui guérissent parfaitement après leur évacuation; mais, quand l'abcès est sous-aponévrotique, il prend la forme difluse et doit être largement ouvert aux points les plus déclives pour assurer un libre écoulement du pus. Si cet état de choses n'est pas reconnu dès le début, il peut survenir un sphacèle du cuir chevelu, ou plus probablement de l'aponévrose avec son tissu sous-jacent, auquel cas le péricrâne est à peu près sûrement détruit sur une plus ou moins grande étendue, ce qui compromet la vitalité de la table externe du crâne. Les incisions, quand on en fait, doivent être dirigées parallèlement au trajet des fibres occipilo-fron taies.