‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 7 sur 638 · CHEVELU · texte numérisé non relu

CHEVELU

ÉRYSlPklE,

Cette afi*ection a été décrite d'une manière assez complète dans le premier volume de cet ouvrage pour rendre superflue toute autre indication que celle des particularités que la maladie emprunte à la nature des tissus où elle se développe, et des modifications dans le traitement que comporte la blessure concomitante. Elle s'observe surtout chez les buveurs et chez les individus d'une constitution délabrée. La variété la plus ordinaire est la variété cutanée, qui est rarement grave et qui peut être annoncée par des symptômes un peu embarrassants. Ainsi j'ai vu dernièrement un cas de trépanation, dans lequel une céphalalgie violente, l'état saburral de la langue, des vomissements, une élévation rapide de la température, et l'existence de quelques ganglions lymphatiques volumineux et douloureux, précédèrent, de plus de quarante-huit heures, une crise violente d'érysipèie, qui se limita surtout à la face et qui, lorsque je vis le malade, ne paraissait pas afiecter le voisinage de la plaie. Cette antériorité des

ÉRYSIPÈLE PHLEGMONEUX. — TRAITEMENT.

symptômes généraux par rapport aux symptômes locaux et Tenvahissement des ganglions lymphatiques ne doivent pas être perdus de vue dans les plaies de tête, lorsqu'il se déclare des symptômes fébriles d'ailleurs inexplicables.

Dans le traitement de cette affection, de légers laxatifs destinés à entretenir la liberté du ventre, un régime nourrissant, des stimulants, chez ]es individus accoutumés à leur usage et quand il n'existe pas de contre-indication tirée de l'état cérébral, enfin le fer et la quinine, tels sont les moyens auxquels il convient d'avoir recours. Parfois le malade trouve quelque soulagement à la brûlure, aux picotements douloureux qu'il éprouve à la peau par l'application de linges trempés dans un mélange d'eau blanche et de laudanum, ou dans un simple mucilage de moelle de sassafras.

ÉRYSIPÈLE PHLEGMONEUX.

Vérysip*)le phlegmoneux, affection beaucoup plus sérieuse, est ordinairement annoncé par des symptômes généraux marqués (1). Il se manifeste au début par une légère boursouflure aa pourtour de la plaie, sans rougeur de la peau. Par suite de l'infiltration plastique, le cuir chevelu devient bientôt le siège d'un épaississement et d'une induration extrêmes, et, si elle continue ses progrès, Taffection peut déterminer un sphacèle étendu du tissu cellulaire, de l'aponévrose, du péricrâne, ou même du cuir chevelu lui-même. Par suite, l'os peut se dénuder sur une large surface, et dans certains cas il survient une nécrose plus ou moins étendue, bien que ce ne soit pas là une suite plus nécessaire que lorsqu'il s'agit de plaies ayant mis l'os à nu.

Diagnostic.

On peut habituellement distinguer l'érysipèle de la simple accumulation de pus ou de produits inflammatoires au-dessous de l'occipitofrontal, en se rappelant les insertions de l'aponévrose. Une collection de pus sous-aponévrotique peut s'accompagner d'une rougeur de la peau dépassant quelque peu les insertions de l'aponévrose, mais, à moins de se compliquer réellement d'un érysipèle, la teinte rouge ne se

(1 Des symptômes locaux peuvent précéder les >yflipi6ines généraux.

montre pas sur les oreilles, les joues, etc. Le pus ne peut fuser plus bas que lé zygoma, les paupières supérieures, les insertions des pyramidaux du nez, et la ligne courbe supérieure de l'occipital en arrière ; des poches purulentes se forment ainsi au-dessus de la racine du nez, du zygoma, et de la ligne courbe supérieure de l'occipital. Cet état, avec la rougeur superficielle qui quelquefois envahit une étendue de la face plus grande que je ne viens de l'indiquer, a été souvent confondu avec un érysipèle, et attribué à l'emploi des sutures, mais c'est en réalité simplement une dermatite, due à la rétention de produits inflammatoires, et qui s'atténue d'ordinaire lorsque les liquides emprisonnés ont été évacués (1).

Traitement.

En ce qui regarde le traitement de l'érysipèle phlegmoneux du cuir chevelu, il faut, à la première apparition des symptômes locaux, enlever toutes les sutures, désunir la plaie sur un nombre suffisant de points pour assurer une issue libre aux liquides épanchés, et appliquer des cataplasmes, recouverts de soie huilée ou de papier ciré, ou un pansement à l'eau. On doit, au besoin, provoquer une évacuation intestinale à l'aide d'un lavement ou d'un purgatif salin doux, et instituer immédiatement le traitement de l'érysipèle dans sa forme cutanée. Si, malgré ces moyens, l'infiltration plastique faisait des progrès, il y aurait avantage à pratiquer des ponctions multiples du cuir chevelu, ou tout au plus des incisions nombreuses et petites, qui ne sont pas sujettes à entraîner une perte de sang abondante comme les longues incisions préconisées quelquefois. Tout ce qui ressemble à une hémorrhagie un peu abondante, se fit-elle par les orifices des ponctions, doit être arrêté le plus tôt possible, car ces malades ne peuvent supporter de perte de sang. Chez les personnes d'une bonne santé antérieure, la diminution de tension produite par ces incisions suffit d'ordinaire pour empêcher un sphacèle étendu, mais parfois il se produit une désorganisation considérable du tissu cellulaire, de l'aponévrose et du péricrâne, bien que, en raison des particularités que présente la vascularisation du cuir chevelu et dont il a déjà été question, ce tissu se désorganise rarement, du moins sur une grande éten-

''!) Le tétanos est une complication qui s'observe quelquefois. Pour les détails, et une étude complète de toutes les variétés de Térysipèle, le lecteur est renvoyé à Tarticle publié sur cette question dans le vol. 1.

CHARLES B. NANCREDE. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA TÊTE

due. L'ouverture d*une artère volumineuse par ulcération constitue un accident rare : on se trouve alors en présence d'une héniorrhagie dont la source est souvent difficile à établir, par suite de Faccumulation du sang au-dessous du cuir chevelu. La compression des différentes artères principales du cuir chevelu doit être essayée successivement, jusqu'à ce que l'on découvre le vaisseau lésé ; on peut alors le comprimer, le soumettre à l'acupressure ou le lier (1). Un régime généreux, le fer et les autres toniques, le carbonate d'ammoniaque et les stimulants à haute dose, sont, dès le début, souvent nécessaires dans les cas graves pour mener la maladie à bien; mais, avec le traitement indiqué, il est surprenant de voir combien ces cas se terminent favorablement, la portion du cuir chevelu qui est décollée se reprenant aux tissus

profonds et l'os dénudé se recouvrant de bourgeons charnus. Quand les efforts de la nature paraissent impuissants à vasculariser la table externe du crâne dénudée et mise à découvert par le sphacèle du péricrftne, le chirurgien peut percer avec un poinçon un certain nombre de petits trous situés près les uns des autres et pénétrani. jusque dans le diploé, de façon que les bourgeons puissent faire issue par là, comme je l'ai vu dans un cas d'Agnew (i ). L'emploi d'injections désinfectantes au-dessous du cuir chevelu décoUé, les contre-ouvertures destinées à l'issue du pus et des lambeaux de tissu sphacélés, et l'application de compresses pour prévenir l'accumulation des liquides inflammatoires, constituent des indications thérapeutiques trop évidentes pour qu'il soit besoin de faire plus que de les mentionner.

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