HOITIÈME PAIRE; NERF AUDITIF
Pour des raisons anatomiques analogues à eelles données pour le facial, le nerf auditif est assez fréquemment lésé dans les fractures de la base du crâne. Comme la guérison de ces lésions est rare, ce n'est pas souvent qu'on obserre de la surdité à la suite d'une fracture du crâne.
Le fait suivant, rapporté par Aran (1), fait voir comment le nerf auditif peut être déchiré pendant que le nerf facial demeure intact, bien que les deux nerfs soient, sur une partie de leur trajet, contenus dans le même canal osseux. Le Ui inverse est également vrai, mais il s'explique par le trajet plus long et plus tortueux que le otff (Sacial suit à travers le temporal.
Un jeune homme tomba d'une hauteur de 20 pieds et perdit connaissance. Le cinquième jour, les symptômes, dans le détail desquels il est inutile d'entrer, firent diagnostiquer une fractare du temporal. La mort survint le sixième jour, et à l'autopsie, entre autres lésions, on trouva nne fissure traversant le rocher de façon à déterminer une déchirure du nerf auditif.
nVVlÈME, DIXIÈME, ONZIÈME ET DOUZIÈME PAIRES; NERFS GLOSSO PHARYNGIEN, PNEU- MOGASTRIQUE, SPINAL ET GRAND HYPO- GLOSSE.
Les blessures de ces nerfs à l'intérieur du crâne s'observent rarement, ce qui est dû à ce qu'ils traversent des trous osseux fort courts, les trois premiers se trouvant en outre à ce moffleot en rapport avec la veine jugulaire, vaisseau vohimineux, mou, compressible. Ils son t iossi protégés dans leur trajet intracrânien par on des espaces sous-arachnoïdiens les plus étendus, rempli d'un liquide qui se déplace aisément, lorsqu'il se fait un épanchement sanguin. Après avoir duré quelque temps, les symptômes dus aux affections traumatiques de ces oerb peuvent disparaître. Par suite de l'émergence du glosso-pharyngé, du pneumogastrique, et du spinal par le même trou de la base, leurs affections doivent être étudiées plus ou moins simultanément.
I. Hilton, dans ses leçons sur les fractures h crâne, rapporte un fait où, avec des lésions fanlres nerfe cérébraux, consécutives à un Isittiiiatisme violent de la tête, le malade pré- 1^ une grande difficulté de la déglutition ;
il>Artn, loc. cit.
« la langue était déviée de l'autre côté ; Tarticulation des sons était lente et leur énoncialion imparfaite. • Le malade accusait encore du côté affecté une douleur descendant jusqu'à la clavicule. La guérison, qui ne laissa que de faibles traces de paralysie, eut lieu au bout de quelques mois.
De l'aphonie, de la dysphagie, de la dyspnée, avec une contracture des muscles accessoires de la respiration et une paralysie plus ou moins complète du pharynx, de l'œsophage et de l'estomac, tels furent les principaux symptômes présentés par un malade qui guérit d'une plaie du cerveau, et chez lequel les nerfs glossopharyngien, pneumogastrique, grand hypoglosse, spinal et sous-occipital avaient été divisés par un coup de lance.
Enfin, je donnerai un court résumé des notes volumineuses de M. Hilton sur un cas de fracture de la base, dans lequel un déplacement secondaire des fragments détermina une compression des nerfs des neuvième, dixième et onzième paires.
Un homme, atteint de fracture de la base du crâne, entra à Guy's Hospital et alla bien jusqu'au dixième jour,où après s'être levé, promené dans la salle, il fut pris de vomissements, et tomba peu à peu dans une sorte de coma. Plus tard dans la journée, on nota de la dysphagie, avec une respiration suspirieuse. La difficulté de la déglutition augmenta rapidement, si bien qu'avant le matin « tout ce que le malade prenait était rejeté, dès que cela arrivait au pharynx. » La mort survint au bout de quarantehuit heures, dans le coma et l'asphyxie. L'examen nécroscopique montra que le cerveau et les membranes étaient dans un état naturel ; il n'existait aucune trace d'inQammation ni de blessure du tissu cérébral. Le trait de fracture passait par le trou jugulaire droit, d'où il s'étendait à travers la base du crâne, en divisant la partie postérieure du crâne en deux portions, qui jouaient librement l'une sur l'autre. Les fragments étaient déplacés de telle façon que la fosse cérébelleuse droite était située plus bas que la gaucho (1).
(1) Sir Charles Bell rapporte deux faits {Lectures on the Nervous System^ p. 202, cases LXII and LXV, 1833) où la mort survint brusquement à la suite d*un déplacement secondaire des fragments de Toccipltal vers le trou de ce nom et de la compression de la moelle allongée. Ces faits présentent une certaine analogie avec celui que je viens de citer, car ils démontrent la possibilité d*an déplacement secondaire agissant comme cause de eompression nerveuse.
CHARLES B. NAISXREDE. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA TÊTE
Sans doute quelque mouvement fuit par ce malade pendant qu'il se promenait dans la salle détermina le déplacement osseux qui fut la c ause de sa mort. Celle-ci eut lieu par asphyxie, comme ce fut aussi le cas chez un malade d*Agnew. Dans le fait de Hilton, il est à regretter qu'on n'ait point examiné les poumons pour voir s'il existait réellement des lésions pulmonaires comme chez le malade d'Agnew et chez un autre de Verneuil (I).
Dans le fait d'Agnew, on constata pendant la vie une respiration irrégulière, laborieuse, bruyante, une mutité extrême à la percussion en arrière de la poitrine; après la mort, on trouva un épanchement de sang dans la moelle allongée, c'est-à-dire dans le centre pneumogastrique, avec une congestion intense des poumons (2).
Erichsen dit avoir vu « des vomissements répi^ tés, avec palpitations et sensation de suffocation, persister plusieurs mois après une blessure
qu'on supposait intéresser l'origine du pneumogastrique. Dans d'autres cas, à la suite d'une lésion du nerf spinal, il peut se déclarer des spasmes du trapèze et du sterno-mastoîdien, simulant le tétanos (I). »
Traitement.
Toute thérapeutique spéciale parait inutile, car, si les lésions sont dues à des extravasations sanguines ou à des épanchements inflammatoires, il suffira de la nature pour en amener la résorption. Le mercure, les vésicatoires, etc., sont fréquemment préconisés, mais je mets en doute leur efficacité. L'iodure de potassium peut être donné avec avantage à une période plus avancée. Si on croit devoir se servir de rélectriclté, il faut mettre dans son emploi la plus grande prudence, et même n'y recourir que tard, sous peine de renouveler les troubles cérébraux antérieurs.