ÉRYSIPÉLE DE LA TÊTE
La tète est très fréquemment le siège d'érysipèle. Sur 692 cas d*érysipèle, réunis par Zuelzer (2), l'affection siégeait à la tète 246 fois. Sur le cuir cheyelu, Térysipèle prend ordinairement la forme cutanée simple, les altérations morbides ne dépassant pas en profondeur TaponëTTose du muscle occipito-frontal ; toutefois, à la face, les tissus sous-cutanés sont presque inTariablement intéressés, et il se produit une tuméfaction considérable de la région affectée. L'érysipèle du cuir chevelu peut aussi être » celluleux » (cellulite) ou « cellulo*cutané ». L'érysipèle du cuir chevelu peut gagner la face, et Térysipèle de la face le cuir chevelu.
L'érysipèle de la tète peut : l*' être idiopathiqae; V avoir pour point de départ quelque plaie, quelque ulcération, ou une affection cutanée chronique entraînant une solution de continuité de la peau. C'est à la tête que s'obser?ent la grande majorité des érysipèles dits idiopathiques, l'affection débutant ordinairement par la face et s'étendant ensuite au cuir chevelu. Trousseau (3) et quelques autres autos mettent très justement en doute le caractère spontané de celte forme d'érysipèle et sou-
(1) Traduit et annoté par le D' G. Poinsot, profes- KQr agrégé à la Faculté de médecine de Bordeaux, clùrurgien des hôpitaux.
(2) Ziemssen, djclopxdia of the practice of medi- «»w,tol. II, p. 457, 1875.
[t] Trousseau, Leçons de clinique médicale ^ 3* édit., ^l,p. 177.
tiennent que dans presque tous les cas on peut découvrir une lésion légère, une égratignure ou une érosion insignifiante sur la peau, une solution de continuité sur la muqueuse nasale, à l'intérieur de la bouche ou du conduit auditif externe, ou même dans le canal lacrymal. A propos de ces dernières origines de l'érysipèle, il convient de noter que l'affection prétendue idiopathique commence le plus ordinairement autour de l'orifice de quelque cavité muqueuse. Les plaies du cuir chevelu sont plus ordinairement suivies d'érysipèle que les plaies de toute autre région. Comme partout ailleurs, l'érysipèle est plus fréquent après les plaies récentes, et plus commun après les plaies de petite dimension qu'après les plaies étendues. Ce dernier fait s'explique probablement par la négligence apportée au traitement des petites plaies.
Symptômes.
Ce sont les mêmes que ceux de l'érysipèle des autres régions, avec quelques modifications peu nombreuses (i). Les troubles généraux sont souvent considérables, et les nausées et les vomissements, en tant que symptômes concomitants, sont d'une fréquence extraordinaire (Zuelzer) (2). CtQxidxns symptômes cérébraux apparaissent aussi communément. Une céphalalgie
(1) Voir vol. I, pp. Î79, 285.
[1) Zuelzer, loc, cit., p. 4C0.
FREDÉBICK TBEVES. — MALFOBMATIONS ET MALADIES DE LA TÊTE.
souvent intense, des vertiges, de l'engourdissement, ou au contraire une excitation anormale, peuvent compter au nombre des premiers symptômes généraux de la maladie. A mesure que celle-ci fait des progrès, des accidents plus sérieux peuvent survenir; ce sont le plus ordinairement de rinsomnie, une extrême agitation, des hallucinations, ou du délire, souvent d'un caractère furieux. Ces symptômes dépendent habituellement d'une hypérémie de la piemère et peuvent se montrer dans toutes les variétés d'érysipèle de la tôte, quelles qu'en soient la cause ou l'étendue. Dans bien des cas où un érysipèle de la tête, avec symptômes cérébraux, a été suivi de mort, cette hypérémie a été la seule lésion cérébrale constatée à l'autopsie. Quelquefois il peut se produire une thrombose des sinus cérébraux. Nothnagel (1) déclare que cette thrombose est due à l'extension de quelque phlébite superficielle (du cuir chevelu ou du crâne). La méningite est rare dans l'érysipèle, et, quand on l'observe, elle est habituellement suppurative, et due soit à une métastase, soit plus communément à l'extension directe d'une inflammation suppurative des os ou des parties molles. Huguenin ne l'a observée que dans les cas où existait de la suppuration. La méningite, quand elle complique l'érysipèle de la tète, js'accompagne des symptômes ordinaires, et le malade succombe avec des convulsions, de la paralysie, du coma, etc. Certains symptômes oculaires peuvent se manifester dans l'érysipèle de la tête, particulièrement quand il envahit la région orbitaire. Les plus communs sont la conjonctivite et la photophobie, cette dernière due souvent à une hypérémie cérébrale ; dans quelques cas, la cornée s'est ulcérée, et sa perforation a été suivie de l'évacuation du globe (Wagner). Il existe aussi des observations de suppuration totale de l'œil. Dans bien des cas, il se produit un trouble do la vision, qui disparaît habituellement d'une façon complète pendant la convalescence et qu'Heineke (2) attribue h l'œdème du tissu cellulaire de l'orbite. On a encore observé, à la suite de l'érysipèle de la tête, de l'amblyopie, de la névro-rétinite et de Tatrophie de la papille ; cette dernière complication est la moins fréquente.
Les symptômes locaux présentent les particularités suivantes : L'inflammation s'étend avec une rapidité extraordinaire ; mais, bien que la
(1) Ziemssen, CyclopsBdiaj vol. XIl, p* 212.
(2) Pitha und Billroth, Handb, der Chirurgie, bd m, 1873. Chirurgische Krankheilen des Kopfes (W. Heincke;, S. 2.
tête et la face puissent être envahies en entier, l'érysipèle n'a que peu de tendance à gagner le cou et le tronc. La marche de l'aifection est fort irrégulière sur le cuir chevelu, bien que Pfleger et Zuelzer (i) aient essayé de lui assigner certaines règles. Quand l'érysipèle commence par une plaie, ses progrès sont ordinairement centrifuges, mais en même temps irréguliers ; débute-t-il par le front, il peut s'étendre horixontalement autour de la tête pour revenir à son point de départ. Sur la face, il affecte d'ordinaire une distribution très uniforme, mais le menton reste presque toujours indemne. La rougeur n'est que très peu marquée sur le cuir chevelu, ce qui est dû à la tension de ce tissu et à la présence des cheveux; la tuméfaction est aussi insignifiante : c'est à la limite de l'érysipèle, et du côté où il gagne, qu'on la voit le mieux, ainsi que la rougeur. Toutefois, à la face, la rougeur est très apparente, et le gonflement, surtout aux paupières, souvent très considérable. Il est rare qu'il se forme des phlyctènes dans l'érysipèle du cuir chevelu, mais dans l'érysipèle de la face on en observe fréquemment, de préférence sur le front, les joues, les oreilles, et au niveau de l'apophyse mastoïde. Les abcès sont rares à la suite de l'érysipèle de la tête, surtout quand il affecte le cuir chevelu, et la gangrène ou le sphacèle sont encore moins fréquents. Toutefois ces deux terminaisons s'observent quelquefois sur les paupières dans des eu d'ailleurs graves. Les ganglions lymphatiques situés derrière l'oreille et au-dessous de l'occiput sont constamment engorgés pendant réruplion. Après que l'éruption a disparu, les cheveux tombent d'ordinaire plus ou moins, mais avec le temps ils repoussent complètement Comme l'érysipèle des autres régions, celui de la tête est très sujet aux rechutes et aux récidives.
Le pronostic est un peu plus gi*ave que celui de l'érysipèle des autres régions, ce qui est dû à la probabilité de complications cérébrales, et à ce fait que la forme idiopathique s'observe souvent chez des individus malades ou affaiblis, qu'un état général mauvais a prédisposés à la maladie. Toutefois, dans la grande majorité des cas, la guérison parfaite a lieu. D'après Erichsen (2), l'érysipèle de la tête, « quand il
(1) Zuelzer, lac. ci7., p. 451 et suiv.
(2) ErichseD, Science and Art of Surgery, 7** éd., vol. I, p. 701. LondoD, 1877.