II. — OSTÉO-PÉRIOSTITE CHRONIQUE
L'ostéo-périostite chronique peut, dans des circonstances rares, succéder à la forme aiguë de cette affection ; mais, dans la majorité des cas, elle est due à la syphilis.
Anatomie pathologique.
Vanatomie pathologique de celte affection (à ne considérer que la forme la plus commune) est étudiée dans les autres portions de cet ouvrage. Ici, il n'est besoin d'indiquer que les quelques points suivants: Le processus inflammatoire que l'on rencontre dans la forme ordinaire de l'ostéo-périostite chronique est celui qui est connu sous le nom de processus gommeux; môme cette affection a reçu de quelques auteurs la dénomination d^ostéite gommeuse du crâne. Les altérations gommeuses peuvent débuter, soit par l'os lui-même, soit par les couches profondes du péricr&ne, soit par la dure-mère. Le plus habituellement, c'est à une péricrânite gommeuse que l'on a d'abord affaire. Le ftrontal et les pariétaux sont les os les plus fréquemment atteints, mais l'affection peut envahir plu-
FREDERICK TREVES. — MALFORMATIONS ET MALADIES DE LA TÊTE
sieurs os et occuper dans certains cas une étendue considérable. Si Taffection a débuté à la surface de l'os, le péricrftne est soulevé par la substance gommeuse,et on constate une tumeur externe connue sous le nom de nodosité syphilitique.
Si l'os est affecté, on le trouve envahi par la matière gommeuse, et les parties intéressées sont souvent transformées eu une masse lardacée molle. Cette matière molle peut se résorber, et il se produit de cette façon une perte de substance de Tos ; si toute l'épaisseur de ce dernier a été intéressée, il en résulte une perforation. Ces pertes de substance et ces perforations ne sont pas comblées par de l'os nouveau ; elles sont recouvertes par une cicatrice fibreuse formée aux dépens du revêtement fibreux de l'os dans le point affecté. L*os peut être atteint en même temps sur plusieurs points, et il peut se former autant de petits creux et de perforations dans un espace relativement restreint. C'est à cette forme de la maladie que Virchow a donné le nom de carie syphilitique sèche. Autour de ces pertes de substance de l'os, il se forme souvent, à la surface du crftne, des plaques ostéophy tiques résultantde l'ossification de la matière inflammatoire ou gommeuse.
D'une façon générale, le dépôt syphilitique (pour me servir d'une expression souvent employée) peut: i^" se résorber ; 2<* s'ossifier ; 3<* se résoudre en pus. Un exemple de résorption nous est donné par la carie syphilitique sèche et la disparition totale de nodosités sous-péricrftniennes volumineuses. L'ossification n'est pas rare. C'est elle qui rend l'os affecté plus dense, plus épais et plus compact. Si les dépôts péricrâniens s'ossifient, il peut se former sur l'os des saillies dures, irrégulières, de volume variable, constituant une variété d'exostoses. C'est de la même façon, par ossification de la matière épanchée entre la dure-mère et l'os, que peuvent se produire des exosloses à la face interne du crâne. Le mode de terminaison le plus exceptionnel pour les dépôts syphilitiques, c'est la suppuration. La nécrose peut aussi se montrer consécutivement à l'ostéo^périosUte chronique, mais j'aurai à revenir sur cette terminaison.
Symptômes.
Les symptémes sont souvent assex mal définis, et la nature de la maladie peut être plutôt soup* çonnée que nettement diagnostiquée, surtout quand le processus morbide se passe dans la profondeur de l'os. Le malade en puissance de syphilis tertiaire accuse une douleur légère, mais fixe, dans un point de la tôte. Cette douleur s'exaspère la nuit et subit évidemment l'influence de la température. 11 existe généralement de la sensibilité à la pression. Quand lepiricrâne est intéressé, une tuméfaction profonde, dure, — nodosité syphilitique, — apparaît très lentement. Cette tuméfaction suit une aiarche chronique, et peut avec le temps disparaître, s'ossifier, ou se résoudre en pus. S'il n'existe pu de nodosité superficielle, le diagnostic est (dus difficile, et il n'y a pas de cas moins aisés à interpréter que ceux où l'irritation d'une masse syphilitique saillante à l'intérieur du crâne a déterminé des symptômes cérébraux. L'action da traitement anti-syphilitique sur les accidents est d'une haute importance pour le diagnostic.
Pronostic.
LepronosHCf dans ces conditions, est en somme favorable.
Le traitement de l'ostéo-périosUte syphilitique du crâne ne diffère pas sensiblement du traitement adopté dans les affections osseuses analogues des autres régions. L'iodure de potusium doit être donné largement et avec persévérance, en même temps qu'il faut mettre es usage tous les moyens susceptibles d'améliorer la santé générale du malade. Dans la majorité des cas, l'administration simultanée du mercure est suivie de fort bons résultats, à moins qu'il n'y ait dans l'état du malade quelque chose qui contre-indique l'emploi de ce médicament. Lapa^ tie enflammée doit être protégée, et il n'est besoin d'aucune autre application locale que celle nécessitée par cette protection. S'il existe des signes certains de suppuration, il est indiqué de pratiquer de bonne heure une incision jusqu'à l'os.