HYPERTROPHIE DU CRANE
ces cas, répaississement de Tos parait avoir porté principalement sur la table interne. Dans d'auU^s faits qu'on ne peut guère qualifier d'hypertrophies vraies, il s'est fait un dépôt d'os nouveau sous la table interne, ce qui a déterminé une augmentation d'épaisseur considérable. Les exemples d'épaississement des os du crâne après la disparition de l'hydrocéphalie appartiennent aussi, en général, à cette dernière catégorie.
2« Dans ce que l'on appelle V hypertrophie concentrique généraley le crftne n'a pas changé de forme et les os qui le constituent n'ont pas augmenté d'épaisseur. 11 existe cependant une condensation marquée de tissu osseux, au point que le diploé devient aussi compacte que les lames qui le limitent, et que le crâne, sur une coupe, présente un aspect uniforme, éburné. Les satures sont généralement oblitérées. C'est ainsi que se forment ces crânes compactes et lourds, dont la plupart des musées anatomopathologiques possèdent des exemples. Les altérations sont d'ordinaire limitées à la voûte, mais alors elles sont réparties également sur toute son étendue. Elles sont surtout communes à un âge avancé. On ne connatt point la cause de cet état du crâne, et il est impossible de le reconnaître pendant la vie. On l'attribue souvent à un coup ou à la syphilis; mais je ne coanais aucune preuve qui vienne à l'appui de ces assertions. La crânile chronique détermine souvent une condensation limitée du diploé, mais dans les fails de ce genre, le tissu osseux avoisinant présente des traces d'inflammation, et il n'est guère possible de concevoir une crânite qui intéresserait exactement et uniformément tous les points de la voûte, et cependant n'entridnerait aucun symptôme, ne déterminerait aucune lésion â la surface des deux tables compactes.
3« La dénomination à^ostéo-porose s'applique à l'état de certains crânes volumineux, épais, avec oblitération des sutures, et dont les os, sur une coupe, offrent un aspect uniforme et finement poreux, très analogue, pour me servir d'une comparaison de sir James Paget, à celui d'une brique blanche. La forme générale du crâne n'est pas en général altérée, mais l'épaisseur des os qui le constituent peut être extrême et représenter quatre ou cinq fois l'épaisseur nor-
montré à la Société pathologique de Londres Toccipital d'an sujet qui avait présenté une absence con- Kénitate d'un lobe du cervelet. L'os ottrûi une hypertrophie vraie dans le point correspondant au lobe absent.
maie. Il existe au Musée Dupuytren un crâne qui mesure 4 centimètres d'épaisseur. Les deux surfaces des os sont ordinairement unies, mais les gouttières vasculaires de la table interne sont notablement plus profondes. Les altérations sont plus ou moins absolument limitées à la voûte, bien que, dans quelques cas, la base puisse être prise. Cet état du crâne, désigné par quelques auteurs sous le nom d'hypérostose excentrique diffuse, est le résultat de plusieurs maladies différentes, parmi lesquelles on peut placer, avec quelque certitude : 1^ l'ostéite déformante ; 2<* l'ostéomalacie, et 3^ une forme particulière de rachitisme (?) observée chez les animaux.
a. — Un des caractères les plus remarquables de l'ostéite déformante, c'est cette altération des os du crâne^ et il n'est pas douteux que plusieurs pièces que l'on trouve dans les musées et à propos desquelles on invoque la syphilis, l'influence d'un coup, et l'hypertrophie compensatrice consécutive à l'atrophie du cerveau, soient en réalité des exemples de cette remarquable affection (t).
6. — Dans la crâniomalacie, les os du crâne subissent un épaississement considérable et uniforme, les sutures s'oblitèrent, et le tissu osseux est léger, spongieux et très cassant (2).
c. -- Le Musée du Collège royal des chirurgiens possède plusieurs crânes de lions et de singes jeunes, qui sont morts, à Tétat d'esclavage, d'une affection rappelant le rachitisme et dépendant sans doute d'une alimentation défectueuse. Sur ces crânes, la voûte a subi un épaississement considérable et uniforme, les sutures sont oblitérées, et la base n'est pas intéressée. L'os présente, sur toute l'étendue d'une coupe, un aspect parfaitement uniforme, et il est très finement poreux. 11 est impossible de dire quelle est la nature exacte de l'affection, et l'anatomie pathologique de ce que l'on appelle l'ostéo-porose du crâne n'est, à vrai dire, que confusion et obscurité.
4*> Dans Vhypertrophie excentrique limitée, le crâne est épaissi et déformé par le développement de masses irrégulières et bossuées, formées d'os rudimenlaires et poreux. Ces masses paraissent s'être déposées sur lu table interne et quelquefois sur la table externe du crâne ; mais l'étude d'une coupe de l'os montre que la mala-
(!) Voir un mémoire de sir James Paget, Med. chir, trans.^ vol. XLIl, p. 37, 1877 ; voir aussi un fait publié par l'auteur, Trafts. Path, Soc, 1881.
(2) On en trouve un bon exemple dans le musée * du Collège royal des chirurgiens (fait de M. Solly).
HS
FREDERICK TREVES. — MALFORMATIONS ET MALADIES DE LA TÊTE
die porte sur toute Tépaisseur du tissu osseux. La lésion a une marche envahissante ; les os de la face et la mâchoire inférieure se prennent. Les os malaires sont surtout sujets à être affectés et peuvent être transformés en masses bossuées du volume d*une orange. En ce qui regarde le crâne, le frontal et les pariétaux sont le plus gravement altérés, tandis que l'occipital n'est en général que légèrement affecté et peut môme demeurer absolument indemne. La déformation produite par la maladie est extrême et horrible; les cavités du crâne, le nez, l'orbite, la bouche, sont diminués par les progrès de la lésion. Les trous du crâne sont rétrécis et peuvent même être oblitérés. La paralysie des nerfs qui traversent la base du crâne n'est donc pas rare, et le sujet succombe ordinairement, épuisé
p.'ir les suites de la maladiie. Les lésions morbides sont habituellement symétriques. L'os est très vasculaire et doit sa porosité au passage de nombreux vaisseaux. Virchow considère cette maladie comme l'analogue de l'éléphantiasis des parties molles, et lui a donné le nom de leontiasis ossium. On l'observe habituellement chez de jeunes sujets ; elle apparaît au moment de la puberté ou un peu avant, et dure des années. Dans un fait, rapporté en détail par le D' Mtirchison, l'affection existait depuis vingt ans (t). Les sujets atteints de cette altération du crâne accusent d'ordinaire une céphalalgie plus ou moins continue, des névralgies, des spasmes ou des paralysies limitées. Comme les autres formes de l'hypertrophie du crâne, celle-ci résiste à tous les traitements.