‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 105 sur 452 · ÀMYOTROPHIES CONSÉCUTIVES AUX BLES^ SURES DES CENTRES NERVEUX · texte numérisé non relu

ÀMYOTROPHIES CONSÉCUTIVES AUX BLES^ SURES DES CENTRES NERVEUX

I* Encéphale, — Les blessures pas plus que Bs maladies de l'encéphale n'entraînent pas diectement d'amyotrophies. Il est juste de dire Hitefois qu'elles entraînent le plus souvent la lort et que par conséquent l'atrophie musculire n'aurait en général pas le temps de se proluire. Cependant, dans les cas heureux et rares »ù la guérison survient, le blessé recouvre l'inègrité de ses fonctions ou conserve des paraystes sans que la nutrition musculaire s'en ressente. C'est même là une preuve à invoquer ^our démontrer que la simple immobilisation te suffit pas à développer d'altérations musculiies profondes.

t* Moelle épinière. — Les blessures de la moelle ont au contraire fréquemment suivies d'à* ojotrophies. Suivant Brown-Séquard (I), les léboB trophiqucs des muscles, consécutives aux eetions ou aux hémisections de la moelle, sont lins étendues et plus graves lorsque le traumaiime se complique d'inflammation. C'est qu'aiorsfdit Arnozan (2), l'inflammation qui s'empare iei s^ments de la moelle détruit ou altère un pins grand nombre de cellules nerveuses, tandis que si l'inflammation manque, il n'y a de supprimé que le nombre restreint de cellules motrices rencontrées par l'instrument vulnérant. Si le segment inférieur à la section est perdu pour le mouvement volontaire, il n'en conserve pas moins sa structure et ses fonctions de centre réflexe; c'est pourquoi les muscles innervés parce segment ne s'atrophient poinL D'ailleurs,

(1) Brown-Séquard, Journal de la physiologie de Ihimme et det animaux, 1858, t. Il, p. 108. 't) Amoan, ouvrage cité, p. C4. ;

les amyotrophies coïncident toujours avec lu destruction des cellules multipolaires des cornes antérieures; si bien que l'on peut conclure que l'intégrité des cellules multipolaires des cornes antérieures est nécessaire à l'intégrité des fibres musculaires.

3*» NerfÈ, — A la suite des sections nerveuses l'atrophie musculaire est rapide. Dans un cas de plaie du cubital, datant de quinze ans, Duret a vu l'atrophie musculaire aboutir à tel degré qu'il ne trouva plus trace de tissu musculaire. Vulpian (I) eut la bonne fortune de pouvoir examiner les muscles de la jambe après une amputation faite à une femme chez laquelle, cinq mois et vingt jours auparavant, on avait pratiqué la résection de 0'",20 du nerf sciatique. Les lésions très nettes étaient les suivantes : amincissement des fibres musculaires, multiplication des noyaux des cellules musculaires, traces de stéatose. Sauf Thyperplasie interstitielle, on trouve identiquement les mêmes lésions amyotrophiques à la suite des névrites.

C'est à la suite des sections nerveuses que les altérations musculaires sont le plus rapides et le plus complètes. Les expériences de Vulpian (2) ne laissent aucun doute à cet égard.

Même alors que les lésions nerveuses ont une action plus irritante que celle qu'exerce la simple section, par exemple lorsqu'il s'agit d'un écrasement, d'une contusion, d'une ligature, d'une cautérisation, lesquelles produisent dans le bout périphérique des nerfs lésés une vive irritation inflammatoire, les altérations musculaires sont plutôt moins marquées que lorsqu'il s'agit d'une solution de continuité nette et précise. Dans tous les cas il se produit, presque en même temps, dans les nerfs et dans les muscles, un travail d'atrophie dégénérative et un travail d'irritation hyperplas tique.

D'ailleurs, les muscles atrophiés à la suite de lésions des cordons nerveux moteurs peuvent se régénérer lorsque la régénération nerveuse s'est opérée. Or, cette régénération nerveuse n'est possible que lorsque les nerfs ont été écrasés, liés, contondus, et est impossible lorsqu'ils ont été coupés transversalement ; dès lors la régé-

(1) Vulpian, Etat d^s musdei après la section des nerfs (Archives de physiologie, 1809, p. 568).

^2) Vulpian, Recherches relatives à l'influence des lésions traumatiques des nerfs sur les propriétés physiologiques et la structure des muscles {Archives de physiologie, 1871-72, p. 245-260, 380-101, 638 G54, 743-763).

MAURICE JEANNEL. — BLESSURES ET MALADIES DES MUSCLES

nération musculaire ne s'observera que quand le nerf n*aura pas été sectionné. D'ailleurs si dans les sections la régénération nerveuse est impossible, il peut cependant s'établir une innervation supplémentaire; la régénération musculaire peut alors s'opérer.

On conçoit d'ailleurs que les tumeurs des nerfs ou que les compressions nerveuses par tumeurs périphériques agissent de la môme façon que l'écrasement expérimental.

Quant à l'explication de ces différences, il est probable qu'il faut la chercher dans l'état des cylindraxes. En effet, si l'intégrité des cellules multipolaires des cornes antérieures est indispensable au maintien de l'intégrité des muscles (i), l'intégrité des cylindraxes n'est pas moins nécessaire. C'est en effet par l'intermédiaire du cylindraxe que la cellule nerveuse communique avec la libre musculaire. Charcot considère môme la cellule nerveuse et la fibre musculaire comme ne formant qu'un seul appareil qu'il a désigné sous le nom d'appareil neuro-musculaire^ la cellule nerveuse plongeant dans la cellule musculaire par l'intermédiaire de son prolongement le cylindraxe. Que la communication soit rompue par une section entre les deux cellules, et la cellule musculaire dégénère aussitôt. Que cette communication soit simplement gônée, comme le fait une contusion ou une compression nerveuse qui irrite le cylindraxe et en suspend les fonctions sans en rompre la continuité, et la cellule musculaire sera atteinte, mais moins rapidement et moins complètement. En tout cas, que la communication se rétablisse, et la cellule nerveuse se régénérera sous l'influence salutaire de son centre trophique, c'est-à-dire de la cellule nerveuse.

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