BLESSURES DES MUSCLES. — CONTUSION
Quand rattrition ou la désorganisation du muscle est considérable et s'accompagne d'un large épanchement sanguin, comme cela arrive par exemple avec certaines fractures, alors que non seulement Ténergie de la violence, mais les extrémités osseuses brisées, ont écrasé et déchiré les muscles, eh bien, môme alors la résolution est la règle, bien entendu si la peau est intacte. C'est à peine si quelquefois on observe une inflammation ou myosile simple, et en tout cas la suppuration est assurément exceptionnelle.
On a peine à se figurer en effet, ainsi que le font observer Cornil et Ranvicr (1), avec quelle facilité le sang épanché dans les muscles se résorbe, surtout dans les cas où Thémorrhagie a lieu chez un sujet sain, c'est-à-dire exempt do tare constitutionnelle; les mouvements musculaires, suivant ces auteurs, exerceraient une grande influence sur la circulation intra-muscnlaire et par conséquent sur la résorption et le transport des matériaux provenant des modificitions du sang épanché.
On observe cependant des cas où, sous une* peau intacte, les masses musculaires entières •ont réduites en une véritable bouillie et vouées par conséquent à une mort certaine. Alors musdes, vaisseaux, nerfs, tous les tissus sous-cutanés sont écrasés et la peau elle-même, bien que n'offrant aucune solution de continuité, a forcément subi les effets de la violence. L'hésitation Ici n*est plus permise, la septicémie foudroyante est imminente, il faut sans délai pratifier l'amputation primitive.
Dans les cas douteux le chirurgien devra se Kmvenir, et considérer que les effets de la con tunon musculaire ne sont pas en général limités ta point précis où a agi la violence. Les muscles lleartés subissent en effet forcément des tiraillements dans toute leur étendue, d'où il résulte des lésions éloignées du tissu cellulaire intermuaculaire et des muscles eux-mêmes, quelquefois encore des arrachements tendineux, et enfin des infiltrations sanguines lointaines aboQtissant au phlegmon diffus profond.
{.es tiraillements qu'éprouvent les muscles fortement contus ont quelquefois pour effet d'en déterminer la paralysie passagère. De la môme façon, la dilatation chirurgicale produit la para- Ivsie temporaire du sphincter de l'anus. C'est là cependant un signe grave qui accompagne sealement les traumatismes sérieux, et qui se
(1) Cornil et Ranvier, Manuel d'Histologie pathologique, 2* édition, 1881, t. I, p. 531.
trahit naturellement sur le vivant par l'impuissance absolue du muscle ou des muscles atteints. Ce sera d'ailleurs au chirurgien à rcconnailre si cette impuissance dépend de la désorganisation ou de la stupéfaction musculaire et a chance de disparaître.
Quoi qu'il eri soit, pour décider du traitement k intervenir, il faudra toujours considérer non seulement les dangers imminents, mais aussi la possibilité d'une réparation convenable laissant un membre utile. La réparation dans les contusions violentes sous-cutanées est souvent merveilleusement facile, mais encore faut-il que les muscles n'aient pas perdu pour toujours leur vitalité.
Dans les cas heureux le sang et les fibres musculaires désorganisées se résorbent, des caillots s'organisent et la cicatrisation se fait sans encombre. Dans les cas malheureux, la masse contuse s'enflamme et suppure, et non seulement le membre mais la vie du blessé sont compromis. Alors, du reste, la violence a été telle que la peau, d'abord en apparence intacte, se sphacèle et que la contusion devient une plaie contuse.
Je crois enfin que lorsque le chirurgien se sera décidé pour la conservation, le meilleur pansement sera sans contredit le pansement ouaté de A. Guérin. Je ne crains pas d'ajouter que ce pansement permet aujourd'hui à la chirurgie conservatrice des hardiesses qui autrefois eussent été d'injustifiables témérités. A tel point que ces hardiesses n'ont que deux limites : i^ l'écrasement du membre, muscles, vaisseaux et nerfs, avec perte de la vitalité sans espoir de retour ; 2<* l'état constitutionnel mauvais du blessé (alcoolisme, diabète, albuminurie).
En général les contusions musculaires ne laissent point de trace. On a signalé cependant des atrophies ou des contractures consécutives. Je crois qu'il existait alors en même temps des lésions nerveuses qu'il serait plus juste d'incriminer de ces méfaits.
2® Contusion musculaire avec plaie cutanée, — Lorsque la chute ou le choc a produit une plaie contuse delà peau sans que l'aponévrose générale d'enveloppe du membre ait été entamée, la contusion musculaire prend souvent une plus grande gravité. Les degrés en sont naturellement les mêmes que dans la contusion souscutanée.
Dans les cas simples où la fibre est intacte ou légèrement atteinte, où Thémorrhagie se borne soit à une ecchymose soit à une infiltration sans foyers véritables, les phénomènes n'offrent
MAURICE JEANNEL. — BLESSURES ET MALADIES DES MUSCLES
rien de spécial et la réparation se Tait aiséinenL
Mais dans les cas plus sérieux où le sang est collecté en foyers, où la fibre musculaire est écrasée et rompue, on observe le plus souvent de la m^osite, qui se termine quelquefois par suppuration ; d*autres fois le foyer sanguin ne se résorbe pas, il s*enkyste et arrive à suppurer. Tout dépend d'ailleurs du traitement intervenu; car en règle générale myosite et abcès seront évités par un traitement rigoureusement antiseptique.
Lorsque Taponévrose d'enveloppe du muscle a été entamée par le corps contondant, le muscle est d'ordinaire également atteint, et Ton a affaire à une plaie contuse.