PLAIES DES MUSCLES
i^ Plaies contuses, — Les plaies contuscs des muscles sont très communément observées. Elles sont simples ou compliquées suivant qu'elles sont ou non accompagnées de lésions des gros vaisseaux, des gros nerfs et surtout des os.
Les plaies simples où la peau, l'aponévrose, les muscles, les vaisseaux et les nerfs propres à ces muscles sont seuls intéressés, présentent tous les degrés de la contusion musculaire. Leur pronostic est seulement aggravé par l'exposition à l'air du foyer traumatique. Mais d'autre part les progrès immenses de la thérapeutique chirurgicale, les bienfaits de la chirurgie antiseptique adoucissent aujourd'hui presque constamment ce pronostic.
Les plaies par projectiles de guerre sont en réalité des plaies contuses. Elles sont toujours accompagnées d'une perte de substance dans toute la longueur de leur trajet, d'autant plus grande que le muscle a été frappé en état de contraction (Simon) (1). Dans ce dernier cas, lorsque le muscle revient au repos, le trajet musculabre ne correspond plus au trajet cutané ou aponévrotique. De là des rétentions de liquides et de corps étrangers qui déterminent des complications graves.
Les plaies contuses compliquées sont observées principalement dans les fractures compliquées avec ou sans broiement, et par exemple dans les fractures produites par éclat d'obus. Mais ici, la complication, c'est-à-dire la fracture, domine à tel point la lésion musculaire que celle-ci devient le plus souvent secondaire. Ce n'est en effet, je le répète, que dans les
(1) Simon, Ueber Schusswunden, Giessen, 1851.
cas rares, où«la masse musculaire est complètement broyée et détruite par l'agent vulnérant, que la considération de la lésion musculaire peut primer et décider par soi à l'ampulalion primitive. Je n'ai rien du reste à ajouter \d à ce que j'ai dit des violentes contusions muscalaires sous-cutanées avec ou sans fracture, la, puissance de la chirurgie antiseptique est telle en effet aujourd'hui qu'avec des armes comme les pansements de Guérin et de Lister, le plus ou moins d'intégrité de la peau n'est plus un point capital. Si bien qu'il est de règle, daDsce^ taines fractures compliquées, de ne pas hésiter à mettre complètement à jour le foyer de la fracture pour mieux le nettoyer et le drainer. Je renvoie d'ailleurs pour l'étude plus complète de ce sujet au chapitre traitant spécialement des fractures compliquées. Je tiens cependant à affirmer ici ma conviction que dans les plaies de ce genre le pronostic est aujourd'hui dominé beaucoup plus par l'état constitutionnel da blessé que par l'intensité des dégâts anatomiques. C'est pourquoi je crois que le chirurgjea doit être moins hardiment conservateur cbei un blessé dialhésique que chez un blessé sain, et qu'il doit, sur un alcoolique par exemple, pratiquer plus facilement l'amputation primitive, antépyrétique, que sur un sujet qui n'est entaché d'aucune diathèse.
En tout cas, lorsque la conservation aura été décidée, le chirurgien s'appliquera avec le plos grand soin à évacuer soit à travers la plaie contuse, soit en pratiquant les débridemeots nécessaires, les épanchements inlra ou intermusculaires qu'il aura reconnus. Le sang épanché peut à la vérité s'organiser, mais il est de toute nécessité qu'aucune tension et aucune rétention n'existe dans la plaie.
La réparation des plaies contuses et des contusions musculaires se fait de deux façons différentes, suivant que la fibre a été seulement contuse ou qu'elle a été désorganisée par la violence au point de ne pouvoir reprendre sa vitalité.
Dans le premier cas la résorption du sang épanché est le phénomène capital. La fibre musculaire d'abord tuméfiée et trouble, entourée de capillaires congestionnés, diminue de volume, se décongestionne et revient à l'état sain.
Lorsque la fibre a été désorganisée par la violence, elle meurt, subit la dégénérescence granulo-graisseuse et est remplacée soit par une fibre nouvelle, si la cellule musculaire n'a pas été détruite et que la substance striée ait seule été altérée, soit par du tissu de cicatrice fourni