II. — TUMEURS DES TENDONS
Les tumeurs primitives des tendons euxmêmes sont de véritables curiosités anatomiques. Presque toujours les néoplasmes tendineux siègent dans la gaine et sont implantés sur elle; ils peuvent alors partir de là pour dissocier les fibres tendineuses et s'insinuer entre elles. La preuve en est dans l'extrême rareté pour ne pas dire la non-existence des tumeurs des tendons dépourvues de gaine. Gubler (1) a signalé cependant chez les saturnins la production de nodosités dans les tendons extenseurs, simulant de véritables tumeurs et siégeant dans le tissu propre des tendons: il a donné à cette affection le nom de ténopathie saturnine.
Quant aux tumeurs des gaines synoviales tendineuses, elles ne sont pas non plus précisément fréquentes. Elles sont primitives ou secondaires, c'est-à-dire qu'elles sont implantées sur la synoviale ou qu'elles y ont pénétré par propagation de voisinage. Les tumeurs primitives se développent d'abord dans la cavité synoviale, dissocient et envahissent le tendon engainé et peuvent secondairement se propager aux organes voisins. Les tumeurs secondaires ou propagées viennent le plus souvent des os ou des articulations.
Les formes relativement les plus fréquentes sont les fibromes et le cancer (épithélioma, encéphaloïde, squirrhe). Je n'ai du reste rien à ajouter à ce qui a été dit sur ce sujet au chapitre des maladies du tissu séreux.
A. côté des tumeurs tendineuses il faut citer l'ossification des tendons. Les cellules tendineuses dérivent, on le sait, des cellules cartilagineuses (2) ; on conçoit dès lors qu'élis puissent arriver, sous certaines influences pathologiques, d'ailleurs absolument inconnues, à former de l'os. « D'ailleurs les faisceaux tendineux, chez l'adulte, se continuent dans la masse de l'os sous la forme de fibres de Scharpey, et leurs cellules sont devenues des corpuscules osseux. » L'ossi-
(0 Gubler, Note sur la ténopathie saturnine {Gazette médicale, 1877, p. 444).
(2) Ranvier, Recherches sur la structure et le développement des tendons {Archives de physiologie, 1874, n« 2, p. 201).
MAURICE JEANNEL. — BLESSURES ET MALADIES DES TENDONS
fication des tendons est donc déjà un fait physiologique, dans une certaine limite ; Tétat pathologique consiste en ce que cette limite est dépassée. Mais quant à préciser nettement sous quelles inûuences cet état pathologique se constitue, il vaut mieux avouer qu'on l'ignore plutôt que de se payer de mots et d'explications capables d'égarer les recherches.
Je me bornerai à signaler ici la fréquence de la syphilis des tendons déjà étudiée dans cet ouvrage (1).
Les synovites tendineuses syphilitiques sont également fréquentes, elles ont été spécialement étudiées par le professeur Yerneuil (2), et par Chouet (3). Ce sont surtout des synovites plastiques. Elles donnent lieu à peu de gonflement et à une crépitation sèche. Elles s'accompagnent quelquefois de gommes synoviales facilement reconnaissables. Le difficile est le plus souvent de dire si la gomme appartient à la synoviale ou au tendon ; mais l'importance de ce diagnostic est minime.
On a cité des cas de synovites syphilitiques avec épanchement. D'ailleurs le plus souvent il existe en même temps de la syphilis du tendon dont la synoviale est atteinte.
m. -^ BLESSURES DES TENDONS.